En lisant les autres articles, vous avez pu vivre notre quotidien, ces instants magiques, ces rencontres étonnantes, ces paysages incroyables...Mais nous vous avons concocté ici un petit condense de nos petites galères et mésaventures, que nous prenons aujourd’hui avec le sourire.
   
    Suite a un échange de tapis de selle avec des Kazakhs, et aggravé par notre connaissance limitée en canasson, nous avons découvert un matin une belle plaie sur le garrot de notre ami Fiston. La selle (deux palants de bois reliés par un cercle de fer ou repose un coussin de cuir) semblent avoir frotté sur le dos du cheval et l’a blessé. Bon. Nous sommes le 4eme jour et nous sommes a proximité d’un village. Je pars a cru sur le cheval a la recherche d’un éventuel vétérinaire et atterri dans la cour d’une petite maison de bois ou un gentil bout de femme m’offre un thé. C’est le veto ! Un peu de désinfectant plus tard et des pilules a écraser et mettre sur la plaie et je repars. Je croise alors un policier. Pas un bonjour, il m’agresse directement, me fait descendre de cheval et me demande mes papiers. Je n ‘ai que la photocopie de mon passeport sur moi et cela semble pas lui convenir. Il me regarde de ses petits yeux cruels. Impossible de lui fausser compagnie, il me tient par la manche. Il y a de la haine en lui et une irrépressible envie de me compliquer la vie. Il me scrute de ses yeux de sadique. Je l’imagine déjà en train de m’arracher des dents. Je flippe, mais ne lui montre rien. Il arrête un nomade et rapidement lui met une sacre baffe. Je le savais, il est fou ! Je décroche le cheval et commence à m’éloigner quand il me rattrape par la manche. Regard furieux. Colère en lui. Il arrête une voiture et me force a m’asseoir dedans puis verrouille les portes. Horrible impression que tout peut arriver. Je me résonne : je suis blanc, il s’ennuie ferme et veut me montrer qu’il est le plus fort. Allez, tout va bien. Le cheval est encore la mais pour combien de temps ? On s’éloigne et je lui montre le numéro de la veto. Il passe la voir. Puis nous repartons en voiture pour nous arrêter devant une petite maison. Je pense au cheval. Quelqu’un va-t-il le piquer ? Une jeune femme monte dans la voiture et me parle dans un anglais que j’ai du mal a comprendre. Je lance toutes mes boues de sauvetage : je suis étudiant, je marche simplement avec mon cheval, mes papiers sont en règle...puis m’énerve et lui propose des sous que je lui tend près du visage. Il refuse puis tente de m’écrire son numéro de téléphone avec un stylo sans encre. Cela devient grotesque. Il me ramène à mon cheval, qui m’attend sagement, un policier en faction devant son museau. Je lance un dernier coup d’oeil au flic et part au trot, le coeur serré. Je bouillonne intérieurement. Je garderai pendant une quinzaine de jour une peur bleue des villes et des policiers. La blessure, quant a elle, nous suivra pendant toute l’aventure, se ré-ouvrant parfois salement. Pas très agréable d’avoir un cheval blessé mais la plaie ne s’infectera pas, nous l’aspergerons de Bétadine régulièrement.

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     Nous dormons toujours la tente ouverte, afin de garder un oeil sur le cheval pendant la nuit et montrer aux éventuels voleurs que nous sommes attentifs. Lors d’un bivouac magique près d’un lac sale enclavé dans de hautes montagnes, je place le cheval à quelques mètres de la tente avec 4 ou 5 m de longe. Au moment de nous endormir, nous voyons la tente se tordre, se déchirer et un bruit sec retentit, accompagné d’un sacre tintamarre de gamelle et de sabots. Le tissu de la tente pendouille lamentablement au dessus de ma tête. Fou, je me lève et constate les dégâts : un arc a cassé et l’abside est déchirée. Fiston est tout recroquevillé à l’opposé de la tente, la sangle tendue comme un élastique. S’il reste comme ça, il va finir par s’étrangler. En tentant une réparation de fortune, je me demande qui, du canasson ou de moi, est le plus stupide. Dans le froid et la mauvaise humeur, je plante le piquet plus loin et prévient Fiston que s’il recommence, ce sera la fessée. Il s’en fout. Il broute. Sale gosse. Je me recouche, énerve. Le lendemain, une sardine et un bout de fer trouve sur la piste serviront d ‘attelle, serrés par 1cm d’épaisseur d’enroulage de scotch chinois. Cela tiendra sacrement bien jusqu'à la fin.


     Le froid est un ennemi mortel. C’est une lutte perpétuelle. Par grand froid, le matériel en prend un coup. J’en fait les frais un matin, ou j’enchaîne les bêtises. Je commence par casser la hanse du thermos en tentant de l’ouvrir, le bouchon coller par le gel. Puis en voulant mettre de la neige dans la casserole pour la préparation du thé, je casse ma cuillere-fourchette en deux. C’est pas grave, ça va aller. Je me lève avec un drôle de mal au bide. La polenta d’hier, cuisine avec l’eau sale du lac, ne semble pas très appréciée par mes intestins. Je passe du temps derrière le seul buisson du coin. Il y a des matins, comme ça…


    Les mongols sont schizophrènes. Ils ont un coté adorable, accueillant, gentil mais peuvent la minute d’après vous entourlouper, vous mentir et vous voler. Nous sommes attentifs à ne rien laisser traîner. La notion de propriété est toute relative en Mongolie. « Ce qui est a toi est a moi ». Vidian a laissé traîner sa lampe frontale chez une famille kazakh pourtant adorable, et nous repartirons sans. Les Mongols sont tout a fait capable de cacher un objet pour que nous l’oublions au moment de partir. Chaque matin, nous faisons un petit check-up pendant les premières minutes de marche. Malheureusement, alors que nous passions une journée avec une famille mongole, nous ne voulons pas déranger, et partons observer les chameaux pendant deux heures. Dix jours plus tard, alors que le soleil tape fort sur la neige, nous nous apercevons du vol des lunettes de soleil de Vidian et de son harmonica. Sur le moment, nous sommes vraiment déçus et en colère. Mais les Mongols sont ainsi, alors nous reprenons notre sourire. Nous aurons quand même un peu plus de mal à le retrouver suite au vol de notre appareil photo. Alors que nous avions passe 14h dans une vieille camionnette russe entre Moron et Ulaanbaatar, nous sommes arrivés un matin dans le stress de la capitale. Bien rodés, nous arrêtons une voiture sur la route et elle nous emmène a proximité de notre Guest House. Mais il triple le prix !! Nous refusons, parlementons mais rien n’y fait. Armelle sort les sacs du coffre et je tente de sortir du véhicule mais il retient mon sac d’une main ferme. Nous donnons un peu plus, puis je finis par lui lâcher presque ce qu’il demande, et lui arrache des mains mon sac alors qu’il démarre et s’enfuit, emportant notre reflex numérique dans un vent de panique. Heureusement Armelle avait été inspirée et avait changé la carte mémoire 10 jours auparavant, Nous avons ainsi pu sauvegarder des images de notre aventure, Le reste des photos resteront grave dans nos mémoires. Nous passons une journée très morose avant de nous raisonner. Nous sommes profondément déçus mais il y a plus grave dans la vie et il nous reste notre ancien petit appareil. Cependant, nous nous serrons la ceinture en espérant pouvoir sauvegarder un peu de sous et voir si Beijing nous ouvrira les portes d’un monde moins cher...


    Le vent est vicieux. Il souffle sans discontinuer, soulevant la neige, lançant ses bourrasques violentes et nous faisant trébucher. Ca swing. Armelle déteste ce vent inutile et perturbant. Elle tape du pied, jure tout les gros mots qu’elle connaît et que le vent disperse. J’arrive à en attraper quelques uns et préfère changer de coté ! Le vent accentue la sensation de froid et s’insinue sous les couches, nous gèle les mains, le nez et colle nos cils. Pas facile la vie dans le froid.


     Les derniers jours de notre aventure sont glacials. Nous passons une nuit difficile malgré toutes nos épaisseurs. Pas même la dheel en poil d’agneau a l’intérieur de notre sac de couchage ne nous réchauffe suffisamment. Il faut vous avouer que cela fait 6 jours que nous dormons sous la tente sans rencontrer un nomade ni même un animal. Nos sacs de couchage sont ainsi recouverts d’une belle couche de glace, forme par notre condensation. Et par -24 degrés, le soleil ne peux les sécher. Désert froid et blanc. Nous prenons notre petit déjeuner rapidement et sortons. Le froid intense nous saisit comme jamais. Les chaussures gelées sont impossibles à lasser et déjà nous ne sentons plus nos pieds ni nos mains. Masques sur la figure et doudounes sur le dos, nous sautons sur place et faisons tournoyer nos bras pour tenter, en vain, de nous réchauffer. Nous sommes heureusement bien rodés et nous plions le camp dans un temps record. Pas la force de curer les sabots de neige du cheval ce matin. Une cascade de glace s’est figée sur ses naseaux. Lui aussi a envie de bouger. Nous tentons de marcher et d’enrouler un pas régulier mais nos sabots de glace ne plient pas. Ca râpe le talon d’achille. Je tente de prendre une photo pour la postérité car a coup sur, on va finir par être bloqués par la glace qui nous enserre et s’endormir mortellement sur place. Instant où prendre une photo est un calvaire ! Impossible de faire la mise au point, elle sera floue.

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    Nous avançons ainsi 2 h, avec la doudoune sur le dos sans parvenir a nous réchauffer quand, au passage d’un col, nous apercevons deux petites maisons de bois. Nous sommes sauvés !  Pas la force d’accrocher le cheval, deux hommes nous invitent à rentrer à l’intérieur. A travers nos cils gelés, nous devinons un poele, une petite table de bois et de vieux canapés. Nous nous épluchons et frictionnons nos extrémités gelées. « Il faudra les couper » nous lance un gars. Gloups, nous frottons plus fort. Notre aventure s’arrêtera à 48 Kms plus à l’Est. Armelle a encore aujourd’hui un doigt de pied très sensible et une belle cloque. Nous remarquons aussi qu’elle a des taches blanches et dures sur les joues…gelées aussi (quelques jours plus tard, cela deviendra des peaux noires et mortes qui tomberont)!  Vidian ne sent toujours pas l’extrémité de son majeur et risque de perdre son ongle. Mais un médecin local nous a expliqué que cela reviendra. Nous verrons bien... 

    Vidian