Les sacs alleges, nous traversons la ville pour decouvrir le bus qui nous emmene sur les rives du lac Baikal, qui contient pres de 20% du volume d'eau douce de la planete. Un bus aussi minuscule que le sourire du chauffeur. C'est finalement a 16, entasses entre les sieges, que nous nous extirpons d'Irkutsk. Six heures a jouer des epaules pour se caler, une piste en sable defoncee, une pause pipi et une traversee en bac, et nous voici sur l'ile d'Olkhon. La vue est magique, d'un bleu si profond. Nous hallucinons.

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    Le village de Koujhir est plante la, au milieu d'un paysage steppique. Les "rues" en sable sont delimitees par de simples palissades en bois, encadrant des batisses qui se cassent la figure...Seule la fumee s'echappant des cheminees et les chiens errants nous laissent deviner qu'il y a de la vie ici. Etrange impression d'un camp retranche. Mais qui est l'ennemi? Peut etre le tourisme, qui se developpe a une allure folle, depuis que l'electricite a ete installee il y a deux ans.
La Nikita's GuestHouse est un mini-village tout sculpte, tres "jeun's", bric a brac. Seul hebergement du village, tout le petit monde s'y retrouve, aussi pour les repas (il ne faudrait quand meme pas se melanger avec la population)!!!

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    Apres avoir reserve le bus du retour, et subtilise un peu de P.Q. russe (=papier kraft), nous filons rapidement plein Nord, sac au dos. Oups, pas de petrole pour le rechaud...Nous tombons sur deux Bouriates (peuple proche des Mongols), tout sourire fumant leurs clopes. Du petrole? Un litre? Et les voila farfouillant leur coffre de voiture pour sortir un tuyau. OK, c est tellement plus simple de siphoner! Nous sortons quelques billets...Niet, juste un immense sourire et des tapes sur le dos. Le soleil, deja bas sur l'horizon, eclaire leurs visages tannes. Ouah, nous partons avec une banane a se decrocher les oreilles!

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    Nous progressons plein nord, entre les falaises, la plage et la steppe. Le lac Baikal, perche a 455m au dessus du niveau de la mer, est aussi le plus profond du monde dit on avec une fosse a pres de 1637m. Sa couleur est d'un bleu profond, unique. Quelques risees brisent la serenite des lieux. Au detour d'une colline, voila une yourte, puis deux, puis 10! Coup de mongol? Simple camp de touristes pour l'ete. C'est desert, et le vent qui s'est leve rafraichit l'air. Et voila une vielle Bouriate toute ridee qui nous propose un the. Right time, right place! Finalement, pendant que le soleil se couche, le the se poursuit sur un diner avec des oeufs, de l'ananas, des biscuits, et de l'Omoul tout frais, celebre poisson du lac et delicieux. Le ventre chaud, nous nous confondons en remerciements. Elle nous retient encore le temps d'une petite incantation chamane (l'Ile d'Olkhon est un grand point energetique). Purifies par la fumee d'une petite touffe de mousse qu'elle fait tournoyer sous nos mentons, nous marchons quelques kilometres avant d'installer le bivouac.

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    Le lendemain nous attend une bonne journee de marche, l'objectif etant d'atteindre le cap Khoboi, a l'extremite nord de l'ile. L'echelle aleatoire de notre carte reste une grande enigme, alors nous marchons droit devant, alternant collines boisees, pluie, steppe nue, soleil, vent. Comme notre chere Bretagne: il fait beau plusieurs fois par jour. Nous gagnons bientot le sommet d'une colline quand le soleil lance ses rayons d'or sur l'ile. Certains versants noirs, du surement a un brulis volontaire, forment des contrastes fascinants. Nous sommes tout contents...Si je savais dessiner, je vous croquerai bien les quelques pistes qui s'enfuient devant nous au milieu de ces immenses collines steppiques, et puis les deux petits et miserables bipedes que nous sommes, auxquels on aurait greffe une grosse bosse pleine de sangles dans le dos! Heureux, et rinces et la faim au ventre, nous installons notre camp a quelques encablures du cap. Les nouilles chisoises sont brulantes. Quelques abricots secs semblables a ceux du Ladakh completent le diner.

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    Le lendemain, notre montre tarde a nous reveiller et c'est le glacial vent du nord qui nous accueille ce matin. Ca y est, nous sommes au cap Khoboi, la "mer" Baikal s'etendant a perte de vue sous un soleil blanc, ca pince!

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    Soules par le vent, nous reprenons notre perigrination en piquant vers l'est. Une troupeau de vaches et un village de pecheurs plus loin, nous tombons nez a museau avec une horde de chevaux plutot sauvages. Instant magique! Nature vierge. Juste le bruit du vent.

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    Face au soleil, nous marchons 5 ou 6 heures avant de nous poser dans une pinede, a 10m au dessus du lac. Un bon feu nous rechauffe, surtout Armelle qui a tenu a se laver dans le Baikal...ah les filles!  Je m'en dispense volontiers, et prefere installer notre tente! Soiree autour du feu...Reveil autour du feu. Deux chasseurs Bouriates en reperage viennent discuter un peu avec nous, echanger quelques sourires et c'est parti! Nous reperons plus tard, au sein d'un village plus ou moins abandonne, la Jeep de ces chasseurs matinaux et, a la recherche d'eau, tapons au premier baraquement. Cinq chasseurs de 26 a 72 ans nous accueillent autour d'un poele chauffe a blanc. The, quelques gateaux, on fait le plein de chaleur. Quelques peaux pendent au plafond, quelques filets et fusils poses contre les murs...ambiance! Nous passerons le reste de la journee a courir, pousses dans le dos par un vent superpuissant. Nous enfilons les kilometres, la foulee longue.

    Arrivee a Kujhir en milieu d'apres midi, la "Perle de Siberie" est un vrai champ de bataille sous les bourrasques de vent. L'eau fume, moutonne, chaque vague assene des coups terribles a la plage. C'est evidemment ce soir que nous avons choisi de nous preparer un "banya" (sauna russe), dans une petite baraque posee sur le plage, que nous avions reperee a l'aller. Soiree memorable avec 6 autres comperes de tous pays, a alterner transpiration (et seul moyen pour moi de me laver) et aller-retours dans le lac en furie! Et c'est aussi ce soir la que nous avons choisi de dormir encore une fois sous la tente! Avec le vent, notre tente s'est remplie de sable (vive les aerations), et nous passons la nuit a faire contrepoids pour ne pas nous envoler...Nous eviterons ainsi la condensation...

    Le lendemain, nous reussissons a trouver un toit pour trois fois rien. C'est quand meme bien agreable de pouvoir dormir au chaud, meme sans douche. Nous passons les deux jours suivants a "errer" dans le village de Koujhir, a s'impregner de l'ambiance, tenter de decrocher quelques sourires! Nous resterons fascines par l'activite du port, en ruine et completement rouille, ressemblant plus a un cimetiere pour bateaux de peche qu'autrechose. Pourtant, quelques hommes s'affairent a faire fonctionner les moteurs de leurs quelques embarcations, et c'est un plaisir de les observer.

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    Puis, plus tard, c'est avec deux Ouzbecs que nous sympathisons, sur la plage au soleil. C'est dimanche, et avec nos quelques mots russes et surtout beaucoup de gestes et de dessins dans le sable, nous finissons par comprendre qu'ils sont tres heureux de pouvoir passer un bon apres-midi avec des amis plutot que de trop boire...Le plaisir est partage, meme si Michal rentrera au village bien imbibe!

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    Enfin, nous terminons ce fabuleux sejour au Baikal a jouer avec le soleil...Quelle grace, quelle classe!

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    Bons baisers de Russie!

    Vidian