Tashidelek everybody !!

    Suite a notre entree en catimini au Tibet, nous avons passe quelques jours a nous emmerveiller. Plein les mirettes! Plein les oreilles! Notre premier matin a Lhassa nous entraine dans les ruelles odorantes de la vieille cite tibetaine. Il faut preciser que depuis l'invasion des chinois dans les annees 1950 (dans le but de "civiliser" les tibetains), une ville moderne et grouillante pousse autour du Potala, a quelques pas de la ville d'origine. Nous deambulons tranquillement, entre les carcasses de yacks toutes fraiches, les grosses mottes de beurre (de yack), les petites echoppes vendant des pains sans levain et les inevitables echoppes a touristes. Eclabousses par tant de senteurs differentes, emoustilles par tout ces sourires qui fleurissent autour de nous, nous sommes tout guillerets! Nous sommes alors entraines sur la kora que tout les pelerins boudhistes foulent en recitant de mantras. Ce "sentier", qui emprunte les ruelles enserrant le temple de Jockang, voit defiler des milliers de croyants marchant dans le sens des aiguilles du temps. Il est incroyable de voir certains se jetter a plein ventre sur le sol, pour se prosterner de tout leur corps, toucher la terre de leur front, se relever, faire trois pas, et se relancer ventre a terre...le tout au milieu d'une foule tres dense.

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     Nous marchons au milieu de tous ces tibetains, croisant des regards intenses et des sourires simples. Curieux, beaucoup nous devisagent, viennent nous dire un petit bonjour, toujours en souriant. Un tibetain, c'est le sourire du bonheur. Vidian marchera meme avec un homme, bras dessus, bras dessous, en rigolant comme des gamins! Au terme de notre peregrination, nous atteignons le temple. L'ambiance y est extraordinaire. des centaines de tibetains, toutes ethnies confondues, se prosternent de tout leur long. Debout, les mains jointes au dessus de la tete, ils mettent genoux a terre et s'etendent sur le sol, parfois sur un matelas de fortune, souvent grace a des cales fixees aux mains. Ils repetent ce mouvement inlassablement pendant des heures. Incroyable. De vieilles femmes toutes ridees et aux regards profonds, fatiguees par ces exercices spirituels, font tournoyer leurs moulins a priere en buvant un the au beurre. D'autres pelerins lancent des cuilleres d'encens dans l'atre d'un petit chorten. Nous hallucinons de voir une devotion si intense. Nous restons la un moment, tous sens en alerte. De petits bebes pendouillent dans le dos de leur maman. Un vieil homme me fait un clin d'oeil. Une main calleuse egrenne un chapelet bouddhique. Cliquetis des colliers tibetains en corail. Vapeur d'encens qui tournoie. Bizarre impression d'etre completement saouls de couleurs et d'odeurs!

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    Un petit bonhomme nous interpelle en anglais. Ce tibetain haut comme trois pommes repond au "doux" nom de Popo. Ils nous entraine bientot dans les ruelles a la decouverte des petits temples caches dans les infractuosites de la cite. Souvent minuscules et emplis de l'odeur forte des lampes au beurre de yack, ils nous permettent de continuer doucement notre descente dans la culture tibetaine. La visite d'un atelier d'artiste nous subjugue. Des peintres travaillent avec des pigments naturels sur des toiles immenses et peignent des centaines de Bouddhas ou de magnifiques mandalas. D'autres soudent du cuivre pour mettre en forme des statues de Bouddha. C'est genial. Popo nous propose certaines de ses toiles...mais notre budget serre ne nous permet pas cet ecart. On reviendra!

    Voila que la faim nous tenaille. "La, regarde Vidian, on dirait un petit boui-boui! - Tu crois? La vitrine opaque et la tenture dans l'encadrement de la porte?" On s'elance, leve d'une main le tissu faisant office de porte et tombons nez a nez avec une jolie tibetaine, un fichu sur la tete et un grand sourire aux levres. Elle nous sert le fameux Tcha Larmo, le the au lait sucre. Un delice qui fond dans la bouche et nous rechauffe.Et voici les Momos, ces raviolis a la viande de yack, qui ressemblent a s'y meprendre a nos Buzz mongols. Completement super bon!

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    Pendant trois jours, nous errons dans la cite, au gre de nos envies. Alors que nous cherchions de petits pains sans levain pour notre petit dej un matin, le "boulanger" (!) nous ouvre sa fabrique. Assis dans un coin de la piece (disons un couloir plutot), une tasse de tcha larmo a la main, nous assistons a la danse du pain. Malaxage, mise en boulette, aplatissage, tampon-moule et hop!, dans la poele, a petit feu. Nous en degustons quelques uns, bien au chaud dans la boutique. Les passants nous regardent eberlues "qu'est ce qu'ils font la ces zozos??" Le pied total ! Nous repartons le ventre chaud, sans avoir pu payer quelquechose! Nos journees sont rythmes par les siestes. Lhassa etant perchee a 3700m, nous devons nous acclimater doucement a l'altitude. Notre chambre est glaciale la nuit . Il faut dire que l'ajustement des fenetres n'est pas le fort des tibetains! Un carreau casse nous permet de nous sentir encore plus proche de la rue et de son desordre permanent. Bref, le soleil chauffant un peu la piece dans l'apres-midi, nous en profitons pour lire et dormir. Nous profitons aussi d'une soiree pour aller photographier le Potala de nuit. Cet edifice impressionnant qui domine la ville fut la derniere residence officielle de sa Saintete le 14eme Dalai Lama. Nous recroisons l'equipe de tele rencontree dans le train, qui continue son tournage pour l'emission "Les Nouveaux Explorateurs" sur Canal +.

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    Voila maintenant 10 jours que nous sommes sur la route. Apres Beijing, Pingyao et Xi'an en Chine, nous avons atteint Lhassa, qui nous plait enormement. Mais nos pieds nous demangent, nos epaules ont besoin de sentir la pression des sangles du sac a dos. Une certaine lassitude nous gagne peu a peu et l'envie irrepressible de quitter les villes, de se remettre en marche. Malgre la beaute et la richesse culturelle de la capitale tibetaine, notre volonte de nomadiser a nouveau est plus forte. C'est decide, nous partons dans deux jours pour Kathmandu.

     La visite du monastere de Sera, a l'Ouest de Lhassa, nous permet de briser la "routine" de nos deambulations urbaines. Le monastere est immense, accroche a un flanc de montagne. De nombreux temples le composent, avec chacun leurs Bouddhas, leurs lampes a beurres et leurs pelerins se prosternant et glissant quelques billets entre les mains des statues. Cette visite nous fait du bien. Alors qu'on repart, des moines courent tous dans le meme sens. Guides par notre curiosite, nous les suivons et tombons alors dans un petit parc au sein du monastere. C'est l'heure de la recitation, exercice de memoire. Alors que certains revisent encore, un moinillon lance les hostilites. Tour a tour, les moines s'affrontent par duo. L'un assis ecoute l'autre, debout, qui lui assene de multiples questions. Une fausse reponse et voila ce dernier qui claque dans les mains, d'un geste precis et calcule. Partout des mains s'abattent. Il en pleut de tout les cotes. Nous observons eberlue cette gymnastique de l'esprit soumis a un exercice physique, parce que faut pas croire, les moines se defoncent en claquant les mains...et meme les pieds!!

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      7h30, nous embarquons a bord du bus pour Shigatse, premiere etape de notre periple pour rallier Kathmandu. Il fait encore noir mais la ville s'eveille. Des marchants se battent avec leurs tricycles pour achalander leur marchandises. Les tuk-tuks a velo helent les quelques passants noctambules. 8h30, le bus s'arrache dans un grondement monstrueux. Tout le monde crache dans la rue au Tibet. Le bus ne deroge pas a la regle: il roule sa grosse carcasse en expulsant violemment un gros crachat de fumee noire.

     Cinq heures plus tard, arrives a Shigatse, nous degottons le bus pour Tingri. Mais le chauffeur fait des siennes et nous demande un prix exorbitant, arguant les problemes eventuels avec la police. Nous finissons par negocier un prix plus ou moins honnete et quittons la ville. Une vieille tibetaine sentant le beurre de yack nous assure qu'elle veut gagner aussi Tingri. La route est belle, sur des hauts plateaux desertiques. Nous arrivons de nuit. Beaucoup de monde descend du bus et, a moitie endormis, nous endossons nos sacs et partons a la recherche d'un lit. Une chambre glaciale au fond d'une cour pousserieuse nous accueil lugubrement. Le lendemain, nous nous levons bien avant le lever du soleil pour guetter une jeep qui se dirigerait vers Zanghmu. En effet, a partir de ce point, nous ne connaissons aucune liaison de bus officielle. Un quebecois, aussi perdu que nous, attend l'eventuel vehicule. Nous apprenons alors que nous ne sommes pas a Tingri mais a Shegar, soit a 60km de notre objectif initial. Super! A 13h, n'y tenant plus, nous partons en pick up vers Tingri. Nous ne serons pas a Kathmandu ce soir...Un vent violent leve des tempetes de sable. Nous passons le reste de l'apres midi dans ce triste village (voir photo ci-dessous), arretant chaque vehicule, chaque camion pour tenter de rallier la ville frontiere. Rien y fait. Deux bus partent pour Zanghmu en fin de journee, mais c'est sans compter leurs chauffeurs, chinois, qui nous demandent une somme exorbitante (400 yuans au lieu de 65!! 1euro= 10 yuans). Le soleil se couche sur l'Everest, dont nous voyons la pointe, maigre consolation.L'echec donne du sens a l'existence. C'est ainsi qu'on avance.

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     Le lendemain, apres une longue matinee d'attente, Vidian arrive a stopper une jeep. Les deux tibetains nous proposent de monter avec eux pour 280 yuans. "En avant poulette!!" Les chauffeurs sont adorables. Ils nous offrent des bouteilles d'eau puis des canettes Red Bull: vous savez, cette boisson a la testosterone de taureau!! On avale autant d'hormones que de kilometres. Des ruines de batiments en terre donnent un air de Western a notre chevauche motorisee. La piste est pourrie. Nous jubilons. Et bientot le premier col apparait. Nos deux tibetains stoppent et partent accrocher un superbe drapeau a priere, sous les frondaisons de leurs homologues. On a du bol, un vent a decorner les yacks egrennent nos prieres a une vitesse folle. Et nous voila a hurler notre joie a 5100m en disseminant des Lontas, ces petits carres de papiers a prieres.

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     La piste devient de plus en plus chaotique, se creusant pour former une tole ondulee qui torture le vieux tacot chinois. Ca tremble de partout. Un calvaire pour le dos, un supplice pour la vessie. Nous pensons a nos amis cyclistes de l'Odyssee Orientale qui tentent de rallier Lhassa a Kathmandu. Les descentes doivent etre dantesques a velo!! Apres Nyalam, ou les policiers ne daignent pas montrer le bout du nez (plutot heureux, car nous n'avons toujours pas de permis!), la piste a flanc de montagne plonge dans un canyon incroyablement profond. Des eboulements obligent notre chauffeur a s'essayer au trial. Il se marre (nous moins), quand il place ses roues a 5 cm du precipice. Nous voila maintenant dans un passage delicat. La falaise a ete creusee pour laisser la route suivre son cours. Des poutres de beton ont plie sous la charge de la roche et un torrent degouline. Un melande de rocs et de boues forment la piste. Une grande respiration et on s'elance. Le 4x4 tangue, se tord, puis s'arrete. Merde on est bloque. La cascade d'eau s'explose sur le pare brise. Essuie glace. Le chauffeur entreprend une marche arriere, puis s'arrete, tourne les roues et se replace sous la flotte. Il s'embourbe volontairement ou quoi?? Non, il tente simplement de laver son carosse!! Nous repartons dans un eclat de rire. La piste restera desastreuse jusqu'a Zanghmu, la ville frontiere. Inch' Allah, demain, nous passerons au Nepal!!

     Le passage de frontiere...un grand moment. Constraste saisissant entre la Chine et le Nepal! Nous tentons de sympathiser avec le garde frontiere chinois pour tenter de le dissuader de nous demander notre permis...ce qu'il ne fera pas! Yalla! (Faites passer le message: c'est possible d'aller au Tibet sans permis! Et que ca se sache!) Nous montons dans un minibus pour rejoindre le village frontiere nepalais, en passant le fameux "pont de l'amitie" au dessus d'une riviere extremement sale. Ca y est, nous entrons dans une culture plus indienne que chinoise! De nombreux camions "indiennement" decores avec de savantes citations ("no girlfriend, no tension") creent un vacarme assourdissant. Passer une frontiere par une route en terre de 3m de large, c'est chaud! Apres avoir trouve le service d'immigration dans ce joyeux bazar, on nous colle un autocollant deconcertant de ridicule (imprime avec la machine du coin, jaune fluo!) sur nos passeports: un visa! Nous trouvons rapidement le bus pour Kathmandu grace a la legendaire gentillesse des locaux, et partons pour une quatrieme et derniere journee en direction de KTM. Une route incroyable nous attend, nous ne pensions pas le Nepal si verdoyant! Sept heures de route plus tard, nous arrivons...et suivons un groupe de jeun's sympathiques pour trouver une guest house pas chere: 3 euros la chambre!

     Nous sommes donc maintenant a Kathmandu pour quelques jours...et preparons un Noel digne de ce nom! Des nouvelles tres bientot!

     TRES JOYEUX NOEL A VOUS TOUS

     Vidian et Armelle