Salaam toujours !!

    Avis a la populass'. Nous ferons une breve irruption sur les ondes francaises le dimanche 11 mai 2008 dans le cadre de l'emission ''Au detour du monde'' sur France Inter, entre 16h et 17h. Pour les non connectes au reseau hertzien, nous mettrons bientot l'enregistrement sur le blog...
    Et somme intervenus 5 minutes hier sur la radio suisse Couleur 3! Trop court pour raconter les milliards de choses que nous avons en tete, mais experience tres sympa!

    Un passage mythique. Il etait 23h le 27 avril dernier lorsque nous avons traverse, en plein coeur d'Istanbul, le detroit du Bosphore, qui separe les terres d'Asie de l'Europe geographique. Une nouvelle etape commence pour nous, et qui sonne comme un retour aux sources...

    Mais revenons a l'Orient et nos derniers moments en Iran, entre villes legendaires et cime enneigee...

    Amir, nomade Qashgai. Alors que nous deambulons dans le bazar el Bozorg d'Isfahan, un homme nous aborde. Cela devient une habitude. Il parle francais le bonhomme, et s'agrippe a nous. Il parle, nous marchons. Il gagne le premier poınt lorsque nous stoppons pour l'ecouter plus attentivement. ''La-bas, la teahouse est fermee et de toutes les facons, ils vous feraient des prix de touristes. Par contre, j'ai une botte secrete...''. Et nous voila a suivre notre bougre aux cheveux gris dans les ruelles tournicotantes du bazar. Un vieil homme bavarde avec deux jeunes barbus dans un coin. Un marchant d'epices nous fait les yeux doux. Soudain, sans meme nous en rendre compte, un plateau contenant trois tasses, des soucoupes, un pot de the bouillant et un peu de sucre nous tombe dans les mains.

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     Retour a Imam Square (deuxieme plus grande place du monde, apres Tien An Men) sur les pelouses, a deguster notre breuvage au coucher du soleil. Notre gentil monsieur s'avere en fait etre ne dans une tribu nomade appellee Qashgai. Peuple d'Iraniens turquifies nomadise au nord-ouest de Shiraz. Genial. Les nomades viennent a nous. Et c'est avec des etoiles dans les yeux que nous buvons les paroles d'Amir, c'est son nom. La vie sous la tente, faire paitre les troupeaux, fabriquer des objets a la main pour gagner son pain, la transhumance jusqu'au golfe Persıque...Nous revivons nos dernieres aventures avec les nomades mongoles avec une certaine nostalgie...et de nouveaux projets naissent dans nos cerveaux en ebullition.

     Trois a quatre mille nomades Qashgais vıvent en Iran, organises en grandes familles regnant sur de larges portions terrıtoriales, bien souvent desertiques. Moutons, chevres, chameaux, anes et chevaux servent de betail et d'animaux de bat. Des tentes carrees, des tapis somptueux et de gros coussins. Nous croyons sentir les odeurs de moutons par bouffees. Partir tout de suite vivre avec eux est une idee qui remonte des entrailles et qui vient saisir nos coeurs et les tordre pour en sauver l'essentiel: l'aventure, l'echange et le lien entre les peuples. Bouvier parlait des Qashgais comme des ''brutes a la peau noire''. Notre bonhomme est petit, le teint clair, une tete ronde et les yeux clairs. Il prend une photo avec son portable. Il vit maintenant en ville et prefere emmener des touristes en ballade avec sa voiture, essentiellement le matin. L'apres-midi, il le passe a discuter avec les copains. Il est aussi professeur d'anglais a ses heures perdues. Tiens, voila des jeunes fılles qui se posent a nos cotes pour une photo, et qui repartent comme elles sont venues, comme des fleurs. Echange de regards et eclat de rire. L'une d'elle se penchera peut-etre un peu pres de Vidian...Deuxieme the, troisieme the. Armelle enfile un pull, ca se rafraichit, Amir passe en anglais.

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    Les histoires de mariage, de sexe et de liberte tiennent une place preponderante dans nos discussions. L'engagement maritale est assez particulier dans la culture nomade. De l'exotisme, vous en voulez? Alors c'est parti, ouvrez les chacras et teleportez-vous dans une conscience orientale. Rencontrer un homme ou une femme releve de l'expedition. Les parents de l'homme ayant repere une femme potentielle pour leur fils invite celle-ci et sa famille chez eux. La fille en question, agee entre 14 et 17 ans, prepare le the et propose a son pretendant, qu'elle voit pour la premiere fois. En quelque secondes, ce dernier doit jauger la pretendante. En prenant la tasse en main, il accepte d'aller plus loin. L'inverse est ''eliminatoire''. Si la femme est egalement en accord avec ce premier choix, ils se rencontrent. Dans la meme piece, une nuit entiere va leur permettre de discuter de leurs gouts, de leurs qualites et defauts, de leurs projets...C'est a ce moment precis que l'homme doit verifier l'etat des cheveux de la future mariee, point o combien important. Maıs la ''grande classe'', c'est qu'il est le seul a pouvoir lui demander de se deshabiller devant lui pour jauger de la valeur physique de la demoiselle. Regard expert du nomade sur son futur betail. Attention cependant a ne pas s'egarer! Y'a plus de the. Amir poursuit. Si les epoux sont satisfaits de leur dicussion, ils convoquent le lendemain le mollah, qui les fiance. Voila une affaire rondement menee. Il faudra attendre un petit mois pour celebrer le mariage avec les amis, une grosse fete a priori. Il y a aussi une histoire de vieille femme, de drap, de sang et de virginite, mais cela manque franchement de poesie.

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    Nous faisons amis-amis avec notre gentil nomade. La nuit nous est tombee dessus sans que l'on s'en apercoıve. Plongeon dans l'obscurite. Amir nous rencarde sur les boui-bouis du quartier, parle d'un petit tour en voiture avec lui, evoque la bonne boustifaille d'Isfahan et nous livre quelques secrets sur la vie du Bazar...Commence a faire froid. L'humidite de la pelouse remonte sous le pantalon, et rend la peau moite et collante. Une moto au son ecorche nous frole presque. Mais...Qu'est-ce qu'elle fait la cette becane d'ailleurs?? Nous passerons encore de bons moments avec lui. Visiterons les ponts de la ville de nuit, irons fumer le Qalyan (narghile), observerons les tremblements de minarets qu'il est possible de ''secouer'' a la main, et discuterons maintes fois autour de thes interminables...Amir nous indiquera aussi le passage secret pour atteindre le toit du bazar, et nous y retournerons tous les soirs entre 18h40 et 19h, juste pour contempler l'Imam Square au coucher du soleil, et secretement observer le va-et-vient du bazar depuis les hublots...

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    Secrets de bazar. Apres les visites matinales des magnifiques mosquees d'Imam Square, nous retournons aupres d'un marchand au sourire franc et au parler sincere. Nous ne croyons pas au hasard. Son arriere grand-pere etait aussi un nomade Qashgai. Notre instinct a du flair! Nos yeux se perdent dans le bleu des turquoises. Une paix interieure nous gagne bientot. Le paternel arrive, legerement bedonnant, une couronne de cheveux blancs au style monastique posee sur son crane luisant. Du sang seche forme une petite croute qui pendouille sous son nez comme un grimpeur sous un surplomb, et retient notre attention...
    Il nous emmene decouvrir la fabrication des ceramiques qui recouvrent les mosquees d'Iran et d'Orient. De sacs de bouteilles de verre vides trainent dans un coin de l'atelier. Ecrase, malaxe, le verre se transforme en poudre blanche ultra-legere, qui servira a glacer les carreaux, afin de resister aux intemperies. Un homme est penche au-dessus d'une grosse pierre: l'artiste cree des couleurs. Pres de lui se tient le four, chauffant a plus de 700 degres les carreaux de faience. A l'etage, le maitre donne l'exemple aux cinq etudiants de tous ages qui tirent la langue en dessinant. Des patrons de papiers, dont les petits trous laissent echapper une poudre grise dessinant la base, aident les artistes a tracer des lignes nettes. D'autres appliquent de belles couches de couleurs. Relief colore. Trois cuissons seront necessaires: une pour le carre de faience, une autre pour le fond de couleur et la derniere pour fıxer les motits. Le maitre preside la seance de travail. Ses pantoufles sont sans age, eternelles. Il nous salue d'un grand sourire.

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    Les rues couvertes du bazar sont percees de lumieres par endroits. Aussi regulieres qu'une respiration. Notre guide nous parle, evoque d'autres passages mysterieux. Vidian semble ne rien comprendre, captive par les mouvements qui animent la petite croute au bout des naseaux du monsieur. Atelier de teinture. Un vaste hangar obscure. Bacs de beton, faible rayon de soleil, boule de fil a teindre et autres pantalons...sur un fil. Questıon de feeling (juste pour le mauvaıs jeu de mots!). Noire est la couleur du jour. Un pigeon roucoule sur le rebord d'une vieille planche de bois. Un sacre foutoir derriere le volatile! Une autre petite echoppe degage une impression colore. Il s'agit d'un imprimeur sur tissu. Un beau travail de precision quı laisse derriere lui de chouettes nappes. Les explicatıons de notre ami sont geniales...et toujours sa petite croute rouge qui s'agite frenetiquement.
    Passons chez un ''epicier'', a savoir celui qui cree les epices. Ici, elles sont moulues en meme temps que naissent des pigments naturels pour colorer les tapis. L'ecorce de noix de cajoux donne le brun, la peau de grenade la couleur blanche. Au passage, notons que le curry est un melange de sept epices differentes. Nous avons la chance de sentir et meme gouter de nombreuses epices comme le safran, la canelle ou de la poudre de citron, parfait pour assaisonner le riz parait-il !
    Un autre imprimeur nous presente des modeles, des trames pour le dessin des tapis. Les nomades ne suivent aucun de ces plans. Ils imaginent les motifs dans leur tete, ce qui implique souvent des erreurs et des irregularites signifıcatives des tapis nomades. Notre guide nous ouvre les portes de son stock, une vaste piece recelant les plus belles merveilles. Des portraits de nomades trainent sur les murs ca et la. Deux femmes suedoises viendront troubler notre conversation, et depenseront bien plus d'argent que nous n'en avons pour tenir jusqu'au retour en France...Mais nous, qui n'allons rien acheter, sommes heureux pour notre ami qui nous a si gentiment fait decouvrir son univers.

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     Teheran, la grande. Arrivons dans la capitale Iranienne apres un long cafouillage en bus (arret a Kashan rate), vers 22h. Remettre nos sacs sur le dos, nos pochons dans la main, engloutir un sandwich en cherchant la bouche de metro, attendre le terminus puis negocier severement un taxi. La chance nous sourit encore une fois, nous tombons sur un jeune sympa qui nous depose devant l'immeuble. Kianouch Dorrani. C'est ca. Dring. Le reste tiendrai presque de la magie. Des lumieres douces, de vieux fauteuils dans lequel on s'ecrase, des noix de cajoux qui craquent sous la dent, la fraicheur de grains de raisins gros comme des prunes, mais surtout le bruit vivant des glacons dans le verre, comme de minuscules bulles qui eclateraient la gangue de glace pour venir exploser a la surface et contre la paroi. Une vodka a l'anis glacee termine de nous plonger dans un bien-etre planant. Notre hote nous questionne autant que nous l'interrogeons. Un moustique tourne autour de l'abat-jour, imperturbable. Kianouch est Iranien d'origine, mais son coeur semble en France depuis bien longtemps. Etudiant a la Sorbonne, il s'amourache de notre pays et decide de partager sa vie entre ces deux nations. Par ses questions tres "journalistiques" (deformation professionnelle!), il nous fait realiser d'autant plus le cote exceptionnel de notre aventure mais aussi la vraie chance d'etre citoyens francais, accueillis et apprecies dans le monde entier. Il est presque 1h30 lorsque l'insecte finit par se bruler contre l'ampoule incandescente. C'est l'heure de se coucher.

     Teheran est une ville immense, tres etendue et dont le traffic nous rappelle que nous sommes toujours en Orient. Les femmes arborent des tenues plus decontractees, et la partie de cheveux non recouverte du voile se voit parees de mille couleurs, teintures, perles ou autres mises en pli etonnantes! Nous voyageons surtout en bus et a pied et les trajets peuvent facilement prendre des heures. Nous en profitons pour observer la vie, les gestes, les habitudes, les sourires, et le comportement des automobilistes qui peut aller tres, tres loin dans l'absurde.

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    Le journal. Parmi nos peregrinations "teheranesques", nous aurons la chance de visiter les locaux du plus ancien quotidien d'Iran. C'est Amelie, journaliste francaise installee en Iran depuis quatre ans, qui nous offre cette opportunite. Passionnee de la Perse et du dialogue entre les religions (petite these en vue), Amelie est ultra-adorable. Chacune de nos discussions nous permettra de mieux cerner l'Islam, la vie iranienne complexe et les femmes. Un manchot adorable nous ouvre toutes les portes de l'immense edifice. Le journal a plus de 83 ans. Un gros travail d'archives est en cours. D'anciens tirages reposent sur une table en verre, des hommes s'activent pour retoucher les numerisations, une femme met en page l'edition du lendemain... Le passage entre les machines d'impression nous, comment dire, impressionera! Des rotatives ultra-rapides, des journaux qui filent a toute beurzingue, et la figure mythique d'un homme lisant le journal du jour, accoude a une pile de papier inimaginable. Un super moment.

     Mont Damavand, enfin de la fraicheur! Nous etouffons un peu dans la capitale et decidons de mettre les voiles vers le point culminant d'Iran, un volcan nomme le Mont Damavand. C'est une rencontre au Ladakh qui avait mis la puce a l'oreille de Vidian. "Un sommet pas tres technique et qui s'eleve a 5672m" avait dit Jean-Marc. Nous prenons un bus sans rien savoir d'autre de plus, et avec un sac minimaliste. Pshiit, roarrr. Le bus repart apres nous avoir laisse sur le bord de la chaussee face a l'immense montagne. Ok. Taxi hors de prix, nous partons sur la route du village a pied. Inch'allah!! Ce refus nous vaut d'etre repere, et finalement d'etre embarque par le-dit taxi avec les amis du conducteur. Punaise, c'etait pas tout pres en fait!!
     On avale un sandwich a la saucisse, sur une vieille table brinquebalante. Un jeune nous propose de grimper avec lui dans son 4x4 pour monter au premier refuge. Combien?? 30 dollars?? Non merci, mooonsieur. La famille d'handicapes de l'echoppe clopine devant l'unique rayon. Fromage a tartiner, galette de pain, un gros cervelat, deux boites de thon, deux paquets de biscuits et une plaquette de chocolat feront l'affaire pour les deux ou trois jouirs qui viennent. Un hollandais rentre dans le magasin et un sourire engage la conversation. Il part en 4x4 au premier refuge et propose de nous y emmener. Nous sommes benis des dieux, lui et sa femme sont adorables. Ils vivent dans une peniche a Amsterdam, c'est genial! Nous depassons des marcheurs plies sous le poids des sacs. Courageux les gars! La route est defoncee mais ca passe. A peine arrivee au refuge, qui tient dans une petite mosquee au clocher dore, nos amis nous proposent un cafe noir alors qu'un orage se profile. 3027m indique l'altimetre. Le breuvage brulant coule dans nos gosiers quand il se met a neiger. Le ciel est charge de nuages gaves de poussieres, ce qui donne une couleur orangee tres particuliere. Le sommet est perdu dans le brouillard, le vent se leve et les marcheurs polonais arrivent extenues. Tout ce petit monde se retrouve dans la piece unique au beton froid. Nous n'avons pas de lampe frontale ni de matelas. Une couverture parterre fera l'affaire, nos amis ont des bougies et des torches. Super. Nos Hollandais nous offrent des nouilles a la tomate. Nuit tranquille.

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    Au petit matin, Vidian sort le premier et decouvre John le hollandais le nez en l'air. Le temps est magnifique, le sommet decouvert et une mer de nuage flotte dans la vallee plus bas. Un petit-dejeuner magique entame la journee de grimpe. Apres 4 heures de marche entre les rochers et la vegetation basse et les neves, nous atteignons les premiers le camp de base a 4200m. Nous sommes encore acclimates a l'altitude et cela nous va bien! Fait bien froid. Les autres comperes nous rejoignent bientot et les Hollandais nous offre encore de bons cafes. Vidian pousse jusqu'a 4400m pendant qu'Armelle fait la sieste. John et Dette decident de ne pas tenter le sommet, Armelle n'est pas suffisament equipee et redescendra avec eux demain.

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     Trois heure du matin. Vidian se leve doucement et attaque du pain et du fromage avant de grignotter des biscuits dans le noir. Les polonais sont prets. Les reflexes de guide de Vidian prennent le dessus et le voila en tete de colonne. 4400m, il recupere le sac des filles polonaises. 4500m, un des gars abandonne. 4650m, le deuxieme aussi. Vidian se retrouve avec les deux nenettes polonaises qui commencent a etre raclees.

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     "Acclimate, je marchait presque normalement et devait attendre les filles regulierement. Le lever de soleil etait vraiment magnifique mais le vent s'est alors leve. Malgre mes quatre epaisseurs et ma doudoune, je n'avais pas si chaud et chaque pause me glacait. Mais elles me faisaient confiance et c'etait trop tard pour filer seul. Coince. 5200m, Evelyna et Carolina tombaient de plus en plus, trebuchaient et etaient a bout de souffle. Un passage de glace particulierement peu evident leur a donne la frousse. Le temps commencait a se couvrir et je voulais filer au sommet vant qu'il ne soit trop tard. Mais les polonaises me retardaient et bientot, ce fut du vent, de la neige et un brouillard a couper au couteau. Le froid me mordait le nez. Les fumerolles de souffre me rappellaient que je grimpait un volcan. Aucun moyen de trouver un itineraire correct dans cette puree de pois. Les polonaises n'en pouvaient plus. Il ne manquait plus que 300m pour atteindre le point culminant et crier la victoire. Il faisait de plus en plus froid. Partir seul, abandonner les filles pour une descente peu evidente? J'avais fait des promesses de prudence. Nous avons decide de rebrousser chemin. J'etais heureux d'etre arrive a 5400 mais bien frustre aussi."

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     Vidian desescaladera le volcan jusqu'au camp de base, avalera un bout de pain et du fromage et partira avec un choco dans le bec pour redescendre en 1h les 1000 metres de denivele le separant de la mosquee, puis 2h de plus pour atteindre finalement la route de Teheran. Un routier le prendra dans son camion-benne et lui offrira meme un jus de fruit avant de le deposer dans la banlieue de Teheran...Des souvenirs plein la tete et des bornes dans les jambes, il retrouvera avec bonheur le confort de l'appartement de Kianouch et les pizzas du coin!!

    En route vers l'Occident. Voila presque une semaine que nous avons reserve notre billet de train. Quelle anticipation! Charges comme des Fistons (!), avec les "craquages" d'Armelle pour toutes sortes de tapis et malles en tissu ("mais si mais si, je te promets que c'est moi qui les porterai, allez ca vaut le coup!"), nous debarquons a la gare de Teheran. Alors qu'Armelle se fait tenir la jambe par une jeune femme iranienne, une vraie, Vidian part explorer la gare a la recherche d'un telephone, pour que la radio francaise puisse nous contacter dans 1h. Pegah explique a Armelle comment s'appliquer les 5 tonnes de maquillage quotidiennes, et ou aller pour se faire refaire le nez et gonfler les levres. Et aussi comment trouver un petit copain qui soit capable de faire chauffer la carte bleue a tout moment. Seule petit pouvoir des femmes en Iran: exiger un mari qui leur permette de vivre tres confortablement. C'est elle qui decide, a la maison. Alors, au temps des petits copains, elles les testent. Vidian a trouve un telephone, on a rendez-vous dans 30 minutes, derriere un guichet...Les 5 minutes de conversation telephonique passent vite, avec en bruit de fond le haut-parleur de la gare...Il ne nous reste plus que 15 minutes pour attraper le TransAsia Express, destination Istanbul!

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     Nous retrouvons dans le train Amelie et Stephane, rencontres il y a quelques jours pres de Persepolis. Des jeun's comme on les aime, qui savent profiter de l'instant present, qui voyagent aussi tres "cheap", un tres beau couple en plus, et surtout des amateurs de coinche et de bieres au soleil sur les terrasses. Bref, des amis.
     Istanbul, on y sera dans...66 heures. Avec le retard, ca fera du...72 heures. Mais entre temps il faudra: passer au petit matin la frontiere iranienne apres un checking complet de notre compartiment, jouer au foot avec des fous, attendre 3 heures le tampon de sortie et surveiller son passeport (laisse au guichet) parmi les 100 autres redistribues a la criee dans la petite gare. Puis, quelques kilometres plus loin...LES FILLES PEUVENT ENLEVER LEUR VOILE!!!! NOUS SOMMES EN TURQUIE! Les Iraniennes, dont on nous avait dit qu'elles retireraient victorieusement leurs fichus des la frontiere passee, sont en fait assez timides...et aux douanes turques, Amelie et Armelle seules ont ose...Et se sentent un peu observees!

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    Puis, passage du lac de Van, en Turquie. Non, non le train ne contourne pas l'etendue d'eau. A quoi bon? Il suffit de monter sur un ferry et traverser, pour recuperer le train turc de l'autre cote! Avec le retard, nous sommes reveilles a 1h du mat' pour monter dans le bateau, surchauffe. Dormir comme on peut sur des sieges inegaux, et redescendre 5h plus tard pour decouvrir un train turc bien moins classe que le precedent. Couleurs froides, pas d'eau fraiche dans les compartiments, pas de tapis par terre. Et pas de toilettes turques, le comble! Nous approchons de l'Occident, c'est sur.

     Dans le wagon restaurant, ou nous passons la plupart du temps en faisant semblant de siroter du the, nous faisons connaissance avec nos compagnons de voyage iraniens. Un bande de gars, la trentaine, qui aiment rire et chanter. Surtout Akbar, champion de boxe ultra-baraque, qui nous fait mourir de rire a imiter une femme se maquiller. Mais en creusant un peu...ce sont des immigres clandestins. Quelle tristesse. Nous les faisons parler, un gros noeud dans le ventre. Ils parlent a peine anglais, mais sur leur petit lexique gribouille est marque: "Your country is my dream". Passage de la Turquie a la Grece se fera par la nage, ou caches dans des containers, ou sous une voiture. Puis, rejoindre Paris et y racheter un passeport. Et enfin, Londres, ou la famille devrait les accueillir. Mais chaque passage de douane, organise pour eux par des passeurs, est un vrai racket. 9000 euros au total. Un sacre pactole en cash qu'ils gardent precieusement au fond de leur poche. Pas de bagages. A quoi bon, s'il faut nager?

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     Mais ca fait quoi d'etre chauffeur de train? Bein...on va demander! Et meme...tester! Pendant 3 heures, avant d'arriver a Istanbul, Vidian se fait de nouveau copains, et reste dans la loco a siroter des thes. Dans la vie, il faut oser!

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     Istanbul, que tu es belle! Arrivee incroyablement plus facile que nous l'imaginions...Sans Lonely Planet (guide), nous ne savons ou aller pour trouver un hotel pas cher dans cette ville immense, ou les prix ont tout d'un coup depasse notre budget quotidien jusque-la. Nous nous laissons guider par le destin, prenons un bateau pour traverser le Bosphore et ainsi quitter definitivement le continent asiatique pour l'europeen (arghh!), et aterrissons une guest house a 23h, qui nous autorise a dormir par couples dans des lits simples de dortoir...gigantesque economie!
    La suite, vous la saurez bientot. Laissez-nous juste le temps de provoquer quelques anecdotes!

    Bientot de retour...ca se voit sur la carte...et dans la rue! Et que les bieres sont bonnes sur les terrasses...

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    Armelle et Vidian