Julley (comme on dit ici)!

    Les inities auront reconnu...he oui, nous sommes a Leh, au Ladakh...!! Vraiment desole d'avoir ainsi echappe a votre attention...Nous avons fuit Delhi il y a quelques jours, et apres avoir joue au chat et a la souris (plutot les rats ici) avec le destin, nous avons reussi a atteindre ce paradis de froid et de neige, qui constitue le deuxieme grand objectif d'Instinct Nomade. Nous en sommes profondement heureux, et l'ivresse de l'altitude contribue a nous mettre depuis 2h dans un etat second...mais calmons-nous et prenons le temps de raconter ces derniers jours bien mouvementes.

india_map2

    Il y a dix jours environ, nous avions debarque a Pahar Gang, l'un des quartiers populo-touristiques de la capitale indienne Delhi. L'Inde change a toute vitesse, mais Pahar Gang reste bien le meme. Aux dires de vieux routards et selon les souvenirs "vieux de 4 ans" de Vidian, ce quartier draine toujours autant de babas au look de cools, s'affichant sans honte avec un pantalon rouge trop court, un bonnet violet en equilibre sur la tete, des dread locks multicolores, ou des piercings en bois dont la largeur nous donne le tournis. Bref, avec nos vieux pantalons taches par 5 mois d'itinerance, nos polaires qui sentent encore le mouton de Mongolie et nos grosses godasses de marche, nous ne sommes pas tres tendance! Seule la barbe qu'arbore Vidian avec fierte nous relie sensiblement a la mode des "fous de l'Inde". 

DSC_0039

     Bien, passons aux choses serieuses: les visas. Entre quelques recherches de renseignements sur notre route pour rejoindre le Ladakh, nous partons a l'assault des bureaucraties pakistanaise et iranienne, aussi "bermudiens" que celle de l'Inde. Effectivement, nous ne sommes pas dans un triangle, mais il y a des raisons de se perdre, et d'y perdre la tete. Voyez un peu.
     Visons le Visa Pakistanais. Une lettre de l'ambassade de France, detaillant simplement notre attachement a la civilite francaise (numero de passeport...) est essentielle. Mais vu les conditions du moment, la France ne veut s'engager dans aucun deplacement touristique dans cette zone. Dans un eclair de genie, nous demandons ce type de lettre pour l'Iran, ce que le fonctionnaire accepte. Nous retournons a l'ambassade du Pakistan et tentons d'amadouer le petit pakistanais a lunettes derriere son comptoir a barreaux, en vain. Des belges (une fois!) nous explique qu'une simple lettre officielle avec tampon suffit, meme une lettre expliquant que l'ambassade refuse de rediger une telle lettre..!!! On marche sur la tete mais on tente le coup. Retour en "France", ou le fonctionnaire nous regarde avec des grands yeux ebahis. "Oui, oui, meme une lettre expliquant que vous ne voulez pas ecrire une lettre!" Faut avouer que cela a l'air un peu idiot mais quand on n'a pas le choix. Il reste interdit un moment, prend une grande inspiration, et nous explique calmement que la France ne veut PERSONNE au Pakistan. Point mort. Retour au "Pakistan" ou les belges recuperent leurs visas. Vidian retente le coup et montre la lettre de l'ambassade de France pour le visa iranien...Alors qu'Armelle papote, Vidian revient avec une banane a se decrocher les oreilles, il est hilare: "On recupere nos visas pakistanais apres demain ma grande!! Ca a marche! YALLA!!!" Nous n'en revenons pas et n'arrivons pas encore a y croire. Un bonheur, un probleme. Comment expliquer la perte de la lettre a l'ambassade de France pour obtenir notre visa iranien? Nous sortons notre joker...
    Par le biais du voyage, on apprend a rencontrer des gens extraordinaires. La famille Coffrant appartient a cette categorie de personnes. 50 ans d'expatriation, des pays en guerre comme l'Algerie, l'Iran ou encore le Pakistan, puis l'Inde depuis pres de 25 ans. Inepuisables en histoires et anecdotes, passionnants par leurs connaissances geo-politiques et leurs regards sur le monde, Jacques et Nane Coffrant nous ont recu de maniere admirable, flattant a chaque fois nos papilles en sortant grands vins de Bordeaux, Porto et cuisine francaise. Nous exposons notre aventure pakistanaise a Jacques, qui rigole bien. Connaissant bien du monde a l'ambassade de France, il nous y conduit. Les portes s'ouvrent devant nous comme dans un moulin et nous nous postons dans le bureau du fonctionnaire que nous avions largement sollicite la veille. Jacques Coffrant explique l'affaire (lettre perdue par erreur dans un demenagement de chambre a Delhi)...et comme par magie, le fonctionnaire de l'ambassade, d'abord reticent, finit par rediger la lettre, soumis. Jacques lance un clin d'oeil en coin que Vidian n'oubliera pas de sitot. Lettre en poche, nous filons de "France", tout heureux de notre coup. Le reste des demarches de l'ambassade d'Iran se poursuivront normalement.
     Pour ceux qui s'inquietent: nous avons voulu nous occuper de ces histoires de visa, meme si notre passage au Pakistan n'est pas encore sur a 100%. Nous continuons a rester tres au courant de ce qui s'y passe et aviserons en temps voulu...

DSC_0023

    La ville grouille de rickshaws noir et jaune, de scooters Bajaj, de motos Pulsar, de velos Hero, de chiens errants et pas moins de vaches qu'ailleurs. De grands quartiers arborent des allees plantees, des prairies vertes, des rues propres. Les ronds points deviennent des jardins sur lesquels les ouvriers s'endorment volontiers. Nous nous balladons au gre de nos diverses occupations administratives. Nous quittons Pahar Gang pour Jungpura Extension, loges par Rachel, travaillant a l'Alliance Francaise. Depuis un appartement immense, nous observons la vie locale dans un quartier populaire tranquille. L'ecole en face de l'immeuble, les petits vendeurs dans la rue, ou nous allons acheter notre pain, nos oeufs, nos legumes. Que c'est agreable! Et puis nous passons de bonnes soirees en compagnie d'Olivier, journaliste francais venu en Inde pour, entre autre, apprendre la langue, ecrire, marcher et faire du parapente. Discuter du rythme du monde, des reves les plus fous, des projets les plus fantaisistes, le tout dans un petit boui boui a l'accent international, est un petit bonheur simple. 

DSC_0084

     Finalement...nous nous decidons a partir vers le Nord. La route Delhi-Srinagar n'est pas une voie facile. Elle se faufile deja entre les premieres ebauches de l'Himalaya, et il n'est pas rare de la voir fermee en cette saison, pour cause de neige. Par chance, elle vient de re-ouvrir lorsque nous achetons les billets de bus, et on nous promet un depart pour le sur-lendemain, yalla!

    Une delicieuse plaquette de chocolat et un petit pot de creme de marron bien de chez nous se glissent dans notre sac au moment du depart. Merci les copains. On en salive deja...mais decidons de garder tout ca pour les moments...difficiles. Avec notre petite flasque de Calvados (merci la famille), ce sera parfait! Vingt-quatre heures de bus nous attendent...plutot cool! Finalement, la traversee de la Mongolie en minivan russe nous a vaccines (rappel: 80 heures sur des routes defoncees, a 14 dans une vieille camionette russe)...Nous nous retrouvons dans un superbe car et n'en croyons pas nos yeux! De vrais sieges avec de la mousse dessus et du tissu, c'est royal! De bons espoirs de passer une nuit correcte. Attente. Nos  premiers cashmiris sont la, sous nos yeux: de sacres personnages, au physique se rapprochant du type perse, toujours l'air fier. Et de sacres margoulins aussi....A peine partis de Delhi, nous nous retrouvons deja avec une dizaine de cartes de visite nous promettant de bons prix pour l'achat de merveilles en cashemire. Bah tiens! Nous repondons "oui, oui" et sympathisons, car il faut avouer, ils ont raison d'essayer!!!
    Berces par les virages, la route nous semble excellente et, au petit matin, a travers nos yeux a peine reveilles et le brouillard intellectuel, nous apercevons nos premieres montagnes enneigees. Quelle joie! Le Ladakh, dont nous revons depuis si longtemps, approche a grands pas (a moins que nous approchions de lui)...

DSC_0002

    L'arrivee a Srinagar est...comme d'hab'! Des dizaines de rabatteurs (des cashmiris, les plus tenaces) nous assaillent et nous proposent divers hotels. C'est a celui qui criera le plus fort ou reussira a capter notre attention. Nous nous degageons de ce qui est devenu une escorte d'une quinzaine de barbus. L'un d'eux fini par nous rattraper:
" - Good rrrrooms for you, cheap prrrice!
  - ...
  - Wherrrre arrre you going?
  - Au parc Asterix!!!
  - ...???...
  - (rires contenus)
  - ...yes I know! He's also my cousin!
  - (on explose de rire)!!!
  - You don't believe me???"

    Guest House trouvee, notre premier objectif de la journee (deja bien entamee) est de trouver un moyen de rejoindre Leh, capitale du Ladakh. Nous sommes en hiver, et la route est fermee jusqu'en mai. Bien. Evidemment (vous commencez a nous connaitre), nous aurions ete bien tentes de rejoindre ce paradis en marchant. Le Zoji la, col a un peu plus de 3500 metres separe Srinagar de la vallee de l'Indus, donc Leh. Malheureusement, aucune agence de trekking ne veut s'engager dans cette course en montagne. Les risques d'avalanche sont trop fort. Et puis, il n'y a pas a dire, il commence a faire vraiment tres froid. Nous n'allons pas tenter le diable. Instinctivement, et puis nous n'avons plus le choix, la seule solution reside dans l'aerien. Pas de montgolfiere, encore moins d'ULM, on ne sait pas encore faire de parapente...Alors rejoindre le Ladakh en avion s'impose...De toutes facons, nous avons le temps de jouer les aventuriers durant le mois et demi qui vient!

     Probleme. Premierement, devoir prendre l'avion est pour nous une petite deception: c'est le premier depuis notre depart de France. De plus, il est assez cher. Evidemment, nous avons entendu parler d'un vol militaire pour le Ladakh, tres bon marche...mais il est difficile d'avoir des informations rapidement, et un vol pour le lendemain matin nous est propose par l'Indian Airlines. Allechant, car il est tres rare d'avoir des places aussi rapidement...et puis...etre demain au Ladakh: Banko! On craque et cassons la tirelire...gloups, c'est pas rien.

DSC_0016

     Seulement voila: le lendemain, a l'aeroport, une petite voie fluette nous annonce que...le vol est annule. Mauvaises conditions climatiques, qu'y disent. Nous ne faisons vraiment pas les fiers, assis tout penauds sur nos sac, dans un hall qui se vide rapidement. Nous restons de longues minutes a nous demander comment, mais comment? rejoindre Leh. Nous venons a peine d'arriver a Srinagar, une ville pourtant magnifique, et avons a peine eu le temps de nous y balader. Et voila que s'annonce encore une journee galere a trouver une solution. Le vol de la semaine prochaine est plein, est celui de la semaine d'apres est plus cher.
     Nous entendons parler d'un vol militaire tres bon marche pour Kargil, de l'autre cote du col. Nous courons au bureau du tourisme, appellons le responsable militaire a Kargil, puis attrapons un rickshaw et debarquons a la Kargil House pour nous entretenir avec un autre responsable. A croire que tout le monde est responsable au cashmire!! Nouvelle deception. Plusieurs vols ont ete annules pour cause de tempete de neige et la liste d'attente est longue de 2 semaines...et rien n'est sur que de pauvres bipedes francais comme nous puissent embarquer a bord de l'aeronef, normalement reserve aux locaux. Pantelants, nous repartons vers Indian Airlines et reussissons a trouver un vol au depart de Jammu le 25 janvier (voir carte). Il est 18h, il fait nuit, nous avalons un plat de lentilles et partons dormir.

     Le lendemain, depuis Srinagar, le bus pour Jammu mettra 7h...pour casser ses suspensions arrieres. Aux aguets, assis au bord de la route, nous attrapons un autre carcasse metallique a 4 roues. Installes dans le cockpit, nous serrons les fesses, comprenons que la route est belle, mais bien dangereuse. Mais pourquoi s'inquieter? Nous passons loin du bord du precipice: 15cm, c'est bien suffisant!! Qu'est-ce qu'ils ont ces touristes a flipper? Courte nuit a Jammu. Nous rencontrons des Ladakhis qui devaient prendre le meme avion que nous il y a deux jours. Chaque etape de gagnee est une victoire. Checking des bagages. Yes. Controle des billets. Re-Yes. Identification des sacs et salle d'attente. Re-re-yes. "The passengers...flight to Leh...please security check..." Yes, yes yes et yes!!!
     Dans un vacarme pas possible et une puissance que nous ne connaissions plus, notre oiseaux de fer s'arrache a l'attraction terrestre. Ouah! 45 minutes de vol suffisent a nous emmerveiller, a compter les sommets qui crevent les nuages. Nous touchons presque de l'aile les montagnes et atterissons dans un mouchoir de poche (blanc!). Essayez donc de vous garer a 100km/h dans un parking, vous ressentirez peut-etre le meme effet!! Il fait -20 degres, et une petite nebulosite nous acceuille. Bientot, nous retrouvons ces visages mongoloides, ces sourires, ces rues qui sentent le kerosene, ces "Julley" (bonjour, merci, svp...) si caracteristiques...Trop bon d'etre la!!

DSC_0052

      Les projets en quelques mots? Nous acclimater...et ca prendra bien une semaine! Nous venons d'entendre parler d'un festival ladakhi les 5 et 6 fevrier...why not??? Et puis, nous allons laisser germer en nous les diverses idees de treks, allons verifier leur faisabilite et vous tenons au courant!

     Nous sommes toujours aussi fans de vos commentaires, ils nous donnent d'un message a l'autre envie de prendre soin de ce blog...et vous embrassons!

    Armelle et Vidian