Julley, Julley!!       

    Nous revoila, "fraichement" revenus de notre marche sur le Zanskar gele, nomme Tchadar. De la glace dure, de la glace molle, cassante, translucide, magnifique et eprouvante, mais aussi de la neige legere, du soleil, de l'eau bien froide, beaucoup d'ombre, des roches multicolores, des rencontres ephemeres, des sourires immenses, des heures de marche et de sommeil (un peu moins)...14 jours d'une belle epopee bien givree. Allez, glissez avec nous un instant!    

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     6h30. La montre sonne interminablement le temps que Vidian sorte un bras du sac de couchage et trouve en tatonnant l'objet convoite. Clic! La main gelee revient dans le duvet. "- 7 degres cocotte, ca va etre une belle journee!". Position debout, enfiler le t-shirt glace, changer de chaussettes une derniere fois, un pantalon de montagne sur les fesses, et vite se precipiter dans la cuisine. Ah, la douce chaleur du petit bloc de chauffage a gaz...!! Abaley, notre hote, termine de faire ses yaourts pour son magasin et nous serre un bon the au lait sucre fumant. Le liquide bouillant coule doucement dans le ventre, un vrai petit bonheur matinal.

      Puis, tout s'accelere. Notre guide, Stanzin, arrive sur les coups de 7h30, envoie prestement un the dans le fond de son gosier, enfourne dans son sac a dos la nourriture qui reste et nous emmene a travers des raccourcis vers la station de bus. Son grand frere Namgial est la aussi. Alors que Vidian lui donne 10 roupies pour le monastere (autant mettre les dieux de notre cote!), Stanzin revient triomphant avec une nouvelle paire de chaussettes roses. C'est bon, il est pare pour le trek! Et dire qu'on se sent un peu bourrin, nous! Derniers conseils du frangin plus experimente. Le bus meugle. Embarquement immediat.

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     Nous filons a au moins 30km\h (wouha, la sensation!) depuis 2h30 sur une piste cahoteuse, a travers des paysages de montagnes blanches et aveuglantes. Le soleil est la, c'est magnifique. Une pause the plus tard et nous stoppons sur un terre plein au milieu de...nulle part. La piste s'arrete quelques centaines de metres plus loin. Vidian file chercher les sacs sur le toit du bus, ou repose un bric a brac incroyable: bois, poeles, bouteilles de gaz, couvertures, sacs de nourriture...Des hommes chargent deja le barda sur des yacks et des anes, direction la Markha Valley, un coin perdu. Pas le temps de trainasser, on sort quelques chapatis (galettes de pain) et commencons a marcher dans l'air glacial. La piste en terre, que de pauvres travailleurs tentent de creuser dans la roche, termine en cul de sac. On ne peux plus resquiller,  il faut descendre sur la glace!

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     Installez vous bien, une bouillote sur les pieds, un vrai cafe cale dans une main, bonnet sur la tete...c'est parti!    

    Demarche de glace. Les premiers pas sont un peu hesitants, disons. Un baton de marche dans la main, l'autre bras assurant l'equilibre (en brassant l'air au debut!), il faut se laisser glisser doucement sur la surface vive. Nos grosses bottes en caoutchouc de l'armee indienne s'ecrase mollement sur la glace. Et hop, le geste est adopte. Cela ressemble un peu a une danse. Poser la godasse, partir en glissade controlee tout en plantant fermement le baton dans la glace (ah le plante de baton!), decaler la hanche, forcer l'arret du premier pas et tirer l'autre jambe en avant, plus en avant encore! "Mais la glace, elle est trop dure!" Faut faire avec! Le soleil eclaire seulement le haut des gorges aux reflets ocres. Trois danseurs evoluent dans l'ombre. Ce mouvement est ereintant. Il force sur les hanches, pompe sur les cuisses, tire sur les bras. L'envie d'essayer un autre pas nous prend de temps en temps. Un pas plus normal. La pause un peu brute du talon sur la glace nous envoie rapidement dans un gymkana de haute voltige: la jambe tendue en avant, les aducteurs pret a se dechirer, les bras qui fendent l'air, pret a s'envoler (si seulement), le sac qui vous rappelle que la gravite vous tire vers le bas, bien plus bas que vos fesses...Aie, ouille, l'atterissage est amer! Bon, et bien dansons encore un peu! A contre jour, Armelle avance, tanguant a droite a gauche, les mouffles trop grandes au bout des bras. Allure de primate. Peut-etre que la legende du Yeti est nee sur le Tchadar!

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     La glace est folle. Elle perd la tete sur le Tchadar. Oui, oui, elle s'amuse a prendre toutes les formes possibles et imaginables, elle joue avec les humains qu'elle porte sur son dos, elle craque, se decoupe, se laisse recouvrir d'eau, disparait et reapparait en quelques heures. Tout glaciologue qui se respecte devrait partir en stage sur le Tchadar! Tout geologue qui se respecte devrait vraiment partir en stage sur le Tchadar! Et pour chaque geographe emmerveille par la grandeur de la nature, le Zanskar gele est un reve. Vidian le realise aujourd'hui, le nez constamment en l'air! Des zones libres laisse couler une eau a la glace pilee. Etrange ressemblance avec de la lave, glaciale. Elle coule lentement et inexorablement dans le gouffre que forme la glace bleue, piege mortel. Deviner la teneur de la glace devient vite un challenge: observer les zones d'ombre ou de transparence, les couleurs, la surface rugueuse ou lisse. Parfois, l'impression de marcher sur du verre pile est incroyable, parfois on s'imagine ecraser doucement le dos d'un mille feuilles, ou alors on casse la glace comme on casse le caramel sur une creme brulee...Eh oui, nous pensons souvent a des mets bien plus delicats que le Thukpa! 

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     Nuits prehistoriques. Dans notre peregrination, nous avons la chance de trouver des caves, creusees en ete par l'eau, dont le niveau est alors de 3 metres superieur. A peine les sacs poses, nous cuisinons un bon the pour nous rechauffer les entrailles. Sale ou sucre, lacte ou pas, il coule lentement, reanimant certaines parties du corps. Et voila le moment pour les hommes de partir en quete de bois, tandis qu'Armelle arrange la caverne. "Du bois en plein canyon, ils sont marrants" direz-vous.  Vidian commence a fouiller les versants a la recherche de pauvres arbustes, mais Stanzin, malin comme un singe, montre alors l'astuce. Sous d'enormes rochers s'amasse en periode estivale tout ce que la riviere charrie: de vieilles godillos, des bouts de plastiques inidentifiables, des morceaux de tissu, mais surtout du bois. Au lieu dit de Tilat Do, une mine de bois fera halluciner Vidian. Du bois entasse sur des metres de hauteur, le reve de tout marcheur dans le froid! 

     Le feu chauffe la grotte et trois ombres s'activent autour du foyer. A demi flechi, plissant les yeux pour lutter contre la fumee, nous sortons tous les ingredients du diner: vegetaux secs, tomates seches, farine, epices, oignons, ail et eau. De quoi se preparer le fameux Thukpa, genre de nouilles ladakhies. Nous restons des heures a surveiller et regarder le brasier. Des flameches bleues courent sur le bout de bois, s'enfuient dans un sifflement pour reapparaitre aussitot dans un claquement jaune. Exercice de prestidigitation. Nos mains s'orientent comme des panneaux solaires pour capter chaque rayon calorifique.

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     Le temps est clair, ca va pincer cette nuit. Nous etendons nos sacs de couchage dans la poussiere de cendre. Durant ce trek, nous avons peu partage notre grotte, hormis la premiere nuit, ou un militaire rejoignant sa base a Padum, et un vieux Zanskarpa, la Goncha odorante (long manteau du type Dheel mongole) et le chapelet tibetain autour du cou, ont ronfle a nos cotes. Les bruits nocturnes sont etranges. Ils emplissent les gorges qui les font resonner. La riviere gele vit et lance dans le noir un son a la confluence d'une bouteille de gaz qui fuit et un tapis roulant (sans les machouillements coutchoueux). On se frictionne comme on peut en attendant le matin. Le duvet de Stanzin ressemble plus a un sac a viande qu'autre chose. Il veillera toujours plus longtemps que nous pres du feu et se levera regulierement le premier, totalement congele. 7h, un souffle et une fumee bleuee nous reveille. Stanzin fait tout ce qu'il peut pour rechauffer ses chaussures de cuir afin de pouvoir les enfiler. Un bon cafe au lait tres sucre, puis un porridge a peine avale et nous quittons notre glaciaire d'un pas vif. C'est parti pour 4h a 7h de marche, selon l'objectif, jusqu'au prochain bivouac.

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     Un soir, la grotte esperee se retrouve a des centaines de metres, dans une vallee perpendiculaire, noyee sous 70 cm de neige. Stanzin prefere monter la tente entre les rochers, en hauteur. Rapidement, le coin devient hostile, tres hostile. Nous sommes a l'ombre, le  vent souffle bientot comme un damne et pas moyen de trouver du bois! Super. En grelottant, les hommes preparent le diner, que l'on prendra dans la tente en tentant de se rechauffer. La nuit est la, nous recouvrant de son voile glaciale. La condensation commence deja a transformer l'interieur de la tente-igloo. C'est alors que Stanzin sort son cahier de francais et son phrase-book. Et voila qu'un cours de francais s'improvise autour d'un delicieux carre de chocolat francais (cadeau inestimable d'une amie de Delhi!) et de notre flasque de calvados (notre ration de survie). Ambiance decalee et geniale. Nous dormirons a trois cette nuit-la, dans une tente prevu pour 1.8 personnes. Ils ont tout prevu ces constructeurs de tente (entre parenthese: merci a The North Face de nous avoir procure ce nouveau materiel tres performant) !!

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    Une colonne de porteurs. Dans la brume qui monte de la glace, de petits hommes, une maison sur le dos, avancent vers nous d'un rythme rapide et decide. Ils font parti d'une vraie caravane. L'un a un visage doux, tout en rondeur, son voisin n'a pas de gants, le suivant chante faux, l'autre a une tete a vendre sa mere...! Des "blancs" a l'equipement flashy et flambant neuf, deux beaux batons de marche visses aux mains, avancent febrilement sur la glace. Encore des Francais! Le nombre de Francais sur le Zanskar gele reste une enigme (mais pourquoi??)...8 touristes, 16 porteurs, 1 cuisinier, 2 guides. Et bein!  Ils reviennent de Zangla et nous annonce des passages aquatiques. Nous repartons. On se retourne pour leur lancer un dernier coup d'oeil. Certains portent sur leur dos plus de 40 kg. Leur sac se resume a deux armatures de bois dans lesquels ils glissent les bagages des touristes. Deux sangles viennent serrer le tout et entailler les epaules. D'autres trainent derriere eux des montagnes de barda sur un mini-traineau de bois. Les skis sont des tuyaux de plastique. Systeme sympa quand la glace est bonne mais exenuant lorsqu'il s'agit de grimper a flanc de falaise pour eviter des zones a risque.

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     Nous echangeons avec Stanzin les informations recoltees. Les nouvelles courent ainsi sur le Tchadar. Nous croiserons son frere dans deux jours. Une cliente anglaise a pleure au dernier refuge car son guide ne l'attendait pas. Des suisses ont un sac rempli de Toblerone. Eh oui, demain, un passage aquatique sera delicat a negocier. Et toujours la meme question des locaux a Stanzin. "Combien de porteur? - Aucun - ?? - T'inquiete, ils sont bons marcheurs!" Nous repensons a ces groupes d'occidentaux marchant tranquillement sur cette itineraire unique. Les petits vieux ont un sacre courage, meme s'il ne portent pas leur sac. Neanmoins, parcourir le Tchadar avec des porteurs, c'est comme faire du velo avec des roulettes!

    Une maison "tres" traditionnelle. Apres 6 jours de marche, nous atteignons Pishu, le village de notre guide. Nous sommes au Zanskar. Vidian se plie en quatre pour passer les portes et tombe nez a nez avec une vieille femme toute ridee et bossue. Voici Amaley, la fantastique maman de Stanzin. Un air de vieillarde mais un tonus incroyable. Elle n'arrete pas de nous parler dans sa langue, puis eclate d'un rire formidable, un rire d'enfant. Nous passons deux jours a nous reposer dans cette famille. Plantons l'ambiance. Imaginez une piece de 4m sur 5, un sol en terre battue, des murs de torchis, un plafond tres bas et noir de suie et un chula (poele) que l'on bourre de bouses de yacks sechees et qui fume en permanence. La seule piece chaude de la maison est donc baignee dans un brouillard acre, qui pique terriblement les yeux. Puis, on s'y habitue et tout semble "presque" normal.

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     Une niece d'Amaley l'aide pour la vie de la maison. La jeune fille a un regard dur et ne cesse de nous devisager. Preparation de Thukpa. Elle petrit la pate vigoureusement de ses deux mains, d'un geste expert, transforme les boules ainsi formees en un long serpentin, saisit 2 bouses bien seches et les lance dans le poele, puis reprend sa besogne un moment, s'arrete, ouvre sa polaire, se mouche bruyamment a l'interieur, referme le zip (c'est bon, c'est propre a l'exterieur!), et termine de decouper la pate. Pendant ce temps, Amaley lance des prieres dans l'air en murmurant des "om mani padme um" et Stanzin rote. Un matin, alors que nous cuisons des parantas (chapatis frits) sur le chula et qu'un bon the fume dans les tasses, une plaque de poussiere/cendre grasse s'abat sur nous, provenant du plafond. Tout le monde rigole. Amaley souffle sur nos thes pour faire disparaitre la poussiere et la cendre, tandis que la jeune fille frotte rudement les chapatis. Et pour ce qui reste dans l'huile de cuisson, il suffit de ne pas regarder!

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     Nous deambulons dans le village, occupe par seulement trois familles elargies en fait. Une demi douzaine de maison de terre, des betes qui picorent et des enfants qui jouent. Sur les toits plats sechent de la paille et du bois, et des drapeaux a prieres multicolores uses par le vent egrennent leurs louanges dans le ciel. Ce soir, preparation de momos, ces genres de gros raviolis cuits a la vapeur (les buzz mongols en fait). Bouddhistes, les villageois ne peuvent tuer d'animaux. Ils attendent alors qu'un leopard des neiges egorge un ibex (bouquetin local), et viennent prelever le reste de la carcasse. Stanzin, le cuisseau rouge et gele dans les mains, frappe la viande a l'aide d'une hachette courbe. Sous la seule lumiere blafarde d'un neon nourri par le soleil (pas d'electricite en hiver a Pishu), nous devorons les momos, assis en tailleur.

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     Le lendemain, les filles se mettent en tete d'organiser une soiree avec les porteurs fraichement debarques d'une expedition d'occidentaux. L'affaire s'annonce bien: changement du chula pour un autre qui ne fume pas, installation du radio-cassette branche sur le panneau solaire et fabrication de seaux de Tchang, la biere locale. Nous expedions le diner pour faire place a la fete. Relegues a une maisonnette poussiereuse, nous entendrons les echos de la fete toute la nuit, avant de decouvrir les filles le matin dans la cuisine, ivres de fatigue. Elles pouffent de rire pour un rien, mettent de la musique et invitent Armelle a danser et se recouchent en boule pour piquer un petit somme...Long soupir. Une envie irresistible de voir nos amis s'empare de nous, de faire la fete avec eux, de boire du bon vin et deguster de fameux fromages. Une petite flemme de repartir dans le froid s'attaque a notre moral. Mais nous sommes forts, prenons une bonne respiration, dormons une bonne nuit, avalons un bon the sale...et attaquons le retour les pieds dans la neige. Que la force du Guru Rinpoche soit avec nous!

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      Les passages "chauds". Le Tchadar ne cessera de nous rappeller que nous evoluons sur de l'eau temporairement gelee, dans un milieu extremement hostile et changeant. En l'espace d'une heure, un passage bien givre peut devenir un enfer. Des le premier jour de notre marche, de l'eau s'invite sur de la glace. Vidian tente d'escalader la falaise mais se ravise. Le poids du sac, l'appareil photo et les bottes de caoutchouc de l'armee indienne ne sont pas a son avantage. Pas le choix, faut se mouiller. Chacun avance lentement de l'eau jusqu'au genoux, plantant le baton vigoureusement, tatant les zones plus fragiles. La glace cede sous Vidian qui se retrouve avec de l'eau a mi-cuisse. Une journee merveilleuse s'annonce! Tout le monde se retablit sur un rocher. Et bien finalement, aussi incroyable que cela puisse etre, nous nous remettons en marche rapidement et la sensation de froid ne nous atteind pas. Totalement etanche, nos bottes chauffent l'eau emprisonnee et l'air extremement sec seche nos pantalons. Seule la partie placee sous le genoux ressemble a une sculpture!

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     Certains passages delicats nous obligent a grimper sur les flancs du canyon. C'est alors un defi de concentration et de precision pour rester en equilibre sur les roches qui se delitent. Nous nous elevons parfois a plus de 15m au dessus d'un Tchadar bouillonant, sans aucune autre protection que notre vigilance. La chute serait mortelle bien evidemment, mais on y pense toujours apres! Et puis ces sentes, usees par des decennies de marcheurs, font le mythe du Zanskar gele. Nous ne pouvons passer a cote, dans tout les sens du terme. Il faut vous parler du terrible passage de Wama, LE point "chaud" du Tchadar. Un matin, une nebulosite poisseuse et un froid pincant nous accompagne dans notre approche. A gauche, une belle congere bloque le passage. A droite, une bande de glace survit le long de la falaise abrupte. Bon. Ambiance tendue. Nous testons la glace progressivement. Soudain, Je vois Stanzin basculer a l'eau, pousser des cris de terreur et tenter de s'agripper a la surface glissante. Le poids de son sac l'attire vers les abimes lorsque Vidian le saisit violemment et le retablit sur la glace dure. Avec des yeux de panique, Stanzin serre Vidian contre lui dans une accolade qui en dit long sur sa reconnaissance. Il nous avouera plus loin qu'un porteur est mort a cet endroit l'an dernier.

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     Stanzin gele sur place, il faut aller vite. Nous poussons les sacs devant nous et marchons a quatre pattes sur une lame de glace atteignant parfois moins de 50cm de large. Ouf, Wama nous laisse finalement passer! Mais la suite n'est pas terrible et nous marchons sur des oeufs. En tentant une portion, Armelle plonge dans l'eau jusqu'a la taille. Vidian n'a pas le temps de sentir son coeur se serrer qu'il l'attrape par le sac et la retablit directement en position debout! Certaines peurs decuplent les forces, dit-on. Journee emotion. Nous marcherons 7h ce jour la pour rallier le refuge de Anamur, une vieille batisse salvatrice, dans lequel Armelle et Stanzin decongeleront.

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    Tester le matos local contre le froid. Nos bottes blanches de l'armee indienne nous ont evite des engelures. Fonctionnant comme une combinaison neoprene, elles enferment le pied dans un milieu totalement impermeable. L'eau  ne peut y rentrer, la transpiration ne peut en sortir. L'oppose du Gore Tex! C'est donc dans une ambiance tropicale humide que nos pieds ont voyage sur la glace du Tchadar, pour notre plus grand bonheur. Pour le reste, tester le matos "local" contre le froid consiste en realite a revetir un jean et quelques polaires et marcher vite, tres vite. Les locaux sont incroyables, ils ont froid, c'est ainsi et cela le sera toujours, alors pourquoi faire secher les affaires puisque demain sera pareil! Ah oui, il faut un peu de logique. Notre guide passera ainsi de longues heures devant le feu sans meme penser a faire secher ses chaussettes ou meme decongeler ses freles chaussures de cuir, qui sont de vrais sabots de glace chaque matin. Porter une Goncha aurait pu etre sympa mais si Stanzin en avait portee une lors de sa chute dans l'eau, le poids de ce lourd manteau aurait pu l'emporter...

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     En partant avec un guide, nous avions pense perdre en authenticite. Keneni! Le Tchadar peut etre une promenade de sante comme un enfer de glace et de froid. Stanzin a plus ete un ami qu'un guide et souvent, nous nous sommes retrouve devant lui a tester la glace. Nous avons fonctionne en trio, en equipe. Il nous a permis de connaitre les legendes du Tchadar, de savoir les nouvelles que les colonnes de porteurs colportent, d'apprendre les anecdotes et les grottes secretes...Cependant, nous avons trouve cette marche plus difficile que notre peregrination mongole, dans la mesure ou nous ne pouvions fixer notre propre rythme. La-bas, nous avions pu trouver des gestes de "survie", des reflexes "calorifiques" qu'il nous a pas ete permis de  mettre en oeuvre  ici. Mais le Tchadar reste un trek unique, magnifique par toutes ces roches multicolores, cette glace eclatante (c'est le cas de le dire!).
      Un projet de route court depuis des annees et d'ici 8 ans, une route passera par la vallee...Et les locaux nous apprennent que la glace est de plus en plus mince d'annees en annees....Le Tchadar est ephemere....Nous sommes pleinement heureux d'avoir emprunter maintenant cette voie de communication fragile entre le Zanskar et le Ladakh.

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     Nous restons quelques jours a Leh pour nous reposer...et revenons bien vite vous conter de nouvelles aventures...

     Bises

     Armelle et Vidian