Vous devez croire que notre vie est incroyable, mais en fait, notre vie quotidienne est rythmée par de nombreux automatismes! Loin de la routine, certaines taches et obligations viennent organiser nos journées. Suivez le guide s’il vous plait!

    7h. Cela fait déja 30 min que nous sommes éveillés et que nous tentons d’éviter les gouttes qui nous tombent sur le visage. La glace créée par la condensation se dépose sur nos sacs de couchage, et notre respiration la rechauffe, ce qui provoque ces gouttes de malheur. Le cycle de notre eau. Nous dormons toujours tente ouverte, pour régulierement vérifier la présence de notre cheval (vol, fuite possibles). Vidian jette un oeil dehors pour voir si Fiston est toujours la, puis tente de remettre son sac a viande sur ses épaules, et la dheel en poil d’agneau, puis le sac de couchage. Armelle le regarde. Petite discussion du matin, qui reprends en général les aventures de la veille, la nuit passée et les objectifs de la journée. Rigolades quand Vidian raconte ses reves, c'est toujours abracadabrant! Un grognement, un glou glou. Nos ventres crient famine. Allez, on s’assied en tentant de ne pas toucher la tente. Raté! Une pluie de neige s’abat sur nous. La condensation est un ennemi incroyable, s’acharnant a produire cette glace la tente meme ouverte! Bref, il faut se changer rapidement et remettre les affaires (sales!) d’hier. La, nous parlons surtout pour Armelle, car Vidian se change peu (sic !?). Pendant qu’Armelle fait peau neuve, donc, Vidian prépare le petit déjeuner, depuis son sac de couchage (impossible de se lever avant d'avoir bu un thé). Tout un cérémonial. Pendant que le rechaud est en préchauffage, il faut récuperer la tasse en plastique du thermos, et puiser dans le sac a neige (ne pas oublier de le faire le soir précédent) pour jetter cette substance gelée dans la gamelle. Zut, le réchaud s’est éteiné! Vite faut retrouver le briquet qui se cache sous le duvet. Hop, le réchaud brule et la neige fond. Armelle sort alors les petits biscuits et du chocolat. Nous dévorons assis dans notre sac de couchage, toutes nos couches sur le dos. Le thé est pret. Youpi, un peu de chaud qui coule dans notre corps. Nous dégustons en observant le soleil qui lance ses premiers rayons au dessus des montagnes. C’est magnifique, mais l’heure n’est pas a la contemplation. Quitter ses chaussons en duvet n’est pas toujours facile...mais commence des lors le grand chamboulement matinal.


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    Pantalons sur les fesses, chaussettes au pieds, semelles de feutre sorties du dessous des sacs de couchage (pour les garder au chaud), nous tentons en vain de lasser nos chaussures, devenues de gros sabots de glace. Pendant qu’Armelle range l’intérieur de la tente, Vidian sort les sacs de bat, va chercher Fiston, range la longe et le piquet. Nous secouons la tente pour tenter de la débarrasser de la condensation gelée et la plions en trois mouvement. Pendant qu’Armelle s’applique a équilibrer les poids des deux sacs de bat, je selle le cheval. Le tapis de sol plié en trois devient alors tapis de selle...pratique ! Hop, notre barda sur le dos de notre canasson, Vidian lui enleve les entraves et, sacs sur le dos, nous tentons d’enrouler un premier pas, toujours avec nos sabots au pieds. Le tout est fait en chantant, en sautant et gesticulant pour tenter de se réchauffer. Le soleil s’extirpe tout juste de sa nuit et nous partons pour une nouvelle journée dans le froid


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    Nous marchons en général 2 ou 3h, d’une traite, le matin, afin de nous réchauffer les pieds, les mains, et pour nous sentir progresser géographiquement parlant. La pause déjeuner répond aussi a un certain "rite". Installation des entraves pour Fiston, débatage et cuisson des nouilles chinoises. Nous mangerons en tout plus de 70 paquets de ces nouilles instantanées. Un peu d’eau bouillante et hop, vous les plongez dedans et 3 min plus tard, vous "dégustez". Au Ladakh, au bout de 2 semaines, Vidian s’etait lassé de cette nourriture rébarbative. Mais ici en Mongolie, nous les apprécions particulierement. C’est magique! Nous tentons aussi de varier les plaisirs en se payant le luxe d’une petite friandise au chocolat. Have a break, Have a Kit-Kat! Nous évaluons combien de friandises il nous reste jusqu’au prochain village, ou nous pourrons nous ravitaller dans de petits magasins, les fameux "delguur".


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    Nous repartons. La Mongolie pourrait etre le paradis des ingénieurs Travaux Publics : il y a une multitude de pistes mais des routes nulle part ! L’orientation peut etre facilitée ou bien biaisée par ces sillons de terres partant parfois dans toute les directions. Nous marchons grossomodo Est-Nord-Est. La boussole est bonne. Mais dans les dernieres semaines, dans les montagnes, nous avons du souvent tracer notre propre piste dans 30 cm de neige. En 35 jours de marche, nous ne nous sommes perdus qu’une seule journée, et cela a été l’occasion de trouver une yourte dans une région ou nous en avons peu trouvé! L’apres-midi, nous faisons parfois une pause pour consulter la carte, verifier le cap ou simplement se partager un biscuit. Chaque pause est l’occasion de sortir la doudoune.


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    Vous vous demandez peut etre pourquoi nous gardons des sacs sur le dos alors que nous avons un cheval de bat. Non, ce n’est pas la surcharge du cheval qui nous fait peur. Nos sacs de rando nous réchauffent, et sont un rempart contre le vent glacial. Ils nous permettent également de garder sur nous l’essentiel de notre survie si notre canasson venait a nous fausser compagnie : sac de couchage, veste gore tex, chausson en duvet, doudoune et le pic-nic de midi et toujours un petit sac d’"aaruul", le fromage mongol dur comme la pierre (pour le partager avec d'éventuelles rencontres). Cette organisation nous permettait aussi, lorsque nous dormions dans une yourte, de ne pas déballer les sacs de bats et éviter ainsi les vols.


    Plus nous progressons et plus nous retrouvons des gestes primitifs. Nous revenons a une organisation des temps préhistoriques! Armelle s’occupe davantage du rangement de la caverne (tente), du choix de la barbac (nouilles chinoises ou riz ?), et des sacs de transhumance (sac de bat), tandis que Vidian s’occupe volontiers du bétail (Fiston), du feu (rechaud) et de l’orientation, (profitant de l’instinct feminin de sa femelle). C’est marrant. Ah oui, nous devions vous parler de la toilette aussi. Mais comme nous ne nous lavons pas, et bien voila tout. Si, nous nous passons parfois une lingette nettoyante sur le dos ou la figure...quand elles ne sont pas gelées !


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    Notre bivouac est conditionné par le cheval. Lui trouver de l’herbe. Puis, nous faisons attention a l’orientation de la tente. Ouverte chaque nuit, le vent ne doit pas s’y engouffrer. Nous sortons les affaires, Armelle faits les lits (?!) pendant que Vidian « plante le cheval » et nous plongeons dans nos sacs de couchage en préparant le diner. Le choix entre riz, nouille et polenta et vite fait. Il est 17h30. Le soleil se couche et nous finissons nos victuailles. Nous tentons de nous soustraire a l’exercice d’écriture de nos journaux de bord, en vain, il fait trop froid. Nous rattraperons notre retard dans la prochaine yourte que nous croiserons. Nous finissons de tout ranger pour la nuit avant de nous endormir...il est 18h30 ou 19h! Les étoiles scintillent, l’ombre du cheval plane, une nouvelle nuit glaciale commence...


    Vidian