30 mars 2008
On the road again...
Salam Aleikom!
Eh oui, bonjour en...ourdou, langue parlee au...Pakistan! Nous retrouvons les memes moustaches, les memes sourires, la meme gentillesse mais une nouvelle frenesie nous attend: etre pris en photo par les locaux!! Mais reprenons un peu le fil de notre histoire depuis la capitale indienne.
Leh, Ladakh, - 2 degres la nuit, 10 degres le jour. Delhi. 25 degres la nuit, plus de 30 degres le jour. Nous devrions etre fatigue par ce brusque changement de climat mais notre suroxygenation sanguine fait la balance. Comme un dernier clin d'oeil du Ladakh, un "Julley" amical claque sur la Connaught Place de la capitale indienne. Petit jean's, chemisette blanche, cheveux gomines, Morup, le fils de notre famille ladakhie nous ouvre ses bras pour nous accueillir...Nous echangeons les dernieres nouvelles de notre royaume himalayen, passons voir, apres moultes detours, sa soeur Sonam, eleve-medecin residant a l'hopital, avant de gagner la chambre de Morup pour un diner tout simple et si "friendly". Que c'est etrange de se retrouver dans cette petite piece sans fenetre a engloutir des chapatis avec un ami des montagnes en jettant un oeil sur l'ordinateur qui s'eclaire des images du film Kundun retracant la vie de sa saintete le 14eme Dalai Lama...Et surtout quelle emotion de se retrouver en face du fils de nos bien-aimes Abaley et Amaley, dont ils nous ont tant parle, et avec une grande fierte. Et ils ont raison! Quelle culture generale, quelle education! Contraste avec ce que nous avons vecu dans la campagne ladakhie...Encore une soiree merveilleuse a discuter en sirotant notre dernier Tchai-Larmo, le the au lait sucre.
Premiere operation strategique, le visa iranien. Apres une nuit sous le souffle des pales du ventilateur et un petit-dejeuner sympathique sur une terrasse, nous debarquons plein d'esperance a l'ambassade iranienne. A peine Vidian commence a ecrire sur son journal de bord pour patienter qu'un Irakien moustachu et bedonnant, originaire de Babylone, entame une conversation. Puis ce sont trois Espagnols voyageant depuis Hanoi avec de vieilles motos Minsk qui se lancent dans de longs palabres avec Armelle, qui part bientot discuter avec une famille belge parcourant les routes du monde en 4x4 avec leur trois enfants, pendant que Vidian fait connaissance avec un jeune photographe italien travaillant pour un journal hollandais. Cette ambassade iranienne aura toujours ete source de merveilleuses rencontres, nous donnant un avant-gout de ce qui nous attend la-bas! Apres trois heures d'attente a croiser les doigts, les autorites iraniennes nous delivrent enfin le precieux sesame qui nous permet de rester 30 jours en Perse, alors que la plupart des touristes n'obtiennent qu'un transit de 7 jours. Quelle chance! Sans hesiter, et comme si nous avions peur que les Iraniens changent d'avis, nous filons retrouver la chaleur de la rue. Apres avoir attendu 15 min que le garde termine sa priere, prosterne par terre derriere son bureau, pour nous ouvrir la porte. Dans la rue, nous resterons plus d'1h30 a discuter avec un couple de jeunes francais venus jusqu'en Inde en 2CV camionette!
Dans le desordre. Un dejeuner avec Giuseppe, le jeune photographe italien, donne beaucoup d'idees a Vidian, d'autant plus qu'il bricole des Vespas pour les revendre...
"Ladies Only", precise la pancarte du guichet des reservations de train. Des files d'hommes indiens transpirants s'allongent dans le hall, de part et d'autre de ce guichet unique, presque desert. Voyager avec une femme, c'est tout de meme fantastique! Les tickets pour Jaipur (province du Rajasthan) en poche, nous degottons en chemin un gros carton dans une petite echoppe. Nos grosses mouffles, des souvenirs himalayens, plein de vieux papiers souvenirs (ca c'est surtout Vidian!), nos bonnets uses, tout finit par rentrer dans le carcan de papier: 15.68 Kg! Le colis devra etre recouvert de tissu blanc et cousu afin d'etre envoye en France. Nous retrouvons alors la joie d'un sac plus leger.
Vidian ne cesse de baver devant les motos Royal Enfield qu'un gros americain retape pour les revendre a des prix defiant toute concurrence. Tilt! Encore une nouvelle idee farfelue nait dans son cerveau (tres) chevelu.
Quelle est cette force incroyable qui nous entraine dans des rencontres fabuleuses? Pourquoi des discussions s'entament sans que rien ne semble le laisser prevoir? Un petit dejeuner avec un anglais vivant en Grece nous apprend les charmes de la Crete, un the a une terrasse nous emmene dans le labyrinthe des maisons de terre de Cappadoce, en Turquie, une autre pause urbaine nous rappelle les delices de la Finlande...Pahar Ganj, le quartier touristique de Delhi, c'est plein de gens bizarres, illumines. Mais pour trois jours, ca a du bon! Comme le dit le petit berger andalou de l'Alchimiste, "Lorsque l'on desire vraiment quelque chose, l'univers tout entier conspire a la realisation de ce desir"...
Jaipur, Happy Holi, Splash!! Cinq heures de train nous trimballent vers le Rajasthan. Un the partage sur un banc en fer de la petite gare de Sarai Rohilla, a Delhi, nous donne le temps de realiser que la vie est bien belle...Alors qu'une locomotive lance son cri dechirant en s'ebranlant, un chien fait la course avec le vent, un enfant effectue une jolie pirouette dans l'air sature de chaleur, un vendeur ambulant hele le passant, et un vieux cul de jate tend la main. Ils deviennent le decor mobile de ce paysage heteroclite que represente un quai de gare. Nous aimons le train indien, ce condense de culture et de vie indienne, dans toute sa diversite.
Jaipur, la ville rose ou se coitoient autant les chameaux que les voitures, les rickshaws que les vaches, les velos que les chiens, dans une joyeuse cacophonie balayee par des vents de sable. Pourquoi ce detour soudain vers l'ouest, alors que le Pakistan nous appelle plus au Nord? Car demain, la fete du printemps, "Holi", battera son plein en Inde. Quoi de mieux que le pays des Maharajas pour vivre cet evenement?
Alors que le disque solaire rougoie au dessus de la ville, Armelle porte son regard au loin, perdue dans ses pensees, le menton plonge dans ses bras croises sur la rambarde d'argile du "Monkey Temple", pose sur une proeminence rocheuse. Les singes se rassemblent sur cette colline a la tombee de la nuit. Ils n'ont peur de rien, sauf des vaches, qui convoitent les peaux de bananes en guise de diner. Et gare a celui qui se retrouvera sur le chemin-de-la-peau-de-banane. Armelle en fera les frais en se prenant un petit coup de corne...
La veille d'Holi, un defile d'elephant prend place dans un stade de cricket (le sport national ici). Pares de leurs plus beaux "vetements", peints de couleurs vives, les mastodontes deambulent tranquillement devant nos yeux ecarquilles. Pachydermes, chevaux, dromadaires, danseurs, fanfares, c'est une explosion de couleurs, de fastes et de sons. Nous nous regalons.
Alors que Guillaume, un francais delirant rencontre a Delhi, decide de colorer sa boule a zero de pigments de couleurs, un attroupement se cree autour de nous...et une invitation tombe sous les traits d'un petit garcon gringalet. "Demain, venez dans ma famille pour feter Holi, ok?". Quel honneur! Un detour par sa maison pour boire un the et reperer les lieux et nous rentrons, evitant les feux de pailles et de bouses qui s'etalent sur les trottoirs, anticipant la fete.
Le lendemain, la ville se colore peu a peu. Des motos, croulant sous le poids de 4 ou 5 jeunes hommes surexites et barioles de couleurs, foncent dans les rues. Des jeunes hurlent leur joie et fondent bientot sur nous pour nous etaler des poudres de couleur ultra-vives sur la figure, le cou, les bras avant de nous serrer dans leurs bras en nous souhaitant "Happy Holi"! A peine avons nous fait quelques centaines de metres que nous sommes re-peints!! On en profite pour acheter des pigments et rendre la pareille, dans une joyeuse frenesie. Certains n'hesitent pas a s'essuyer les mains sur la poitrine d'Armelle, ce qui leur vaut de belles baffes et de prodigieux coups de pieds! Un peu honteux, ils s'eloignent, penauds. La poudre vole, des bassine d'eau eclaboussent, les gens rigolent, laissant apparaitre d'etrange rangee de dents blanches dans des visages roses, verts, bleus et jaunes fluos...
Colores, nous arrivons enfin dans la famille hindoue et discutons avec nos hotes, en avalant un riz epices en guise de petit dejeuner. Nous sommes la, au milieu de leur quotidien, et nous sommes bien. La maison est bleue et fraiche, le pere bricole un fil electrique, la fille passe le balai, le fils joue avec son portable, un autre discute avec nous, chacun lancant des regards curieux. Ils ne descendront dans la rue que cet apres-midi, alors nous echangeons beaucoup de sourires avant de nous quitter et partons "reprendre des couleurs".
Tout le monde commence a se chauffer doucement et certains pigments de couleurs nous sont etales sur le visage avec parfois un peu trop de... "volonte", disons. Des contacts de plus en plus physiques et des groupes de jeunes males qui ne veulent qu'une chose, c'est caresser les douces joues d'Armelle. Nous croisons regulierement des gnomes a l'allure de schtroumphs, des hommes violets et des tetes d'Arlequin. L'un deux, les yeux rouges et empestant l'alcool, debite a un rythme effrene des paroles de Shakespeare, et nous invite a une fete. On jette un oeil a l'interieur du porche sous lequel se repercute les sons fortement "decibeliques" de la sono: des jeunes en couleur, les bras au ciel, dansant nerveusement sur les pulsations de la musique trans', des bouteilles de biere qui degoulinent dans les gorges et sur les bustes, de droles de cigarettes circulent gaiement aussi, le tout dans une atmosphere sombre et un peu inquietante. Nous de decidons de partir quand des hommes titubants tentent de nous forcer a entrer...On evite les derniers jets de poudre et rentrons a la guest house ou les tenanciers musulmans se marrent a notre arrivee.
La douche n'est alors qu'un vaste fleuve multicolore et visqueux, avale par la bouche de fer rouille. Le grand jeu de Vidian et d'observer toutes ces gouttes qui semblent provenir d'une autre planete. Une riviere jaune amorce le contournement du gros orteil, alors qu'un torrent vert s'echappe de la voute plantaire, pendant qu'un ru bleu fonce tombe depuis les epaules jusqu'aux panards, en glissant le long du buste et des cuisses, comme des veines externes explusant la fatigue vers la terre...De gros fauteuils en osier sous le toit de bambou nous accueillent pour un peu de repos et une longue discussion avec Guillaume, clerc de notaire venant de tout plaquer pour voyager.
Amritsar, terre des Sikhs. Une nuit dans un train indien est toujours une petite aventure, souvent que du bonheur, et parfois la presence de voisins bruyants. Les quelques 18h de train ne nous font pas peur et les sourires des Sikhs qui nous observent nous mettent tout de suite a l'aise. "Dis, c'est quoi un Sikh?" Les hommes sont facilement reconnaissable au turban qui leur ceint la tete, et leur barbe, souvent d'une longueur exceptionelle. Cinq elements ou devoirs (les 5 K) sont obligatoires pour ces hommes dont la religion, cree par le guru Nanak, est a la confluence de l'Hindouisme et de l'Islam: Kesh, ne jamais se couper les cheveux et les couvrir d'un turban, ne jamais se separer de son Kanga, le peigne de bois, du Kara, le bracelet d'acier ou d'argent, du Kirpan, le poignard a lame courbe, et du Kachhera, un sous-vetement de coton. Ces hommes sont des guerriers, des combattants et ils n'ont pas toujours eu la vie facile, notamment pendant la partition de l'Inde en 1947. La ville des Sikhs se nomme Amritsar, dans la province du Penjab, proche de la frontiere pakistanaise. Leur lieu de pelerinage est le "Golden Temple", au coeur de la ville. C'est la que nous vous emmenons..
La nuit est fraiche, la matinee douce. Berces par le vent qui parcourt la wagon librement, nous laissons divaguer notre regard. Comme des bagnards, derriere les barreaux des fenetres (qui evitent toute intrusion massive d'indiens pendant les escales ferroviaires), nous observons les bidonvilles qui s'etalent le long de la voie. Qui sont les prisonniers? Toutes ces cabanes colorees, le flegme du buffle qui machouille, les enfants qui jouent autour du point d'eau, le repos d'un vieil ancetre sur son charpoi (lit de corde), donnent une image etonnante de ce taudis. Mais des que le regard s'aiguise un peu, d'autres details nous sautent a la figure: les tas d'ordures fouilles par des momes en guenilles, la puanteur qui s'echappe des egouts, des latrines debordantes de merde, les regards perdus de ces hommes qui errent...
A peine debarques a Amritsar, une horde de conducteur de rickshaw se ruent vers nous. Comme toujours, nous nous eclipsons en souriant, et marchons pour s'eloigner de la gare. La proximite du Golden Temple, le temple sacre des sikhs, se materialise par une foule incroyable de turbans, de vehicules en tout genre et de marchands. Cacophonie urbaine. Puis tout d'un coup, le silence. Nous sommes dans le sacro-saint lieu du sikhisme. Les pieds nus et laves, la tete couverte, nous marchons doucement sur le marbre blanc, baignes dans une lumiere de fin de journee. Imaginez un immense cloitre de pierre blanche, enserrant un bassin ou repose en son centre un temple recouvert d'or, tel un tresor echoue sur une ile. Et des hommes enturbannes, et des femmes en sari ou en penjabi qui circumambulent. Ici, 35 000 repas gratuits sont distribues chaque jour! Les pelerins ne cessent d'affluer, venant se purifier par un bain ou des ablutions dans le reservoir d'eau, avant de se recueillir dans le temple, ou des musiciens jouent et chantent toute la journee des melodies envoutantes. Nous sommes subjugues par tant de plenitude et de calme. Un vrai lieu de repos de l'ame. Peaceful.
Nous ne pourrons pas nous empecher d'y retourner, plusieurs fois. Habillee a la locale, voilee, une main passee au henne, Armelle suscite le regard amicale des femmes qui se demandent quelques minutes si elle n'est pas d'ici. Vidian, avec sa barbe, inspire le respect. Il se fera meme faire un turban sikh, grande classe! Nous resterons longtemps a obserer cette abondance de couleurs et de devotion...et de nombreux curieux viendrons nous poser quelques questions et se prendre en photo avec nous...Que du bonheur! Un beau dimanche de Paques...
Wagah border, la grande mascarade de la frontiere. Pourquoi, chaque jour, 5000 personnes se pressent dans les gradins pour assister a l’ouverture de la frontiere indo-pakistanaise? C’est un lieu original ou les armees des deux "camps" rivalisent de choregraphie, de gestes d’intimidation et de cris pour la gloire de leur patrie. “
Un saddhu nous accueille pour la nuit. A peine le show termine, nous nous mettons en quete d’un lit pour la nuit. Cote indien, il n’y a rien, peut-etre a quelques kilometres en arriere mais cette perspective ne nous enchante pas vraiment. Nous sommes un peu butes parfois! L’idee de planter la tente nous effleure lorsqu’un indien bedonnant nous aborde. Vidian, qui a toujours son turban sur la tete, suscite la curiosite des Sikhs, qui le prennent parfois pour l’un des leurs. Nous papotons et laissons planer le doute sur notre nuit dans le coin. “Il existe un petit temple a quelques centaines de metres, vous y trouverez bien un endroit pour vous allonger pour la nuit, en securite”. Bien. Super idée. Nous marchons tranquillement alors que les premieres etoiles se levent. Un vieux poste crache de la musique, un banyan centenaire lance ses branches-racines vers la terre, un feu se consume dans une vasque en terre cuite et un saddhu nous regarde, l’air absent. Il accepte d’un mouvement de tete notre proposition a s’allonger la pour la nuit. Nous sommes bien “racles” et la sieste nous surprend, allonges sur le sol de beton brute, proche des dieux parfumes a l’encens.
Le saddhu est aide dans sa tache par une famille dont les petites filles nous regardent avec de grands yeux. L’une d’elle nous reveille pour nous passer gentiment une natte de corde, en guise de matelas. L’ambiance est particuliere, une pauvre ampoule eclaire le petit batiment bleu au sol rouge, un ventilateur pulse l’air chaud, et deux clochards sont affaisses sur leurs sacs poussiereux. C’est nous. Au diner ce soir, "choulis", vous savez, ces abricots secs, cadeaux du Ladakh. Nous sortons notre precieux paquet, lentement, comme pour se nourrir des gestes precautionneux que nous effectuons. Un a un, nous croquons dans ces cailloux au gout d’abricot, la langue travaillant sans relache pour placer le noyau sous les dents les plus appropriees, qui prennent d’ailleurs un malin plaisir a decortiquer le fruit dans des mastiquations frenetiques. Mais voila qu’un grand sourire arrive, une jeune femme tenant sur un plateau une ecuelle de lentilles et quelques chapatis. Quelle gentillesse! A notre grande surprise ce soir-la, nous aurons un vrai diner a nous mettre sous le bec. Une polaire comme oreiller, Armelle s’endort. Vidian observe, allonge sur le dos, les dernieres prieres du Saddhu, qui semble parler avec l’arbre seculaire, avant de faire d’en faire le tour interminablement. Un gecko, sorte de gros lezard jaune gobant de petites bestioles, defie les lois de la gravite en grimpant sur le plafond. Il se poste bientot pres de l’ampoule, prêt a chasser. Vidian perd vite le fil de ses pensees et tombe dans les bras de Morphee.
La musique se reveille bien avant nous, vers 5h du mat’. Le sac a viande sur la figure pour se proteger de la lumiere de l'aube, nous nous rendormons pour deux heures, laissant les fideles nous enjamber pour acceder aux diverses "chapelles". Vidian leve un oeil. Armelle est accroupie et observe le soleil qui se leve. Elle semble s’etre battue toute la nuit avec d’affreux moustiques tournicotants autour de notre paillasse. Aujourd’hui, nous quittons l’Inde, ce pays ou les hommes pissent accroupis. Deux tasses de the au lait nous sont offertes par “grand sourire” et nous decollons. A 10 heures, la frontiere ouvre ses portes. Nous nous glissons dans l’interstice territoriale. Feuillets a remplir, passeports, coups d’oeil au barbu qui ne ressemble pas a la photo du papier officiel (heureusement que Vidian a enleve son turban!), un autrecoup d'oeil a la jolie demoiselle qui l'accompagne, tchac, coup de tampon! Good bye India!
Nous marchons quelques metres et passons la fameuse grille. Salaam Aleikoum, bienvenue au Pakistan! Une “longue barbe” et des yeux cernes de khol scrute notre visa, jette un oeil aux deux hurluberlus que nous sommes et appose le fameux sesame. C’est parti!
Du sable, du sable, encore du sable. Des batiments en construction et de vieux camions barioles trainent ici et la. Ca y est, nous sommes bien au Pakistan, ce pays qui passent pour un repaire de terroristes aux yeux des occidentaux, un lieu d’une dangerosite extreme plein de fanatiques islamistes…Nous n’apercevons que des sourires sur notre passage et ne recevons que des questions curieuses sur notre origine et notre voyage. Un vieux bus completement defonce semble nous attendre.
Lahore est a 27 kilometres. Un ruban d’asphalte part droit devant nous. Premiere surprise qui nous fait realiser que nous avons bien change de pays: les femmes et les hommes sont separes dans le bus par une lourde porte en fer montant jusqu’au plafond. Cette fois on y est, c’est sur. Le bus tremble, faisant deplacer les bancs dont les visses rouillees ne rentrent plus dans la carcasse metallique. Gloups. Vidian avale difficilement a la vue d’une bombonne de gaz pose aux pieds d’un barbu. C’est des malades!! Mais l’homme viendra bientot lui “taper la discute” dans un anglais presque parfait…Nous avons du mal a croire que nous progressons au Pakistan, que nous sommes en train de rouler vers la France. Revenir vers l’Ouest en traversant le Moyent-Orient...On the road again! A nous les pays musulmans!
Quelques photos dans le...14eme album (deja!)
Mille bises
Armelle et Vidian
17 mars 2008
Adieu petit royaume himalayen!
Julley! (un dernier pour la route)
Comment va la vie en France? Et a Moscou, en Chine, en Argentine, en Uruguay, a la Reunion, en Australie, a Amsterdam, Bruxelles, New-York ou Dubai? Nous pensons bien a vous tous, amis, famille, cousins ou inconnus (!), specialement depuis notre arrivee dans un monde finalement bien civilise qui est celui de la capitale indienne, Delhi la polluee. Oui, nous avons bien quitte notre cher Ladakh, non sans une vague de tristesse. A la demande generale, nous allons vous presenter un peu mieux notre famille ladakhie et la vie quotidienne de la maison. Vous remarquerez une manoeuvre tres subtile de notre part pour vous inciter insidieusemnet a relire nos articles sur le Ladakh en ayant la chance (incroyable) de pouvoir mettre des visages sur les noms alors abstrait que l'on vous rabachait a longueur d'articles.
A peine revenus de notre escapade dans la vallee interdite de la Nubra, nous retrouvons notre chere maman ladakhi et le paternel avec une joie particuliere. A peine installes dans la cuisine, les "butter toast" (pain grille au beurre) d'Amaley nous font realiser que le plaisir d'etre chez soi est intense. Quel pied mes enfants, quel pied! Imaginez deux jeunes poussiereux, assis par terre sur des banquettes de tapis, sous la lumiere de la seule ampoule qui pendouille au mur, le sourire beat (attention Vidian, tu baves...), soufflant sur notre (ultra) petite tasse de the sale fumant, le regard bienveillant et doux d'Amaley pose sur eux...
Le the avale, les toasts a peine digeres, Armelle pousse gentiment Vidian a se laver. Une aventure en elle-meme, et meme si la temperature est montee de quelques degres depuis janvier, evitant tout gel definitif des pieds, l'expedition hygienique reste un defi! Non, nous ne sommes pas obsedes par la toilette (meme si on n'arrete pas d'en parler), mais sachant que nous effectuons cette obligation qu'une fois toutes les deux semaines et demi...vous allez peut etre nous excuser. Nous vous avions explique la position de la bassine de plastique, au dessus du trou beant des toilettes a la turque, celles ou il faut vider ses poches avant de faire son travail. Les pieds cales contre les rebords de la bassine pour eviter tout plongeon incontrole, il faut saisir la cruche de plastique grise et l'immerger dans le sceau bleu a eau chaude. Puis attraper prestement le savon et le gant de l'autre main et tenter de:
1. s'eclabousser,
2. mouiller le gant,
3. y frotter le savon,
4. viser le tout vers votre corps tout blanc.
Un geste qui n'est pas naturel pour un sou! M'enfin...Accroupi, parfois la lampe frontale sur la tete (coupure d'electricite oblige), la vision de cet humanoide blanchatre dans la plus stricte tenue d'Adam en suprendrait plus d'un! Le plus dur reste cependant a s'extirper de la bassine. En effet, Vidian a bien sur mis de l'eau partout, qui est en train de se crystalliser et de geler sur le sol en beton brut. En sachant que si vous sortez un pied en tentant de le placer le plus loin possible, votre bassine en plastique se lance alors dans une translation dangereuse visant le trou sans fond des toilettes! On vous laisse trouver une solution appropriee en meditant devant ce cliche:
Retrouvons Amaley, qui s'affaire dans la cuisine. Nous aimons terriblement cette petite dame au charme extra et au rire tellement naturel. Elle travail au centre d'education publique, qui s'occupe en fait de la gestion et du management des ecoles publiques de la province du Jammu and Cashemire. Dernierement en greve, avec tout de meme une obligation a venir pointer tout les jours, elle doit aujourd'hui rattraper le temps perdu en cravachant deux a trois heures de plus par jour, ce qui nous a fait bien rigoler! Aussi attentionee que nos propres mamans, Amaley nous gate autant que ses chers enfants: the sale, tartines, the au lait, chapatis, the noir, puri (autre sorte de pain plat), biscuits...En rentrant de nos peregrinations journalieres, nous passons beaucoup de temps a discuter avec elle. De quoi? Plein de choses en realite, de l'education des enfants au Dalai Lama, du voyage a la situation au Tibet, des choix de vie a la reincarnation...Nous nous rappellerons longtemps cette discution emouvante mettant en scene notre petite Amaley au bord des larmes en nous expliquant toute la reconnaissance qu'elle porte a Bouddha de lui avoir donne des enfants aussi brillants et respectueux de leurs parents...
Abaley, lui, est un rigolo et bon public. Tsering Morup est le tenancier d'un petite epicerie. Si vous souhaitez acheter du sucre, des bonbons, du riz, des cigarettes au chocolat, du savon, du PQ, des epices ou du lait en poudre, Abaley est votre homme. Parfois dans son grand siege de patron, la couverture sur les genoux pour se rechauffer grace a son petit butagaz, ou a discuter dehors avec les amis de passage, il garde le sourire de 9h du matin a 9h du soir...Et bien souvent, il repart a son magasin pour repondre a la demande d'un voisin ou d'un militaire du Kerala qui souhaite telephoner a sa famille restee a Cochin. Vous avez compris: l'epicerie fait aussi office de cabine telephonique!
Vers 21h donc, au retour d'Abaley a la maison, nous degustons la fameuse (fumeuse?!) Thukpa, une soupe aux nouilles maison agrementee de multiples legumes et de fromage secs. En hiver, pas beaucoup de choix, malheureusement. C'est le moment pour chacun de parler son propre langage. Nos "parents" adoptifs se racontent leur journee pendant que nous ecrivons nos aventures sur nos petits carnets de voyage.
Le saviez vous? Au Ladakh, les prenoms des enfants sont donnes par le Dalai Lama, ou un Ringpoche (Grand Lama) proche de la famille. Ainsi, de nombreux enfants se retrouvent sans nom jusqu'a l'age de deux ans. Mais de toutes facons, qui n'a jamais trouve de petit nom a donner a un nourisson...un prenom ne sert finalement a rien avant deux ans! Ce nom est toujours double (Tsering Morup, Punshok Dolma), mais un seul est vraiment usuel. Le nom de famille, que l'on appelle la-bas "house name", est issu de la famille du pere depuis des generations et des generations.
La maison d'Abaley et Amaley est petite et sombre, car ne comporte qu'un rez-de chaussee. Ils ont tous les deux un emploi, mais les finances familiales sont grevees par les etudes des enfants. Effectivement, leurs trois enfants, tres brillants, font actuellement leurs etudes a Delhi, et cela coute une fortune...Mais c'est un choix qu'ils ont fait: privilegier l'education de leurs enfants cheris plutot que de construire un deuxieme etage qui, lui, serait baigne de soleil, ou ouvrir une guest house (comme 50% ou plus des habitants de Leh). Ils provoquent la jalousie ou l'incomprehension de leurs voisins mais s'en fichent. Bouddha est avec eux, et ils le remercient tous les jours par des prieres dans le petit temple de la maison. Ou bien chuchottent a longueur de temps pendant leurs activites: "Om mani padme um", le mantra le plus important du bouddhisme tibetain. Un petit moulin a priere est pose dans la cuisine, et des que l'un des deux passe a proximite, hop, un p'tit tour, mine de rien (de droite a gauche, on s'entend...)! Mais...cela n'empeche pas a la maison d'etre tres froide, particulierement notre chambre! Cependant, une enorme couette par-dessus nos sacs de couchage en doudoune nous ont permis de passer des nuits correctes cet hiver...Le plus dur, c'etait le matin! La veille de notre depart, il faisait presque 5 degres dans la chambre, une douce chaleur quoi!
Notre derniere soiree est memorable. Amaley est revenue tot et Abaley nous rejoint pour prendre un the. C'est alors qu'un grand moment commence. Toute exitee, Amaley habille Armelle en parfaite femme ladakhi, en la parant de la goncha de fete et de multiples parures. Vidian revet sa goncha d'hiver en laine (toute neuve!) pendant qu' Abaley court chercher un chapeau traditionnel chez la voisine. Amaley se prepare enfin et nous nous retrouvons tous derriere la maison pour une seance de photos rigolotes...
Depart. Dimanche 16 mars 2008, 7h30. Les sacs attendent dans le couloir, nous avons les chaussures aux pieds et les larmes qui montent doucement du fond de notre coeur. Abaley et Amaley nous offrent alors une katak (simple echarpe de soie blanche pour remercier ou honorer la personne qui la recoit), Amaley pleure et se cache dans le cou d'Armelle en la serrant fort dans ses bras et en lui offrant un collier en bois de Santal. Chacun verse de douces larmes: c'est dur. Nous laissons une part de nous-meme ici, nous le realisons avec encore plus de force en ce moment precis. Des choulis (abricots secs) completent les "au revoirs" et chacun se serre dans les bras, chaleureusement. Un dernier regard et la camionette d'Abaley nous arrache a notre peine. Nous degringolons vers l'aeroport. "Change pas Abaley, t'es genial, see you". Sur le "parking" , nous nous retournons et decouvrons Stanzin, notre guide du Zanskar, avec qui nous avions dejeune deux jours auparavant. Adorable, il est venu au rendez-vous et nous a apporte un thermos de the au lait et des biscuits! Et nous voila a prendre notre dernier the sur les banquettes de moleskine de la salle d'attente de l'aeroport. Il nous passe au cou une seconde katak avant de nous serrer dans ses bras. Les yeux rougis par les larmes, il nous fait promettre de revenir et de faire attention a nous. Tout emus, les larmes sales coulant sur nos joues, nous passons le premier portique de securite avec l'impression de tout quitter, notre famille, nos amis, notre vie ici. Le cou charge de kataks de nos amis. Une boule dans la gorge. Des souvenirs plein la tete.
Ouah, quel puissance, quel force! Armelle ne parle malheureusement pas de Vidian mais de la forte impression que nous laisse le decollage. Completement bluffant quand on a l'habitude de voyager a la hauteur des paquerettes! Hop, nous planons tranquillement au-dessus du Stock Kangri, le sommet de 6121m que Vidian avait gravi avec son cousin en 2004. Un coup d'aile sur la gauche pour observer le Zanskar. "Regarde, c'est Chilling, et la, Nimo...ouah la confluence avec l'Indus! On a marche, ici !" De hauts sommets nous saluent de loin. L'Everest est l'un de ceux-la. Au revoir Ladakh. Prends soin de toi petit royaume himalayen. Et ne change pas trop.
Splach! La sortie de l'avion est une douche d'humidite et un vent brulant nous fouette. Bienvenue a Delhi, la temperature est de 24 degres...et dire que c'etait -24 degres il y a deux mois en arrivant au Ladakh...! Le soleil et la chaleur nous pompe notre energie mais notre suroxygenation compense. Explosion de couleurs, de senteurs, de bruits. Une bombe de vie. Et nous voila a marcher dans les rues de Pahar Ganj a la recherche d'une auberge. Puis tout se bouscule: la rencontre avec Morup et Sonam, les enfants de notre famille ladakhie, l'obtention du visa iranien, la rencontre avec un photographe italien travaillant en Hollande, une famille belge voyageant en 4x4 autour du monde et un couple de francais roulant depuis la france dans leur 2CV camionette...tout va bien vite ici! Nous profitons VRAIMENT de douches interminables, de lassis (=sorte de yaourts liquides) sur les terrasses ensoleillees, du plaisir de, tout simplement, ne pas avoir froid. Une sensation de vacances, peut-etre....
Les projets? Quitter Delhi apres-demain, et rejoindre le Pakistan d'ici une semaine, en "prenant notre temps" a travers l'Inde de l'ouest. Il est probable que nous prenions la decision de traverser le Pakistan pour rejoindre l'Iran, plutot que de prendre l'avion. Nous nous sentons suffisamment renseignes pour avoir confiance en cette decision. Nous vous tenons au courant...
A plus!
Vidian et Armelle (ou Dawa et Nilza, les prenoms ladakhis que les petites nonnes de Rizdong nous ont donne!)
13 mars 2008
Dans la vallee interdite de la Nubra...
Ce nouveau message ne peut commencer sans le traditionnel Julley !, que nous avons du repeter a peu pres 12568 fois depuis notre arrivee au Ladakh fin janvier 2008. Voila, c'est fait! Tout d'abord MERCI pour tout vos commentaires et vos derniers mails au sujet de notre aventure. Cela nous touche beaucoup...Nous comparons notre blog a une boite de chocolat et y decouvrir chaque jour de nouvelles sucreries nous fait un sacre plaisir!!
Fraichement laves, la lessive qui seche sur le fil, des souvenirs plein la tete, nous revenons tout juste de notre periple dans la vallee de la Nubra. Leh est une ville toute neuve. Les ouvriers ont presque fini de faire sauter a coup de barre a mine la calotte glaciaire qui recouvrait jusque-la les rues de la cite...et voila que des monceaux de banquise s'amoncellent sur les trottoirs. Des torrents descendent les ruelles en pente et de nouveaux batiments poussent comme des champignons. Nouveaux magasins de souvenirs, extensions ou nouvelles guest-houses?
Kardung-La: le col carrossable le plus haut du monde. Situee en "Border Zone", donc en "Restricted Area", la vallee de la Nubra etait interdite au tourisme jusqu'en 1994. Depuis, la province du Jammu et Cashmire a compris la manne financiere que pourrait degager cet espace fantastique en l'ouvrant au "public", mais a decrete aussi la necessite de nous munir d'une autorisation speciale (Ah! L'administration indienne...). Le precieux sesame en poche, nous pouvons prendre la route.
Nous nous mettons en chemin avec un couple de Suisses tres sympas que nous avions croise a la nonnerie de Rizdong, lors de notre dernier vagabondage. Leur offre ne put se refuser: partir avec leur vehicule (et le beau gosse de chauffeur Stanzin, que les petites nonnes avaient bien repere!) pour le meme prix que le bus. Un depart matinal nous jette sur la route de la Nubra. On s'eleve doucement en altitude en passant une multitude d'epingles a cheveux: 3800m, 4000m, 4300m...Nous sommes maintenant en pleine neige et avons l'impression de toucher les nuages. Pourtant, il nous reste encore plus de 1000m de denivele a franchir, incroyable! L'altimetre de Vidian s'affole soudain, alors que nous decouvrons les drapeaux a prieres du col. Pour eviter d'effrayer nos comperes, nous lancons dans le vide de nos pensees l'adage traditionnel des passages de cols au Ladakh: "KIKI SOSO LARGYELO". Autant se mettre les dieux dans la poche! 5605m d'altitude, nous roulons sur le Mont Blanc sans effort, sans meme nous en apercevoir.
Un froid de canard nous accueille et une neige tres fine poudre de blanc nos vestes et nos bonnets (ca faisait longtemps!). Une petite pause the, comme un arret au bistrot du coin. Si facile. Nous decouvrons les toilettes, vraisemblablement les plus hautes du monde, non sans une petite emotion. Malheureusement pour les filles, sur qui l'altitude semble avoir des effets etranges, le petit batiment de beton est ferme. Nous repartons dans notre carrosse. Quel luxe de pouvoir s'arreter pour prendre quelques photos, ou juste respirer l'air pur et critallin de la montagne!
La faim nous tenaille bientot. Dans un champ de pierre a 4800m, nous posons nos fesses pour un pik-nik improvise. Les chapatis se dorent de creme de fromage trouves in-extremis avant de partir, des petits pains secs du quartier musulman sont engloutis avec du beurre, les cookies et autres biscuits de la Golden Bakery de Leh font des heureux, tout comme les raisins secs et les amandes d'abricot. Un vrai festin d'altitude. Vidian a un peu de fievre depuis quelques jours, son corps lutte contre une bacterie mysterieuse. Mais la vue de ce gros rocher devant lui au dejeuner lui fait du bien et apres l'avoir toise de loin, reperant chaque face, il s'elance dans une petite sceance d'escalade. On appelle cela du bloc. Il repete de petites voies et se marre. Ca va deja beaucoup mieux!
La Lamdon Model School de Diskit. Parmi les souvenirs ineffables de Vidian se trouvait cette ecole, ou cousin JB avait oeuvre en 2004 pour y installer des panneaux solaires en vue d'alimenter des ordinateurs. Nous retrouvons par hasard, sur le chemin de l'ecole, Palden, professeur de geographie, d'histoire et d'education civique. Il a toujours autant la peche et nous temoigne son amitie a grands coups de questions et de tapes dans le dos. Il est genial. Il nous installe dans une petite Guest-House, car "notre" chambre a l'ecole est prise par un nouveau professeur. Nous faisons l'ouverture de la saison de l'auberge et nous retrouvons rapidement a porter des chaises et une table pour pouvoir nous installer au soleil et deguster l'inevitable the de bienvenue. Il fait une chaleur a crever: nous pouvons rester dehors en polaire seulement!
Palden est refugie tibetain. Ses grands-parents et parents ont fuit le Tibet en 1959 et se sont installes a Choglamsar, dans la banlieue de Leh, au Ladakh. Ayant le statut de "refugies", ils ne peuvent (et ne veulent) avoir la nationalite indienne. Mais un petit carnet jaune, mentionnant leur etat civil, leur permet neanmoins de pouvoir voyager.
Nous passons plusieurs matinees et apres-midis dans cette ecole perdue au milieu des champs. L'ecole accueille 270 enfants, dont une centaine sont pensionnaires. La majorite des ecoliers sont "sponsorises" par un occidental, francais, allemand ou belge. Leurs lettres, qui tronent sur le bureau du principal sont adorables, alliant l'ecriture aux dessins. Tres touchants, ces petits bouts de chou qui remercient leur parrain par un dessin naif tres colore.
Il s'agit d'une ecole privee, qui est une branche de
la Lamdon School de Leh, tres reputee. "Lamdon" signifie le chemin lumineux, celui
qui guide dans les tenebres... Une belle image pour ces jeunes. Un
paradoxe existe au Ladakh. Alors que les professeurs exercant dans le
prive sont moins bien payes que dans les ecoles publiques, le niveau des
ces dernieres sont largement en-deca des ecoles privees. Amaley, qui
travaille pour le centre d'education du gouvernement, ne comprend pas
ce phenomene. Un mystere de plus dans ce royaume himalayen!
9h30, l'heure de la priere.
Alors que nous faisons connaissance avec les profs, tout les eleves se
rangent en rang, par classe, bien alignes. Leurs uniformes rouge bordeaux
rendent de chouettes contrastes dans la cour baignee de soleil. Chacun
chante a tue-tete les prieres matinales, certains se concentrant si fort
en fermant les yeux que cela ne peut que nous faire craquer! Avec leurs
bonnes bouilles d'enfants au teint mate, ils sont adorables. L'oeuvre
spirituelle finie, chacun s'accroupit et ecoute les annonces de leurs
camarades. Tous? Non, bien sur, des petits trient des cailloux,
d'autres dessinent dans le gravier, d'autres encore, des "grands",
taillent une bavette avec leurs voisins et certains, plus pres,
ecoutent attentivement. C'est completement adorable.
Puis chacun regagne sa classe. C'est alors que Palden nous offre un grand festival. Il pose devant l'objectif d'Armelle et semble plus interesse par la photo que par son discours de geographie devant ses eleves. Il s'arrete meme au milieu d'une phrase, regarde avec un sourire satisfait la photographie, puis lance une blague a ses eleves qui pouffent de rire, puis redevient serieux et fait entonner aux ecoliers des chansons en francais pour Armelle. Palden est tout exite. Il sort et passe dans une autre classe en demandant une autre chanson en francais. Les etudiants, apres un "Goooood Moooorniiiiing Maaaadaaaam" pour saluer Armelle, s'executent tout sourire. Un grand moment.
15h, youpie, l'ecole est finie! Alors que des ecoliers se bousculent pour rentrer dans le bus jaune, d'autres plus sages montent dans le camion vert kaki. En effet, les militaires, tres presents dans cette zone, sont aussi de corvee de ramassage scolaire et affrettent ainsi un gros camion 4x4 pour ramener les enfants chez eux. Les pensionnaires, eux, filent se changer et ressortent avec une boite de conserve vide, un savon et une bassine. On se doit d'etre propre a l'ecole! Marrant de voir ces enfants courir avec des bassines de couleurs vive jusqu'a la pompe a eau. Puis ils reviennent progressivement et s'assoient tous dans la cour, sur de petits coussins. Tout fiers, ils nous regardent et sortent leurs cahiers et leurs livres pour faire leurs devoirs, dans un silence reglementaire. Palden nous offre un the, et nous ouvre plusieurs cahiers d'ecolier de geographie. Coupe geologique, activites des volcans, tectonique des plaques, Vidian est dans son element! Palden est aussi le responsable de l'internat et joue bien souvent le role d'un grand frere ou d'un pere. Il a un grand coeur notre ami Palden et il semble tellement aime de ses pensionnaires! Avant de partir, il nous offre un petit livre sur le bouddhisme et nous confie un autre pour JB, avant de faire le pitre encore une fois devant ses proteges.
Les dunes d'Hunder. En filant vers l'ouest, nous ne sommes pas autorises a poursuivre apres le village d'Hunder. 100 kms plus loin, la frontiere pakistanaise est bien gardee, et la guerre fait rage. Stanzin, le chauffeur des Suisses, nous jette au bord de la route et, au terme d'un petit deambulage entre les chortens, un petit muret nous accueille pour un nouveau pik-nik "champetre". Vaches, anes et des biquettes viennent laper le ruisseau qui coule derriere nous et nous lancent des regards interrogatifs tout en louchant allegrement sur nos chapatis et autres biscuits.
Notre defi est de relier Diskit, soit revenir a la maison. Oh, ce n'est pas une longue distance mais les dunes de sable nous attirent dans leur piege. Imaginez des dunes de sable gris au milieu de montagnes ocres de plus de 6000m, dont le sommet est enneige. Le pied! On s'amuse comme des gamins dans ces collines mouvantes, enchainant sauts et autres galipettes (enfin surtout Vidian).
En repartant, nous ne retrouvons pas la piste. Nous nous enfoncons de plus en plus dans une foret d'epineux tres dense dans laquelle des chameaux ont perce des passages. Des chameaux? Oui, madame, d'antiques chameaux de Bactriane, coinces ici depuis la fin des caravanes sur la route de la soie. Des boules de laine beige (pas facile a dire) sont autant d'indices de leur presence, tout comme leur crottin d'ailleurs. On s'empetre dans les epines avant de regagner le lit boueux d'une riviere qu'il faut evidemment traverser. Apres de longs detours, des zones totalement desertiques et plaines balayees par le vent, d'autres traversees de rivieres et de clotures, nous retrouvons la piste de terre et rentrons a Diskit. "Completement eclates mais heureux" comme dirait Armelle.
Les sources chaudes de Panamik. Nos "Chuisses" repartent un matin tot, ils n'ont pas la chance d'avoir autant de temps que nous et doivent filer vers le Rajastan ensuite. Notre destination est autre. Un vieux bus poussif nous lache, apres deux heures de route, a Panamik, l'extremite de la vallee de la Shayok (toujours dans la Nubra!). Nous laissons notre unique sac a une petite echoppe le long de la route et partons vers le Gompa (monastere), accroche a la montagne, de l'autre cote de la riviere. La traverse est douloureuse. Pieds nus, nous evoluons dans les galets lorsque l'eau glacee, qui descend directement du glacier, nous saisit les petons. Essayez de marcher quand la sensation d'avoir des moignons sans vie pendouillant au bout de vos mollets vous prend soudain! (Pour cela, trempez vos pieds pendant 1h dans un bac a glacons et partez marcher sur des graviers...). Bref, le contact du sable chaud au milieu de la riviere reanime nos panards. Allonges comme sur la plage, les montagnes du Karakorum nous encadrant, nous songeons qu'au bout de la route, a 70km a peine, l'Inde et le Pakistan se battent pour le controle du glacier de Siachen. Une des guerres les plus couteuse au monde et assurement la plus haute. De pauvres Indiens du Kerala se retrouvent soudain arraches a la quietude des back-waters pour aller tirer sur un glacier a plus de 5500m...Deboussolage complet. Nous sommes toujours sur notre plage, perdus dans nos pensees. Un autre franchissement de riviere nous fait perdre la tete et c'est comme une furie qu'Armelle traverse en courant le torrent, chaussures au pied! Ah oui c'est vrai, elle est tombee dans le Zanskar gele...un petit reste? Vidian l'imite bientot et les deux se retrouvent de l'autre cote, trempes mais contents!
Une petite grimpette nous offre un beau
panorama pour dejeuner, les fesses posees sur un rocher. L'absence de
PQ est un trouble majeur pour Vidian mais heureusement, un morceau de
carton d'emballage le sauvera. Nous manquons un peu d'inspiration pour
prendre des photos, alors nous tournons le dos au Gompa et
redescendons. Nous passons un long moment au bord de la riviere a nous
demander comment Saint Pierre et Jesus faisaient pour marcher sur l'eau
avant de nous elancer en courant. Resultat: ca ne marche pas, ou alors
l'histoire ne nous dit pas qu'ils etaient trempes, les prophetes!! Hop
la, on evite les cadavres de pauvres vaches dont les bouddhiste ne savent pas quoi faire (pas de viande) et on recupere notre sac dans le boui-boui.
Nous avons juste le temps de marcher jusqu'aux sources chaudes avant de
prendre le bus. Mais c'est sans compter sur le zele du chauffeur de bus qui
arrive avec pres de 30 minutes d'avance (va savoir, Charles). Quel chance d'etre la a temps pour le
reprendre...les sources chaudes, ce sera pour la prochaine fois!
Vidian
monte sur le toit du vehicule avec des djeun's (etre ado, un peu con, c'est universel!), alors qu'Armelle retrouve dans le bus
sa "copine", une dame venant de faire sa lessive aux sources et nous
invitant a dormir chez elle, au village de Tiger. Le trajet est
fantastique. Une heure de rodeo sur la route en zigzag, barbe au vent
pour Vidian, par une lumiere merveilleuse.
Une famille formidable. Au sortir du bus, Vidian aide notre hote a porter les deux gros bacs de plastique bleu contenant la lessive de la famille. "Amaley de Tiger" est fiere de traverser le village avec nous sur ses talons. Elle nous accueille admirablement bien, avec une simplicite deconcertante et un sourire ineffable. Les pieds trempes par nos traverses sauvages de rivieres, elle nous couvre d'une couverture et nous sert abondamment de the et de biscuits. Nous sommes aux anges. Sa petite fille a une bouille adorable et elle imite sa maman en pretant attention a ce que nos tasses ne desemplissent pas. Puis nous la suivons dans un tour guide du village. Quelques vieilles batissent blanchies a la chaux, des champs, des troupeaux de vaches, de moutons et de chevres, des hommes qui discutent au soleil, des femmes qui tissent a l'ombre...un vrai petit bonheur que ce tour!
Nous sommes bientot invites dans la piece principale. Le pere de famille a fini de jouer aux des! Il a a peine 36 ans et vient d'etre mis a la retraite de l'armee. Avec quelques champs et des betes, le voila paysan, touchant encore la moitie de sa solde jusqu'a la fin de sa vie. Un statut privilegie. Nous passons la soiree entre tele, pannes de courant et jouer avec les enfants. Quatre, mignons comme tout, aux sourires ravageurs. Nous apprendrons le lendemain que la derniere, trois ans, une beaute sauvage aux cheveux hirsurtes, est en fait un peu simplette...
On nous reserve meme un lit dans la chambre d'ete, le luxe total! Le lendemain sera consacre a une petite marche vers le monstere. Nous aurons meme la joie de partager un the avec les moines au moment de leur priere, scandee avec des voix guturales qui vous transportent dans une autre dimension. Ces deux jours dans la vallee de Panamik seront gravees dans nos memoires. Nous revoyons encore la tete defaite de notre chamante hote, toute decue de ne pouvoir faire essayer sa perak (coiffe de ceremonie traditionelle paree de turquoises) a Armelle, son mari ayant garde les clefs du coffre. Ou encore ce bain de soleil, un verre de the a la main, a ecrire sur des chaises en plastique a cote de la vache qui meugle dans l'enclos d'a cote. Des moments simples d'une grande intensite, une joie partagee, un bonheur complet.
Nous passons encore quelques jours a Diskit,
entre l'ecole et la lecture assidue de Tintin au Tibet et Asterix le
Gaulois en anglais, pretes par Palden. Puis, un deuxieme passage a 5605m nous a permis de rejoindre Leh, hier. Protegee par une barriere de
montagne supplementaire, la vallee de la Nubra nous a offert un vrai
temps de printemps. La sensation de "trop chaud" a etait quelque chose
de TRES nouveau pour nous...mais il faut avouer que cela ne nous a pas
deplu! Est-ce du a la chaleur? Est-ce du a notre derniere peregrination
au Ladakh? Notre corps a en tout cas reagi et a tour de role, nous
avons ete touches par une bacterie mysterieuse. Maux de tete, fievre,
vomissement, nous payons notre depart prochain du Ladakh! Voyageant
lentement, nous n'avions pas ete une seule fois malade jusque-la, notre
acclimatation territoriale allant au rythme de notre vagabondage. Nous
nous estimons donc plutot chanceux de devoir faire la sieste pour
recuperer un peu. Mais tout va bien aujourd'hui, meme si une
petite vague de tristesse nous souleve le coeur parfois a l'idee de partir.
Nous partons
dimanche 16 mars retrouver la chaleur etouffante de Delhi. Les bombes
du Pakistan nous attendent. Ouh la, nous sentons deja des coeurs se
serrer (hein les momans!!), mais nous sommes en contact avec de
nombreuses personnes installees la-bas et si la traversee semble trop
risquee, nous nous contraindrons alors a prendre une nouvelle fois
l'oiseau de fer pour rallier l'Iran.
Promis, notre prochain message vous contera une tranche de vie de nos parents ladakhis de Leh, Amaley et Abaley, car vous nous demandez a juste titre des photos, et des explications! Il est d'ailleurs temps pour nous de rentrer a la maison, nous leur avons trouve un petit cadeau...c'est notre avant-derniere soiree avec eux...
Jospoh Jolhen (a plus!)
Armelle et Vidian
PS: Les photos de la Nubra bientot en ligne...patientez juste 4 jours, Internet a Delhi coute...4x moins cher!
PS2, petit bonus: Alors qu'Armelle met sagement des photos sur le blog, notre cher petit monsieur Internet lui offre un bon the. Pour proteger la table, celui-ci pose un papier sous le verre...un papier tout blanc, genre brouillon...mais qui a la singularite de contenir, ecrit en tout petit, le message: "Never miss a thing". Pourquoi moi?
10 mars 2008
Chantez avec les enfants de la Nubra (Ladakh)
Chantez avec les enfants de la Nubra
Vidéo envoyée par vidian_armelle
02 mars 2008
Au coeur du pays ladakhi
Julley, Julley!
Nous revenons tout juste de 8 jours de vagabondage a travers les montagnes du pays ladakhi, entre Leh et Timosgam. Et quelle n'est pas notre surprise de retrouver Leh encore une fois transformee par le beau temps et la douceur de l'atmosphere. Les temperatures a notre reveil sont de l'ordre de 2 degres, une fournaise!
Un matin pas comme les autres. Le reveil est la pour nous rappeller qu'aujourd'hui, nous partons marcher. Sirotant notre the, un sentiment s'eveille: la hate d'en decoudre avec la montagne, malgre une petite flemme de quitter notre adorable famille. Dehors, il neige et un brouillard s'est leve avec nous. A 9h, nous nous levons, pour partir, mais notre geste est vite interrompu par Amaley. "Fait pas beau les enfants, faut pas partir et je vous prepare des chapatis". Va pour les chapatis, Maman! La cuisine est un lieu de paix et de contemplation. Abaley revient tout humide de ses ablutions matinales. Abiley, la fantastique grand-mere paternelle, enchaine les "Om Mani Padme Um", cette priere si simple. Ses doigts courent sur les petites boules de bois de son chapelet et ses rides s'animent a chaque louange. Hop, un petit tour de moulin a prieres, Abaley et ses chaussettes de cuir disparaissent, pendant que nous devorons les chapatis avec du beurre sale. Oun Delissse! Un dernier sourire et nous chaussons nos grosses godasses. Ah le contact du sac sur le dos...
Histoire d'une petite galere. Le projet est simple: parcourir un trek connu pour etre relativement simple en ete. L'hiver et la neige nous donneront un peu d'authenticite. Et pour corser le tout, pourquoi pas partir de Leh, itineraire qui n'est precise nul part? Nous partons avec une carte sans echelle, une boussole enfouie dans le sac, notre bonne humeur et les merveilleux chapatis d'Amaley dans le ventre. On recupere au passage Celine, qui veut tourner une nouvelle sequence avec Armelle au col. Et c'est parti pour le show! Un temps de Jesus, une chaleur ecrasante (au moins 15 degres!), et le soleil qui nous tape sur la tete. Vidian y perd la raison...
Nous evoluons dans 50cm de neige bien "croutee". D'une demarche saccadee, Vidian fait la trace. 3h de marche nous menent au pied de la passe. Une pause Maggy (nouilles chinoises), un tournage express et nous voila seuls contre la gravite.
Bille en tete, Vidian creuse de belles marches. Une pensee de magret de canard aux pommes le contraint a une pause. Le soleil decline, faut y aller. Pas a pas, la fine equipe s'eleve. Nouvelle pause, cette fois-ci a une salade de gesiers avec des petits croutons. "Faut avancer maintenant Vidian, concentre toi" lache Armelle. Et Vidian qui repart, en laissant de cote le poulet a la biere qui lui trotte dans la tete. Yalla! 4186m: panorama magnifique. On marche dans le ciel.
Au loin apparait un tache...surement Phyang, notre objectif de ce soir. Le soleil ne va pas tarder a passer derriere les cretes, ne trainons pas. Descente d'enfer sur l'adret (versant sud) entre les rochers et les neves, dans de grandes glissades plus ou moins controlees. Tiens des traces de chevaux. Voila le horseman, les dents quasi-inexistantes et arborant de belles-fausses Ray-Ban sur un visage burine par le soleil. "Julley, Phyang loin encore?" (pas encore couramment le ladakhi!). "Bah oui, ca, c'est Leh...faut passer ce col pour atteindre Phyang" dit-il en poitant du doigt la montagne dans notre dos. La zone construite que l'on voit est en fait une banlieue de Leh. Super. On se retourne en grimacant et fixons le col vertigineux qui se dresse devant nous. Bon. Depites, on decide tout de meme de planter la tente sur un replat en direction du col. Pas de cartes, les godillos trempees, le temps qui se couvre...les nazes! Les plats-tout-faits qui faisait notre fierte au depart s'averent en fait tres epices. On s'endort le ventre creux, le moral au niveau de la mer...
Il neige toute la nuit. La temperature est douce. 4h du matin, des cloches tintent. Cloches de Paques qui se font une pause au Ladakh? Chocolat? Ou peut-etre les fetes de Paques sont-elles decalees en fonction du calendrier tibetain? Un henissement. Elles voyagent a cheval les cloches? La poesie s'envole vers une realite beaucoup plus abrupte. C'est le troupeau du gentil horseman edente. Comme le claquement des haubans au port, les clochettes finissent par nous endormir. A 7h, le reveil sonne dans le vide. Pas la "niak". Petit porridge dans la tente. Vidian sort le premier. Comme un bateau echoue sur un rocher, notre tente jaune semble perdue dans ce desert mineral. Aucune corne de brume. Pourtant nous sommes dans le brouillard complet. Le col est invisible. On plie le camp. Resumons la situation: pas de carte precise, pas de visibilite, pas le moral et aucune idee des conditions meteo la haut. En meme temps une certaine fierte nous pousse a passer ce pu":(^% de col. Les yeux d'Armelle trahissent le mieux notre sentiment. Nous sommes sur la route depuis 6 mois, nous marchons dans l'hiver, nous menons une vie plutot rude...Arretons de nous fixer la barre trop haut, redescendons...En chemin, nous croisons Tundup, le horseman. Il file la laine en sifflotant, suivant son troupeau. Plus bas, nous abordons sa tente, ou plutot une subtile combinaison de deux panneaux de toiles agencees de facon a laisser passer le tuyau du poele. Il doit y faire un froid de gueux. Un barbu hirsurte, au milieu d'un fourbis incroyable d'outils, de brosse a dent, de morceaux de bois et de matelas, lave de l'avoine pour ses chevaux. Nous tacherons de recuperer la grande route de l'Indus et rallier Phyang en stop. Fin de la galere?
D'une zone militaire a la serenite du village de Likir. Apres avoir quitte notre gentil barbu et sa tente, nous debarquons au sein d'une immense base militaire. Cela ressemble davantage a un depotoir de vieux materiaux, vehicules et batiments, fraichement peints en rose. Ils ont une autre idee du camouflage, ici. Un jeune militaire sikh ne semble pas connaitre Phyang. Des pakistanais entreraient dans ce village que cela ne l'etonnerait meme pas. Soit. Le temps de se decider pour un itineraire, un 4x4 de l'armee nous aborde. Le ton suspicieux du grade nous met en alerte. "Que faites vous ici? D'ou venez vous? Comment etes vous entres dans cette zone militaire sous surveillance??" Comment te dire..."Montez, je ne sais pas ou se trouve Phyang mais je vous y depose!" Laissez faire le temps et le voyage vous conduit tout seul (la ou vous souhaitez ou non). Nous sommes dimanche et voila que notre ingenieur-maintenance originaire de Bombay, repondant au doux nom de Ajay, veut visiter le Gompa de Phyang.
Et nous voila a prier dans les differentes chapelles entre chaque pause photo..."Et mes mains sur vos epaules, voila, comme ca, ca va...??" Ajay repart et nous debusquons une petite echoppe qui nous offre la joie d'un paquet de biscuit. Les gateaux engloutis, nous echouons dans une guest-house fermee, au terme d'une traversee du village. Finalement, un petit nepalais de 12 ans et son grand pere nous ouvrent une chambre et nous autorisent a cuisiner dans leur piece a vivre. L'unique piece des "communs" de l'auberge. Nous repartons sans sac, "voler" (sentiment tres fort du marcheur une fois libere du fardeau qu'il porte sur son dos) a travers les champs en levant des escadrilles de perdrix. Le vent et la neige se melent soudain dans un ballet grisatre peu enclin a la joie. Nous rentrons nous rechauffer pres du poele et devorer les National Geographic de la guest-house. Notre diner restera un bon moment, pas tant culinairement parlant (riz et tomates seches) mais dans une ambiance particuliere. La petite piece faiblement eclairee par la lampe solaire, le bleu du mur en torchis, le beige jaunatre des vieux journaux, la chaleur du "chula" (poele), et les regards curieux du petit nepalais et de l'ancetre.
Nous repartons le lendemain matin, apres avoir contourner le yack qui broute dans la cour. Interrogations de la journee. Allons nous trouver un vehicule pour Likir? Encore une fois, le voyage placera sur notre route un bus, a peine 15 minutes apres notre arrivee sur la route principale. Nous voila bientot brinquebales dans le mastodonte de metal qui nous porte jusqu'a Likir. Toutes les tetes dodelinent sur le meme rythme, celui d'un disque plutot raye. Un homme du bus nous conduit a la guest-house d'un copain. Sympa, le copain, qui nous accueille d'un grand sourire. Norboo est peintre, sculpteur et faconne aussi des masques. Neuf generations ont fait ce metier avant lui. Il se diversifie un peu avec l'auberge. Nous passerons un tres bon moment a Likir, a jouer avec les enfants de Norboo, dont le cadet de 4 ans est une boule de vivacite et d'intelligence. Debout sur le capot du 4x4 paternel, il nous "scotchera" en sautant simplement a terre, de plus d'un metre, se relevant fier comme un coq.
Une ligne de nuage jouera avec nos nerfs de photographes en laissant le Gompa, majestueux, dans la penombre. Un Bouddha dore de 21m aurait pu lancer son regard vers les montagnes blanches qui lancent leurs cimes vers le ciel azur. De mauvais poil, il a du se placer se jour la de cote, sa vue butant sur un versant abrupte. Tant pis. A travers les champs, on surprend des envols de perdrix. L'une d'elles fait un crochet vers le monastere. Un rayon de soleil s'est pose sur le gompa et quatre vieilles en goncha marchent sur le ruban d'asphalte noir. Clic, clac, c'est dans la boite.
Soiree
merveilleuse, assis dans la cuisine avec toute la famille, a epier le
petit gars de 4 ans tenter par tout les moyens d'atteindre un flacon
pose sur une etagere. Son pere dejouera finalement toutes ses
tentatives a la derniere seconde.La grand mere egrenne son chapelet, le
pere recite des mantras, la mere cuisine, la petite fille nettoie des
patates consencieusement, la tele grezille...et nous au milieu de toute
cette vie, trempant du pain maison dans du yaourt maison. Petit
bonheur.
Entre des cols a 3750m. Petit dejeuner gargantuesque a Likir: the au lait, chapatis, beurre et confiture. On se croirait chez Maman. Cela a du bon de se trouver dans des guest-houses parfois. De ce village commence alors le "Sham Trek", celebre en ete, desert en hiver. Une chance. Traverser le village, laisser le boui-boui sur la droite et prendre la sente qui descend vers le torrent, a gauche du chorten (petit monument a priere)."A gauche mon capitaine, a gauche!" Tintin (au Tibet), quand tu nous tiens. Vidian, comme un effort expiatoire envers ses divers arrets pour cause culinaire, se lance le defi de ne s'arreter qu'au col...En prenant un rythme de vieux savoyard, il enroule un pas lent mais constant et se hisse d'un trait jusqu'au col. C'est fou comme la volonte est une histoire de...volonte. Armelle suit en marchant sur son bonnet. Un ancetre en goncha semble racler la route pour on ne sait quelle raison. Petite discution d'altitude. Il plisse les yeux, ebloui par le soleil. Vidian lui passe ses lunettes et un grand moment se joue alors. Il enfile les lunettes comme il hesiterait devant un nouveau medicament puis, les verres sur le nez, regarde les montagnes et leve un pouce en s'extasiant: "Ma Demo Duk!" (en language courant: "c'est de la balle!"). Nous plongeons ce souvenir comme un corps mort au fond de notre memoire. Voila le village convoite.
Yangtang
est un amas de six grosses maisons au bord du vide. Un charme fou, un
silence royal. Padma nous accueille dans sa cuisine d'hiver, au parquet lime
par les ans. Elle est belle, Padma, sa goncha bordeaux et ses
chaussures traditionnelles au bout releve, pour eviter d'ecorcher la
terre. Une gamine nous sert le the. Nous realisons soudain que cette
enfant ne nous est pas inconnue. Elle est en effet presentee en photo sur
la carte professionnelle de Celine, la francaise qui tourne des
documentaires. La petite se marre a la vue de la carte et part chercher
la vraie photo...
Encore une fois, notre excursion dans le hameau est
source de serenite. Au coucher du soleil, les betes reviennent d'elles-meme vers les etables. Armelle craque pour des chevreaux adorables. Une
conduite forcee tombe vers un generateur electrique. Independance
energetique et minimisation de l'impact paysager. Ca plait beaucoup a
Vidian. Retour dans la cuisine ou le ballet des chaussures de Padma est d'une poesie incroyable. Et voila une eNORme assiette de riz aux
lentilles. Plus tard, allonges dans nos sacs de couchage, nous observons les
etoiles a travers la vitre. Tiens, Orion, qu'est-ce que tu fais la?
Il fait 2 degres dans la chambre au reveil, une fournaise. Cela promet une sacree journee. Armelle leve la tete. Une femme au chale bleue ramasse des dejections animales, combustible precieux. Un tzo (mix yack-vache) la regarde pendant qu'une chevre danse sur le mur. Nous sommes au centre de la vie rurale. Encore un petit dejeuner merveilleux. La fumee s'echappant de nos tasses se tord dans une sensualite profonde, sous les feux du soleil. Petite emotion matinale. Nous repartons vers un nouveau col a 3600m. En sortant du hameau, nous croisons un vieil homme. Sa peau tannee contraste avec le bleu intense de ses boucles d'oreilles en turquoise (pierre semi-precieuse). Il est assis en tailleur, dos au mur de terre, face au soleil, et lit les longs parchemins de prieres couches sur ses genoux. Nous garderons cette image toute la journee. Le sentier nous mene au Sermanchen La (La=col en ladakhi), puis au village d'Hemis Sukpachen. Une petite randonnee sympa, qui laisse le temps d'observer le paysage. Des empreintes de loups courent le long de la piste. Au loin, un trou beant, une taniere.
Comme par miracle, une femme nous hele depuis le sentier, nous conduit vers sa maison et nous ouvre une chambre baignee par le soleil. Encore une femme adorable. Encore une gamine trop mignone. Encore un village qui nous charme. Nous avons la chance de profiter du calme hivernal car la saison venue, ce sont des dizaines de groupes d'Israeliens, de Francais, d'Allemands...qui deferlent sur ces villages. Ainsi, nous sommes recus au coeur des familles, et partageons leur quotidien, aidant parfois (quand ils nous laissent le faire) aux taches menageres. Encore un avantage de voyager en hiver. En l'espace d'une apres-midi nous irons de surprise en surprise. Tout d'abord, l'essayage de la goncha de Diskit, notre hote, par Armelle. De voir cette femme s'amuser comme une enfant a deguiser l'etrangere, allant chercher un chale plus approprie, ou rectifiant un pli, est absolument genial. Armelle est radieuse.
Puis, de vagabondage dans le village, nous tombons sur le DA, le concours de tir a l'arc, reserve aux hommes UNE seule fois par an. De tous ages, les hommes boivent du tchang et tentent, avec leurs arcs de bois et leurs fleches plus ou moins tordues, d'atteindre la cible. Vidian aura l'honneur de s'essayer...et battra un reccord, celui de la fleche tombee la plus pres de la zone de tir!
Nous poursuivons notre chemin, et restons en admiration devant une belle vache brune qui nous observe derriere une porte de bois ajouree. Le temps de faire connaissance et le proprietaire du bovin nous invite a prendre un the. Un de ces moments uniques et qui deviennent rares, malheureusement. Une invitation gratuite, pour discuter, echanger et sourire. Voici le coeur des Ladakhis. Tundup Namgyal est un artiste: il peint et sculpte. Son pere est une carte postale vivante. Le chapeau traditionnel sur le crane, assis en tailleur face a un beau yack noir, il est baigne de lumiere et recite des mantras, la thermos a ses pieds, la tasse fumante. Fantastique. En revenant vers la gompa, un groupe de femmes sans ages nous invitent a partager un peu de tsampa. Elles filent toutes la laine, se racontent des histoires et rigolent, beaucoup. Quelques mots de ladakhi et la discution s'engage, articulee autour des eclats de rire. Elles evoquent le Chenmo (yeti) en observant la barbe de prophete qui grignotte le visage de Vidian. Simplicite rare. De retour a la maison, Diskit file la laine a cote du poele. La laine dans une main, l'autre fait tournoyer la quenouille de bois, et le fil se cree comme par magie. Des moments simples comme ceux vecus cette apres-midi sont le moteur de notre voyage, l'essence meme de notre vagabondage.
Trop chaud. Nuit mauvaise. Humeur maussade, surtout pour Vidian. Le col devient une epreuve de volonte. Marre de tout. Envie de tout envoyer balader. Marche silencieuse et triste, muree dans nos pensees. Chacun attend de l'autre quelque chose qu'il ne comprend pas. Ca arrive! Le ciel est pur, poussant a la contemplation. Mais nous sommes en mouvement, et le village doit etre atteint ce soir. Timosgam apparait bientot et s'allonge le long d'une piste en lacets. Nous atterissons chez la soeur d'Abaley, dans une immense maison. Batisse-forteresse, allure moyen-ageuse. Tsering ne parle pas anglais et le contact est finalement assez froid et detache. Nous nous attendions a peut etre plus d'effusion! Alors le the prend une saveur differente et une petite sieste range nos pensees dans les bons tiroirs. Armelle retrouvera le charme des chevreaux et Vidian leur donnera le biberon. Le diner est excellent et le ballet des chats et chatons nous occupe bien...
Fin de trek, poursuite de l'aventure. La nuit est bonne. Le soleil brille. Armelle se lave un peu. Vidian se decrasse la figure...et remet le meme t-shirt depuis 15 jours. Va comprendre...Vidian semble avoir perdu sa mauvaise humeur en meme temps que son bonnet, sur un mur le long de la piste. Nous sommes en simple polaire ("micro-polaire" pour les inities au language complexe de l'equipement de trek) sous un soleil tres "calorifique". La creme solaire est restee a Leh et Armelle semble s'etre brule la paumette ces derniers jours. Brulee par le froid, brulee par le soleil, Armelle en aura fait voir de toutes les couleurs a ses joues! Le "sham trek" s'arrete la, officiellement. Nous, nous poursuivons notre peregrination au coeur du pays ladakhi. Nous descendons au village de Nurla, ou est ne notre Abaley. Le voyage mettra sur notre route des femmes attendant le bus. Nous posons les fesses sur nos sacs et laissons le temps s'ecouler. "Better later than never" dit le panneau au dessus de nos tetes....Ouais!
Crissement des disques de freins, evacuation de la pression dans un grand pshiit, le bus nous laisse sur le bord de la route. Quelques poignes de nouilles avalees au bord d'une riviere et nous voila sac au dos, en direction du monastere de Rizdong. Des barals (chamois du coin) jouent les funambules sur les versants ocres des montagnes. La nonnerie apparait plus loin. Nous y deposons un petit globe lumineux, cadeau de Celine aux soeurs, chez qui elle avait dormi une semaine plus tot. Nous partageons un the avec ces gamines de 9 a 17 ans drapees de rouge, et rasees. Armelle y est accueillie pour la nuit, sous le sourire de la plus petite au regard d'ange. Armelle y laisse son sac, nous nous remettons en marche. Ascension lente le long de la route qui serpente. Et voila le monastere qui se decouvre au dernier moment. Adosse a un cirque rocheux, majestueux, il impressionne. Une ecole se niche a ses pieds, ou Vidian se delaisse de son sac pour gravir les marches.
Deux moines nous invitent a les rejoindre. Un jeune de 17 ans, Stanzin, parlant la langue des rosbeef, nous accueille. Nous parcourons bientot les diverses salles de prieres avec lui avant de prendre un the, assis sur les marches de chaux blanches. Un jeune moine en tunique est assis en tailleur sur un pont de bois au dessus du vide, le regard perdu vers les cimes enneigees. Les quatres moines presents durant l'hiver accueillent le barbu pour la nuit. Armelle repart bientot vers chezles filles". Deux anes deambulent entre les batiments commes des chats dans une maison. Une autre echelle. Alors qu'Armelle retrouve les soeurs, Vidian grimpe dans la montagne a la recherche de lumiere, avant de partager le diner des moines, une bonne thukpa. Sa cellule est rustique, mais il ne fait pas froid. Armelle se leve pour entendre le chant melodieux de la priere des nonnes quand Vidian a deja parcouru le monastere avec Stanzin pour reveiller les dieux, et allumer le feu pour la thukpa du matin. Des moments magiques. Il repartira bientot, pour retrouver Armelle en train d'apprendre l'ecriture bouddhie au milieu d'un cercle de tuniques rouges et oranges.
En route pour Alchi. Lente descente vers la route ou nous avait laisse le bus la veille. Des vehicules passent sans s'arreter. Et comme par magie, un bus stoppe, nous depose au debut de la route pour Alchi, et le 4x4 d'un ingenieur du Cashmire nous pousse jusqu'au village...qui ressemble a un chantier. Les maisons s'aggrandissent dans des nuees de poussieres. Et fleurissent partout des inscriptions allechantes pour les touristes estivaux: german bakery, we serve pizza, best guest-house in Ladakh...Une pause the-cracotte-locale nous reanime un peu et nous decouvrons bientot les fameuses peintures extremement anciennes du monastere, le but de notre venue. Mille bouddhas ont ete peints a la main, tous uniques et d'une finesse extreme. Nous ne connaissons pas toute la symbolique mais avons appris que certaines peintures en relief ont ete faconnees avec la cendre des morts. Nous restons un moment a observer ces fresques...
L'aventure prend fin mais une
derniere epreuve nous attend, le retour a Leh. Nous marchons 4
kilometres dans un decor desertique pour tomber sur l'Indus et sa route
salvatrice. Une grotte trone au dessus de la route. Si la poisse
s'empare de nous, cette cave nous servira de refuge pour la nuit. Des
camions, 4x4 et autres vehicules en tout genre passent, et parfois
repassent. Nous avons confiance, notre heure n'est pas encore venue.
Alors Vidian sort son harmonica et entonne un air des beatles, pendant
qu'Armelle dechiffre le fonctionnement de l'instrument. Et voila qu'un
bus apparait a l'horizon, puis s'arrete. Nous grimpons dans la carcasse
3 heures les pistes cahoteuses en
direction de Leh. Des alignements de cailloux semblent delimiter des
parcelles de sable le long de la route. Des petits cailloux tout
simplement, comme gage de parcellisation. Imaginez l'interview:
"Tashi Tundup, bonjour.
- Bonjour.
- Quel est votre metier?
- Je suis geometre au ladakh, en charge de la delimitation de parcelles pour les futures extensions des communes.
- En somme, vous alignez des petits cailloux.
-
C'est ca, mais c'est beaucoup plus profond, et puis, vous savez, c'est
une histoire de passion, j'aligne des cailloux depuis ma tendre enfance.
- Tashi Tundup, merci et au revoir.
- Merci, au revoir."
Retour a Leh. Le raccourci derriere la station de bus nous permet d'observer les fesses d'un travailleur nepalais, faisant tranquillement son besoin face a la montagne, dos a nous. Bienvenue a Leh. Nous retrouvons avec plaisir la maison. Et Amaley nous charme en nous offrant un bon the avec des toasts au beurre. Qu'on est bien!
Bonnes bises, comme d'hab'!
Armelle et Vidian
PS: En bonus: souvenir d'une pause the a Sumdo....
(Si vous avez lu ce texte jusqu'au bout, c'est que vous lisez cette ligne: postez-nous donc un commentaire!)

















































































