Namaste a tous (n'oubliez pas de joindre les mains au niveau de votre visage)

    Lundi 31 decembre 2007, 21h. Fatigues par des dizaines d'heures de bus (nous arrivons du Nepal), nous deambulons dans la ville sainte de Varanasi (Benares) avant de finalemnent trouver les parents d'Armelle dans une chouette guest house donnant sur le Gange. Nous nous affalons autour d'une bonne biere (morbleu! que c'est bon toutes ces petites bulles qui courent sur la langue!) et tentons de raconter nos differentes aventures respectives. Nous disons bien "tenter" car la soiree s'annonce en musique, et le plafond sonore nous explose la tete. Derriere nous, un couple de danseurs frenetiques s'execute au son de la citare et des tablas. Nos oreilles tremblent comme des caissons de basse. Notre peau colle joyeusement. Nous sommes en tres bonne compagnie. Tout va bien. Un curry plus tard, l'heure fatidique approche. Et c'est avec quelques minutes d'avance, les indiens ne tenant plus, que de gros petards nous annoncent le passage a la nouvelle annee. Des CDs prennent le relais et dans un bazarre musical fantastique, un gros gateaux cremeux et multicolore nous est servi...C'est genial. L'ambiance est terrible. Les indiens font partir des fusees eclairantes et autres artifices dans de vieilles bouteilles de coca et bien sur font eclater une longue serie de petards, avant de se mettre a danser au son de Britney Spears! Nous sommes plutot "racles" et partons a notre modeste guest house dormir un peu. Une surprise nous attend. Les reservations, pretendues verifiees par l'hotel ou nous avons fete le reveillon, sont fictives et nous voila a 1h du matin avec une petite chambre double pour 4 personnes. Nous dormirons donc tous sur le lit double. Un grand moment familial! L'annee commence sur les chapeaux de roue!

DSC_0118

    Benares ou la cacophonie. Fraichement (ou pas!) debarques de Kathmandu, l'Inde nous saute aux yeux, a la gorge, aux pieds. Regarder le ballet des barques sur le Gange, s'etouffer dans la circulation incroyable de la ville, eviter les bouses de vaches qui fleurissent a tout les coins de rue...Un spectacle incroyable. Commencent alors 12 jours de tourisme comme nous n'avons jamais fait. Nous suivons le "Routard" presque a la lettre, notre premier guide depuis 4 mois.

    "Faire les touristes" est une nouvelle aventure pour nous et nous tentons de faire de notre mieux pour respecter le guide franchouillard. Nous nous promenons ainsi sur les ghats, ces longs gradins de marches qui plongent dans le Gange, dont les hindous acceptent qu'on qualifie l'eau de "sale", mais pas de "impure"!. Les feux des cremations sont assez prenants. En suivant notre "ami" machant le betel (tout les indins se proclament nos amis et veulent nous aider!!), nous prenons de la hauteur sur le toit d'un batiment et observons le rite des cremations. Les hommes sont les seuls acceptes sur le site (les femmes pleureraient, ca derangerait). Un homme de la famille du defunt doit alors se faire raser la tete et la barbe, puis se purifier en se lavant dans le Gange, avant de revenir allumer le feu sous la depouille. Comme vous le savez, l'organisation sociale indienne suit l'ordre des castes. L'une d'elles s'occupe exclusivement de ces cremations. 200 a 350 personnes sont incineres ici chaque jour. L'odeur y est particuliere et l'atmosphere pesante. Une vieille femme attend la, patiemment. Au moment de repartir,  l'"ami" nous explique que cette femme doit acheter du bois pour sa propre cremation mais qu'elle est sans le sous. Premiere piece ou billet d'une longue serie. Nous descendons d'un niveau et ecoutons sagement les conseils de notre fidele ami indien. Les saddhus (precisement des "illumines", des genres de pretres hindous vivant de l'aumone) ainsi que les enfants de moins de 12 ans, et d'autres, ne doivent pas etre brules. Ils sont alors lestes de pierres et jetes dans le Gange. Pur vous avez dit? Nous repartons quand notre "guide" reclame quelques deniers. Tout est normal selon le Routard, heureusement! Pas toujours envie de s'attarder sur cette partie des ghats, neanmoins. Nous reprenons notre marche.

DSC_0192

    Des vaches, zebus (a bosse) et autres buffles se pavanent sur les marches, posent une bouse esthetique ou machouille un bout de carton avec un air dedaigneux. Odeurs d'etable. Hop 5 roupies pour le saddhu! Une photo? Roupies roupies...Bien savoir prendre une photo sans se faire taxer peut se reveler etre un art. Oh les mignons petits enfants! Bonjour, Namaste. "hello money!" Ah oui, ok, ben non quand meme! Quitter les ghats, prendre a gauche, remonter les marches, eviter un chien qui dort et une biquette qui mache, prendre la ruelle, pouet pouet!, laisser passer la moto, oiitch ladlabala! eviter de se faire ecraser par une petite charette, suivre le mur bleu et entrer sous la petite porte sombre. Nous voici dans l'antre de la fabrication de la soie. En vrai buisinessman, le patron de 25 ans (affaire familiale oblige), nous fait assoir pieds nus sur un immense matelas en guise de parquet. Il fait coulisser doucement un pan de bois recouvert de soiries et ferme ainsi la piece. Vase clos. Grand deballage. Avec un geste de prince, il lance devant nous de superbes pieces de soie. Nous jetons notre devolue sur les etolles. Un bon Tchai (the au lait sucre) nous est offert sur un plateau. L'ambiance est feutree, le patron parle doucement et la soie glisse avec volupte. C'est le genre de moment ou vous pourriez rester des heures a regarder le ballet des chales, comme berce par une musique inaudible mais irresistible. Avec Bruno, surnomme "Papa" par tout les indiens rencontres, nous tentons de donner notre avis a nos femmes, qui ont les yeux ecarquilles par tant de beaute. "Celui est pas mal", "jolie couleur" "super les reflets". Et Armelle qui rajoute "Ah non, celui la n'ira pas avec son rouge a levre". Nous ne pouvons pas lutter face a ses considerations qui nous depassent. Tres bon moment. Le patron est exquis, il m'insiste pas, reste discret et sort toutes les pieces sans vergogne. Derriere lui, des petites mains les replient consencieusement. Encore un petit tchai apporte sur un plateau. nous restons bien 3h et finissons par choisir de belles soiries, a un prix imbattable. Des idees de buisiness fleurissent dans nos tetes, et le patron nous explique comment payer moins de taxe...si c'est pas magnifique!

DSC_0228

    Nous marchons beaucoup, mais aimons discuter aussi les prix des rickshaws. Ces velos a trois roues, dont la selle trop haute entraine le cycliste dans d'invraisemblables contorsions, permettent de parcourir des distances modestes a travers une foule qui semble incompressible. Pourtant, la dexterite du pilote et sa voix nous ouvre le chemin. Il est vrai que nous avons tendance a trouver ca assez rabaissant mais l'argent que nous lui donnons est celui qui lui permet de vivre et les indiens utilisent beaucoup ce mode de transport, tres bon marche. Bruno nous fait plaisir en choisissant de supers restaurants indiens dont les plats y sont tres fins. Un regal. Compares a la France, les prix sont tres interessants mais notre budget de voyageurs au long cours ne nous permettaient pas de courir ces palaces gustatifs. Du coup, on en profite au maximum...nos jours sont comptes et notre programme nutritif aussi! Un soir, nous partons observer la ceremonie des lumieres, sur le ghat principal. Sur le roulement des percussions et des trompes, de nombreux lumignons sont alors poses a fleurs d'eau, le Gange s'illuminant de multiples flameches. Magnifique!

CSC_0295

     6h, nous clignons des yeux en cherchant notre petit bonhomme sur les ghats. Le soleil ne daigne pas encore se lever. C'est une aubaine que nous allons saisir. Tout endormis, nous embarquons a bord d'une petite barque de bois. Nous glissons sur le Gange. Aucun cadavre ni corps de vache a l'horizon. Nous glissons sur le bouillon de cultures qu'est le fleuve sacre et observons le reveil de la ville. Des laveurs s'ereintent deja a tordre le linge, les mollets dans l'eau. D'autres hommes se lavent energiquement. Ils sont presque nus. Nous sommes en polaires. Nous grelottons. Il y a un truc qui cloche. Un buffle se fait laver par son maitre. Des chiens se courent apres sur les marches. Peu a peu, des barques chargees de touristes se melent au ballet aquatique. Des asiatiques, un masque blanc sur la bouche et le nez, mitraillent au numerique, tuant tout le charme. Un mort se fait laver au bord de l'eau dans une raideur cadaverique. Nous gagnons le milieu du fleuve. Ce contact si proche avec la mort est etrange. Le soleil sort de la nuit et lance ses premiers rayons sur la ville sacre. C'est juste beau. Nous naviguons encore quelques minutes, notre rameur faisant la course avec ses acolytes, et prenons pieds a terre. Un gros petit dejeuner nous requinque completement.

DSC_0060

    Varanasi nous a ouvert les yeux sur l'Inde, apres notre sejour au Nepal. Nous avons ete conquis. Mais c'est l'heure de poursuivre notre route vers l'ouest (toujours a l'ouest!), en train pour gagner Kajuraho. Haut lieu touristique, nous logeons dans l'hotel d'un maitre yogi sympathique. Notre idee est de se ballader dans la vieille ville. Quelle fut pas notre surprise de se voir alpaguer tres rapidement par un groupe de jeunes etudiants qui nous debitent des informations sur leur village a un rythme hallucinant, n'oubliant pas de nous flatter tour a tour. Coup d'oeil, coup de coude, les gars sont organises. Cela nous fait rire doucement, nous n'avons rien demande. Armelle se fait largement draguer pendant qu'un autre tient la jambe de Vidian en lui expliquant la vie. Au detour d'une ruelle, nous sommes fortement incites a rentrer dans une ecole. Flairant le piege et prevenus par un voyageur francais croise dans la rue, nous esquivons. Les gars ne sont pas tres heureux. Un des leurs propose a Vidian de l'herbe, celle qui permet de voir la quatrieme dimension. Nous nous eloignons du village et peu a peu, nos "amis" nous quittent, tout en demandant leur salaire...Nous les avions prevenus, nous ne donnerons rien, malgre leurs jolis clin d'oeil et leurs "you are beautifull"!

DSC_0311

     Le lendemain, Bruno est malade. Nous le laissons a ses bookins politiques (!) et partons a la decouverte des temples de Kajuraho. Vous n'en avez pas entendu parler? Ils sont celebres pour leurs fresques erotiques ayant inspire le desormais celebre Kamasutra. Les amateurs seront decus, les temples ne sont pas recouverts entierement de fresques intimes. Il s'agit la d'une quete, d'une fine recherche a travers les encorbellements et les innombrables sculpture d'animaux et autres elephants qui portent chance. Nous arpentons le superbe parc arbore ou s'elevent des temples en pierres magnifiques. Pieds nus ou en chaussettes, nous scrutons chaque face des monuments a la decouverte des elucubrations erotiques. Un bon francais, le Routard nous explique comment les denicher et part dans de vastes explications, n'hesitant pas a prevenir que quelques-uns de ces mouvements ne peuvent se faire sans un gros travail preparatoire de yoga...Vous jugerez par vous meme!! De nombreux vendeurs nous exhibent leur livres de photos et leur Kamasutra illustres. Chacun de nos mouvements fait l'objet d'une pluie de question et d'invitations a entrer dans les magasins. "Just have look, no buy!" Nous ne jetterons malheureusement meme pas un oeil aux figurines de faux bronze qui ornent leur vitrine. Souvent, une question revient: notre nationalite, Notre reponse se voit alors systematiquement agremente d'un "good country" (bon pays). Quelle ne fut par l'erreur de Vidian de poser un jour la question que tout chauffeur de vehicule doit redouter: mais quel pays n'est pas un bon pays? Le chauffeur, dans une panique palpable, nous montra rapidement un monument et passa a une autre question basique. Ouf!

DSC_0222

    Nous repartons de Kajuraho en bus local. Direction Orchha. Un depart aleatoire, un arret sans fin dans une ville inconnue et notre arret definitif au beau milieu d'une route. Bien. Nous sommes a 12km d'Orchaa. Il fait nuit. Armelle et Vidian partent a la recherche d'une eventuelle voiture quand un auto-rickshaw providentiel s'arrete a cote de nous. Il est plein d'indiens. Imaginez un vespa a trois roues, surmonte d'une capote en plastique noire et jaune et d'un banc a l'arriere, auquel vous ajoutez un pot d'echappement tonitruant! Il nous propose de nous emmener. Croyant avoir mal compris, nous le faisons repeter. Oui, oui, c'est bien ca! Mais tout les bagages ne vont pas passer. "No prrroblem sirrrr!!" Incredible India. Les sacs de voyage en partie sur le toit, nous filons. Un bref comptage nous evalue la teneur humaine a 14 personnes! Un melange de bras, de jambes et de bout de sacs depassent allegrement de la frele carcasse. Les mecs se marrent. L'ambiance est geniale. Notre arrivee libere nos membres ankyloses. Le lendemain, nous partons a l'assault des temples, anciens palais de maharajas. Nous nous delectons des fines sculptures de pierres ciselees a merveille et tentons d'imaginer la vie fastueuse de l'epoque.

CSC_0363

     Moins oppressante que Kajuraho, la ville d'Orchha nous apparait plus calme, plus agreable en fait. Nous resterons ainsi 3 jours a nous ballader au rythme de nos envies. L'achat de bracelets en verre par Isabelle, aussi surnomme Mama par les indiens, et Armelle est un bon moment. Les colliers tintent et la grosse indienne aux yeux d'enfant masse doucement les mains pour enfiler les bracelets. Elles repartiront dans un eclat de rire, un bindi sur le front et des joncs de verre plein les poignets.

DSC_0517

     Petite anecdote: Comment se faire lacher les baskets par un gars collant qui nous suit en courant et veut nous vendre de la camelotte (by Bruno):
     " - Sirrr, sirrr, have a look please! Berrry berrry good prrrice forrr you! No tourrrist prrrice!
       - But we are tourists!
       - ??? "

     Nous reprenons le meme auto-rickshaw pour repartir et nous faire deposer a Jhansi, ou nous prenons le train pour Agra. Le train est un condense de la culture indienne. Le spectacle est fantastique. Le jeu des porteurs en chemise rouge sur le quai, le tournoiement des vendeurs a la sauvette, les partie de courses des enfants, les lamentations des mendiants quemandant une petite piece. Dans le train, c'est la liberte totale. Les fenetres a barreaux (afin d'eviter que les gens puissent entrer par les fenetres!) sont ouvertes, tout comme les portes qui claquent en fonction du balancement du wagon. Les parents d'Armelle realisent alors a quel point la vie est controlee en France et le nombre des interdits grandissant . Nous pensions nous faire sauter dessus a l'arrivee, mais une horde presque rangee de chauffeurs de tout vehicule nous propose leur tarif. Bruno fait baisser les encheres, s'amusant a confronter les prix des differents protagonistes. Un pilote de taxi gagne la partie. Tout fier, il nous conduit a travers la ville et nous pose a quelques dizaine de metres de notre guest house. Le lendemain, le Fort Rouge d'Agra nous seduit. Des marbres somptueux, des decorations incroyables, et un joli point de vue sur le Taj Mahal, de l'autre cote du fleuve Yamuna. Le Papa et la Mama ont besoin de faire du change. C'est un grand moment que nous allons vivre dans l'enceinte de la State Bank of India. L'inextricable bureaucratie indienne nous retiendra une bonne heure pour recolter, a un mauvais taux, quelques malheureuses roupies!

DSC_0576

     Le Baby Taj nous apparaitra encore plus beau sous le soleil couchant. 5h45, nous quittons l'hotel pour le Taj Mahal. RDV avec la brume. Nous stoppons avaler un cafe chez Joney's, un fabuleux petit boui boui dont la minuscule cuisine fait pourtant des merveilles. En parlant de beaute, nous tentons d'oublier le prix prohibitif de ce monument pour nous concentrer sur le mausolee qui semble flotter dans les vapeurs matinales. Une foule deja dense se presse pour la photo. L'absence de lumiere oblige a de nombreux reglages et des soupirs laissant entendre "j'arriverai jamais a prendre correctement ce que je vois"... Un roi moghol, dont la defunte epouse lui cause beaucoup de chagrin, aurait choisi un architecte perse et tue sa fiancee. Ayant compris la douleur qu'eprouvait le roi, il concut alors l'un des plus beaux edifice du monde. Nous nous regalons a observer les couleurs changeantes du lever du jour, qui se refletent differemment sur les faces du mausolee. Des moucharabiers de marbres, des incrustations de pierres semi-precieuses, le Taj Mahal represente un travail epoustouflant. Nous observons egalement le jeu des touristes, qui cherchent a prendre LA photo, et surtout le flair des indiens dont le business est de contraindre les touristes a se faire prendre en photo par eux et de se faire remunerer pour cette idee lumineuse. Assurement, le Taj Mahal serait moins rigolo sans ses touristes!

DSC_0709

     Nous venons de quitter les parents d'Armelle, qui partageait notre quotidien depuis 12 jours...Nous avons fait les touristes comme nous avons jamais fait: Benares, les temples de Kajuraho et d'Orchaa, Agra et son Taj Mahal...et puis de la bonne "bouffe", des fringues qui changent...Nous avons depuis rejoint Delhi qui s'avere etre au premier abord  une ville plutot agreable. Nous arpentons les rues dans notre style tres europeen grace a Isa et Bruno qui nous ont apporte temporairement quelques vetements qui nous changent de nos affaires de montagnes. Nous contrastons avec tous ces babas fous de l'Inde qui batifolent aux terrasses des cafes! Au bout de 2 mois et demi serons-nous comme eux? Les parents viennent de partir il y a quelques jours, en nous laissant dans la gorge une petite impression d'abandon quand meme...Et en plus ils se sont echappes avec le saucisson les bougres !! (C'est de notre faute). Mais nous n'avons pas le temps d'y penser, car nous preparons activement notre montee vers l'Himalaya, au Ladakh, qui risque d'etre tres perilleuse...M'enfin, comme dirait Gaston, on y croit, c'est l'aventure!!

    On vous tient tres rapidement au courant de nos projets...et on essayera d'ajouter une carte, pour que vous visualisiez un peu. Un cours de geographie en prime, quelle aubaine!

    On vous embrasse bien fort d'Inde et lisons toujours vos mails avec grand appetit.

    Armelle et Vidian

DSC_0797