Salaam!

    Un pays ou les automobilistes ne mettent pas de ceintures, les motards oublient leurs casques sur le guidon en roulant, ou les femmes sont de noir vetus, ou les hommes boivent leur the dans les soucoupes parfois, ou le glou-glou du qalian (narghile) se fond avec le chant des oiseaux, ou le bleu des faiences des mosquees apaise l'ame, ou la gentillesse des locaux est sans egal...?? Bienvenue en Iran!

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    L'entree en Iran, le sketch. Passage de frontiere un matin de bonheur. La poussiere vole et entre insidieusement dans l'habitacle de la bagnole pourrie qui nous mene vers Zahedan, a une heure de route. Notre escorte, un jeune policier, s'est profondement endormi. Nous nous sentons en parfaite securite pourtant. Un couple de Coreens patibulaires (et surtout completement tares) partage le trajet avec nous. Voila la ville. Premier arret au centre de police. Notre escorte, possesseur de nos passeports, passe le relai a deux jeunes flics en moto. Pourquoi pas. Nous roulons derriere eux vers la station de bus. Deuxieme arret, une autre moto nous sert de guide. Bon. Mais....nous nous arreterons ainsi 5 ou 6 fois pour changer d'escorte! C'est grotesque. Nous penchons serieusement pour une option d'explication: s'ennuyant ferme dans cette ville frontiere sans charme, ils ont enfin trouve l'occasion de s'amuser en nous trimballant dans la cite selon la route des postes de police!
     Finalement, nous terminons notre course derriere une voiture neuve roulant desesperement a pres de 25km\h. Mais le pompon arrive au moment ou nous passons la grille de la station de bus (enfin!). Un autre policier zele nous contraint a faire demi-tour. La raison? Attendre une nouvelle escorte pour parcourir en voiture les 300m qui nous separent de notre bus pour Bam, notre prochain objectif !! Nous tentons tous les stratagenes possibles pour amadouer le prepose a nous laisser traverser seuls les metres restants et surtout a nous remettre nos passeports. Rien n'y fait. Le bus part dans moins de 8 minutes, le stress monte. Armelle part en eclaireuse (avec son sac, le comble!), et revient juste a temps pour monter dans la voiture de police, qui l'emmenera la d'ou elle revient...Puis un policier moustachu et bute nous mene vers le mauvais guichet. Super. Le bus part dans moins de 4 minutes. Les Coreens sur les talons, nous gagnons le bon guichet. Le moustachu part avec ces fous echanger de l'argent. Moins de 2 minutes. Les passeports sont dans les mains du guichetier qui refuse, sous les ordres de Mr Moustache, de nous remettre nos papiers. 13h, le bus doit partir. Nos yeux suppliants finissent par faire craquer le monsieur au billets qui nous les delivre enfin. Le bus est encore la...et attendra les Coreens et la moustache, qui prendra soin de noter nos numeros de tickets et passeports sur un bout de papier chiffonne. Une grande farce.
     Trois longues semaines voilees commencent pour Armelle, et nous nous mettons en route a travers ce desert interminable et grandiose ...

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    Bam, une ville en reconstruction. Cette cite, en bordure du Balochistan, a ete totalement detruite par un tremblement de terre en 2005. Plus de 35000 morts, une ville rasee, et une citadelle de terre millenaire reduite a neant. Notons que les bus, en Iran, n'ont absolument rien a voir avec leurs cousins pakistanais ou indiens! Nous avons le choix entre de vieux Mercedes au look retro et a la deco rigolote, ou des Volvos tout neufs, boite de vitesse electronique, climatisation et amortisseurs souples: des merveilles. Apres trois heures de route calme, le chauffeur nous depose au milieu d'un rond point. Nous sommes a Bam. Evitons les Coreens, qui nous horripilent, en marchant vite et attrapons rapidement un taxi (adieu rickshaws!) pour gagner la Guest-House. Faisons un peu marcher le commerce local de cette ville en deuil...
     Akbar nous sert un thé avant que les Coréens fous débarquent, le sac au dos, trempés de sueur. Notre hôte fait une moue dubitative, il n’aime pas ces « gens compliqués et parfois un peu tordus ». Papotons beaucoup au sujet du tremblement de terre. Les Coréens sont en train de prendre une décision (meme s'il n’y a qu’une Guest-House ouverte en ville en ce moment…). Certains pensent que cette secousse sismique n’est en fait qu’une couverture pour un essai nucléaire, magouille russo-iranienne, des personnes ayant été retrouvées brûlées par des soi-disant radiations. Le mystère reste entier, personne ne veut se faire pendre sur la place publique. Toujours est-il qu'un poster expose deux photos de la cite: avant et apres. C'est desolant. Les Coreens decident de prendre une chambre.

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 Le lendemain, Akabar nous réveille doucement avec un bon thé. Une douche fait le reste. Ah, voila notre chauffeur ! Une voiture de police stoppe devant la grille de l’auberge. Depuis qu'un Japonais s'est fait enlever pour rancon il y a six mois, on ne rigole pas. Deux jeunes en uniforme, kalachnikov AK-47 à l’épaule, nous sourient et nous embarquent vers la citadelle de Bâm: l’Argh-e-Bâm. Des photos nous avait fait rêver. Nous stoppons net face au cauchemar qui s’étale devant nos yeux. Des ruines de terre cernent en effet les restes d’un immense édifice qui ressemble étrangement à un gros château de sable sur lequel un pied de géant aurait marché. Nos deux amis policiers sur les talons, nous parcourons le site. Ils papotent et nous ouvrent bientôt des barrières pour satisfaire encore un peu plus notre curiosité. La chaleur se pose comme une chape de plomb. Au loin, des montagnes s’élèvent au dessus du désert. La citadelle redeviendra-t-elle cette merveille d’architecture protégée par l’Unesco? Le travail est en marche. Nous, on reprend la route. Les policiers tentent de nous trouver un café Internet, en vain: c'est vendredi, jour de priere. Une mosquée toute neuve retiendra notre attention. Récuperons nos sacs rapidement a l’auberge et partons déjeuner avec nos amis flics, avant d’être déposé dans le bus pour Kerman.

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     Kerman, une ville endormie, une invitation à dormir.
Le seul hôtel pas cher indiqué dans notre guide semble être fermé. A 100 mètres, une inscription en farsi (langue qui marche a reculons, selon Bouvier) attire notre attention. Pourquoi, nous ne le savons pas, l’instinct peut-être. Bref, un lit trouvé, deux même. Une bonne chose de faite. Libérés de nos fardeaux à bretelles, nous partons errer dans le bazar et découvrons une ville morte. Echoppes closes, pas un chat ne coure après une souris, seule des poussières jouent avec le vent. A moins que ce soit l’inverse. Nous ne sommes pourtant pas vendredi, le jour de la prière. Mais entre 12h et 17h s’applique une autre religion en Iran : la sieste.
      Plus loin, le bazar s’anime tout de même un peu plus autour des marchands de légumes et autres fruits tout frais. Nous restons un moment penchés au-dessus d’un panier de poussins multicolores. Le vendeur moustachu nous sourit. Il a l’air heureux de son coup. « Non mais regarde le rose fluo, là, il est né comme ça, c’est certain ! ». Cui-cui…

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     Un jeune imberbe aux yeux noirs liquides accoste Vidian pour lui réciter ses poèmes en anglais. Patient, il écoute et retranscrit pour lui faire plaisir les vers dans son carnet. Pendant ce temps, un professeur d’anglais discute avec Armelle. Ce dernier reviendra à la charge plus loin dans le bazar en nous invitant chez lui pour déjeuner et, dans la foulée, il nous offre un thé dans une merveilleuse "Tea House" ancienne où se produisent des musiciens traditionnels. Impossible de glisser un billet dans sa main, il veut tout nous offrir! Après un saut à l’hôtel, nous débarquons chez lui. Le salon est une grande pièce couverte de tapis perses un peu kitchs et de gros fauteuils. Point. Ah si, une petite table aussi. Impression de grandeur. Notre bonhomme ventripotent, Mojtaba, nous réserve une petite surprise. En arrivant, il ouvre son ordinateur portable et lance « Pie 6 », un film américain montrant une palette de fesses incroyables, une multitude de paires de seins, des filles se déhancher ou sortir des douches dans la plus strict nudité, et des scènes osées en veux-tu en voila…Complètement gênant. Lui connaît le film par cœur. Le déjeuner nous sauve. Sa femme et sa petite fille de 2 ans sont adorables et le repas excellent. Le stambouli est un mélange de riz aux aromates et de légumes. Il nous promet nous emmener cet apres-midi avec un de ses amis vers un village inmanquable mais relance son ordinateur pour nous montrer « Euro-trip », un autre film américain du même acabit. C’est un peu navrant: il est adorable, mais il doit croire que nous sommes les seuls personnes avec qui il peut regarder ce film...Nous apprendrons plus tard qu'il aurait fallu refuser nettement, plutot que de passer une heure a trouver des sujets de discussion pendant les scenes osees...


     L’ami de Mojtaba, Ali, arrive enfin dans une superbe 206 (l’usine de montage des 206 de l’Europe est située près de Téhéran). Et c’est parti pour une belle après-midi ! Le village de Meymand est l’occasion de visiter un mausolée. Les séances de photographies se suivent avec Mojtaba et Ali, ingénieur fluide. Ce dernier est adorable et nous offre même des cartes postales ! Puis nous filons aux jardins princiers, en plein milieu du desert. Une oasis de calme et de verdure. Incroyable espace où nous divaguons avant de nous poser sur une terrasse dominant les cascades et les arbres seculaires. Ali nous offre des biscuits, du thé et l’occasion de fumer le qalyan, la pipe à eau iranienne. La saveur du tabac à l’orange nous envahi la gorge doucement, puis notre expiration laisse échapper une fumée dense mais légère à la fois. Un instant très sympathique et atypique. Nos deux Iraniens ne cessent de nous raconter des blagues et des anecdotes sur leur pays. Puis nous reprenons la voiture pour un tour de nuit de la cité de Kerman, celle dont le Lonely Planet ne parle pas. Nous passons en revue un bâtiment construit avec du lait de chameau, connu pour ses propriétés de resistance a toute epreuve, puis un jardin où chute une fausse cascade, et finissons par gagner un épaulement rocheux au-dessus d’une mosquée, qui domine la ville. C’est magique. Armelle évoque beaucoup la question du mariage avec Mojtaba, qui lui sort tout d’un coup : « c’est vraiment sale, un french kiss ? ». On ne s'en sort plus!


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      Encore un dîner excellent. En iran, on dîne par terre, une nappe posée sur les tapis du salon, le pain tronant au centre. Le pain est sacré ici. Il est inconcevable de le jeter à la poubelle. Sec ou impropre, il est recueilli pour être transformé en aliment pour bétail. Ce soir, repas simple : crème de tomate, fromage frais, thon à l’huile et pain. Le tout arrosé d’un breuvage à base de lait caillé surprenant, légèrement amer et piquant. Cela nous fait penser avec nostalgie à une autre boisson de Mongolie. Nous sommes "a la maison", Armelle peut quitter son voile.
     Le sommeil nous gagne. Nous nous allongeons sur une couverture pliée en deux, sur le sol. Un drap bleu clair vient recouvrir le ventre proéminent de notre hôte, qui s’abaisse et se soulève dans un rythme régulier. Sa femme et sa fille dorment chez la belle-soeur, surement a cause de la presence de l'homme inconnu qu'est Vidian. Le lendemain matin, il nous accompagnera jusqu’à la station de bus, et attendra que le bus passe derrière le muret pour se retourner et partir.

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      Yazd, où comment se perdre dans des ruelles.
Le taxi âprement négocié tourne dans les sentes minuscules du bazar. L’hôtel traditionnel repéré a doublé ses prix. Nous échouons dans un motel modeste mais "dans le budget".
     Nous marchons dans la rue quand une jeune fille en tchador noir, des livres d’anglais dans les bras, nous aborde. Sa maman clopine derrière nous. Et nous voilà à discuter avec elle et ses sœurs dans le salon familial, en grignotant des biscuits du nouvel an (fêté il y a peu) et en buvant un thé assez fort. La petite sœur de 13 ans, une grosse adolescente en t-shirt vert fluo, mais recouverte d'un tchador elle aussi, ne cesse de répéter la seule expression anglaise qu’elle connaît « oh my god ! ». Des pistaches arrivent bientôt, puis des oranges. L’autre sœur est en pyjama rose et ne cesse de nous dévisager en posant des questions par l’intermédiaire de sa grande sœur. Un moment très chouette et qui nous fait réaliser d’autant plus l’accueil incroyable des Iraniens.
     Une madeleine à la noix de coco fait office de petit déjeuner. Au sommet de l’Amir Chakhmaq complexe, nous contemplons la ville baignée dans la lumière matinale. Nous visons des points de repères et partons explorer Yazd. La superbe Jameh Mosquée, recouverte de mosaïque d’un bleu fantastique, nous ouvre les portes d’un vaste quartier de maisons de terre et de ruelles au charme inouï. Une vieille dame en noir passe comme un fantôme, et un autre senior semble lutter sur son vélo. De vieilles Peugeot 504 traînent dans la rue. Des enfants jouent au foot sur une petite place inondée de lumière.

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      Armelle tombe soudain dans un magasin, plus précisément un vendeur de tapis. Le monsieur en question est zoroastrien. Non mes amis, ce n’est ni une ethnie extraterrestre ni un adepte d’une secte transcendantale ultra cosmique, ni même une maladie rare. Le zoroastrisme est une religion extrêmement ancienne qui était majoritairement représenté en Iran avant l’arrivée de l’Islam. Cette religion monothéiste représente la présence de Dieu par le feu, qu’ils adorent dans leur temple. Les tapis ne cessent de faire du gringue à Armelle, qui semble totalement épanouie. Vidian, peu sensible aux « carpets », se laisse doucement endormir par la voie douce du vendeur. Armelle ne craquera pas (cette fois-ci). Une jolie jeune fille nous fait découvrir la beauté d’un hôtel traditionnel iranien, organisé autour d’une cour. « Eh Vidian, t’arrête un peu de lui sourire comme ça ! ».

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     Une session Internet nous ramène un peu sur terre : quelques nouveaux messages sur le blog, le temps est pourri en France, le paternel de Vidian va tondre la pelouse samedi, Sarkozy semble perdre des points dans les sondages, la sœur d’Armelle part en Russie avec l’équipe de France de Hockey sur gazon, des étudiants français descendent dans la rue pour rater des cours, il neige dans la Drôme à partir de 600 mètres, deux jeunes partent de France pour rallier Calcutta avec une voiture à pédale et propulsion éolienne et électrique…
     Descendons plus tard dans les entrailles d’un bâtiment pour observer le sport iranien. Une arène, des hommes aux allures d’ukrainiens haltérophilistes, des percussions et la voix perçante d’un adolescent au micro. Sous le rythme des pulsations, les hommes forment des mouvements d’échauffement avec des genres de poire en bois pesant de 5 à 25 kgs. D’autres soulèvent des espèces de portes de bois ou des boucliers. Un autre enfin saisit un arc en fer dont la corde est garnie de grelots de fer. Le poids maximum de cet « outil » peut depasser les 50kgs. Lui le lève au dessus de la tête et semble danser avec. Vidian est découragé, lui qui a perdu une bonne partie de sa masse musculaire déjà peu développée à la base…Un grand moment.


     Dînons plus tard dans notre nouvel hôtel (traditionnel) avec Uyen, une jeune belge d’origine vietnamienne, simple et rigolote, spécialiste du droit européen. Nous avons du passer pour des ignares monumentaux ! Affalés contre les coussins, pieds nus sur la plateforme de bois recouverte de tapis, le regard portant sur le petit bassin qu’éclabousse une fontaine, nous passons quelques heures à boire des thés, discuter et déguster de fameux plats, dont un steak de chameau. Oui, nous avons un peu craqué ce soir là, mais ce fut la dernière ! Un australien fauché, serveur temporaire dans l’auberge pour grappiller quelques sous, vient prendre la température, avant d’être rappelé par son devoir. Il est temps de regagner le dortoir.

     8h00. Mohdi, un chauffeur de taxi que nous avons convaincu la veille dans la rue, nous attend devant la mosquée. Nous partons pour le désert avec Uyen. Meybod. Un vieux caravansérail bien restauré. Fermez les yeux et imaginez ces caravanes de chameaux et autres bestiaux croulant sous les marchandises. La soie entre autre. Des caravaniers affalés sur les tapis à engloutir des pains ou fumer le qalyan, l’odeur des étables et des épices. Nous rêvons. L’ancienne poste accueille aujourd’hui un musée intéressant. Le préposé à l’accueil, sourd comme un pot, nous passe même les clés d’un cadenas donnant accès au toit. Sympa.

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     Mohdi le chauffeur est content. Cela l’amuse. Nous passons Ardakan et filons vers Chak-Chak. Impression d’être sur la route 66 américaine! Une ligne droite au milieu d’un désert. Tenter de deviner la suite du chemin est un perpétuel échec. La route se perd dans les mirages de chaleur qui trouble la vue, avant de s’enfouir dans le sable et la roche. Voici le temple du feu des zoroastriens. Accroché à la montagne, nous commençons l’ascension. Mohdi peine et crache ses poumons. Pas un chat ne trouble le silence du désert. Encore une volée de marche. Quatre hommes moustachus ou mal rasé, assis sur un muret nous regarde passer sans un mot. Le même flegme des vieux du sud de la France, qui passe des heures sous l’ombre des platanes, un petit jaune à la main, la cane dans l’autre. On entendrait presque le chant des cigales mon pauvre ! (avé l’accent siouplait). Du haut du temple, un vieux avec un œil disant merde à l’autre nous observe grimper. L’ouverture des portes du temple nous laisse découvrir sous une grotte trois petites flammes éternelles. De l’eau dégouline des parois. Le « plic » des gouttes dans le seau bleu fait écho au « ploc » de nos pieds nus sur le marbre humide.

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     Mohdi est tout blanc mais récupère des couleurs dans la descente. Reprenons la route à la recherche de quelque chose à se mettre sous la dent. Des routes se terminent dans les maisons de villages perdus. Une vieille femme ridée nous renseigne. Ses lèvres rentrent légèrement dans sa bouche édentée, mais bougent avec une vivacité étonnante. Trop mimi cette grand-mère ! Nous débouchons finalement à Kharanaq, où la station essence nous sert un bon kebab (brochette de viande) avec du riz. Cette cité garde précieusement un trésor : une ville de terre, à l’image de Bâm, en moins détruit. Nous passerons des heures à explorer cet espace. De la glaise mélangée à de la paille est le matériau de base des construction. Des galeries écroulées laissent percer la lumière, les toits nous accueillent pour des ballades célestes. Des champs verts contrastent avec l’ocre du désert.

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     Mohdi nous boude, il part dormir dans la voiture. Comprend pas notre attirance pour des ruines! Une mosquée est encore couverte de tapis. Un senior dont la longue barbe blanche fait rêver Vidian, visite les lieux, accompagné de ses deux petits fils qui courent dans tout les sens. Un ancien hammam aux faïences blanches. De belles bâtisses. Puis des chèvres adorables font craquer Armelle. Au moment où Mohdi nous aperçoit et fait vrombir le moteur de sa petite voiture, un vieux sage dégringole la ruelle sur un âne. Un vrai portrait vivant. Deux époques se croisent. Les filles s’endorment rapidement. A la place du mort, Vidian veille. Des gouttes tombent du ciel. Mohdi ouvre vite sa fenêtre, sort la main et recueille ce précieux liquide. Il me sourit et passe sa main humide sur le visage. Yazd, terminus, tout le monde descend. Mohdi repart à ses clients citadins. Il a bien gagne sa journee.

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     La soirée restera dans nos mémoires. Tout un petit monde de voyageurs autour d’une table à échanger sur le monde. Un couple d’anglais ayant tout plaqué pour voyager et travailler sur la planète. Un anglais et un australien globe-trotters. Une petite belge aimant les rencontres simples entre l’Asie du Sud-Est et la France. Un jeune Iranien vendeur de tapis. Un couple de Frenchies à l’instinct nomade...Un Afghan amateur d’opium et photographe. Trois Hollandais dans un camion jaune faisant le tour du globe pour récolter des dessins sur le thème de l’espoir, et deux français l’air hautain, à l’écart. Un chouette moment.



     Shiraz, Persepolis. Sept heures de transport dans un magnifique bus Volvo pour 3 euros. On s’est laissé tenter! Un petit hôtel pas cher et un sandwich meuble la première nuit.
     En pleine déambulation à proximité du bazar, une moto stoppe à nos côtés. Un ancien boxeur griffonne rapidement une adresse en farsi et nous invite à dîner vers 20h. Une petite pause dans une maison de thé permettra à Vidian de renverser du thé bouillant sur les genoux d’Armelle. L’ambiance très masculine plaira tout de même à Armelle, qui ne cessera de s’extasier sur ces visages typiques fumant la pipe à eau entre deux gorgées de thé. Traversons une ruelle obscure et frappons à une porte métallique. Notre homme n’est pas là mais sa mère nous fait asseoir devant la télé. Koorosh nous serre bientôt dans ses bras et son neveu nous ouvre sa chambre pour dîner. Les femmes, sœurs et nièces arrivent, dé-voilées. Deux bouts de chous nous font craquer avec leurs mimiques adorables. Le repas est gargantuesque et animé par les danses des enfants. Mais voila que les filles s’y mettent et dans une ambiance du tonnerre, la bastringue à fond, nous réalisons à peine que nous dansons à l’iranienne, les bars en l’air et balançant les hanches !! Une vraie fête. Avant de repartir, ils nous offrent des babioles rigolotes et nous embrassent.

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 Un pauvre mini-bus nous entraîne vers Marv-dasht, et un taxi fait le relais jusqu’au site de Persepolis. Il y a déjà du monde. Le soleil tape sur la tête. La gorge est sèche. Vagabondage entre les colonnes de pierre et autres sculptures. Dommage de ne pas avoir de guide pour une fois. Comme par magie, nous tombons sur un couple de seniors francais et leur guide iranien francophone et adorable ! Persepolis se livre alors a travers mille details : les deux seuls elements feminins du site, l’explication des symboles, la facon dont vivait les gens, la progression de ce palais monumental aux plafonds depassant parfois les 18m...Constant, le grand-pere, nous explique les details precedents et n’arrete pas de faire des blagues. Sa femme rouspete un peu, mais la superposition de ses lunettes de vue et solaire a quelque chose de sympathique. Ils finissent par repartir a l’assault d’un autre site. Nous prenons de la hauteur. Une vue superbe se degage. Des fourmis semblent grignotter un gros cailloux. Beau travail.

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     A la sortie, un homme nous attend. Nous l’avions rencontre dans le taxi aller. Il nous invite a dejeuner dans la maison de ses beaux-parents et c’est a trois sur une petite moto que nous prenons la route. Cheveux et voile au vent. Armelle fait fondre ses sandales sur le pot d’echappement. Un nid de poule lance le talon nu de Vidian sur le meme pot. Aie. Maison immense et salon recouvert entierement de tapis. Un gros plat de riz et autres delices se paratgent vite avec toute la famille adorable. Le moment est sympa. Ils nous emmeneront meme en fin d’apres-midi sur le site de Necropolis. Malheureusement, la lumiere sera passee derriere la montagne. Un calcaire parfait nous provoque une indescriptible envie de grimper. Et nous voila a escalader pour gagner de la hauteur. La famille nous regarde sans oser nous emboiter le pas. La vue est top. En bas, sur le plancher des vaches passent des moutons. Leur gros 4x4 nous pose a la station de minibus. Echange habituel de mails et autres numeros de telephones. Embrassade. Retour a Shiraz sous le soleil couchant.

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     Isfahan. On s'y sent bien.
Pour gagner une nuit d’hotel, quoi de mieux que d’emprunter le bus pour une translation nocturne ! Au rythme des klaxons, des virages, des freinages, des depassements improvises et autres arrets pipi, nous avons passe une nuit mouvementee. Rememorrez vous vos trajets en tant qu’enfant dans la voiture familiale, les inevitables embardees de la tete qui tente de se reposer sur le rebord trop petit de la fenetre, et les vibrations de la-dite vitre qui vous donnent des fourmis dans les cheveux...et bien dans un bus, c’est la meme chose ! Armelle en a fait les frais, et arrive completement « raclee » a Isfahan. Vidian, apres avoir regarde un film sur un joueur de santor iranien jusqu’a 2h30, s’est laisse tomber de fatigue lamentablement. 6h du matin. Les taxis sont mechants. Un gentil bus nous sauve et nous depose devant l’hotel, tenu par un petit vieux qui nous ouvre une chambre pour nous rendormir quelques heures. Le pied !

 

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La suite? Vous le saurez dans le prochain article! Venez rencontrer Amir, nomade Qashguai, deguster un the sur les pelouses de l'Imam Khomenei Square, decouvrir les secrets du bazar de la cite avec un marchand de tapis, negocier des turquoises, discuter jusqu'a des heures indues avec deux ou trois voyageurs, tourner (de) la tete vers les mosquees majestueuses de la cite, fumer le narghile dans une maison de the...On attend vos reactions avec impatience.


Dans moins d'un mois nous sommes de retour!! On pense bien fort a vous tous


Vidian et Armelle

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