24 novembre 2007
Expédition Mongolie
Bonjour à tous!
Nous voila de retour pour vous raconter notre expédition dans la steppe mongole…Une formidable aventure riche en kilomètres, en rencontres, en paysages et en nouveautés ! Pendant 35 jours et plus de 700 kms, nous avons assisté a l'installation de l’hiver (mi-octobre – fin novembre), avec le froid, la neige, et le mode de vie local qui se modifie. Nous avons rencontre de nombreux Mongols avec qui nous avons partagé des instants riches en bonne humeur et en emotion ! Cela n’a pas été facile tous les jours évidemment, mais nous en revenons enchantés et heureux. Vous pouvez dévorer les six articles suivants, qui ont pour but de vous faire partager quelques tranches de vie, par thème, avec autant de détails que possible !…
Voici l’itinéraire réalisé :
Nous sommes maintenant a Ulaanbaatar, après nous être autorisé une petite escapade dans le Nord du pays pour nous reposer et faire quelques balades à cheval, près du lac Khovsgol. Le retour à la ville n’est pas évident, même si nous retrouvons du confort, ce qui est agréable. Nous nous sommes malheureusement fait voler notre appareil photo quelques heures après notre arrivée à la capitale, ce qui nous plombe un peu le moral ! Nous sortions du minibus après une nuit agitée sur les pistes mongoles, étions fatigués et avons manqué de vigilance. Nous nous faisons une raison, allons compter nos sous et peut-être profiter de notre escapade à Pékin pour en retrouver un à un prix raisonnable. Heureusement, nous avons sauvé les photos du périple…mais pas celles des dix derniers jours, depuis la fin de notre marche. Elles resteront gravées dans nos mémoires.
Nous allons passer une dizaine de jours a Ulaanbaatar pour écrire, revoir tous les gens qui nous ont aidé, profiter des animations de la capitale et faire quelques escapades aux alentours…Puis nous prendrons le train le 4 décembre pour la Chine ! Nous en profitons pour lancer un appel : connaissez-vous des gens a Pékin ? Nous serions ravis de discuter avec des gens qui connaissent le pays, et recherchons éventuellement un hébergement.
Nous revenons bien vite vous raconter de nouvelles aventures (espérons peu de mésaventures !).
Encore une fois merci de tous vos commentaires et messages que nous lisons avec grand appétit ! Bons baisers de Mongolie !
Armelle et Vidian
NB: ALLEZ VOIR NOS NOUVELLES VIDEOS DANS LA CATEGORIES ''Nos petites videos'' !
Un cheval nommé Fiston…(1/6)
Il y a 40 jours a commencé l'histoire d'un petit cheval mongol. Fraîchement débarqué à Byan Olgiy, nous filons assister au ballet aérien du festival des aigles. De fiers Kazakhs aux vêtements de peau de loup exhibent leurs fantastiques oiseaux. Du haut d'une petite montagne, l'oiseau royal fond sur la proie. Incroyable de précision. Maintenant, ce sont deux cavaliers qui se disputent ardemment une peau de mouton, sur le modèle du fameux jeu Ouzbeck du Bouzkashi. Sauvage. Le lendemain, un cheval nous ayant été propose au festival (et devant nous être « livré ») n'arrive pas. Apres s'être équipes de chouettes bonnets en poil de chameau, nous partons avec Amangeld, notre hôte, voir une autre monture.
Les chevaux mongols sont petits, assez trapus et souvent à moitié sauvages. Nous allons passer plus de 35 jours avec notre canasson, il s’agit de ne pas se louper! Celui-ci semble gentil, pas trop maigre…Oui, il a une bonne gueule! Nous mettons du temps à nous décider et négocions sévère. Dans la région, les prix sont exorbitants, nous le savions. Le cheval est à nous! Youpi! Mais il faut le ferrer nous explique un Mongol. Nous assistons alors à un grand spectacle. Alors qu’en France, le cheval reste sur ses pattes, en Kazakhie, c’est à la sauvage ! En un tour de main, il lui ficelle les chevilles, le renverse sur le coté. Cheval sur le flanc, les pattes en l’air, l’homme prend les fers (des bouts de fer a béton courbés!), une bonne masse et frappe comme un âne notre pauvre cheval. Un autre homme lui tient fermement la queue entre les jambes pour calmer ses ardeurs. En 30 min, l’affaire est pliée! Cheval sur patte, il s’ébroue et nous repartons sur son dos, tout fiers de notre nouvelle acquisition!! Notre première maison a été une tente, notre premier véhicule sera un cheval! Nous aimons bien ne pas faire comme les autres! Un ami mongol nous aide à trouver un tapis, une selle et de l'herbe. Nous partons demain. Nous nous lavons une dernière fois dans une petite pièce tapissée de bois où ronfle un petit poele où chauffe de l'eau. Ambiance sauna. Réminiscence de nos soirées finlandaises…
6h du matin. Je place les sacs de bat sur le cheval, vérifie le licol et nous rentrons prendre notre petit déjeuner. Amangeld et Hazira nous accompagnent de leurs sourires et nous partons, sacs aux dos, bride en main. Le soleil se lève à peine lorsque nous nous élevons vers notre premier col. Olgiy et ses maisons de bois disparaissent au loin. Nous comprenons rapidement que notre cheval avance nettement mieux sous la pression d'un être humain près de son postérieur. Je me place donc à gauche de sa croupe, Armelle devant moi. Cela deviendra une habitude.
Notre trio progresse bien. Et voila déjà le premier bivouac, au bord d'une rivière. Je plante un piquet en fer et sors ma longe de 20m à laquelle j'attache la bride du petit cheval. Avec précaution, je lui place les entraves. Comment ça marche? Ces genres de menottes en cordes tressées lui enserrent les deux pattes avant et une patte arrière. Je m’avance doucement et m’accroupis. Docile, il semble bien habitué et se laisse faire. C’est même à ma grande surprise qu’il me présente sa patte arrière, genre « fais ton boulot et laisse moi brouter »! Je le laisse avec sa nouvelle démarche de traviole… De l'herbe et des feuilles semblent lui convenir. Nous ne le connaissons pas encore bien mais je devine une petite moue de bonheur sur sa tronche. La tente dressée, nous nous installons autour du feu qui crépite. Les voleurs de chevaux sont monnaie courante en Mongolie, spécialement envers les blancs. Faire des tours de veille? Mettre du bois sur le feu toute la nuit? Nous décidons de dormir la tente ouverte et de placer le cheval entre le feu et la tente, avec 2m de longe. Nous nous « endormons », inquiets. Toute la nuit, je jette des coups d'oeil au cheval, suis attentif à chaque bruit. Le feu est mort, le soleil se lève… « Moir bain uu ? » (« Y a-t-il le cheval ? »)…et Fiston est encore là! Yalla!! Je lui laisse à nouveau 20m de longe, il file vers le tapis d’herbe illico et je rallume le feu.
En plus du rangement du camp, nous devons équiper notre canasson chaque matin. En parfait autodidacte, je cherche le mode d’emploi. Ah, y’en a pas, ok!! Alors suivez le mien:
- Installez les tapis, puis la selle Kazakh (2 planches de bois de chaque cote du garrot, reliées par un arc en fer surmonté d’un coussin en cuir). Ca doit être ça.
- Serrez fermement les trois sangles. Ouh là, il n’a pas l’air très content, Fiston. Ah oui, je crois comprendre la sensation...je suis effectivement un peu près de ses parties génitales…
- Chargez les sacs de bat et placez-les sur chaque flanc du cheval, avec l’aide de votre coéquipière. Trouvez un bout de sangle pour l’emmêler dans la selle et ainsi bloquer les éventuelles glissades des sacs.
C’est reparti pour notre deuxième jour!
Notre canasson est fantastique. Il ne se plaint pas, passe partout et avance inexorablement. Ah oui d’ailleurs, sa démarche tranquille est associée à un genre de tremblement de ses babine inférieures qui nous fait bien marrer. On croirait presque qu’il marmonne dans sa barbe! Peu à peu, il s’accoutume à notre langue, à nos gestes parfois un peu trop vifs, et commence à pressentir nos pauses. La journée de marche est ponctuée de « tchou » semblables à notre « hue » français. Régulièrement, nous lui assènons ce mot magique qui provoque chez lui un perceptible accroissement de sa vitesse de croisière…génial!
Nos bivouacs sont conditionnés par le cheval. Nous nous devons de nous arrêter là où nous pouvons trouver de l’herbe et de l’eau. Nous scrutons ainsi chaque matin la carte à la recherche de sources et de rivières sur l’axe de notre azimut. Ces repères deviennent nos objectifs journaliers.
Peu à peu, nous nous enfonçons dans l’hiver. Le froid, la neige, la glace deviennent notre quotidien. Les petits chevaux Mongols sont habitués à la rudesse du climat et c’est avec bonheur que nous observons Fiston creuser de ses sabots et de son museau la neige à la recherche de l’herbe grasse. Chaque halte est l’occasion pour lui pour manger de la neige, à l’instar des chiens de traîneaux. L’eau étant perpétuellement gelée, nous l’imitons. Pour nous prévenir des voleurs, nous dormons toujours la tente ouverte. C’est ainsi que chaque matin, nous retrouvons notre monture tel un cheval de neige. Les poils totalement gelés, je tente de lui montrer comment se secouer. Il boude ce matin et me regarde en secouant la tête en signe de protestation. J’ai beau essayer de m’ébrouer le mieux possible, il fait semblant de ne rien comprendre. Il est têtu le bougre. A coup sur, il y a une mule dans ses aïeux!
Les nuits glaciales lui provoquent quelques soucis de pieds. Je le retrouve en effet chaque matin sur des talons compensés de glace. Notre cheval est une fashion victime! Des cônes de glace et de neige compressés par sa masse le gênent dans sa démarche. Je dois sortir mon Leatherman pour effectuer l’opération quotidienne. Tournevis dans une main (le cruciforme, c’est mieux), sabot dans l’autre, je m’exerce au curage. Travail pas toujours facilité par notre fidèle destrier qui semble assez sensible aux giligilis sous les pieds…M’enfin, comme dirait Gaston!
Notre ami le cheval n’aime pas trop le vent. Il s’amuse alors à marcher de travers pour tenter de se placer dos au vent. Exercice qui nous entraîne dans de petites difficultés lorsque notre direction est face au vent!! Fiston ne semble également pas très à l’aise sur la glace lors de nos différents passages de rivière. Les oreilles tournant comme des satellites fous, le pas hésitant, il s’élance doucement sur la surface gelée pour finir au grand trot dans une panique incompréhensible. Cela ne nous fait pas toujours marrer! Nous marchons ainsi pendant 35 jours, au gré de nos bivouacs de plus en plus glacials, et suivant des paysages enneigés d’une beauté incroyable. Notre monture devient peu à peu de plus en plus sauvage et les derniers matins, il rechigne lors de notre premier contact, balançant sa tête vers moi en me lançant des regards noirs. Il est temps qu’on arrive. Un matin, par -24 degrés, nous deboulons gelés de la tête au pied dans une petite maison de bois. Nous ne récupérerons pas la sensibilité de quelques extrémités. Les chaussures de rando impossible à lasser, et semblables à de gros sabots de glace le matin, ainsi que l’absence de yourtes jusqu’au prochain village, nous conduit à prendre une décision que nous redoutons: stopper ici notre aventure. Armelle part en voiture vers Tsetserleg et je dois rallier les 48 kms vers ce village d’une traite sur notre ami Fiston. Nous espérons ainsi vendre à un meilleur prix notre cheval, que notre hôte nous propose d’acheter à un prix dérisoire. Apres un premier échec par – 29 degrés, sous l’éclat d’une superbe parélie (les trois soleils), je me relance dans la course le lendemain. Préparé le matin par une vieille grand-mère qui m’aide à porter ma dheel et surtout grâce au prêt d’une paire de bottes mongoles, je parviens au premier col. Youpi, le col est fini! Je porte 4 couches en haut, 2 sous-vêtements et 2 pantalons et je suis enroulé dans ma dheel en poils d’agneau. De grosses moufles en poils de mouton et les bottes mongoles m’apportent un certain confort mais j’ai quand même froid… Et dire que je vais passer les 8 prochaines heures comme ça. Il y a des moments où je me demande si je ne suis pas un peu barjo quand même!!
Rapidement, ma préoccupation majeure devient la sauvegarde de mes parties génitales et de mon postérieur. Aussi précieux que des animaux en voie d’extinction, je prends soin de ces éléments comme la prunelle de mes yeux. D’ailleurs, je tente de voir quelque chose car mes cils gelés commencent à se coller. J’alterne ainsi le pas tranquille, le trot meurtrier et la marche a pied. Deux bonhommes de neige me dépassent sur une moto. Dialogue d’hommes gelés. Avec la bouche qui a du mal à articuler, nous avons du mal à nous comprendre, mais bon! Mon Dieu que c’est ennuyant le cheval! Je m’arrête pour marcher un peu et placer mes chaussons en duvets sous mes fesses. Je comprends les Mongols qui montent de travers, en appui sur une cuisse. J’essaye. C’est pas mal. Un renard me scrute et au détour d’une colline, j’aperçois le village. Yalla, 48 kms en 6h. Alors que je cherche la poste pour récupérer comme prévu un message d’Armelle me disant où elle se trouve, un “Vidian” retentit derrière moi. Avec bonheur et émotion, je retrouve ma douce, laissée la veille à des inconnus motorisés. Elle est vivante! « Il est vivant »! Nous passons les trois jours suivants chez une famille fantastique dont le père m’avait prêté les bottes. Le cheval dans la cour de la maison, quelques hommes viennent le voir mais sans suite. Nous postons alors des petites annonces en mongol dans les quelques magasins du village. Le soir même, le frère de notre hôte, Dambaa, vient prendre un thé à la maison, puis s’enquière du prix du cheval. Je lui explique ce que l’on vient de faire, il lève son pouce pour nous dire bravo et sort voir le cheval, puis repart. Dambaa m’explique qu’il est berger et qu’il part chercher l’argent pour le cheval. Quand il revient, il m’interpelle. Je ne sais pas si la transaction doit se faire discrètement ou pas. Nous buvons un thé ensemble. Puis dans un regard complice, il invite Armelle à prendre des photos et sort l’argent de sa dheel, qu’il épluche devant moi. Le compte y est mais comme de coutume en Mongolie, je me dois de recompter devant lui. Dambaa me montre comment placer mes doigts « à la mongole » et j’égrène à mon tour les billets, dans un rire général. Je porte fièrement la toque en poils de Dambaa. (pas les poils, vous avez compris), puis serre la pince de son frère. Une dernière photo avec notre ami Fiston et il s’évanouit dans la nuit.
Plus de cheval : notre expédition est bien finie, une nouvelle page se tourne.
Vidian
Notre vie chez les nomades (2/6)
« Sain bain uu ! » : une dure journée viens de se terminer. Nous approchons un camp de yourtes (« ger » en mongol), et esperons bien y passer la nuit… Nous sortons nos grands sourires et nos quelques mots mongols et nous présentons : « moi France », ou « mon nom Armelle ». « Nous avoir tente, une nuit ici possible ? ». Souvent, pas de problèmes. Parfois, « non », tout simplement. Les Mongols sont très francs ! Dans ces cas là, c’est un peu dur, surtout quand il faut marcher une heure de plus pour trouver une autre ger, et que le cheval est H.S. Ou alors, option « tente au milieu de rien » : voir article suivant !
Nous attachons alors le cheval à un buisson ou à la ger, puis entrons pour boire un thé (thé salé au lait frais, très bon !). Attention : ne pas se cogner la tête dans la porte (qui fait 1.20m de haut), toujours contourner par la gauche le poele, place au centre de la ger, et recevoir le bol de thé avec la main droite, la main gauche sous le coude droit ! On s’y fait vite…Puis, avec le thé, dégustation de « booves », ces délicieux beignets faits de farine et d’eau... irrésistibles ! Toujours un peu d'« aaruul » aussi, ce fromage de chèvre ou yack. Nous avons l'impression de manger un caillou, mais c'est finalement plutôt bon. Et quand la famille est aisée, des bonbons russes. Miam!
Puis, le soleil se couche rapidement (vers 18h). Il faut alors s’occuper du cheval, qui est toujours bâté. En général, c’est Vidian qui s’en occupe, avec l’un des fils de la famille qui lui montre là ou est l’herbe. Le grand défi de ce voyage aura été de ne pas se faire voler le cheval : nous ne passons pas inaperçus dans les steppes. Mais dans les familles, nous sommes en général en confiance, ils veillent sur notre monture. Parfois la longe, parfois les entraves, parfois les deux. L’important est de s’assurer que le cheval ne pourra pas se faire la malle facilement, surtout quand il est seul (les chevaux, parait-il, n’aiment pas la solitude). Si c’est possible, nous faisons boire Fiston a la rivière, ou au moins le lendemain matin.
Puis, deux options se presentent : Planter la tente, ou bien etre invite à dormir dans la ger. Au début de notre marche, nous avons beaucoup dormi sous la tente, installee pres d'une ger. Puis, le froid s’installant, et notre contact avec les gens s’améliorant grace a l'accroissement de notre vocabulaire, nous avons davantage dormi avec les nomades, à notre grand plaisir.
Si nous plantons la tente, ce n’est en général pas très loin, entre la ger et les biquettes ! Nous procédons alors à un vrai spectacle, devant toute la famille réunie ! Les Mongols sont fascinés par la technologie que nous apportons, et n’hésitent pas à essayer de mettre les clips de la tente, ou fourailler dans nos sacs pour voir ce qu’il s'y cache. Nous sommes alors très prudents, car un petit vol est bien vite arrivé (d’ailleurs, lorsqu’ils sont trop curieux, nous ne nous sentons pas très a l’aise et ne tardons pas a partir le lendemain). Puis, nous sortons tout notre attirail pour la nuit : couverture de survie pour s'isoler du sol, matelas en mousse, couverture (un peu de confort tout de meme!), sacs de couchage grand froid…Ces derniers font en général sensation, car nos hôtes n’arrivent pas a croire que la plume puisse tenir chaud : eux sont convaincus par leurs peaux de mouton (qui sont d’ailleurs aussi efficaces mais intransportables) ! C'est alors que nous sortons notre joker: notre dheel en poil d'agneau. Ils sont rassures!
Puis, nous regagnons la yourte pour partager un énième thé, et préparer le repas. Les premiers jours, nous n’avons pas été très à l’aise à cet instant. Avec nos 10 mots mongols, nous avions du mal à savoir si nous étions aussi les bienvenus pour le dîner (qui est d’ailleurs souvent leur unique vrai repas quotidien). Et ce n’est pas si facile de demander, quand on ne connaît pas de mots de politesse ou de « si ça ne vous dérange pas ». Car il faut l’avouer, et cela a peut être été l’erreur du débutant, nous n'osions pas sortir tout notre attirail pour faire notre popotte, et trouvions ça bien confortable de savourer au chaud une bonne soupe de mouton consistante (surtout si les jours précédents nous n’avions mange que des nouilles chinoises) ! Finalement, nous partageons regulierement leur repas. Au fur et à mesure, nous savons comment demander, et surtout donnons riz ou nouilles pour participer, ce qui est bien apprécié. Nous leur offrons egalement systématiquement des bonbons ou sucreries, sur lesquelles ils se précipitent !
Chaque preparation des repas est pour nous l'occasion de mettre la main à la patte : épluchage de pommes de terres ou coupage de la viande, ou bien même confection des nouilles « maison » qui accompagnent très souvent la viande. Notre petit couteau repliable fait sensation. Mais pour couper les morceaux de moutons, rien ne vaut un vieux couteau aiguise sur le culot d'un bol en porcelaine! Les ingrédients de tous les jours des nomades sont très peu variés, surtout lorsque l’on est loin d’un village : viande, farine, lait, eau, et sel. Et les jours de fête, ou quand la famille est aisée : pommes de terres et navets locaux. L’utilisation de ces ingrédients, suivant la préparation (bouilli, frit, grillé), donne une multitude de plats tous aussi bons les uns que les autres : nous nous sommes régalés de viande de mouton fraîche, et ne nous en sommes pas lassés! Juste avant le diner, c'est l'heure de l'apero. C'est a ce moment precis que ressort en nous nos instincts sauvages. Un gros plat d'abats et de gros os nous est pause sur les genoux. Couteau dans une main et un os gluant dans l'autre, nous devorons a pleine dent! A la lumiere de la bougie, ambiance tres rustique! Notre os fini, nous passons le plat aux suivants. Vient alors un peu de the pour se rincer la bouche et le diner est servi dans le même bol. C'est l'heure de la dégustation, qui fait l’objet d’un concours de « slurpage » professionnel. On s’y fait vite !
Nous sommes parfois arrivés dans des familles au moment du sacrifice d’un mouton. Suit alors la cuisson de toutes les entrailles…encore mieux que la dissection d’une souris au collège ! Tout est utilisé, mangé. Nous avons eu droit aux meilleurs organes, étant les invités : oreilles, yeux, cœur (très bon, sacré muscle !), babines et divers morceaux inidentifiables…Et avons grignoté de nombreux os à pleines dents, même le matin au réveil !
Puis, nous regagnons notre tente après quelques thés, ou bien préparons le couchage si nous dormons sous la yourte. Parfois, la famille a une télé (noir et blanc), rechargee par la magie d'un panneau solaire. Regarder Asterix en anglais, doublé en mongol et sous-titré en chinois dans une ger au milieu de nulle part est assez etonnant! Ou bien meme avoir les nouvelles en anglais et etre au courant des grèves en France!!! 20h, on sort les couettes. Les nomades ne semblent pas se coucher tres tard, et nous en sommes ravis ! Dans la ger : peu de lits. Si nous sommes nombreux, la plupart dorment par terre. On sort alors les matelas, et les installons tête vers l’autel (les Mongols sont bouddhistes), qui est en face de la porte. Nous prenons nos sacs de couchage, alors que les nomades dorment sous leurs « deels » : grands manteaux fourrés (l’hiver), qui peuvent servir de cape, couverture, etc…Quelques bûches dans le poele, (suivies de ½ heure de sauna tellement il fait chaud !) et la ger est parée pour la nuit ! Nous dormirons en général très bien, même si réveilles par tous les bruits de chacun. Certains grincent des dents, d'autres ronflent, d'autres encore flatulent gaiement. Peu d’intimité sous la ger ! On s’y fait aussi.
Le matin, réveil avant le lever du soleil (vers 6h30- 7h). La femme se lève en premier, allume le feu (sans papier s'il vous plait) et commence à préparer le thé. Courageuse, car il fait froid ! C'est fantastique d'entendre tout ces petits bruits du matin, du feu qui craque, du the en preparation. Puis tout le monde émerge, et nous partageons le thé. Nous partons parfois traire les bestiaux sans prendre de the. Ce n'est qu'apres s'etre refroiddit que nous regagnos la ger toute chaude. Un petit delice nous attend: Saisir un morceau de creme dans les doigts, le tremper dans du sucre puis le deposer sur un boovs, que vous croquez lentement. Incroyablement bon. Vers 9h30, en général, nous arrivions à nous extirper de la yourte et de ces multiples thes afin de debuter notre nouvelle journee de marche. Après avoir rangé les affaires, cherche le cheval, l’avoir bâté et avoir bu les derniers thés. Le tout encore une fois en grand spectacle ! Nous avons toujours été très vigilants à nos affaires. Les Mongols ont une notion de la propriété bien différente de la notre. Si quelque chose leur plait, ou est pratique, ils ne vont pas hésiter à le glisser dans leur poche, ou le planquer pour que nous l’oublions en partant. Même des familles avec qui nous avons eu de très bons contacts…C’est ainsi que nous nous sommes faits « voler » lampe frontale, lunettes de soleil, harmonica et sucreries, à notre grande déception lorsque nous nous en sommes aperçus à des dizaines d’heures de marche.
Nous proposions systématiquement quelques Tougrits (monnaie locale) aux familles en partant. Cette tache revenait plutot a Armelle, puisque l'argent de la famille est gere par les femmes. Ce que nous avons consommé (repas) correspond à ce que eux ne consommerons pas. Même si leur hospitalité est sincère, notre passage ne doit pas créer de déséquilibre. D’ailleurs, ces quelques Tougrits sont souvent acceptés avec surprise, et avec un grand sourire. Rarement, ils sont refusés !
Nous avons pris aussi beaucoup de photos des familles, à leur grande joie. Nous avons promis de leur envoyer, et sommes actuellement en train d’imprimer les photos.
Au début de notre peregrination, nous rencontrons beaucoup de gers, car nous traversons de grandes plaines fertiles ou longé des rivières (mi-octobre). Puis, au fur et à mesure, l’hiver s’est installe, et nous atteignons des montagnes. Là, les camps d’hiver sont plus rares, et perchés/cachés dans les versants, et souvent loin de la « route » lorsqu’on est a pied. Ou bien inexistants sur des dizaines de kilomètres. Nous avons donc eu moins l’occasion de dormir chez les nomades, souvent à notre grande déception (on ne se réjouit pas forcément de dormir dans le froid sous la tente, après une longue journée de marche !).
Nous avons eu l’occasion, en 35 jours de marche, de passer trois fois une journée dans une famille nomade. Environ tous les dix jours, pour reposer le cheval (pas nous, non, non…), et faire une lessive (a la main bien sur)! Nous avons alors eu l’occasion de partager leur vie quotidienne, très animée ! Encore une fois, nous avons eu beaucoup de plaisir à aider aux diverses taches. Les Mongols sont faciles à aider : ils sont ravis de nous voir participer et n’hésitent même pas à nous demander des services pour ne pas avoir à le faire (toujours dans cette même franchise qui leur est propre) ! C’est ainsi que nous avons participé à la traite des yacks, coupé des centaines de bûches, emmené les troupeaux paître, cuisiné, avons été chercher de l’eau…Vidian a participé aux travaux des hommes (veiller sur les troupeaux ou aller chercher les chevaux), et Armelle a veillé sur le poele et beaucoup cuisiné. Nous étions très volontaires et rapidement avons gagné leur confiance. Plus nous aidions, plus nous apprenions, et étions capables d’aider dans la famille suivante. Nous avons senti que cela était très apprécié, et cela a, au fur et à mesure, beaucoup facilité notre intégration.
Nous avons aussi participé au démontage d’une ger d’été pour monter une ger d’hiver. Passionnant !
Nos discussions avec nos hôtes ont souvent été les mêmes. Grâce à notre « phrasebook » mongol-anglais, nous avons appris beaucoup de mots, et étions capable d’animer les dialogues. Nous expliquions systématiquement notre marche, ce qui provoquait leur grand étonnement : « a pied, 700 Kms, ils sont fous ! » (les Mongols naissent avec un cheval entre les cuisses...facon de parler!). Nous racontions aussi qui nous étions (étudiants, age, pas d’enfants, etc.), demandions « shon bain uu ? » (« Y a-t-il des loups dans la coin ? ») ou les questionnions sur leur vie…
En bref, même si la majorité de nos nuits ont été passées sous la tente, nous avons au fur et à mesure mieux compris les nomades. Car, au premier abord, leur hospitalité est réelle. Il y a toujours du thé prêt. Mais lorsqu’il s’agit de se faire héberger ou de partager le quotidien, ce n’est pas toujours si facile ! Nous avons appris les gestes, les bonnes questions, les politesses pour s’intégrer au mieux. Et avons compris l’humour de ce peuple très moqueur et très blagueur ! Il faut avoir de l’autodérision en Mongolie pour ne pas se sentir agressé, et avoir toujours un œil sur ses affaires pour ne pas avoir de déceptions !
Merci à tous ces personnages extraordinaires rencontrés de nous avoir appris autant de choses...
Armelle
Une vie bien réglée…(3/6)
Vous devez croire que notre vie est incroyable, mais en fait, notre vie quotidienne est rythmée par de nombreux automatismes! Loin de la routine, certaines taches et obligations viennent organiser nos journées. Suivez le guide s’il vous plait!
7h. Cela fait déja 30 min que nous sommes éveillés et que nous tentons d’éviter les gouttes qui nous tombent sur le visage. La glace créée par la condensation se dépose sur nos sacs de couchage, et notre respiration la rechauffe, ce qui provoque ces gouttes de malheur. Le cycle de notre eau. Nous dormons toujours tente ouverte, pour régulierement vérifier la présence de notre cheval (vol, fuite possibles). Vidian jette un oeil dehors pour voir si Fiston est toujours la, puis tente de remettre son sac a viande sur ses épaules, et la dheel en poil d’agneau, puis le sac de couchage. Armelle le regarde. Petite discussion du matin, qui reprends en général les aventures de la veille, la nuit passée et les objectifs de la journée. Rigolades quand Vidian raconte ses reves, c'est toujours abracadabrant! Un grognement, un glou glou. Nos ventres crient famine. Allez, on s’assied en tentant de ne pas toucher la tente. Raté! Une pluie de neige s’abat sur nous. La condensation est un ennemi incroyable, s’acharnant a produire cette glace la tente meme ouverte! Bref, il faut se changer rapidement et remettre les affaires (sales!) d’hier. La, nous parlons surtout pour Armelle, car Vidian se change peu (sic !?). Pendant qu’Armelle fait peau neuve, donc, Vidian prépare le petit déjeuner, depuis son sac de couchage (impossible de se lever avant d'avoir bu un thé). Tout un cérémonial. Pendant que le rechaud est en préchauffage, il faut récuperer la tasse en plastique du thermos, et puiser dans le sac a neige (ne pas oublier de le faire le soir précédent) pour jetter cette substance gelée dans la gamelle. Zut, le réchaud s’est éteiné! Vite faut retrouver le briquet qui se cache sous le duvet. Hop, le réchaud brule et la neige fond. Armelle sort alors les petits biscuits et du chocolat. Nous dévorons assis dans notre sac de couchage, toutes nos couches sur le dos. Le thé est pret. Youpi, un peu de chaud qui coule dans notre corps. Nous dégustons en observant le soleil qui lance ses premiers rayons au dessus des montagnes. C’est magnifique, mais l’heure n’est pas a la contemplation. Quitter ses chaussons en duvet n’est pas toujours facile...mais commence des lors le grand chamboulement matinal.
Pantalons sur les fesses, chaussettes au pieds, semelles de feutre sorties du dessous des sacs de couchage (pour les garder au chaud), nous tentons en vain de lasser nos chaussures, devenues de gros sabots de glace. Pendant qu’Armelle range l’intérieur de la tente, Vidian sort les sacs de bat, va chercher Fiston, range la longe et le piquet. Nous secouons la tente pour tenter de la débarrasser de la condensation gelée et la plions en trois mouvement. Pendant qu’Armelle s’applique a équilibrer les poids des deux sacs de bat, je selle le cheval. Le tapis de sol plié en trois devient alors tapis de selle...pratique ! Hop, notre barda sur le dos de notre canasson, Vidian lui enleve les entraves et, sacs sur le dos, nous tentons d’enrouler un premier pas, toujours avec nos sabots au pieds. Le tout est fait en chantant, en sautant et gesticulant pour tenter de se réchauffer. Le soleil s’extirpe tout juste de sa nuit et nous partons pour une nouvelle journée dans le froid
Nous marchons en général 2 ou 3h, d’une traite, le matin, afin de nous réchauffer les pieds, les mains, et pour nous sentir progresser géographiquement parlant. La pause déjeuner répond aussi a un certain "rite". Installation des entraves pour Fiston, débatage et cuisson des nouilles chinoises. Nous mangerons en tout plus de 70 paquets de ces nouilles instantanées. Un peu d’eau bouillante et hop, vous les plongez dedans et 3 min plus tard, vous "dégustez". Au Ladakh, au bout de 2 semaines, Vidian s’etait lassé de cette nourriture rébarbative. Mais ici en Mongolie, nous les apprécions particulierement. C’est magique! Nous tentons aussi de varier les plaisirs en se payant le luxe d’une petite friandise au chocolat. Have a break, Have a Kit-Kat! Nous évaluons combien de friandises il nous reste jusqu’au prochain village, ou nous pourrons nous ravitaller dans de petits magasins, les fameux "delguur".
Nous repartons. La Mongolie pourrait etre le paradis des ingénieurs Travaux Publics : il y a une multitude de pistes mais des routes nulle part ! L’orientation peut etre facilitée ou bien biaisée par ces sillons de terres partant parfois dans toute les directions. Nous marchons grossomodo Est-Nord-Est. La boussole est bonne. Mais dans les dernieres semaines, dans les montagnes, nous avons du souvent tracer notre propre piste dans 30 cm de neige. En 35 jours de marche, nous ne nous sommes perdus qu’une seule journée, et cela a été l’occasion de trouver une yourte dans une région ou nous en avons peu trouvé! L’apres-midi, nous faisons parfois une pause pour consulter la carte, verifier le cap ou simplement se partager un biscuit. Chaque pause est l’occasion de sortir la doudoune.
Vous vous demandez peut etre pourquoi nous gardons des sacs sur le dos alors que nous avons un cheval de bat. Non, ce n’est pas la surcharge du cheval qui nous fait peur. Nos sacs de rando nous réchauffent, et sont un rempart contre le vent glacial. Ils nous permettent également de garder sur nous l’essentiel de notre survie si notre canasson venait a nous fausser compagnie : sac de couchage, veste gore tex, chausson en duvet, doudoune et le pic-nic de midi et toujours un petit sac d’"aaruul", le fromage mongol dur comme la pierre (pour le partager avec d'éventuelles rencontres). Cette organisation nous permettait aussi, lorsque nous dormions dans une yourte, de ne pas déballer les sacs de bats et éviter ainsi les vols.
Plus nous progressons et plus nous retrouvons des gestes primitifs. Nous revenons a une organisation des temps préhistoriques! Armelle s’occupe davantage du rangement de la caverne (tente), du choix de la barbac (nouilles chinoises ou riz ?), et des sacs de transhumance (sac de bat), tandis que Vidian s’occupe volontiers du bétail (Fiston), du feu (rechaud) et de l’orientation, (profitant de l’instinct feminin de sa femelle). C’est marrant. Ah oui, nous devions vous parler de la toilette aussi. Mais comme nous ne nous lavons pas, et bien voila tout. Si, nous nous passons parfois une lingette nettoyante sur le dos ou la figure...quand elles ne sont pas gelées !
Notre bivouac est conditionné par le cheval. Lui trouver de l’herbe. Puis, nous faisons attention a l’orientation de la tente. Ouverte chaque nuit, le vent ne doit pas s’y engouffrer. Nous sortons les affaires, Armelle faits les lits (?!) pendant que Vidian « plante le cheval » et nous plongeons dans nos sacs de couchage en préparant le diner. Le choix entre riz, nouille et polenta et vite fait. Il est 17h30. Le soleil se couche et nous finissons nos victuailles. Nous tentons de nous soustraire a l’exercice d’écriture de nos journaux de bord, en vain, il fait trop froid. Nous rattraperons notre retard dans la prochaine yourte que nous croiserons. Nous finissons de tout ranger pour la nuit avant de nous endormir...il est 18h30 ou 19h! Les étoiles scintillent, l’ombre du cheval plane, une nouvelle nuit glaciale commence...
Vidian
Et le paysage? Et le climat? (4/6)
L'automne est une époque fantastique pour voyager...on nous l'avait dit, nous le confirmons!
Nous avons commencé la marche le 10 octobre.
Pendant quelques jours, nous avons suivi une grande rivière, sous un ciel
totalement dégagé, comme ce sera la cas la plupart du temps...Il ne fait pas
très froid. Nous marchons avec polaire et softshell, et devons nous arrêter
souvent pour enlever ou remettre une couche. Une température un peu
intermédiaire! Nous n'avons pas de thermomètre malheureusement. La nuit, nous
dormons bien dans nos sacs de couchage grand froid, nous n'avons pas besoin de
multiplier les couches même s'il ne fait pas chaud.
Puis, nous quittons la rivière et, pendant une quinzaine de jours, nous traversons une région ou alternent grandes surfaces arides et lacs salés, plus ou moins beaux. Il n'y a pas encore de neige, et parfois les paysages nous semblent un peu monotones! Nous suivons souvent des poteaux électriques entre les villages. C'est un repère très utile pour les locaux aussi! Nous rencontrerons quelques yourtes dans les collines, mais très peu le long des lacs salés, même aux sources et aux quelques endroits herbacés. Le temps s'est un peu refroidi et le vent est arrivé. Quelle horreur! Que c'est fatiguant de marcher une journée entière avec le vent de coté, qui ne désemplit pas et ne laisse aucun répit! Il neigeote une journée, mais cela ne tient pas. Grande émotion pour nous quand même!
Alors que nous suivons depuis quelques jours un lac salé très
ennuyeux car désert, et que nous manquons d'herbe, et d'eau claire pour nous et
le cheval, nous décidons de piquer vers les montagnes plus au nord, elles nous
attirent. En une journée, le paysage change du tout au tout, et nous faisons
nos premiers pas entre des montagnes de plus de 3000m, et dans la neige. Elle
ne nous quittera plus, à notre grande joie...À partir de ce jour, nous nous
régalons vraiment.
Très rapidement, le froid arrive...une première vague qui
nous surprend un peu une nuit, puis petit a petit. Nous ne nous arrêtons plus
pour enlever des couches la journée, et devons enfiler notre doudoune
systématiquement a chaque arrêt. Nous portons notre bonnet 24/24h (même la
nuit, oui!) et devons ajouter la dheel en guise de couverture sous nos sacs de
couchage grand froid, ainsi qu'utiliser nos sacs a viande en soie, qui
rajoutent quelques degrés la nuit.
Nous traversons
des paysages à en couper le souffle. Les nombreux cols que nous passons nous
offrent de nouvelles perspectives très attirantes, et les vallées que nous
traversons sont décorées de troupeaux gigantesques, c’est superbe !
Malheureusement, dans ces contrées, nous rencontrons peu de yourtes. Nous
voyons les camps d’hiver, perchés dans la montagne, mais ils sont trop loin de
la route pour nous, piétons. Nous plantons donc la tente.
Ces régions
montagneuses ne sont pas beaucoup par les locaux qui pourtant se déplacent
beaucoup. Et souvent, nous serons obliges de tracer dans la neige les pistes
pourtant marquées sur la carte…accompagne de moments de doutes quand aux
directions ! Mais nous ne nous perdons qu’une seule fois.
C’est a partir
de cet instant que notre marche devient assez engagée (fin octobre) : pas de yourtes,
peu de traces et le climat qui se refroidi nettement. L’hiver s’installe
vraiment, et les températures ne dépassent pas -5 degrés, même le jour. Tout
notre attirail est gelé le matin, nous avons même peine à garder de l’eau
liquide dans le thermos que nous avons eu la bonne idée d’acheter. Lors des
bivouacs, a peine installes nous sommes déjà dans nos sacs de couchage, avec
toutes les couches possibles. Mais nous trouvons les bons gestes et ne
souffrons pas du froid (sauf le dernier jour !). Tous les matins sont
différents, soit des jours blancs (on ne voit pas a 30 mètres), soit un ciel
parfaitement dégage et des panoramas splendides depuis la tente. Nous nous
régalons !
Il nous est arrive aussi deux fois de nous
retrouver dans des situations difficiles de tempêtes de neige avec un vent
assez violent. Pas de gers a l’horizon, il faut marcher coûte que coûte car il
est de toutes façons impossible de planter la tente…Avec la nuit, tout se
calme. Ces journées ne nous ont pas inquiétées mais elles ont été très
éprouvantes.
Nous avons
rencontré très peu d animaux sauvages durant cette marche (évidemment, beaucoup
de troupeaux de biquettes…). Pourtant, nous étions très à l’affût ! En
revanche, grâce à la neige, nous avons croisé beaucoup de traces et avons pu
faire fonctionner notre imagination ! On nous répétait souvent qu’il y
avait des loups dans le coin. Nous ne l’avons jamais vu ni entendu, mais avons
observe de superbes traces qui ne laissaient pas de doutes, ainsi que deux
tanières. Nos cœurs ont battu ! Sinon, quelques lapins, petits et grands oiseaux
(des aigles magnifiques, et des pies qui nous ont suivi!) et rongeurs.
Nous ne soupçonnions pas tant de diversité dans les paysages, et nous sommes très souvent exclamés devant tant de beauté. Le climat qui a changé, petit a petit, a aussi contribue a éviter une certaine routine. En bref, nous nous sommes félicités d’avoir choisi cet itinéraire, et cette période de l’année. Merci beaucoup a tous ceux qui nous ont aidés de leurs précieux conseils !
La Mongolie est
époustouflante, venez vite !
Des petites galeres... (5/6)
En lisant les autres articles, vous
avez pu vivre notre quotidien, ces instants magiques, ces rencontres étonnantes,
ces paysages incroyables...Mais nous vous avons concocté ici un petit condense
de nos petites galères et mésaventures, que nous prenons aujourd’hui avec le
sourire.
Suite a un échange de tapis de
selle avec des Kazakhs, et aggravé par notre connaissance limitée en canasson,
nous avons découvert un matin une belle plaie sur le garrot de notre ami
Fiston. La selle (deux palants de bois reliés par un cercle de fer ou repose un
coussin de cuir) semblent avoir frotté sur le dos du cheval et l’a blessé. Bon.
Nous sommes le 4eme jour et nous sommes a proximité d’un village. Je pars a cru
sur le cheval a la recherche d’un éventuel vétérinaire et atterri dans la cour
d’une petite maison de bois ou un gentil bout de femme m’offre un thé. C’est le
veto ! Un peu de désinfectant plus tard et des pilules a écraser et mettre
sur la plaie et je repars. Je croise alors un policier. Pas un bonjour, il
m’agresse directement, me fait descendre de cheval et me demande mes papiers.
Je n ‘ai que la photocopie de mon passeport sur moi et cela semble pas lui
convenir. Il me regarde de ses petits yeux cruels. Impossible de lui fausser
compagnie, il me tient par la manche. Il y a de la haine en lui et une irrépressible
envie de me compliquer la vie. Il me scrute de ses yeux de sadique. Je
l’imagine déjà en train de m’arracher des dents. Je flippe, mais ne lui montre
rien. Il arrête un nomade et rapidement lui met une sacre baffe. Je le savais,
il est fou ! Je décroche le cheval et commence à m’éloigner quand il me
rattrape par la manche. Regard furieux. Colère en lui. Il arrête une voiture et
me force a m’asseoir dedans puis verrouille les portes. Horrible impression que
tout peut arriver. Je me résonne : je suis blanc, il s’ennuie ferme et
veut me montrer qu’il est le plus fort. Allez, tout va bien. Le cheval est
encore la mais pour combien de temps ? On s’éloigne et je lui montre le numéro
de la veto. Il passe la voir. Puis nous repartons en voiture pour nous arrêter
devant une petite maison. Je pense au cheval. Quelqu’un va-t-il le
piquer ? Une jeune femme monte dans la voiture et me parle dans un anglais
que j’ai du mal a comprendre. Je lance toutes mes boues de sauvetage : je
suis étudiant, je marche simplement avec mon cheval, mes papiers sont en règle...puis
m’énerve et lui propose des sous que je lui tend près du visage. Il refuse puis
tente de m’écrire son numéro de téléphone avec un stylo sans encre. Cela
devient grotesque. Il me ramène à mon cheval, qui m’attend sagement, un
policier en faction devant son museau. Je lance un dernier coup d’oeil au flic
et part au trot, le coeur serré. Je bouillonne intérieurement. Je garderai
pendant une quinzaine de jour une peur bleue des villes et des policiers. La
blessure, quant a elle, nous suivra pendant toute l’aventure, se ré-ouvrant
parfois salement. Pas très agréable d’avoir un cheval blessé mais la plaie ne
s’infectera pas, nous l’aspergerons de Bétadine régulièrement.
Nous dormons toujours la tente ouverte, afin de garder un oeil sur le cheval pendant la nuit et montrer aux éventuels voleurs que nous sommes attentifs. Lors d’un bivouac magique près d’un lac sale enclavé dans de hautes montagnes, je place le cheval à quelques mètres de la tente avec 4 ou 5 m de longe. Au moment de nous endormir, nous voyons la tente se tordre, se déchirer et un bruit sec retentit, accompagné d’un sacre tintamarre de gamelle et de sabots. Le tissu de la tente pendouille lamentablement au dessus de ma tête. Fou, je me lève et constate les dégâts : un arc a cassé et l’abside est déchirée. Fiston est tout recroquevillé à l’opposé de la tente, la sangle tendue comme un élastique. S’il reste comme ça, il va finir par s’étrangler. En tentant une réparation de fortune, je me demande qui, du canasson ou de moi, est le plus stupide. Dans le froid et la mauvaise humeur, je plante le piquet plus loin et prévient Fiston que s’il recommence, ce sera la fessée. Il s’en fout. Il broute. Sale gosse. Je me recouche, énerve. Le lendemain, une sardine et un bout de fer trouve sur la piste serviront d ‘attelle, serrés par 1cm d’épaisseur d’enroulage de scotch chinois. Cela tiendra sacrement bien jusqu'à la fin.
Le froid est un ennemi mortel.
C’est une lutte perpétuelle. Par grand froid, le matériel en prend un coup.
J’en fait les frais un matin, ou j’enchaîne les bêtises. Je commence par casser
la hanse du thermos en tentant de l’ouvrir, le bouchon coller par le gel. Puis
en voulant mettre de la neige dans la casserole pour la préparation du thé, je
casse ma cuillere-fourchette en deux. C’est pas grave, ça va aller. Je me lève
avec un drôle de mal au bide. La polenta d’hier, cuisine avec l’eau sale du
lac, ne semble pas très appréciée par mes intestins. Je passe du temps derrière
le seul buisson du coin. Il y a des matins, comme ça…
Les mongols sont schizophrènes.
Ils ont un coté adorable, accueillant, gentil mais peuvent la minute d’après
vous entourlouper, vous mentir et vous voler. Nous sommes attentifs à ne rien
laisser traîner. La notion de propriété est toute relative en Mongolie.
« Ce qui est a toi est a moi ». Vidian a laissé traîner sa lampe
frontale chez une famille kazakh pourtant adorable, et nous repartirons sans.
Les Mongols sont tout a fait capable de cacher un objet pour que nous
l’oublions au moment de partir. Chaque matin, nous faisons un petit check-up
pendant les premières minutes de marche. Malheureusement, alors que nous
passions une journée avec une famille mongole, nous ne voulons pas déranger, et
partons observer les chameaux pendant deux heures. Dix jours plus tard, alors
que le soleil tape fort sur la neige, nous nous apercevons du vol des lunettes
de soleil de Vidian et de son harmonica. Sur le moment, nous sommes vraiment déçus
et en colère. Mais les Mongols sont ainsi, alors nous reprenons notre sourire.
Nous aurons quand même un peu plus de mal à le retrouver suite au vol de notre
appareil photo. Alors que nous avions passe 14h dans une vieille camionnette
russe entre Moron et Ulaanbaatar, nous sommes arrivés un matin dans le stress
de la capitale. Bien rodés, nous arrêtons une voiture sur la route et elle nous
emmène a proximité de notre Guest House. Mais il triple le prix !! Nous
refusons, parlementons mais rien n’y fait. Armelle sort les sacs du coffre et
je tente de sortir du véhicule mais il retient mon sac d’une main ferme. Nous
donnons un peu plus, puis je finis par lui lâcher presque ce qu’il demande, et
lui arrache des mains mon sac alors qu’il démarre et s’enfuit, emportant notre
reflex numérique dans un vent de panique. Heureusement Armelle avait été inspirée
et avait changé la carte mémoire 10 jours auparavant, Nous avons ainsi pu
sauvegarder des images de notre aventure, Le reste des photos resteront grave
dans nos mémoires. Nous passons une journée très morose avant de nous
raisonner. Nous sommes profondément déçus mais il y a plus grave dans la vie et
il nous reste notre ancien petit appareil. Cependant, nous nous serrons la
ceinture en espérant pouvoir sauvegarder un peu de sous et voir si Beijing nous
ouvrira les portes d’un monde moins cher...
Le vent est vicieux. Il souffle
sans discontinuer, soulevant la neige, lançant ses bourrasques violentes et
nous faisant trébucher. Ca swing. Armelle déteste ce vent inutile et perturbant.
Elle tape du pied, jure tout les gros mots qu’elle connaît et que le vent
disperse. J’arrive à en attraper quelques uns et préfère changer de coté !
Le vent accentue la sensation de froid et s’insinue sous les couches, nous gèle
les mains, le nez et colle nos cils. Pas facile la vie dans le froid.
Les derniers jours de notre
aventure sont glacials. Nous passons une nuit difficile malgré toutes nos épaisseurs.
Pas même la dheel en poil d’agneau a l’intérieur de notre sac de couchage ne
nous réchauffe suffisamment. Il faut vous avouer que cela fait 6 jours que nous
dormons sous la tente sans rencontrer un nomade ni même un animal. Nos sacs de
couchage sont ainsi recouverts d’une belle couche de glace, forme par notre
condensation. Et par -24 degrés, le soleil ne peux les sécher. Désert froid et
blanc. Nous prenons notre petit déjeuner rapidement et sortons. Le froid
intense nous saisit comme jamais. Les chaussures gelées sont impossibles à
lasser et déjà nous ne sentons plus nos pieds ni nos mains. Masques sur la
figure et doudounes sur le dos, nous sautons sur place et faisons tournoyer nos
bras pour tenter, en vain, de nous réchauffer. Nous sommes heureusement bien
rodés et nous plions le camp dans un temps record. Pas la force de curer les
sabots de neige du cheval ce matin. Une cascade de glace s’est figée sur ses
naseaux. Lui aussi a envie de bouger. Nous tentons de marcher et d’enrouler un
pas régulier mais nos sabots de glace ne plient pas. Ca râpe le talon
d’achille. Je tente de prendre une photo pour la postérité car a coup sur, on
va finir par être bloqués par la glace qui nous enserre et s’endormir
mortellement sur place. Instant où prendre une photo est un calvaire !
Impossible de faire la mise au point, elle sera floue.
Nous avançons ainsi 2 h, avec la doudoune sur
le dos sans parvenir a nous réchauffer quand, au passage d’un col, nous
apercevons deux petites maisons de bois. Nous sommes sauvés ! Pas la force d’accrocher le cheval, deux
hommes nous invitent à rentrer à l’intérieur. A travers nos cils gelés,
nous devinons un poele, une petite table de bois et de vieux canapés. Nous nous épluchons et frictionnons
nos extrémités gelées. « Il faudra les couper » nous lance un gars.
Gloups, nous frottons plus fort. Notre aventure s’arrêtera à 48 Kms plus à
l’Est. Armelle a encore aujourd’hui un doigt de pied très sensible et une belle
cloque. Nous remarquons aussi qu’elle a des taches blanches et dures sur les
joues…gelées aussi (quelques jours plus tard, cela deviendra des peaux
noires et mortes qui tomberont)! Vidian
ne sent toujours pas l’extrémité de son majeur et risque de perdre son ongle.
Mais un médecin local nous a expliqué que cela reviendra. Nous verrons bien...
Vidian
Et le moral ? (6/6)
Ca fait quoi de marcher quotidiennement pendant 35 jours? Bein…pas toujours facile ! On se découvre des humeurs insoupçonnées, on apprend a faire avec ce corps qui parfois ne répond pas comme on voudrait, on trouve de bonnes raisons de se lever le matin et de repartir après le déjeuner…
La première semaine n’a pas été la plus évidente. C’est la semaine des ampoules, de la mise au point du rythme avec le cheval, des divers maux dus à la marche. Et surtout de savoir qu’il reste encore plus d’un mois avant de prendre une douche, avoir un peu de confort ou un bon repas, ou de vos nouvelles ! Rien à voir avec les « petites » randos de 1 semaine ou le départ et l’arrivée sont sur la même carte au 25.000 ème…Nous avons ici traversé 3 cartes au 500.000 ème, on n’en voit pas la fin ! D’ailleurs, il nous a été difficile de nous faire à l’échelle de cette carte : nous avions l’impression de ne pas avancer à parcourir seulement 5 ou 6cm par jour.
Puis, la première semaine passée et les premières émotions avalées, nous avons appris a être forts chacun notre tour pour se soutenir l’un l’autre. Nous avons réalisé à quel point, dans la difficulté (ou de la marche, ou une situation compliquée avec des mongols), le moral de l’un a un impact considérable sur le moral de l’autre. Il faut apprendre a être faible (l’accepter), et apprendre a être fort. C’est une véritable vie d’équipe, il est impossible de penser individuellement. Finalement, plus la marche avançait, plus nous réalisions cela, et plus surmonter les difficultés a été « facile ». Nous avons fonctionné finalement comme une veritable équipe, soudée et véritablement bien rodée.
Une pause, un Kit Kat (le reconfort de chaque jour)
Nous n’avons pas « souffert » du froid. Enfin, nous ne nous en sommes pas plaint ! C’est exactement ce que nous étions venus chercher, et les paysages enneigés et figés nous ont tous les jours donné envie de nous lever. Nous étions bien équipés, et avons trouvé au fur et a mesure les gestes « de survie » pour ne pas souffrir du froid, même la nuit. Finalement, nous avons préféré marcher dans le froid, comme vers la fin de la marche, que d’avoir trop chaud, comme au début ! Et puis c'est ainsi que nous avons évité les flots de touristes l'été. En 35 jours de marche, nous n'avons croisé qu'une seule fois des 'blancs", a bord d'un vieux 4x4 russe qu'ils avaient acheté pour faire le tour de la Mongolie. Ils nous ont pris pour des fous. Nous les avons pris pour des fous aussi (mais quel bonheur de discuter 20 minutes)! Le froid est fascinant. Quand nous nous sommes gelé les pieds et les mains, nous ne nous en étions même pas aperçu… Ce n’est qu'en nous arrêtant que nous avons vu les dégâts !
Marcher nous a également permis de découvrir certains talents cachés… :
- Vidian n’aime pas voir qu’Armelle peut être plus courageuse dans certaines situations (ah les femmes…)
- Armelle ne comprendra jamais les humeurs du cheval, et ne se sent toujours pas très à l’aise avec cet animal curieux!
- Vidian n’est pas si patient ! Hé non, par -20 degres, le réchaud ne marche pas systématiquement…
- Vidian s’est découvert des talents de maladresse professionnelle : thermos, cuillère, sacs de bat, tout y est passé ! Suivies de petites crises d’énervement… (Armelle n’a rien cassé : incroyable, hein ?). Toutes ces casses etant facilitées par le grand froid quand meme...
- Armelle ne sait toujours pas cuisiner.
- Armelle ne supporte pas le vent, qui a emporté de nombreux gros mots…
- Vidian ne supporte pas quand le cheval n’avance pas, il l’a donc beaucoup insulté !
- Armelle a eu autant d’aérophagie que sa grand-mère…au grand désespoir de Vidian.
- Vidian n’est pas très facile à gérer quand il est stressé…
- Armelle a eu du mal à s’arrêter de manger, et a pris des rondeurs…heureusement que le que le pantalon de ski est élastique.
- Vidian a gagné le concours de blagues à deux balles (quand même les bienvenues…).
Le moral, il vallait mieux pas l'avoir dans les chaussettes, vu leur etat, alors...Hauts les coeurs!!
23 novembre 2007
A cheval par - 24 degres
A cheval par - 24 degres
Vidéo envoyée par vidian_armelle
Reveil Morning, l'emission qui secoue les neurones!
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Vidéo envoyée par vidian_armelle
Lac sale d'altitude
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