Julley, Julley!

    Nous revenons tout juste de 8 jours de vagabondage a travers les montagnes du pays ladakhi, entre Leh et Timosgam. Et quelle n'est pas notre surprise de retrouver Leh encore une fois transformee par le beau temps et la douceur de l'atmosphere. Les temperatures a notre reveil sont de l'ordre de 2 degres, une fournaise!

     Un matin pas comme les autres. Le reveil est la pour nous rappeller qu'aujourd'hui, nous partons marcher. Sirotant notre the, un sentiment s'eveille: la hate d'en decoudre avec la montagne, malgre une petite flemme de quitter notre adorable famille. Dehors, il neige et un brouillard s'est leve avec nous. A 9h, nous nous levons, pour partir, mais notre geste est vite interrompu par Amaley. "Fait pas beau les enfants, faut pas partir et je vous prepare des chapatis". Va pour les chapatis, Maman! La cuisine est un lieu de paix et de contemplation. Abaley revient tout humide de ses ablutions matinales. Abiley, la fantastique grand-mere paternelle, enchaine les "Om Mani Padme Um", cette priere si simple. Ses doigts courent sur les petites boules de bois de son chapelet et ses rides s'animent a chaque louange. Hop, un petit tour de moulin a prieres, Abaley et ses chaussettes de cuir disparaissent, pendant que nous devorons les chapatis avec du beurre sale. Oun Delissse! Un dernier sourire et nous chaussons nos grosses godasses. Ah le contact du sac sur le dos...

    Histoire d'une petite galere. Le projet est simple: parcourir un trek connu pour etre relativement simple en ete. L'hiver et la neige nous donneront un peu d'authenticite. Et pour corser le tout, pourquoi pas partir de Leh, itineraire qui n'est precise nul part? Nous partons avec une carte sans echelle, une boussole enfouie dans le sac, notre bonne humeur et les merveilleux chapatis d'Amaley dans le ventre. On recupere au passage Celine, qui veut tourner une nouvelle sequence avec Armelle au col. Et c'est parti pour le show! Un temps de Jesus, une chaleur ecrasante (au moins 15 degres!), et le soleil qui nous tape sur la tete. Vidian y perd la raison...

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    Nous evoluons dans 50cm de neige bien "croutee". D'une demarche saccadee, Vidian fait la trace. 3h de marche nous menent au pied de la passe. Une pause Maggy (nouilles chinoises), un tournage express et nous voila seuls contre la gravite.

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    Bille en tete, Vidian creuse de belles marches. Une pensee de magret de canard aux pommes le contraint a une pause. Le soleil decline, faut y aller. Pas a pas, la fine equipe s'eleve. Nouvelle pause, cette fois-ci a une salade de gesiers avec des petits croutons. "Faut avancer maintenant Vidian, concentre toi" lache Armelle. Et Vidian qui repart, en laissant de cote le poulet a la biere qui lui trotte dans la tete. Yalla! 4186m: panorama magnifique. On marche dans le ciel.

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    Au loin apparait un tache...surement Phyang, notre objectif de ce soir. Le soleil ne va pas tarder a passer derriere les cretes, ne trainons pas. Descente d'enfer sur l'adret (versant sud) entre les rochers et les neves, dans de grandes glissades plus ou moins controlees. Tiens des traces de chevaux. Voila le horseman, les dents quasi-inexistantes et arborant de belles-fausses Ray-Ban sur un visage burine par le soleil. "Julley, Phyang loin encore?" (pas encore couramment le ladakhi!). "Bah oui, ca, c'est Leh...faut passer ce col pour atteindre Phyang" dit-il en poitant du doigt la montagne dans notre dos. La zone construite que l'on voit est en fait une banlieue de Leh. Super. On se retourne en grimacant et fixons le col vertigineux qui se dresse devant nous. Bon. Depites, on decide tout de meme de planter la tente sur un replat en direction du col. Pas de cartes, les godillos trempees, le temps qui se couvre...les nazes! Les plats-tout-faits qui faisait notre fierte au depart s'averent en fait tres epices. On s'endort le ventre creux, le moral au niveau de la mer...

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    Il neige toute la nuit. La temperature est douce. 4h du matin, des cloches tintent. Cloches de Paques qui se font une pause au Ladakh? Chocolat? Ou peut-etre les fetes de Paques sont-elles decalees en fonction du calendrier tibetain? Un henissement. Elles voyagent a cheval les cloches? La poesie s'envole vers une realite beaucoup plus abrupte. C'est le troupeau du gentil horseman edente. Comme le claquement des haubans au port, les clochettes finissent par nous endormir. A 7h, le reveil sonne dans le vide. Pas la "niak". Petit porridge dans la tente. Vidian sort le premier. Comme un bateau echoue sur un rocher, notre tente jaune semble perdue dans ce desert mineral. Aucune corne de brume. Pourtant nous sommes dans le brouillard complet. Le col est invisible. On plie le camp. Resumons la situation: pas de carte precise, pas de visibilite, pas le moral et aucune idee des conditions meteo la haut. En meme temps une certaine fierte nous pousse a passer ce pu":(^% de col. Les yeux d'Armelle trahissent le mieux notre sentiment. Nous sommes sur la route depuis 6 mois, nous marchons dans l'hiver, nous menons une vie plutot rude...Arretons de nous fixer la barre trop haut, redescendons...En chemin, nous croisons Tundup, le horseman. Il file la laine en sifflotant, suivant son troupeau. Plus bas, nous abordons sa tente, ou plutot une subtile combinaison de deux panneaux de toiles agencees de facon a laisser passer le tuyau du poele. Il doit y faire un froid de gueux. Un barbu hirsurte, au milieu d'un fourbis incroyable d'outils, de brosse a dent, de morceaux de bois et de matelas, lave de l'avoine pour ses chevaux. Nous tacherons de recuperer la grande route de l'Indus et rallier Phyang en stop. Fin de la galere?

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    D'une zone militaire a la serenite du village de Likir. Apres avoir quitte notre gentil barbu et sa tente, nous debarquons au sein d'une immense base militaire. Cela ressemble davantage a un depotoir de vieux materiaux, vehicules et batiments, fraichement peints en rose. Ils ont une autre idee du camouflage, ici. Un jeune militaire sikh ne semble pas connaitre Phyang. Des pakistanais entreraient dans ce village que cela ne l'etonnerait meme pas. Soit. Le temps de se decider pour un itineraire, un 4x4 de l'armee nous aborde. Le ton suspicieux du grade nous met en alerte. "Que faites vous ici? D'ou venez vous? Comment etes vous entres dans cette zone militaire sous surveillance??" Comment te dire..."Montez, je ne sais pas ou se trouve Phyang mais je vous y depose!" Laissez faire le temps et le voyage vous conduit tout seul (la ou vous souhaitez ou non). Nous sommes dimanche et voila que notre ingenieur-maintenance originaire de Bombay, repondant au doux nom de Ajay, veut visiter le Gompa de Phyang.

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    Et nous voila a prier dans les differentes chapelles entre chaque pause photo..."Et mes mains sur vos epaules, voila, comme ca, ca va...??" Ajay repart et nous debusquons une petite echoppe qui nous offre la joie d'un paquet de biscuit. Les gateaux engloutis, nous echouons dans une guest-house fermee, au terme d'une traversee du village. Finalement, un petit nepalais de 12 ans et son grand pere nous ouvrent une chambre et nous autorisent a cuisiner dans leur piece a vivre. L'unique piece des "communs" de l'auberge. Nous repartons sans sac, "voler" (sentiment tres fort du marcheur une fois libere du fardeau qu'il porte sur son dos) a travers les champs en levant des escadrilles de perdrix. Le vent et la neige se melent soudain dans un ballet grisatre peu enclin a la joie. Nous rentrons nous rechauffer pres du poele et devorer les National Geographic de la guest-house. Notre diner restera un bon moment, pas tant culinairement parlant (riz et tomates seches) mais dans une ambiance particuliere. La petite piece faiblement eclairee par la lampe solaire, le bleu du mur en torchis, le beige jaunatre des vieux journaux, la chaleur du "chula" (poele), et les regards curieux du petit nepalais et de l'ancetre.

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    Nous repartons le lendemain matin, apres avoir contourner le yack qui broute dans la cour. Interrogations de la journee. Allons nous trouver un vehicule pour Likir? Encore une fois, le voyage placera sur notre route un bus, a peine 15 minutes apres notre arrivee sur la route principale. Nous voila bientot brinquebales dans le mastodonte de metal qui nous porte jusqu'a Likir. Toutes les tetes dodelinent sur le meme rythme, celui d'un disque plutot raye. Un homme du bus nous conduit a la guest-house d'un copain. Sympa, le copain, qui nous accueille d'un grand sourire. Norboo est peintre, sculpteur et faconne aussi des masques. Neuf generations ont fait ce metier avant lui. Il se diversifie un peu avec l'auberge. Nous passerons un tres bon moment a Likir, a jouer avec les enfants de Norboo, dont le cadet de 4 ans est une boule de vivacite et d'intelligence. Debout sur le capot du 4x4 paternel, il nous "scotchera" en sautant simplement a terre, de plus d'un metre, se relevant fier comme un coq.

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    Une ligne de nuage jouera avec nos nerfs de photographes en laissant le Gompa, majestueux, dans la penombre. Un Bouddha dore de 21m aurait pu lancer son regard vers les montagnes blanches qui lancent leurs cimes vers le ciel azur. De mauvais poil, il a du se placer se jour la de cote, sa vue butant sur un versant abrupte. Tant pis. A travers les champs, on surprend des envols de perdrix. L'une d'elles fait un crochet vers le monastere. Un rayon de soleil s'est pose sur le gompa et quatre vieilles en goncha marchent sur le ruban d'asphalte noir. Clic, clac, c'est dans la boite.

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    Soiree merveilleuse, assis dans la cuisine avec toute la famille, a epier le petit gars de 4 ans tenter par tout les moyens d'atteindre un flacon pose sur une etagere. Son pere dejouera finalement toutes ses tentatives a la derniere seconde.La grand mere egrenne son chapelet, le pere recite des mantras, la mere cuisine, la petite fille nettoie des patates consencieusement, la tele grezille...et nous au milieu de toute cette vie, trempant du pain maison dans du yaourt maison. Petit bonheur.    

    Entre des cols a 3750m. Petit dejeuner gargantuesque a Likir: the au lait, chapatis, beurre et confiture. On se croirait chez Maman. Cela a du bon de se trouver dans des guest-houses parfois. De ce village commence alors le "Sham Trek", celebre en ete, desert en hiver. Une chance. Traverser le village, laisser le boui-boui sur la droite et prendre la sente qui descend vers le torrent, a gauche du chorten (petit monument a priere)."A gauche mon capitaine, a gauche!" Tintin (au Tibet), quand tu nous tiens. Vidian, comme un effort expiatoire envers ses divers arrets pour cause culinaire, se lance le defi de ne s'arreter qu'au col...En prenant un rythme de vieux savoyard, il enroule un pas lent mais constant et se hisse d'un trait jusqu'au col. C'est fou comme la volonte est une histoire de...volonte. Armelle suit en marchant sur son bonnet. Un ancetre en goncha semble racler la route pour on ne sait quelle raison. Petite discution d'altitude. Il plisse les yeux, ebloui par le soleil. Vidian lui passe ses lunettes et un grand moment se joue alors. Il enfile les lunettes comme il hesiterait devant un nouveau medicament puis, les verres sur le nez, regarde les montagnes et leve un pouce en s'extasiant: "Ma Demo Duk!" (en language courant: "c'est de la balle!"). Nous plongeons ce souvenir comme un corps mort au fond de notre memoire. Voila le village convoite.

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    Yangtang est un amas de six grosses maisons au bord du vide. Un charme fou, un silence royal. Padma nous accueille dans sa cuisine d'hiver, au parquet lime par les ans. Elle est belle, Padma, sa goncha bordeaux et ses chaussures traditionnelles au bout releve, pour eviter d'ecorcher la terre. Une gamine nous sert le the. Nous realisons soudain que cette enfant ne nous est pas inconnue. Elle est en effet presentee en photo sur la carte professionnelle de Celine, la francaise qui tourne des documentaires. La petite se marre a la vue de la carte et part chercher la vraie photo...
    Encore une fois, notre excursion dans le hameau est source de serenite. Au coucher du soleil, les betes reviennent d'elles-meme vers les etables. Armelle craque pour des chevreaux adorables. Une conduite forcee tombe vers un generateur electrique. Independance energetique et minimisation de l'impact paysager. Ca plait beaucoup a Vidian. Retour dans la cuisine ou le ballet des chaussures de Padma est d'une poesie incroyable. Et voila une eNORme assiette de riz aux lentilles. Plus tard, allonges dans nos sacs de couchage, nous observons les etoiles a travers la vitre. Tiens, Orion, qu'est-ce que tu fais la?

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    Il fait 2 degres dans la chambre au reveil, une fournaise. Cela promet une sacree journee. Armelle leve la tete. Une femme au chale bleue ramasse des dejections animales, combustible precieux. Un tzo (mix yack-vache) la regarde pendant qu'une chevre danse sur le mur. Nous sommes au centre de la vie rurale. Encore un petit dejeuner merveilleux. La fumee s'echappant de nos tasses se tord dans une sensualite profonde, sous les feux du soleil. Petite emotion matinale. Nous repartons vers un nouveau col a 3600m. En sortant du hameau, nous croisons un vieil homme. Sa peau tannee contraste avec le bleu intense de ses boucles d'oreilles en turquoise (pierre semi-precieuse). Il est assis en tailleur, dos au mur de terre, face au soleil, et lit les longs parchemins de prieres couches sur ses genoux. Nous garderons cette image toute la journee. Le sentier nous mene au Sermanchen La (La=col en ladakhi), puis au village d'Hemis Sukpachen. Une petite randonnee sympa, qui laisse le temps d'observer le paysage. Des empreintes de loups courent le long de la piste. Au loin, un trou beant, une taniere.

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    Comme par miracle, une femme nous hele depuis le sentier, nous conduit vers sa maison et nous ouvre une chambre baignee par le soleil. Encore une femme adorable. Encore une gamine trop mignone. Encore un village qui nous charme. Nous avons la chance de profiter du calme hivernal car la saison venue, ce sont des dizaines de groupes d'Israeliens, de Francais, d'Allemands...qui deferlent sur ces villages. Ainsi, nous sommes recus au coeur des familles, et partageons leur quotidien, aidant parfois (quand ils nous laissent le faire) aux taches menageres. Encore un avantage de voyager en hiver. En l'espace d'une apres-midi nous irons de surprise en surprise. Tout d'abord, l'essayage de la goncha de Diskit, notre hote, par Armelle. De voir cette femme s'amuser comme une enfant a deguiser l'etrangere, allant chercher un chale plus approprie, ou rectifiant un pli, est absolument genial. Armelle est radieuse.

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    Puis, de vagabondage dans le village, nous tombons sur le DA, le concours de tir a l'arc, reserve aux hommes UNE seule fois par an. De tous ages, les hommes boivent du tchang et tentent, avec leurs arcs de bois et leurs fleches plus ou moins tordues, d'atteindre la cible. Vidian aura l'honneur de s'essayer...et battra un reccord, celui de la fleche tombee la plus pres de la zone de tir!

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    Nous poursuivons notre chemin, et restons en admiration devant une belle vache brune qui nous observe derriere une porte de bois ajouree. Le temps de faire connaissance et le proprietaire du bovin nous invite a prendre un the. Un de ces moments uniques et qui deviennent rares, malheureusement. Une invitation gratuite, pour discuter, echanger et sourire. Voici le coeur des Ladakhis. Tundup Namgyal est un artiste: il peint et sculpte. Son pere est une carte postale vivante. Le chapeau traditionnel sur le crane, assis en tailleur face a un beau yack noir, il est baigne de lumiere et recite des mantras, la thermos a ses pieds, la tasse fumante. Fantastique. En revenant vers la gompa, un groupe de femmes sans ages nous invitent a partager un peu de tsampa. Elles filent toutes la laine, se racontent des histoires et rigolent, beaucoup. Quelques mots de ladakhi et la discution s'engage, articulee autour des eclats de rire. Elles evoquent le Chenmo (yeti) en observant la barbe de prophete qui grignotte le visage de Vidian. Simplicite rare. De retour a la maison, Diskit file la laine a cote du poele. La laine dans une main, l'autre fait tournoyer la quenouille de bois, et le fil se cree comme par magie. Des moments simples comme ceux vecus cette apres-midi sont le moteur de notre voyage, l'essence meme de notre vagabondage.

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    Trop chaud. Nuit mauvaise. Humeur maussade, surtout pour Vidian. Le col devient une epreuve de volonte. Marre de tout. Envie de tout envoyer balader. Marche silencieuse et triste, muree dans nos pensees. Chacun attend de l'autre quelque chose qu'il ne comprend pas. Ca arrive! Le ciel est pur, poussant a la contemplation. Mais nous sommes en mouvement, et le village doit etre atteint ce soir. Timosgam apparait bientot et s'allonge le long d'une piste en lacets. Nous atterissons chez la soeur d'Abaley, dans une immense maison. Batisse-forteresse, allure moyen-ageuse. Tsering ne parle pas anglais et le contact est finalement assez froid et detache. Nous nous attendions a peut etre plus d'effusion! Alors le the prend une saveur differente et une petite sieste range nos pensees dans les bons tiroirs. Armelle retrouvera le charme des chevreaux et Vidian leur donnera le biberon. Le diner est excellent et le ballet des chats et chatons nous occupe bien...

    Fin de trek, poursuite de l'aventure. La nuit est bonne. Le soleil brille. Armelle se lave un peu. Vidian se decrasse la figure...et remet le meme t-shirt depuis 15 jours. Va comprendre...Vidian semble avoir perdu sa mauvaise humeur en meme temps que son bonnet, sur un mur le long de la piste. Nous sommes en simple polaire ("micro-polaire" pour les inities au language complexe de l'equipement de trek) sous un soleil tres "calorifique". La creme solaire est restee a Leh et Armelle semble s'etre brule la paumette ces derniers jours. Brulee par le froid, brulee par le soleil, Armelle en aura fait voir de toutes les couleurs a ses joues! Le "sham trek" s'arrete la, officiellement. Nous, nous poursuivons notre peregrination au coeur du pays ladakhi. Nous descendons au village de Nurla, ou est ne notre Abaley. Le voyage mettra sur notre route des femmes attendant le bus. Nous posons les fesses sur nos sacs et laissons le temps s'ecouler. "Better later than never" dit le panneau au dessus de nos tetes....Ouais!

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    Crissement des disques de freins, evacuation de la pression dans un grand pshiit, le bus nous laisse sur le bord de la route. Quelques poignes de nouilles avalees au bord d'une riviere et nous voila sac au dos, en direction du monastere de Rizdong. Des barals (chamois du coin) jouent les funambules sur les versants ocres des montagnes. La nonnerie apparait plus loin. Nous y deposons un petit globe lumineux, cadeau de Celine aux soeurs, chez qui elle avait dormi une semaine plus tot. Nous partageons un the avec ces gamines de 9 a 17 ans drapees de rouge, et rasees. Armelle y est accueillie pour la nuit, sous le sourire de la plus petite au regard d'ange. Armelle y laisse son sac, nous nous remettons en marche. Ascension lente le long de la route qui serpente. Et voila le monastere qui se decouvre au dernier moment. Adosse a un cirque rocheux, majestueux, il impressionne. Une ecole se niche a ses pieds, ou Vidian se delaisse de son sac pour gravir les marches.

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    Deux moines nous invitent a les rejoindre. Un jeune de 17 ans, Stanzin, parlant la langue des rosbeef, nous accueille. Nous parcourons bientot  les diverses salles de prieres avec lui avant de prendre un the, assis sur les marches de chaux blanches. Un jeune moine en tunique est assis en tailleur sur un pont de bois au dessus du vide, le regard perdu vers les cimes enneigees. Les quatres moines presents durant l'hiver accueillent le barbu pour la nuit. Armelle repart bientot vers chezles filles". Deux anes deambulent entre les batiments commes des chats dans une maison. Une autre echelle. Alors qu'Armelle retrouve les soeurs, Vidian grimpe dans la montagne a la recherche de lumiere, avant de partager le diner des moines, une bonne thukpa. Sa cellule est rustique, mais il ne fait pas froid. Armelle se leve pour entendre le chant melodieux de la priere des nonnes quand Vidian a deja parcouru le monastere avec Stanzin pour reveiller les dieux, et allumer le feu pour la thukpa du matin. Des moments magiques. Il repartira bientot, pour retrouver Armelle en train d'apprendre l'ecriture bouddhie au milieu d'un cercle de tuniques rouges et oranges.

    En route pour Alchi. Lente descente vers la route ou nous avait laisse le bus la veille. Des vehicules passent sans s'arreter. Et comme par magie, un bus stoppe, nous depose au debut de la route pour Alchi, et le 4x4 d'un ingenieur du Cashmire nous pousse jusqu'au village...qui ressemble a un chantier. Les maisons s'aggrandissent dans des nuees de poussieres. Et fleurissent partout des inscriptions allechantes pour les touristes estivaux: german bakery, we serve pizza, best guest-house in Ladakh...Une pause the-cracotte-locale nous reanime un peu et nous decouvrons bientot les fameuses peintures extremement anciennes du monastere, le but de notre venue. Mille bouddhas ont ete peints a la main, tous uniques et d'une finesse extreme. Nous ne connaissons pas toute la symbolique mais avons appris que certaines peintures en relief ont ete faconnees avec la cendre des morts. Nous restons un moment a observer ces fresques...

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    L'aventure prend fin mais une derniere epreuve nous attend, le retour a Leh. Nous marchons 4 kilometres dans un decor desertique pour tomber sur l'Indus et sa route salvatrice. Une grotte trone au dessus de la route. Si la poisse s'empare de nous, cette cave nous servira de refuge pour la nuit. Des camions, 4x4 et autres vehicules en tout genre passent, et parfois repassent. Nous avons confiance, notre heure n'est pas encore venue. Alors Vidian sort son harmonica et entonne un air des beatles, pendant qu'Armelle dechiffre le fonctionnement de l'instrument. Et voila qu'un bus apparait a l'horizon, puis s'arrete. Nous grimpons dans la carcasse 3 heures les pistes cahoteuses en direction de Leh. Des alignements de cailloux semblent delimiter des parcelles de sable le long de la route. Des petits cailloux tout simplement, comme gage de parcellisation. Imaginez l'interview:
"Tashi Tundup, bonjour.
- Bonjour.
- Quel est votre metier?
- Je suis geometre au ladakh, en charge de la delimitation de parcelles pour les futures extensions des communes.
- En somme, vous alignez des petits cailloux.
- C'est ca, mais c'est beaucoup plus profond, et puis, vous savez, c'est une histoire de passion, j'aligne des cailloux depuis ma tendre enfance.
- Tashi Tundup, merci et au revoir.
- Merci, au revoir."

   Retour a Leh. Le raccourci derriere la station de bus nous permet d'observer les fesses d'un travailleur nepalais, faisant tranquillement son besoin face a la montagne, dos a nous. Bienvenue a Leh. Nous retrouvons avec plaisir la maison. Et Amaley nous charme en nous offrant un bon the avec des toasts au beurre. Qu'on est bien!

   Bonnes bises, comme d'hab'!

   Armelle et Vidian

   PS: En bonus: souvenir d'une pause the a Sumdo....

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