Tashidelek! (Bonjour en tibetain...)

    Nous voila au Tibet, ou nous retrouvons avec grand plaisir le the sale, similaire a celui de Mongolie, et decouvrons le sourire et la simplicite des tibetains, les lupkas (drapeaux a priere), chortens et maisons a chaux blanche. Afin de rassurer tout le monde (on tardait a vous faire part de ces informations...), nos extremites gelees vont bien! Nos ongles s'appretent a tomber (quatre en tout), au milieu d'une mue de peau interessante. Et pour ceux qui s'inquietaient du passage des trois scorpions au bout du tube digestif de Vidian, meme pas mal!

    Revenons a nos moutons. Nous nous etions arrete a Pingyao, ce petit village fortifie. Vers minuit le 11 decembre, nous partons dans l'obscurite rallier la gare ferroviaire. Pas un chat. Seule une petite lumiere tangue dans la nuit, rythmee par des crissements stridents. Elle approche. Un chinois a barbichette, totalement saoul, semble apprendre le velo, les deux pieds places comme des petites roulettes. Comme un vieux loup de mer, il tire des bords dans la ruelle, virant a chaque apparition du trottoir. On se marre. Nous entrons dans le hall de gare. " Hop la, les sacs s'il vous plait" nous beugle le garde. Ah oui, se soustraire au passage de notre barda dans le detecteur de...je ne sais quoi! Le gars regarde la tele et je me hasarde a jetter un oeil sur l'ecran de controle, il ne fonctionne pas. Va savoir Charles! La gare est d'un glauque! Nous lisons tranquillement quand le train hurle son entree. 01h43. Nous embarquons et finissons par trouver nos couchettes dans la jungle de pieds faiblement eclairee par la diode bleue de mon briquet mongol.

    Arrives a Xi'an le lendemain matin, nous tentons vainement de prendre un billet pour Lhassa. La preposee au comptoir nous demande notre permis pour le Tibet, que nous n'avons pas. On demande les numeros de train et on se barre. En chemin vers la guest house, nous elaborons notre strategie. Le permis est hors de prix (genre 140 euros pour trois jours et un guide espion au fesses). "Hello, 45 yuans le lit en dortoir - Pardon?? 20 yuans ok? - Non!"  Prendre le bus est le meme casse tete de demande de permis, et l'eventualite de check points embarrassant. Meme probleme pour le stop et cela nous prendrait trop de temps. "Ok, ok, 20 yuans par personne!" Nous nous debarrassons de nos sacs et repartons vers la gare. L'avion, n'en parlons pas. Reste une solution, trouver un "autochtone" qui accepte d'acheter nos billets pour nous, puisque les chinois n'ont evidemment pas besoin de permis pour se rendre au Tibet.

     Notre quete est methodique: une femme, jeune (genre etudiante), et pas trop pres de la gare pour eviter de se faire reperer (nous devenons paranoiaque!). Premier essai infructueux. "La! La fille a l'echarpe rose!" J'attaque tout sourire. Et apres maintes palabres dans un anglais on ne peut plus simplifie, elle accepte, en nous repetant que c'est un honneur de nous rendre service...et bein! Nous avons choisi de gagner le Tibet au plus vite, l'armee enterree de Xi'an nous attendra (et puis il s'agit peut etre d'une grande supercherie, alors!). La gentille chinoise repondant au nom de Guangruy revient avec les billets en main (et la monnaie!). Yalla, decollage demain matin a 8h45!!

CSC_0726

    Nous repartons donc avec notre chinoise nous ballader dans un parc et discuter. Super gentille, adorable et toute timide. Nous ecoutons deux chanteuses accompagnees de leur musicien a deux cordes (je voulais parler de l'instrument pardon!) et revenons a la guest house recuperer notre appareil photo. Guangruy part attraper son train et nous filons vers le quartier Hui, musulman. Nous deambulons dans les ruelles commercantes ou les cuistos grillent leur brochettes sur le trottoir. De petits oiseaux en cage chantent a tue-tete. Est-ce le seul moyen que les chinois ont trouve pour garder un peu d'animaux en ville, malgre la pollution? A moins que ce soit le garde-manger, qui sait?! Gloups. Nous tombons bientot sur la grande mosquee. De la grosse barbe de Vidian ou de notre couleur de peau, nous ne savons pas ce qui leur fait le plus d'effet. Les hommes nous devisagent en souriant. Appel a la priere. Lent et melodieux. Accoudes a la balustrade, nous ne voyons plus que des fesses se lever. Sympa. Nous repartons par les sentes eclairees lorsque tout-a-coup, Armelle tombe en arret, les oreilles en alerte, une patte pliee. Elle plisse le regard sans bouger. Vidian est pris au piege, oblige de venir secouer l'etalage pour voir ce qui s'y cache. A peine arrivee, Armelle degotte du bout des griffes deux charmantes peintures enfantines, et part dans un long marchandage. Prix de depart a l'unite: 65 yuans (env. 6,5 euros). Armelle en obtient 2 pour...40 yuans! Coriace. Nous nous ecroulons bientot de fatigue.

DSC_0694

    8h15. Nous penetrons un premier barrage de police. Controle des billets. OK. Ouf. Nous atteignons la salle d'attente speciale pour le train de Lhassa ("waiting room for Tibet", texto). Un garde en uniforme surveille. Surs de nous, nous presentons nos billets en faisant semblant de discuter...et sans meme un regard, il nous pousse a l'interieur! Re-ouf. Vidian poussera meme le vice a aller photographier le panneau de la salle d'attente devant lequel est poste le garde. 8h45. Nous embarquons a bord du train numero T27 a destination de Lhassa. Inauguree en juillet 2007, cette nouvelle ligne (la plus haute du monde) represente un defi technique incroyable: 4000m d'altitude en moyenne, 50% des voies plantees sur du permafrost, des cols a plus de 5000m. Mais il represente aussi le nouvel outil de colonisation de la Chine sur le Tibet. Nous avions conscience qu'en l'empruntant, nous cautionnons malheureusement cette politique. Mais nous avons prefere prendre ce train et ne pas donner au chinois les 140 euros de permis!

DSC_0801

     Le voyage est extraordaire, nous serpentons a travers des lacs geles, entre des pics de 6000m, des plaines arides. Nous observons des troupeaux de yacks impassibles, des chevaux, mais aussi des gazelles (eh oui avec des cornes et tout!), des rapaces. L'affichage digital annonce 4900m, nous roulons a l'aise sur le Mont Blanc! Et bientot le col fatidique, 5072m. Depuis ce matin, des tuyaux crachent de l'oxygene. Dans mes reves, je pensais que la "provodnista" (reminissence russe) passait l'aspirateur! Nous lisons et grignotons avant de debusquer une equipe tele francaise au bar. Marrant. Et voila Lhassa, le Potala eclaire de mille feux. Un dernier sursaut du coeur a la descente du train pour le dernier controle. Re-re-ouf! Un pauvre van coreen nous entraine dans la ville et nous pose a la guest house. Un dortoir sans chauffage, parfait pour se mettre dans l'ambiance! Nous exultons. Nous sommes a Lhassa!

DSC_0908

     Nos aventures himalayesques ne font que commencer. Nous resterons quelques temps ici pour nous emerveiller, gouter les celebres momos (genres de raviolis) et le the au beurre de yack, avant de rallier Kathmandu. Toujours sans permis, nous tenterons de gagner la capitale du Nepal en bus local puis en stop.

    The show must go on!

    Nous pensons toujours autant a vous...Bises!

    Armelle et Vidian

NB: Toujours a la recherche de nouvelles rencontres, n'hesitez pas a nous communiquer des contacts sur Kathmandu ou New Delhi! L'album photo de la Chine est complet(ement) disponible.