« Sain bain uu ! » : une dure journée viens de se terminer. Nous approchons un camp de yourtes (« ger » en mongol), et esperons bien y passer la nuit… Nous sortons nos grands sourires et nos quelques mots mongols et nous présentons : « moi France », ou « mon nom Armelle ». « Nous avoir tente, une nuit ici possible ? ». Souvent, pas de problèmes. Parfois, « non », tout simplement. Les Mongols sont très francs ! Dans ces cas là, c’est un peu dur, surtout quand il faut marcher une heure de plus pour trouver une autre ger, et que le cheval est H.S. Ou alors, option « tente au milieu de rien » : voir article suivant !

    Nous attachons alors le cheval à un buisson ou à la ger, puis entrons pour boire un thé (thé salé au lait frais, très bon !). Attention : ne pas se cogner la tête dans la porte (qui fait 1.20m de haut), toujours contourner par la gauche le poele, place au centre de la ger, et recevoir le bol de thé avec la main droite, la main gauche sous le coude droit ! On s’y fait vite…Puis, avec le thé, dégustation de « booves », ces délicieux beignets faits de farine et d’eau... irrésistibles ! Toujours un peu d'« aaruul » aussi, ce fromage de chèvre ou yack. Nous avons l'impression de manger un caillou, mais c'est finalement plutôt bon. Et quand la famille est aisée, des bonbons russes. Miam!

DSC_0829

    Puis, le soleil se couche rapidement (vers 18h). Il faut alors s’occuper du cheval, qui est toujours bâté. En général, c’est Vidian qui s’en occupe, avec l’un des fils de la famille qui lui montre là ou est l’herbe. Le grand défi de ce voyage aura été de ne pas se faire voler le cheval : nous ne passons pas inaperçus dans les steppes. Mais dans les familles, nous sommes en général en confiance, ils veillent sur notre monture. Parfois la longe, parfois les entraves, parfois les deux. L’important est de s’assurer que le cheval ne pourra pas se faire la malle facilement, surtout quand il est seul (les chevaux, parait-il, n’aiment pas la solitude). Si c’est possible, nous faisons boire Fiston a la rivière, ou au moins le lendemain matin.

    Puis, deux options se presentent : Planter la tente, ou bien etre invite à dormir dans la ger. Au début de notre marche, nous avons beaucoup dormi sous la tente, installee pres d'une ger. Puis, le froid s’installant, et notre contact avec les gens s’améliorant grace a l'accroissement de notre vocabulaire, nous avons davantage dormi avec les nomades, à notre grand plaisir.

    Si nous plantons la tente, ce n’est en général pas très loin, entre la ger et les biquettes ! Nous procédons alors à un vrai spectacle, devant toute la famille réunie ! Les Mongols sont fascinés par la technologie que nous apportons, et n’hésitent pas à essayer de mettre les clips de la tente, ou fourailler dans nos sacs pour voir ce qu’il s'y cache. Nous sommes alors très prudents, car un petit vol est bien vite arrivé (d’ailleurs, lorsqu’ils sont trop curieux, nous ne nous sentons pas très a l’aise et ne tardons pas a partir le lendemain). Puis, nous sortons tout notre attirail pour la nuit : couverture de survie pour s'isoler du sol, matelas en mousse, couverture (un peu de confort tout de meme!), sacs de couchage grand froid…Ces derniers font en général sensation, car nos hôtes n’arrivent pas a croire que la plume puisse tenir chaud : eux sont convaincus par leurs peaux de mouton (qui sont d’ailleurs aussi efficaces mais intransportables) ! C'est alors que nous sortons notre joker: notre dheel en poil d'agneau. Ils sont rassures!


DSC_0910

    Puis, nous regagnons la yourte pour partager un énième thé, et préparer le repas. Les premiers jours, nous n’avons pas été très à l’aise à cet instant. Avec nos 10 mots mongols, nous avions du mal à savoir si nous étions aussi les bienvenus pour le dîner (qui est d’ailleurs souvent leur unique vrai repas quotidien). Et ce n’est pas si facile de demander, quand on ne connaît pas de mots de politesse ou de « si ça ne vous dérange pas ». Car il faut l’avouer, et cela a peut être été l’erreur du débutant, nous n'osions pas sortir tout notre attirail pour faire notre popotte, et trouvions ça bien confortable de savourer au chaud une bonne soupe de mouton consistante (surtout si les jours précédents nous n’avions mange que des nouilles chinoises) ! Finalement, nous partageons regulierement leur repas. Au fur et à mesure, nous savons comment demander, et surtout donnons riz ou nouilles pour participer, ce qui est bien apprécié. Nous leur offrons egalement systématiquement des bonbons ou sucreries, sur lesquelles ils se précipitent !


DSC_0859 

    Chaque preparation des repas est pour nous l'occasion de mettre la main à la patte : épluchage de pommes de terres ou coupage de la viande, ou bien même confection des nouilles « maison » qui accompagnent très souvent la viande. Notre petit couteau repliable fait sensation. Mais pour couper les morceaux de moutons, rien ne vaut un vieux couteau aiguise sur le culot d'un bol en porcelaine! Les ingrédients de tous les jours des nomades sont très peu variés, surtout lorsque l’on est loin d’un village : viande, farine, lait, eau, et sel. Et les jours de fête, ou quand la famille est aisée : pommes de terres et navets locaux. L’utilisation de ces ingrédients, suivant la préparation (bouilli, frit, grillé), donne une multitude de plats tous aussi bons les uns que les autres : nous nous sommes régalés de viande de mouton fraîche, et ne nous en sommes pas lassés! Juste avant le diner, c'est l'heure de l'apero. C'est a ce moment precis que ressort en nous nos instincts sauvages. Un gros plat d'abats et de gros os nous est pause sur les genoux. Couteau dans une main et un os gluant dans l'autre, nous devorons a pleine dent! A la lumiere de la bougie, ambiance tres rustique! Notre os fini, nous passons le plat aux suivants. Vient alors un peu de the pour se rincer la bouche et le diner est servi dans le même bol. C'est l'heure de la dégustation, qui fait l’objet d’un concours de « slurpage » professionnel. On s’y fait vite !

    Nous sommes parfois arrivés dans des familles au moment du sacrifice d’un mouton. Suit alors la cuisson de toutes les entrailles…encore mieux que la dissection d’une souris au collège ! Tout est utilisé, mangé. Nous avons eu droit aux meilleurs organes, étant les invités : oreilles, yeux, cœur (très bon, sacré muscle !), babines et divers morceaux inidentifiables…Et avons grignoté de nombreux os à pleines dents, même le matin au réveil !

    Puis, nous regagnons notre tente après quelques thés, ou bien préparons le couchage si nous dormons sous la yourte. Parfois, la famille a une télé (noir et blanc), rechargee par la magie d'un panneau solaire. Regarder Asterix en anglais, doublé en mongol et sous-titré en chinois dans une ger au milieu de nulle part est assez etonnant! Ou bien meme avoir les nouvelles en anglais et etre au courant des grèves en France!!! 20h, on sort les couettes. Les nomades ne semblent pas se coucher tres tard, et nous en sommes ravis ! Dans la ger : peu de lits. Si nous sommes nombreux, la plupart dorment par terre. On sort alors les matelas, et les installons tête vers l’autel (les Mongols sont bouddhistes), qui est en face de la porte. Nous prenons nos sacs de couchage, alors que les nomades dorment sous leurs « deels » : grands manteaux fourrés (l’hiver), qui peuvent servir de cape, couverture, etc…Quelques bûches dans le poele, (suivies de ½ heure de sauna tellement il fait chaud !) et la ger est parée pour la nuit ! Nous dormirons en général très bien, même si réveilles par tous les bruits de chacun. Certains grincent des dents, d'autres ronflent, d'autres encore flatulent gaiement. Peu d’intimité sous la ger ! On s’y fait aussi.


DSC_0510

    Le matin, réveil avant le lever du soleil (vers 6h30- 7h). La femme se lève en premier, allume le feu (sans papier s'il vous plait) et commence à préparer le thé. Courageuse, car il fait froid ! C'est fantastique d'entendre tout ces petits bruits du matin, du feu qui craque, du the en preparation. Puis tout le monde émerge, et nous partageons le thé. Nous partons parfois traire les bestiaux sans prendre de the. Ce n'est qu'apres s'etre refroiddit que nous regagnos la ger toute chaude. Un petit delice nous attend: Saisir un morceau de creme dans les doigts, le tremper dans du sucre puis le deposer sur un boovs, que vous croquez lentement. Incroyablement bon. Vers 9h30, en général, nous arrivions à nous extirper de la yourte et de ces multiples thes afin de debuter notre nouvelle journee de marche. Après avoir rangé les affaires, cherche le cheval, l’avoir bâté et avoir bu les derniers thés. Le tout encore une fois en grand spectacle ! Nous avons toujours été très vigilants à nos affaires. Les Mongols ont une notion de la propriété bien différente de la notre. Si quelque chose leur plait, ou est pratique, ils ne vont pas hésiter à le glisser dans leur poche, ou le planquer pour que nous l’oublions en partant. Même des familles avec qui nous avons eu de très bons contacts…C’est ainsi que nous nous sommes faits « voler » lampe frontale, lunettes de soleil, harmonica et sucreries, à notre grande déception lorsque nous nous en sommes aperçus à des dizaines d’heures de marche.

    Nous proposions systématiquement quelques Tougrits (monnaie locale) aux familles en partant. Cette tache revenait plutot a Armelle, puisque l'argent de la famille est gere par les femmes. Ce que nous avons consommé (repas) correspond à ce que eux ne consommerons pas. Même si leur hospitalité est sincère, notre passage ne doit pas créer de déséquilibre. D’ailleurs, ces quelques Tougrits sont souvent acceptés avec surprise, et avec un grand sourire. Rarement, ils sont refusés !

    Nous avons pris aussi beaucoup de photos des familles, à leur grande joie. Nous avons promis de leur envoyer, et sommes actuellement en train d’imprimer les photos.

    Au début de notre peregrination, nous rencontrons beaucoup de gers, car nous traversons de grandes plaines fertiles ou longé des rivières (mi-octobre). Puis, au fur et à mesure, l’hiver s’est installe, et nous atteignons des montagnes. Là, les camps d’hiver sont plus rares, et perchés/cachés dans les versants, et souvent loin de la « route » lorsqu’on est a pied. Ou bien inexistants sur des dizaines de kilomètres. Nous avons donc eu moins l’occasion de dormir chez les nomades, souvent à notre grande déception (on ne se réjouit pas forcément de dormir dans le froid sous la tente, après une longue journée de marche !).

    Nous avons eu l’occasion, en 35 jours de marche, de passer trois fois une journée dans une famille nomade. Environ tous les dix jours, pour reposer le cheval (pas nous, non, non…), et faire une lessive (a la main bien sur)! Nous avons alors eu l’occasion de partager leur vie quotidienne, très animée ! Encore une fois, nous avons eu beaucoup de plaisir à aider aux diverses taches. Les Mongols sont faciles à aider : ils sont ravis de nous voir participer et n’hésitent même pas à nous demander des services pour ne pas avoir à le faire (toujours dans cette même franchise qui leur est propre) ! C’est ainsi que nous avons participé à la traite des yacks, coupé des centaines de bûches, emmené les troupeaux paître, cuisiné, avons été chercher de l’eau…Vidian a participé aux travaux des hommes (veiller sur les troupeaux ou aller chercher les chevaux), et Armelle a veillé sur le poele et beaucoup cuisiné. Nous étions très volontaires et rapidement avons gagné leur confiance. Plus nous aidions, plus nous apprenions, et étions capables d’aider dans la famille suivante. Nous avons senti que cela était très apprécié, et cela a, au fur et à mesure, beaucoup facilité notre intégration.


DSC_0799

    Nous avons aussi participé au démontage d’une ger d’été pour monter une ger d’hiver. Passionnant !

    Nos discussions avec nos hôtes ont souvent été les mêmes. Grâce à notre « phrasebook » mongol-anglais, nous avons appris beaucoup de mots, et étions capable d’animer les dialogues. Nous expliquions systématiquement notre marche, ce qui provoquait leur grand étonnement : « a pied, 700 Kms, ils sont fous ! » (les Mongols naissent avec un cheval entre les cuisses...facon de parler!). Nous racontions aussi qui nous étions (étudiants, age, pas d’enfants, etc.), demandions « shon bain uu ? » (« Y a-t-il des loups dans la coin ? ») ou les questionnions sur leur vie…

    En bref, même si la majorité de nos nuits ont été passées sous la tente, nous avons au fur et à mesure mieux compris les nomades. Car, au premier abord, leur hospitalité est réelle. Il y a toujours du thé prêt. Mais lorsqu’il s’agit de se faire héberger ou de partager le quotidien, ce n’est pas toujours si facile ! Nous avons appris les gestes, les bonnes questions, les politesses pour s’intégrer au mieux. Et avons compris l’humour de ce peuple très moqueur et très blagueur ! Il faut avoir de l’autodérision en Mongolie pour ne pas se sentir agressé, et avoir toujours un œil sur ses affaires pour ne pas avoir de déceptions !


DSC_1227


    Merci à tous ces personnages extraordinaires rencontrés de nous avoir appris autant de choses...

    Armelle