10 août 2009
Bienvenue!
Bonjour et bienvenue à tous sur le blog Instinct Nomade!!
A 22 et 24 ans, études en poches, nous avons épaulés nos sacs à dos et
enfilés nos godillos pour se frotter aux reliefs de notre continent et répondre à chaque sourire de ses habitants.
En août 2007, nous sommes donc partis réaliser une longue boucle en stop, en
transport en commun et à pied, de la France à la Mongolie, de la Russie
au Népal, de l'Himalaya indien à l'Iran, du Pakistan à la la Turquie.
Pourquoi ne pas avoir pris l'avion? Simplement pour ressentir
pleinement les distances parcourues et les différentes mutations culturelles tout au long de
ce grand périple sur le continent eurasiatique.
Notre objectif était simple: rencontrer et vivre avec les nomades
mongols et himalayens, au coeur de l'hiver, de partager leur vie rude
en participant aux tâches quotidiennes, et de découvrir leurs méthodes locales pour lutter contre le froid.
Une grande marche de plus de 700km en Mongolie, en autonomie totale et
en hiver, avec notre cheval Fiston, une expédition sur le fleuve gelé
du Zanskar et un hivernage complet au Ladakh nous ont permis de percer certains
mystères de l'univers du froid extrême qui nous fascine, de tester du
matériel local contre le froid, mais surtout d'échanger et de partager
avec ces peuples semi-nomades qui nous envoûtent, et de vivre des
moments forts et authentiques.
Tous les articles que vous lirez sur ce blog ont été écrits sur le vif, dans nos carnets de voyage, et retranscrits souvent 1 à 2 semaines après les événements, après avoir déniché un ordinateur avec un accès internet. Ils témoignent, à chaud, de notre état d'esprit du moment, de notre moral et de notre soif de découverte. N'oubliez pas de jeter un œil sur les albums photos et sur les petites vidéos qui les accompagnent!
Veuillez nous excuser pour les accents qui manquent parfois (et qui n'existent pas partout autour du monde), pour les fautes de frappes (causées souvent par des séances d'écritures avec des gants!) ou de syntaxes (dû aux mélanges des langues que nous avons pu utiliser).
Enfoncez bien votre bonnet, mettez vos moufles et avaler un grand bol de thé (salé?), et BONNE LECTURE !
NB: Et n'hésitez pas à nous donner vos impressions en nous écrivant un petit commentaire, commentaires nombreux qui furent, à chaque nouvel article, une vraie joie pour nous pendant le voyage!
29 octobre 2008
Un voyage sans retour???
Partir en voyage. Puis revenir, ou en
revenir. On pense souvent à une grosse tablée de copains, en parlant des
dernières nouvelles de France et des anecdotes de voyage. Après des mois de
pérégrination, de rencontres fabuleuses, de moments de galères, de paysages
hallucinants… Le retour, c’est comment ? Pas toujours évident…Impressions.
Un mot d'excuse pour ce retard énorme.
Nous vous avions promis un article final, pour clôturer ce blog, qui a été un
lien fort avec vous pendant ce voyage. Qu'il a été dur à enfanter cet article!
Vidian s'est laissé du temps, et un peu de recul pour regarder plus
attentivement tous les messages griffonnés sur le mur immense que représente
notre voyage. Il a laissé ses pensées éclabousser son ordinateur, puis à
ramasser petit à petit ces idées pour vous écrire ce dernier post d'Instinct
Nomade. En espérant qu'il vous plaira...bonne lecture!
ATTENTION! De nouvelles vidéos sont en ligne!
Lyon, le point de départ de notre retour
On en était resté là. Le moral au top.
Comme dans un rêve, le programme se gère de minutes en minutes, parfois sans
cohérence. En mai, fait ce qu’il te plait. C’est parfait ! Nous n’allons
pas vous détailler toutes nos retrouvailles, sachez simplement qu’elles furent
de purs moments de bonheur !! Revenir sublime même notre pays. Les lieux
connus se laissent découvrir sous un nouveau regard. Dieu que la France est
belle! En stop, en voiture, en bus ou en train, on explore alors un nouvel
espace. Armelle s’étonne de la régularité de la route, sa propreté, sa qualité,
le respect de ses règles. Les paysages sont superbes. Les improbables
rencontres géniales. Le voyage continue, en réalité. Ce moment est important.
Il joue le rôle de transition, entre les instants très forts du voyage et le
retour à la vie quotidienne. Ah oui, nous recevons aussi nos paquets, envoyé depuis l'Inde ou la Turquie. Rien de voler, un grand succès!!
Mais voilà que l’on commence à savoir que
l’on est rentré, et nos partenaires (financiers) aussi !
Instinct Nomade à la Mairie de Paris.
Juin 2008. Un verre de champagne à la
main, notre stand fièrement décoré derrière nous, nous « tchatchons »
avec d’autres voyageurs. Nous sommes dans le cadre somptueux des salons de la
mairie de Paris pour la remise des bourses Paris Jeunes Aventure (PJA)
2008-2009. Ambiance champagne et petits fours. Des rappeurs dansent sur une
scène. Nous sommes invités comme les « anciens ». Pourtant, nos
souvenirs de notre périple sont bien frais (c’est peu dire !). Une goncha
ladakhi, une coiffe en fourrure de Mongolie, un drapeau à prières tibétains et
quelques photographies s'accrochent à notre espace, sans oublier la carte du monde
et notre trajet. Une belle boucle. Les « nouveaux » viennent nous
poser mille questions, et cela nous rappelle facilement notre mélange de joie
et d’excitation de l’an passé, dans ce même lieu.
C’est génial. Des stands d'anciens lauréats sont magnifiques. Surtout celui d'une jeune photographe, dont le projet s'était concentré sur une ethnie oubliée d'Afrique. Des images en noir et blanc, belles et pures, chargées d'émotions. Un nouveau lauréat présente aussi son idée de troupe de montage vidéo, à destination des enfants, le tout se trimballant en France durant l'été dans un vieux bus jaune...une idée rigolote, des Bretons marrants!
Dualité de nos réactions.
Au cours de l’été, certaines distorsions
apparaissent entre nous. Dans la manière d’appréhender le retour et le
quotidien, mais aussi à travers nos pensées vers le futur.
Armelle, toujours ancrée dans le réel, contrairement à Vidian, souvent dans ses rêves, tient à chercher du boulot rapidement. « J’ai fait des études d’ingénieur en bâtiment, je vais donc chercher dans ce domaine ». Mais le voyage lui a appris que le contact avec les gens la passionne. Qu’être noyée dans la masse d’un groupe puissant en bâtiment ne la tente pas du tout. Qu’elle aime l’indépendance, et un cadre de travail simple et sympa. Elle dépose délicatement son CV sur le net, et choisit avec soin les entretiens qu'on lui propose rapidement.


Le voyage n’a fait que renforcer les orientations de Vidian, qui cherche à dégotter un boulot-passion. Oui, mais ce n’est pas facile, car il aimerait autant être ébéniste qu’écrivain-voyageur, couvreur que chef de projet au sein d’un parc naturel régional, créer des séminaires d’entreprise que partir comme guide en Finlande retrouver les chiens… Au fait, il n’a pas fait des études en aménagement du territoire ? Si, si, vous avez raison. Alors il prend son temps pour réfléchir, ce que ne peut pas tout à fait comprendre Armelle, qui passe déjà des entretiens d’embauche.
Pendant cette
période estivale, Vidian manque malheureusement un peu à son devoir de mari,
celui d'apporter un peu de sécurité à son couple, en trouvant un boulot par
exemple. Ou en rassurant sa belle par des propos réconfortant. Mais il ne le
réalise pas encore, et finalement a un peu peur de l'avenir. Il répète ainsi sa
phrase fétiche: « on verra », ce qui a le don d'énerver Armelle, avec
qui les différences de point de vue se révèlent conflictuelles. Certaines fêtes
avec les copains ne se termineront pas toujours dans un grand sourire, et les
vapeurs lourdes de l'alcool aidant parfois, on arrivera même à se fâcher. Mais
quand ils se brouillent ces deux là, il n'y a jamais un mot plus haut que
l'autre. La raison est simple, ils ne se parlent alors quasiment plus!! Nous
alternons alors les moments de joie intense et les prises de becs silencieuses,
finalement pas bien graves !
Raconter son voyage
Certaines retrouvailles tournent un peu plus court. On
pourrait écrire sur l’art des gens à poser des questions désespérantes! En
effet, un phénomène étrange peut survenir lorsque l’on raconte ses péripéties.
Pour schématiser, classons les gens en deux catégories.
Ceux qui s’intéressent vraiment au voyage.
Et ceux à la recherche d’exotisme, qui se doivent de poser des questions et qui
veulent entendre les réponses qu’ils souhaitent, sans trop les bousculer. Ces derniers
se cachent aussi bien dans la famille que dans les amis ou les collègues.
Tellement heureux de revoir les « aventuriers », et se sentant bête à
parler de leur quotidien, ils posent toutes sortes de questions prévisibles. Et
chacun y va de son « c’était bien ? », « tu dois être mieux ici,
non ? », « est-ce que tu as eu peur? », « la pauvreté
ne t’a pas trop choqué ? »…Mais le pire reste à venir. Voilà le tour
des « préférés ». Même en tant que voyageur, il est dur de s’y
soustraire. Qu’il s’agisse des pays, des souvenirs, des paysages, des gens, il
faut toujours extraire de sa mémoire le superlatif. « C’était quoi la
chose la plus horrible que tu aie mangée ? ». La mission est bien sûr
impossible. Et comment ne pas se lasser très vite de ces questions, auxquelles
on finit par répondre machinalement? Et puis vient le moment critique où le tri
des souvenirs se calque sur toutes ces réponses pré mâchées.
Ceux qui ont bien cerné notre état
d‘esprit, on les compte souvent sur les doigts d’une main. Ou des deux. Pas
plus. Par les lettres, le blog ou le téléphone, ils ont suivi pas à pas
l’aventure. Ceux-là aiguisent les souvenirs. Ils posent des questions-joyaux,
des interrogations brillantes, et font brûler à nouveau la passion du voyage.
Sans trop en faire, ils évoquent une photo qui les a marqués, demandent des
nouvelles des rencontres au fil de la route, ou combien de clous ont crevés les
roue du vieux camion Tata entre Katmandu et Varanasi...
Et puis surtout, comme
si on ne s’était jamais quittés, on reprend les discutions interrompues lors du
départ. Ils parlent de la vie, de leur vie. Et cela pousse à atterrir, à les
questionner sur leurs choix professionnels, sur leur dernière virée ou leur
prochain godet entre potes. Les synapses se reconnectent, on se sent mieux.
Se réadapter au quotidien
Fini les interrogations sur le voyage,
place aux soucis de notre bas-monde : retraite, travail, sécurité sociale,
cotisation, assurance maladie, impôts…Certains semblent inquiets quant à notre
réadaptation à la société occidentale. Aucune raison de paniquer! Pendant des
mois, notre mode de vie s’est calqué sur celui des pays traversés, pourquoi ne
pas réussir à nouveau ? Le décalage de mode de vie est provoqué par un
changement brusque, un catapultage rapide, dû à l’avion, par exemple.
L’avantage que nous avons eu a été notre lenteur. Un luxe. Nous avons voyagé au
rythme des gens, par des modes de transports terrestres. Nous n’avons pas subit
de choc de civilisation, mais avons suivi les mutations culturelles et linguistiques.
Depuis l’Inde, en traversant le Pakistan, on quitte la foule agglutinante. En
Iran, on redécouvre les routes. La Turquie nous informe des dernières tendances
de la mode. L’euro arrive avec la Grèce. L’Italie sonne le retour à la
gastronomie. Et la France est là! Se reconnecter au quotidien du monde réel
n’est pas la difficulté d’un retour de voyage.
Le défi qui nous attend est tout autre.
Après tant de découvertes et de rencontres, comment ne pas changer? C’est
indéniable, un long voyage, ça chamboule ! L’aventure fait évoluer notre
façon de penser. La route nous donne des clés pour changer de mode de vie. Que
faire lorsque l’on revient à notre existence pré-voyage? Mettre toutes ces
idées de côté et rentrer à nouveau dans le moule? Une question de facilité,
mais pourtant, les cheminements personnels ressentis en voyage
« titillent » l’esprit. Pourquoi ne pas agrandir un peu ce
« moule », en prenant soin de ne pas se déconnecter du monde réel?
Vivre sa passion ou vivre de sa passion. Certains vont se poser la question.
Quelle orientation donner à la vie? Reprendre le même travail, ou changer de
voie, puisqu’on se rend compte en voyageant que finalement, beaucoup de choses
sont possibles. Cette étape de questionnement va transporter les uns vers des réflexes
que d’autres ne vont pas comprendre. Ceux qui vont vouloir se « mettre en
danger » en gagnant moins, en prenant plus de temps pour eux et pour les
autres par exemple, vont susciter l’incompréhension, et seront souvent jugé
comme des fainéants. Le défi est alors de trouver un équilibre entre ceux qui
comprennent cette nouvelle logique et ceux qui la rejettent, pour l‘instant. Il
s’agit de la même recherche de connivence et de lien fort entre deux compagnons
de voyage, ou au sein d’un couple, dont les protagonistes ont réagit
différemment au retour. Il faut parfois laisser du temps pour regarder à
nouveau dans la même direction, vers un nouveau projet.
Valoriser notre voyage au long cours
Une règle simple guide nos recherches: ce sera Grenoble ou Lyon!
Comme une idée fixe, ce choix géographique nous a pris un jour, sans prévenir. Être proche des montagnes et de la Drôme. Armelle passe ses entretiens avec verve.
Elle enchaîne les RDV et tire toujours son épingle du jeu. C'est une
championne! Souvent, la question du voyage revient. Une entrevue avec un recruteur tournera
d'ailleurs pendant plus d'une demi-heure autour de notre projet Instinct
Nomade! C'est un « plus » dans son CV, un élément qu'il lui est
facile à mettre en avant. Les DRH apprécient cette ouverture d'esprit, ce goût
de l'aventure et de la débrouillardise, ce courage de partir aussi. Un d'entre
eux ira même jusqu'à dire qu'il aurait rêvé de faire ça lui aussi! Voilà, on y
est. Il faut faire rêver les gens, leur montrer que nous sommes allés jusqu'au
bout de notre rêve. Mais que notre but est aujourd'hui de s'installer, une
façon d'écarter ainsi la question qui trotte dans leurs têtes: « Alors
vous allez repartir, non?! ». Un risque pour eux. Armelle écarte vite le
secteur de l'immobilier, dans lequel elle ne se sent pas bien, et finit par
dire « oui » à une petite boite qui s’avèrera bien sympathique! Elle
arrive même à leur dire qu'en fonction de ses engagements précédents, elle ne
pourra commencer qu'en septembre! Le deal est accepté!
Armelle nous assure donc des revenus pour
la rentrée 2008, à Lyon, ce qui la réconforte. Vidian suspend ses maigres
recherches de job, et se concentre sur les rapports et autres pièces à fournir
au retour pour nos chers partenaires financiers. On dilapide nos deniers restant dans un voyage en Italie avec les potos, pour un mariage toscan, et on
débarque le 1er septembre 2008 à Lyon, ancienne capitale de la soie et haut
lieu de la tripaille, entre Rhône et Saône.
Armelle bosse et s'applique à devenir très
vite autonome en tant que chef de projet en réaménagement de bureau. On appelle
ça de la maitrise d'œuvre, mais aussi de l'assistance à maitrise d'ouvrage. La
boite est jeune, la moyenne d'âge ne s'élevant pas au dessus de 27 ans...
Vidi termine les rapports de fin de voyage
et intervient dans quelques antennes jeunes à Paris (MJC). A travers une petite
exposition photos et en discutant avec les jeunes, il leur montre qu'il est
possible d'aller au bout de ses rêves, et qu'un projet bien construit peu
aboutir sur une belle expérience.
Avec Armelle, ils présenteront aussi leur
voyage dans des écoles primaires. Et là, nous réalisons à quel point les
enfants enregistrent ce qu'ils entendent et/ou regardent à la télé. Les enfants
de la classe de la petite sœur d'Armelle, Marguerite, qui ont étudié un peu la
Mongolie, nous scotchent par leurs connaissances sur le pays, le nom des fêtes
nationales, les us et coutumes...
Un beau chantier
Nous débarquons la veille de la rentrée
des classes d'Armelle. La famille nous loge. Un grand Merci à Olivier et Paule
pour leur gentillesse. Le cousin Clem et Vidian se soutiennent mutuellement
dans leur recherche de job. Trouver un appartement est la priorité. En trois
jours, l'affaire est pliée. Vidian a tout bonnement pris le premier! Mais non
content de payer un loyer peu cher, il a négocié avec le propriétaire de faire
quelques travaux sur les murs en échange de mois de loyer. C'est ainsi qu'un
beau chantier se lance, sous les conseils des artistes Isabelle et Paule, et
grâce à l'aide de tout ceux qui viendront donner un coup de pinceau.
Le 18 septembre, nous emménageons dans notre bel appartement, qui est tout de même plus grand que notre tente de voyage, et où la condensation est moindre!! Ce sera l'occasion pour nous d'un p'tit diner tranquille sur ce qui nous servira de table au début...la table à repasser!!
Alors
qu'Armelle travaille consciencieusement, Vidian fait l'homme de maison, cuisinant
pour sa petite femme, faisant les courses, le ménage, les derniers
aménagements. Ceux de l'ancienne génération lui demanderont souvent si Armelle
fait bien la cuisine, si ce n'est pas trop fatiguant pour elle de s'occuper de
la maison et de travailler... Ce à quoi Vidian répondra en bouffant de rire que
c'est lui l'homme de maison et qu'ils ont décidé avec Armelle de vivre ainsi,
et que c'est lui qui élèvera les enfants! « Mais non, je vais trouver un
vrai travail, et j'enverrai trimer Armelle derrière les fourneaux à charbon, et
faire les poussières dans toute la maison!! ». Cette confrontation des
différents modes de vie nous a beaucoup fait rire.
Perdre les bonnes habitudes ?
Posé sur la selle en cuir de son solex,
cheveux au vent et poignée en coin, Vidi file au rythme d’une vache au galop.
Une côte lui rappelle qu’il faut se servir des jambes sur un vélo-moteur. Il
tire, il pousse, le moteur ralenti mais se maintient au plus bas. Au col, il
laisse échapper un cri en forme de « Kiki Soso Largyalo », comme au
Ladakh, pour remercier les dieux. Il n'est pourtant pas à 5200m mais en haut
d’une colline bretonne. Les bras en l’air, le souffle court, il ne ressemble à
rien le pauvre Vidi. Même la vache qui le regarde en mâchouillant semble avoir
la lueur d’intelligence qui lui fait défaut à ce moment-là. Après un long
voyage, il faut parfois tourner la page, et perdre certaines habitudes.
Et les amis rencontrés en voyage?
La technologie est parfois merveilleuse.
Vidian, assis dans un bar une bière à la main, vient de recevoir un mail de
Sonam, une des filles de notre chère famille du Ladakh. Il dit oui à une
nouvelle bière et fait fi de son alerte SNCF. Elle doit être assise dans un cyber-café de Delhi, un tchaï posé sur la
table. Tout proches, et pourtant, des milliers de kilomètres nous séparent.
Cette jeune fille de l’Himalaya passe en année supérieure de médecine !
Garder le contact avec les gens rencontrés est une façon de prolonger le
voyage. Mais aussi une promesse qui se transforme en challenge. Il existe des
moments de partage éphémère mais intense avec des locaux, mais en les quittant,
nous sachions que la page était tournée, pour eux comme pour nous. Au cours du
voyage, nous avons par contre fait l’effort d’envoyer les photos à ceux à qui nous
l’avions promit. On se pose souvent la question après un échange plus long.
« Vais-je un jour les revoir ? ». Certaines personnes sont
inoubliables. Et comme un pressentiment profond, on sera amené à les revoir un
jour, dans 6 mois, 2 ans ou 10. Et lorsque cette deuxième rencontre intervient,
c’est encore plus intense. En attendant, les nouvelles courent sur la toile. Et
la poste fait le reste, avec toute la poésie de l’écriture à la main. Une
lettre vient d’arriver d’une vallée « oubliée » de l’Himalaya, la
Nubra. Les timbres sont barbouillés d’encre. Paldon, professeur de géographie,
nous donne de ses nouvelles dans un anglais approximatif. Nous nous sommes
revus à chaque voyage en terre Ladakhie. Une amitié s’est créée, très forte.
Et les photos alors? Notre vie de
festivalier!
Après plusieurs mois de réflexion vient
l’idée de trier ses photos et d’en garder l’essentiel. Exercice ô combien
difficile! Chaque image renvoie à un souvenir précis, une odeur, un son…Et l’on
sombre à nouveau dans le vague, les yeux au bord du vide.
C'est alors que le festival de montagne de
Fontaine, une petite ville près de Grenoble, nous met le grappin dessus! Nous
acceptons volontiers de présenter un diaporama de photos de 30 minutes environ,
le tout en musique. Commence alors la ronde des images, la torture de la
sélection, le choix de la musique. Et nous voilà en compétition avec deux
autres projets de voyage, l'un au Kirghizstan, l'autre au Kamchatka. La salle
en amphithéâtre rassemble près de 300 spectateurs, et l'on se demande alors si
notre diaporama réalisé avec Imovie un petit logiciel de base sur Mac, ne va pas
paraître ridicule! Le stress commence à monter lorsque les lumières
s'éteignent. Entre chaque projection, quelques questions sont posées aux
protagonistes du film. C'est avec la voix chevrotante et éblouie par la lumière
blanche des spots que nous répondons comme nous pouvons aux questions, sans
langue de bois et surtout sans se prendre la tête. « Oui, nous avons fait
ce voyage pour nous, sans aucun but humanitaire ni écologique, juste pour la
recherche de l'aventure et de nouvelles rencontres. Oui, on en a bavé parfois.
Non, nous n'avions pas de caméra. Et non, dans notre diaporama, nous avons
préféré mettre davantage de musique moderne que de chants tibétains » (le
présentateur avait aussi des questions inintéressantes)! Le jury trié au hasard
dans le public arrive alors en scène et déclare le gagnant du festival:
Instinct Nomade. Avec une boule au fond de l'estomac, mais un sourire à se
décrocher les oreilles, on débarque sur la scène où l'on nous remet un beau
chèque à dépenser dans un magasin de montagne, EXPE. Wouah!
2h du matin, Vidian se bat avec le
logiciel de montage Adobe Première (version anglaise!) pour créer quelques
effets dans la succession des images que l'on prépare pour le festival
d'Autrans. Pour les bourses Expé, nous devons construire un diaporama de 9
minutes qui sera présenté lors de la soirée des « Bobines de
l'extrême ». A la clé, près de 2000€ de bons d'achats chez Expé. 4H du
matin, Vidi commence à régler le son, à gérer les transitions, le niveau
sonore... Nous serons 8 équipes en lice pour ce festival international du film
de montagne. Mais nous concourrons dans le festival Off, celui que personne ne
regarde (ou presque). Nous, on est tellement heureux d'aller à cet événement,
et puis on fait ça pour nous, pour être fier de présenter quelque chose de
beau. 6H45, Le réveil sonne. Armelle passe la tête au dessus de la balustrade
de la mezzanine et aperçoit Vidian, le casque sur la tête, dodelinant, la tasse
de thé fumante, qui termine les derniers réglages. Il traine des valises sous
les yeux, mais il sourit, il a l'air content de son coup. Un générique de
début, un remerciement final et notre petit montage est prêt. Au terme d'une
soirée où les films furent très différents, passant de la spéléologie à
l'alpinisme, en passant par la marche à pied, le jury, tiré au sort dans le
public, nous élit les (très) heureux gagnants!! Notre bande-son punchy et la
qualité des photos ont semble-t-il fait penché largement la balance de notre
côté. A la sortie de la projection, on nous regarde attentivement en nous
disant bravo! On se sent tout timide. Touché par « l'émotion qui se dégage
des photos » (ah bon?!), un illustrateur viendra même nous offrir un de
ses bookins! Nous profitons d'être logé sur place pour se régaler des projections
de film de montagne, et pour observer ce petit monde de l'aventure et des pics
enneigés qui gravitent autour des salles de projection. Dans les couloirs, et
surtout devant le stand de dégustation
de « Chartreuse », ça discute de voyages, de projets de tournage, d'articles
et de reportages... Fascinant!
La vie à Lyon
Armelle se
sent de mieux en mieux dans sa petite agence, et Vidian cherche dans
différentes directions: urbanisme, organisation de séminaire et espace naturel.
Le premier secteur ne le passionne guère, le second est un peu restreint par la crise, et le dernier est trusté par des copinages
douteux. Alors il réactive son réseau et anime quelques séminaires pour son
ancienne boite basée en Camargue (Group Magellan), tout en rédigeant divers
articles sur le voyage, notamment pour Trek Magazine. Il finit par répondre à
une mission de Group Magellan, en créant sa propre boite! Et le voilà entrepreneur, fier de gérer son temps et de gagner sa vie. Il développe aujourd'hui sa structure selon trois axes que sont l'événementiel, la logistique et la communication, et enchaine les RDV commerciaux. Allez donc jeter un oeil sur www.aveho.fr.
Mais le plus
important, c'est notre capacité à nous évader chaque we. Nous nous mettons
rapidement au ski de randonnée. Le principe est simple. Prenez des skis de
piste plus léger et des fixations particulières, collez une peau de phoque
pêchée dans le Rhône et grimpez en haut de la montagne. La suite est belle.
Retirez avec grâce la peau et glissez dans la puff, pour curver comme un ouf en
passant des backflips de guedin en attéro arrière on the nose! Bon, pour les
néophytes comme nous, et surtout pour Vidian qui n'avait jamais fait de ski
(seulement du snowboard), les premières descentes ont été laborieuses. Mais
quel pied d'être quasiment seul en montagne, et libre de faire sa trace!!
jhkj
Nous passons du temps dans le Vercors, dans de petites stations pour se perfectionner et pour donner un coup de main à Julien le musher des landes, notre pote conducteur de chien de traineaux installé à Autrans pour la saison. Un territoire sauvage et magnifique pour le traineaux! Sa caravane nous servira de pied à terre de luxe en pleine montagne. Merci garçon!!
fgg
L'appart'
devient vite un lieu de passage pour tous les amis, de France et de Navarre. On
accueille ceux qui cherchent du boulot dans la région, les Espagnols ou Hongrois
venus en we découvrir la ville et la montagne, ceux qui partent bosser pour une
mission dans le sud, et tous ceux qui savent que l'apéro est offert lorsque
l'on frappe à la porte!! Notre voisine surnomme même notre appartement
« l'auberge espagnole »!
Nous gardons en fait les yeux ouverts, pour les paysages et les
rencontres improbables, tentons de briser dès que possible la routine qui
s'installe, prenons des risques pour brusquer notre vie, prenons le parti de
vivre au grand air dès que possible, en nous échappant en montagne, prenons
plaisir à connaître mieux les petits commerçants du coin, et en nous laissant envouter
par le charme du quartier, où tout les vieux d'Afrique du Nord viennent taper
la discute un thé à la main sur la place Gabriel Péri, nostalgie de la vie au bled...
Ce que le
voyage nous a appris
Instinct Nomade a aiguisé notre capacité à nous adapter. Dans le cadre professionnel, où l'on est confronté à des éléments inconnus, nous arrivons à mieux rebondir, à garder suffisamment de recul pour s'auto-évaluer et ne pas se monter le bourricot pour rien. Nous rencontrons des gens bien différents, autant au boulot que dans la sphère privée de notre vie quotidienne et nous prenons plaisir à se sentir proche de tout le monde. Notre métier ne doit pas être qu'une contrainte, mais un lieu où l'on continue d'apprendre, où l'on peut grandir ou faire grandir une qualité. Et il n'est pas toujours facile de garder ce regard!
Le voyage, de
par les rencontres étonnantes et les parcours de vie de ces personnes, nous a
appris que rien n'est vraiment impossible dans la vie. Il nous semble important
de regarder autour de soi et saisir des opportunités en restant fidèle à ses
valeurs.
Notre périple
nous a fait comprendre à quel point les relations humaines sont primordiales,
et qu'il faut prendre du temps pour les amis, la famille, pour soi aussi. Il
n'est pas toujours facile de respecter ce type d'engagement, mais lorsqu'un
stress arrive, nous prenons sur nous en disant « stop »! On se cale alors dans un fauteuil, un potos au bout du fil...
Et puis ce
grand périple nous a permis de mieux nous connaître et d’apprendre à toujours
plus nous aimer, même dans les difficultés. Nous nous sommes tenus la main
pendant des milliers de kilomètres et avons traversé bien des épreuves, nous ne
pouvons en ressortir que plus fort, et plus confiant dans la vie. Aujourd’hui,
nous brisons la routine dès que possible par de petits gestes, et sans télé ni
tabou, nous vivons notre petit bout de vie, d’amour et d’eau fraîche (ou
gelée !) avec simplicité. C'est pas "cul-cul", c'est juste de l'heureusitude!
L’aventure
« bloguesque » d’Instinct Nomade se termine ici, avec vous. Nous vous
remercions encore du fond du cœur pour tous vos commentaires et impressions que
vous nous avez témoigné, et que nous
attendions avec tant d’impatience au fond de notre cyber café du bout du monde.
Un grand merci à tous ceux qui nous ont soutenus dans cette belle aventure, et
à tous les inconnus qui nous ont écrit, de France et de Navarre.
La vie continue maintenant, alors haut les cœurs !

Special thanks to our friend Valdas, from Lithuania
25 mai 2008
Home sweet home
Ouh la la (comme disent les Français...), nous revenons enfin à la langue de Molière, quel changement !! Nous nous réhabituons doucement aux accents si poétiques de notre langue natale. Nous voici à nouveau, après près de neuf mois de pérégrination, sur le plancher des vaches, dans nos contrées françaises. Neuf mois, p..tain’con comme dirait un gascon, un bail quoi ! Des photos plein les poches, des souvenirs plein la tête, des étoiles plein les yeux, des kilomètres plein les jambes…Et du BONHEUR, oui, plein de Bonheur, à en revendre même. On brade tout.
Mais au fait, depuis les îles des Cyclades, où avez-vous traîné vos guêtres les enfants ?? Suivez-nous sur le chemin de la maison…

Syros, une rencontre étonnante. Un élément particulier nous avait fait réaliser notre entrée en Europe. Un son tout bête. Celui de la cloche des églises...exit les chants du muezzin!
La petite plage de Galissas, au Nord de Syros, est tranquille. Le bruit des pions du tavlia (=baggamon) rayés par le sable rythme le temps. La voix d’une Anglaise en maillot, discutant avec sa copine, résonne dans l’air. Deux beaux gosses musclés courent dans l’eau et bombent le torse. Cherchons un téléphone pour l’émission « Allo la Planète » sur France Inter, et tombons miraculeusement sur un petit bout de femme tout sourire. Une Belge une fois ! Son Léon de mari est tout aussi fringant. Des passionnés de désert, et de liberté. Plus de vingt traversées du Sahara en solitaire en 4X4, sans connaître la mécanique, des bouts de vie avec des chameliers, l’apprentissage de l’orientation en fonction des vents de sable et des signes, des galères pas possibles, forcément. Et puis cette longue dérive en voiture à travers le Moyen-Orient, le passage en Afghanistan juste avant l’arrivée des troupes soviétiques, et leur arrêt au Ladakh, en 1978, subjugués par la beauté de ces vallées perdues et alors inexplorées. Nous écoutons le cœur plein d’émotion, entendant parler des routes du Balochistan que nous avons nous-meme foulées et qui nous ont tant marquées. Nous nous sentons témoins de l'histoire, comme eux il y a 30 ans, dans ces régions ou tout change si vite. Il faut dire qu’ils ont l’art de raconter des histoires. Ancien professeur de grec et latin, langues et civilisations, des orateurs nos Belges !
Ils pousseront leur gentillesse en nous prêtant leur portable grec sur lequel Eric Langes de France Inter joindra Vidian, pendant qu'Armelle dort sur la plage. Il est tard dans la nuit, la vue sur la baie est superbe. Le lendemain, le petit-déjeuner en leur compagnie restera dans les annales, tant par la richesse des discussions que par la variété des victuailles !! Merci les amis!
Assis sur les marches de la colline d’Ano Syros, nous contemplons. Un billet de 5 euros tombe à nos pieds. ??!! « T’inquiète, dit Armelle, c’est le ciel qui nous rend la commission d’échange des travellers cheques de la banque » Suffit de demander…
Vous allez voir comme il est sympa, Mario. Et il connait tout le monde dans le quartier. Et il parle français, car il a étudié au séminaire des pères Lazaristes à Istanbul, quand il était jeune. Alors, quand il nous entend remonter sa petite rue traditionnelle, il nous aborde mine de rien ("Qu'est-ce qu'on racontait à ce moment-là? J'espère qu'il n'a pas compris des bêtises..."). Alors, il nous emmène d'abord sur son toit pour nous entendre nous extasier sur la vue, et sourire secrètement a la vue des gigantesques culottes de sa femme qui sèchent sur fond de mer azur.
Puis, fervent catholique (en voie de disparition sur cette île), il nous emmène dans "sa" cathédrale. Il est costaud, Mario, car malgré ses 74 ans, il grimpe les ruelles escarpées avec la souplesse d'un écureuil (ou presque). Nous ne comprenons pas toujours ce qu'il nous raconte, à cause de son fort accent. Mais ce qui est sûr, c'est qu'il est passionné, et veut nous transmettre des messages d'espoir. Alors, nous hochons la tête, et le dévorons des yeux.
Après un sandwich vite englouti et une dernière partie de tavlia, nous embarquons. Monique et Léon sont venus nous dire au revoir. Sympa. Le navire lève l’ancre. Fouettés par le vent, nous posons alternativement nos yeux sur le panorama et les gens qui nous entourent. Un néerlandais joue de la guitare sèche, bientôt relayé par un hispanique et son harmonica chromatique, et le bruit des bières qui s’entrechoquent derrière nous. Un homme étonnant arrive. Des sourcils dignes de ceux de l’ancien proviseur de Vidian, c’est-à-dire immense, et un nez « à la Cyrano ». Une allure britannique, non, Ecossais, oui Ecossais plutôt. Nous le voyons déjà en kilt. Près de la rambarde, son nez fend la bise quand il hume la brise. Ses longs sourcils chatouillés par le vent semblent vouloir imiter le lent mouvement de la houle. Il est le roi du monde.
Athènes, en vitesse. Une bouteille lancée à la mer il y a moins de 24h s’est accrochée dans la toile du net et nous est revenue avec une bonne nouvelle : nous sommes attendus à Athènes. Merci Pat! L’immense paquebot fait son créneau dans le port du Pirée. On se demande encore comment il fait pour flotter ce gros machin ! Descendre sur le quai, éviter les amarres tendues à mort, « arrête de regarder les motos Vidian ! », emprunter la passerelle au-dessus du boulevard, attraper le métro, monter les marches et sortir respirer à la surface. Une jeune femme nous accueille d’un grand sourire. Son mari lui fait écho. Des expatriations dans tous les sens, dans des coins parfois « chauds », un joli regard sur le monde, une fraîcheur extra…Nous goûtons avec eux d’excellents gyros (genre de Kebab), accompagnés d’une bonne bière et de toutes ces discussions sur la planète bleue qui font du bien.
La nuit sera réparatrice, et le petit-déjeuner totalement surréaliste. Au soleil sur la terrasse, des fraises et des kiwis dans une coupelle, de la baguette fraîche, du vrai beurre salé et de la confiture maison, des croissants même. Parlons-nous beaucoup de boustifaille en ce moment ? Oui, c’est vrai. Mais vous n’imaginez pas le bonheur de ces instants culinaires !! Nous terminerons notre halte par une petite virée dans les montagnes d’Athènes avant de prendre le train pour Patras, les sacs chargés de victuailles grecques. Merci Valérie et Richard pour cette simplicité et cette générosité...on n'a même pas eu le temps de rencontrer vos bouts de chou! Qui parait-il ont marché sur la pointe des pieds, le lendemain matin, pour ne pas nous reveiller...en essayant quand même de voir la barbe du monsieur bizarre qui dormait dans le salon...
Patras-Ancona-Bologna-Ferrara. Pas le temps de négocier avec le manager pour travailler sur le bateau et voyager gratis. Le billet est peu cher et le vendeur pas aimable. Nous devons être une vingtaine de passagers sur l’immense hôtel flottant. Personne en somme. On pose nos sacs et après un œuf au plat (on ne s’autorise que ça), on s’allonge entre les fauteuils pour dormir un peu. Dans la nuit, des tas de Français déferlent en parlant fort. A notre grande surprise, nous surprenons le lendemain matin tout ce beau monde parlant de « spéciales », de mécanique, de régulateur défectueux…Plus de 250 personnes reviennent d’un grand raid en Roumanie…en 2CV !! Et Vidian croise un de ses oncles bretons, pilote dans l’affaire. Depuis Ancona, ils partent vers Parme. Sur notre route. « Ne bougez pas, je vais vous trouver un véhicule » Vive la famille! Le débarquement des 2CV est grandiose et haut en couleur. Des badauds s’arrêtent pour observer cette drôle de voiture au "capital sympathie" incroyable.
Et voilà Armelle embarquée dans un Hummer H3 (enooorme 4X4 a l’origine construit pour l’armée américaine) et Vidian dans un camion d’assistance du Dakar (6X6) de plus de 500 chevaux. Nous filons vers Bologne, où nous déposent nos pilotes, sur une aire de parking sur l’autoroute vers Milan. Par là-bas, ce n’est plus notre route ! Vidian dégotte des Danois en voiture de location qui se sont aussi trompé de route et qui retourne aussi vers Bologne avant de monter au Nord. PAR-FAIT. Notre bonne étoile ne nous a pas lâché d’une semelle. Les gentils Scandinaves font un petit détour et nous posent à l’entrée de Ferrara, à une station essence. Le pompiste, un grand chauve, nous loue gratuitement son téléphone. Vidian appelle son cousin, en VIE à Ferrara. « Non, sérieux, vous êtes à Ferrara ??? Je sors du boulot et j’arrive en bus» C’est vrai que nous avons un jour d’avance. Un jeune peintre nous pousse un peu plus vers le centre ville. Il parle un anglais parfait et joue dans un groupe de reggae-ska. Nous sommes séduit par l’Italie. Porta Paula, dans les remparts de cette ville protégée par l’UNESCO. Nous avons le ventre vide depuis ce matin, ou nous avons fini des croûtons de pain sec. Armelle s’offre, sans le savoir, une spécialité du coin, un sandwich grillé.
Ferrara, des vacances (!). Et Thomas qui arrive, veste italienne et sacoche en peau de serpent au bout du bras. Une belle et sincère accolade. Familiale, amicale. Les premières vraies retrouvailles. Nous passerons deux jours extras, entre ballades, glaces italiennes, bonnes bouffes et longues discussions. Avec Thomas et sa douce Nicole, une charmante Italienne « super cool », nous prendrons le temps de vivre, de nous retrouver, de partager. Sous la pluie, nous chercherons en vain une pizzeria (faut dire qu’il était vers 16h30 !). Nous prendrons deux apéros incroyables dans un bistro branché et une cave à vin, avec de quoi se nourrir pour dix. Nos deux Italiens nous cuisinerons des plats succulents et nous éclaterons de rire aux histoires rocambolesques et rigolotes que racontera Nicole.
Les dernières bornes. En Italie, il n’est pas évident de faire du stop. On nous le dit. On nous le répète. Thomas trouve, dans les infractuosités du net, des billets de train très bon marché jusqu’à Turin. Va donc pour Turin ! Nous embarquons lundi matin, et poussons même le train jusqu’à la petite ville de Bussoleno. En sortant de la gare, la route s’étire vers la frontière, dans les montagnes. Nous marchons sur le bord de la route. Personne ne nous fait de signe. Mais tout le monde nous regarde. Aurions-nous un truc écrit sur le front ? Ca y est, des gouttes commencent à tomber du ciel plombé. Ça fait mal, le plomb ! Un jeune ingénieur bâtiment nous propose plutôt la route du col de Montgenevre, puisqu’il est interdit de faire du stop pour passer le tunnel du Frejus. Pourquoi pas ? C’est très joli en plus. Vidian colle son nez à la fenêtre et soupire doucement en faisant de la buée. On ne voit même pas les sommets, perdus dans la brume. Plus que 15 kilomètres avant la France. Un jeune couple pressé nous pose au dernier village avant le col, à 7 bornes de la frontière. Nous avons notre compte, il pleut franchement. Des semi-remorques passent. Les nuages aussi, déchargeant leur fardeau liquide sur nos épaules, le dos de la main et le haut de notre pouce. Bien.
Ah yes, voilà une voiture française. C’est la Renault Clio pourrie de Max, un vieux prof de foot. Max la menace. Trop de foutoir devant, nous montons à l’arrière, comme un taxi. Ça grimpe sec, ça tourne dur. Le paysage est super chouette. Il cravache sa pauvre clio le père Max. Et hop, nous voilà chez nous ! Ouah, on est au pays!!
Nous réalisons qu’une nouvelle étape est franchie, sous la pluie, en dépassant le panneau France. Il est sympa Max, il laisse le silence nous gagner et panser nos cœurs des souvenirs qui nous rattrapent. Max accélère, sa Clio laisse échapper un long rugissement de voiture de course. Il se marre, il vient d’éclater son pot d’échappement. Il est libre, Max.
Il nous pose chez lui, à Briançon, après une petite visite guidée. Il est en avance pour son cours en faite. A la prochaine Max, et merci. Armelle pose à peine son sac contre un panneau qu’un jeune s’arrête et nous propose de monter. Max est encore derrière nous. Il sourit et lève ses pouces comme un champion.
Bertrand est aussi un phénomène. Pendant son école de commerce à Lyon, il part en Alaska un an. Diplômé, il bosse pour une agence de conseil en continuant à grimper dans tous les sens. Pas pour lui, le conseil. Il part au Pérou enchaîner des sommets avec les bourses Défi Jeunes, Expe et Guilde du Raid. Tiens, tiens, c’est marrant, comme nous! Puis il rencontre sa femme quand il passe son diplôme d’accompagnateur en moyenne montagne, et décide de devenir instituteur. La vie lui offre une fille. L’an prochain, en congé annualisé, il part à l’aventure avec sa petite famille, direction l’Amerique, du Nord au Sud. Professeur, le plus beau métier du monde ? Puis plus loin le col du Lautaret nous propulse vers la vallée de la Nevache. Quelle est belle notre France ! « Je vous laisse ici, je construis des cabanes en bois miniatures avec mes élèves. Il me faut du bois. Si vous voulez dormir à la maison ce soir, il n’y a aucun problème, nous aurons plus de temps pour papotter. » Notre objectif est Lyon ce soir, mais on reviendra dans le coin. Merci!
Un couple de retraités nous attrape bientôt. Excellents nos petits vieux, ils parlent de la vie et de la société et nous demandent les solutions que nous avons pu voir pendant notre pérégrination. Ils ont construit un chalet aux Deux-Alpes avec leurs enfants. Après le nettoyage du printemps, ils rentrent à Grenoble avant de s’installer là-bas. Ils nous proposent aussi de venir dormir chez eux. Quel accueil de la part de notre pays ! Encore des rencontres authentiques, le voyage ne se terminera jamais. Notre gentil grand-père dépose sa femme chez elle et nous dépose gentiment sur la route de Lyon.
A peine déposés, une jolie femme en Laguna Nevada nous propose de monter avec elle jusqu’à Lyon. Il est 20h, c’est parfait. Encore une femme étonnante, professeur et chercheur en didactique des mathématiques. Ou comment transmettre le mieux les maths aux enfants. Le soleil se couche sous la couche de nuages noirs. La pluie n’est plus. Les couleurs sont très chouettes.
Nous entendons la voiture repartir. Sur le trottoir, nous visons la bouche de métro pour gagner le centre. Surprise, nous comprenons les passants ! L'ambiance est aseptisée, les panneaux sont en français, la musique d’ambiance aussi ("Ecoute, Vidian, les derniers tubes français!"), la voix off du métro également. Une dernière épreuve nous attend. Au pied de l’immeuble du parrain d’Armelle, nous sommes coincés. Le code a changé, nous n’avons pas de portable et pas de sous pour la cabine, qui n’existe pas. Armelle emprunte avec un sourire le portable d’un homme attablé à la terrasse d’un café (qui le garde quand même en main, option haut-parleur, au cas ou elle parte en courant avec...c'est elle, la délinquante, maintenant) et tombe sur sa famille, qui nous donne le sésame. Une dernière volée de marches, une porte grande ouverte et des sourires. Et des embrassades heureuses.
Cela fait cinq jours que nous avons jeté l’ancre en France mais il y a toujours ce formidable élan qui nous pousse à aller de l’avant, à nous mettre en mouvement. Nous ne croyons toujours pas être arrivés aux termes de notre voyage. D’ailleurs il en est autrement. Nous ne finirons jamais ce voyage. Il restera en nous pour toujours. Il vivra dans nos cœurs jusque dans les dernières bribes de souvenirs. Nos disques durs cérébrals ne sont pas prévus pour être réinscriptibles. On est décidément pas à la mode.
Nous avons tellement envie de faire vivre notre passion, de vous raconter avec des étoiles dans les yeux toutes ces anecdotes qui ont noirci nos cahiers.
Car aujourd’hui commencent de nouvelles aventures. Le tour de France d’abord, pour serrer ceux qu’on aime dans nos bras et revivre avec eux, vous, les moments forts de cette aventure. Ensuite, le montage de notre film-diaporama de 9 minutes, qui sera projeté au Festival du film de Montagne d’Autrans en Novembre 2008. Puis des idées d’articles aussi, des conférences prévues à droite à gauche…Avec la profonde envie de faire vivre cette aventure pendant encore des années. Enfin, l’installation quelque part, la recherche d’un « vrai » travail…
Mais en attendant, nous restons tres sensibles a tout ce qui nous rapelle telle ou telle anecdote ou souvenir...Encore dernièrement, un clin d'oeil dans le métro lyonnais: une carte IGN très grand format sur laquelle nous revivons notre trajet le long de la route de la soie...Exitation!
Non, nous n’avons pas envie de vous lâcher comme ça ! Géographiquement, Instinct Nomade a gagné son point d’arrivée, et le droit de se reposer un peu. Mais ce blog continue, pour notre plus grand plaisir. De nouvelles vidéos, parfois anciennes, viendront gonfler la rubrique. De nouveaux articles mettront l’accent sur tel ou tel sujet. Puis nous vous conterons nos prochaines entrevues publiques, comment cette pérégrination aura-t-elle fait évoluer nos pistes de recherche de travail, comment cette expédition jouera un rôle dans nos entretiens d’embauche, comment nous vivrons de ne plus être nomade complètement. Cela vous tente ?
Pour l'instant, une idée de boulot rigolote: "Consultants en Montage de Tentes pour les Campagnes Publicitaires (CMTCP)"...Jugez par vous-même, c'est fait n'importe comment :
Merci pour tous vos messages, vos commentaires, vos news, vos clins d’œil, vos discussions qui nous ont fait grandir. Nous avons terriblement hate de vous voir, et de vous écouter.
Nous voudrions remercier aussi tous nos partenaires, qui nous ont soutenus, jusqu’au fin fond de la Mongolie, par leur matériel ou leurs conseils.
On vous embrasse fort
Dawa et Nilza
NB: "dernière minute": Resultat du jeu-concours de la semaine dernière...Avec un poids de 13,4 et 20,4 respectivement pour Armelle et Vidian. Le total est donc de 33,8 kg, et un Vidian vexé (mais galant) d'avoir tant porté, alors qu'Armelle gambadait gaiement!!
He bien BRAVO OLIVIER!! Livraison des boules de polystyrène début juin, donne nous une adresse please! Y'a pas à dire, entre voyageurs, on se comprend. Toi, avec ton Singapour-Paris a vélo, c'est haut niveau!
Allez faire un tour sur http://www.singapourparis.com... ce n'est pas juste un site internet, c'est un chef d'oeuvre!
INSTINCT NOMADE débarque sur PARIS !!!
Rendez-vous le samedi 7 juin 2008 pour fêter ça comme il se doit
Au 149 avenue de Clichy, 75017 Paris, métro Brochant à 20h30
Thème : saucissons, fromages, vins et autres spiritueux
Faites tourner l'info...
et annoncez vous à emmelineplanty@gmail.com
13 mai 2008
EUROka!
Deja la Grece...pffffiou que le temps passe vite. Et dans quelques jours, retour aux sources...enfin des baguettes fraiches, du bon pinard et la joie de revoir vos p'tites gueules! En attendant, quoi de mieux que de revenir doucement, par la route, pour sentir la culture occidentale nous influencer comme la culture orientale l'avait fait jusque-la? Ecoutez...
Istanbul, c'est Bysance! A peine descendus du train, toujours en compagnie de Stephane et Amelie, nous atterissons dans Sultanahmet, le quartier ultra-touristique de la ville, ou se concentrent les sites "a ne pas manquer". De belles maisons en bois au style scandinave, de beaux jardins au style iranien, beaucoup de petits magasins aux prix qui le sont moins, bref...est-ce vraiment la Turquie? Toujours est-il que nous nous y plaisons...le petit shop d'a-cote vend des bieres, Stephane et Vidian sont heureux. Les filles, economes, piquent juste quelques gorgees par-ci par-la, car mine de rien c'est quand meme pas donne.
Evidemment, il faut surtout eviter de les manquer, ces splendeurs qui attirent les touristes comme les mouches collees aux vitres de leurs bus, alors on y va...Nous extasions devant la grandeur de la Mosquee bleue, au style tellement different des mosquees iraniennes dont nous nous gavions jusque-la. Ce n'est plus de la ceramique bleue, mais des peintures ennivrantes qui ornent la gigantesque coupole. Et de la vulgaire moquette rose, pour remplacer les extraordinaires tapis persans...Les femmes, malgre les panneaux, ne se couvrent pas la tete, et ca choque Armelle et Amelie. Des petits restes d'Iran? On a change de bord, en traversant le Bosphore.
Puis, evidemment, la grande, tres grande Hagia Sophia, ou Sainte Sophie, cela depend si on est musulman ou chretien. Car cette basilique, au cours du temps, a ete utilisee suivant les influences par ces deux grandes religions. C'est un musee de nos jours (le tourisme=une religion?). Les musulmans ont eu de la chance que le choeur de l'eglise ait ete oriente (a quelques degres pres) vers la Mecque! Un gigantesque echafaudage monte jusqu'a la coupole, obsurcissant un peu l'espace grandiose de ce monument. Nous preferons monter a l'etage et contempler une superbe exposition de photos.
Pour terminer la serie, nous choisissons de visiter l'antique reservoir d'eau de la ville, sous nos pieds. Juste devant l'entree, deux jeunes nous donnent leurs tickets non utilises...Ca nous arrange, car le portefeuille se fait de plus en plus leger...Et decouvrons une magnifique citerne, sombre, mais eclairee par des spots colores, qui nous permettent d'apercevoir dans l'eau quelques carpes. L'ambiance est humide, il y fait presque froid. Nous restons la jusqu'au point d'en attrape un rhume.

Et puis evidemment, nous allons faire un tour au bazar d'Istanbul, le fameux. Au Ladakh, le bazar est juste "la ou on trouve le/les magasin(s)", dans le village. Au Pakistan, c'est un quartier de magasins qui vendent toutes sortes de choses pour les locaux. En Iran, c'est pareil, mais sous des voutes de briques qui provoquent une ambiance confinee tres speciale, tres privee. En Turquie, nous decouvrons cette ambiance, ces couleurs, mais de maniere disons...flamboyante. Des vitrines entieres de bijoux, de tapis, de cuirs. Du luxe, du luxe, du luxe. A des prix frisant les pris europeens, mais juste assez "cheap" pour que ca "vaille le coup". Mais c'est juste un delice pour les yeux. Nous nous regalons, sans pouvoir acquerir quoi que ce soit, a moins de se battre avec les vendeurs aux yeux remplis de dollars.
Et puis...c'est le temps des belles rencontres. Nos amis Stephane et Amelie repartent en stop vers Marseille (ils mettrons d'ailleurs moins de 48 heures, a signaler au guiness book des records du monde), apres avoir delicieusement fume le narghile tel un calumet de la paix. Il nous faut trouver de nouveaux amis. Armelle n'a pas peur, elle envoie une serie de mails a des gens qu'elle ne connait pas, en recherchant sur google "blog istanbul". Elle a bien fait.
Nathalie nous emmene sur les quais de la Corne d'Or, derriere le pont, a gauche apres le marche aux poissons, pres des barcasses et leurs pecheurs, au coucher du soleil. Nous sommes au ras de l'eau, et elle nous parle de sa ville. On sirote un "ayran", boisson a base de lait. En Mongolie, ca s'apellait "airag", tiens? (D'ailleurs, en turc, la tente se dit "yourte", tiens?) Bref. Les chats sont a Istanbul ce que les pigeons sont a Paris. Quelques-un d'entre eux viennent se frotter a nos pieds, ajoutant du delice a cet instant. En partant, nous savons exactement ou passer nos prochains jours ici...merci Nathalie!
Quelques minutes plus tard, c'est Franck qui nous attend. Rendez-vous a l'embarcadere...on y est. La trentaine, cravate, malette, la panoplie pour bosser chez Peugeot! Mais quelques minutes plus tard, lorsque l'on arrive chez lui dans un quartier tres populaire de la ville, c'est tee-shirt et jean, et une adorable femme turque, Urun, qui nous accueille avec un grand sourire pour la nuit. Une soiree memorable a gouter des aubergines merveilleusement cuisinees, a siroter du Raki (genre de Pastis local), a raconter des conneries. Bref, juste a etre bien. Vive la jeunesse!
Le message est bien passe. Marie-France et Fred nous accueillent les jours suivants. Ils sont etonnants. Fous amoureux de leur petit chiot qui se fait les dents sur tout ce qui bouge, et super-actifs. Marie-France a, entre autres, un blog incroyable, lu par des tas de gens, d'ici ou d'ailleurs. Des posts chaque jours, a propos d'Istanbul, de tout et de rien, et de belles photos. Leur accueil est grandiose aussi. Ils nous emmenent meme au restaurant gouter des specialites turques...Installes ainsi dans le quartier des grands magasins, Armelle devient folle. Le tapis d'orient une fois renvoye en France, il y a de la place dans les sacs. Alors ce n'est pas des minutes, mais des heures qu'elle passe dans les reperes de fringues pas cheres, et se refait sa garde robe pour 20 euros. Que ca fait du bien de se sentir femme et de pouvoir enfin abandonner ces vieilleries, qui n'ont pas fait la guerre, mais l'hiver en Mongolie et au Ladakh, et c'est deja ca! Et puis etre un peu sexy, la ou au Pakistan et en Iran, c'etait interdit! Coup de ras-le-bol? Armelle se fait meme couper les cheveux pour 2,50 euros.
Treve de luxe...Nous decidons de faire un tour dans les quartiers de Fener et Balat, respectivement anciens quartiers grec et juif ou habitent maintenant des populations qui ne parlent meme pas turc. Mais nous approchons de la Mediterranee, avec les gestes, on s'en sort tres bien...Nous visitons quelques anciennes eglises orthodoxes reconverties en mosquees, ce qui fait toujours un drole d'effet. Et nous asseyons quelques instant avec des petites vieilles qui tricotent et nous offrent des simits, genre de bretzels locaux. Puis rencontrons des jeunes, le ballon au pied, qui crient quelques "money, money" a notre passage, sans trop y croire, bien plus interesses par notre appareil photo devant lequel ils font les beaux...
Il est temps de partir...Istanbul nous laisse sous un ciel gris charge d'orage et de regrets. Nous traversons la mer de Marmara pour commencer a faire du stop sur le chemin de la Grece.
Le stop, un peu galere a 20h. Et puis...pas tres recommande. Nous ne sommes pas arrives a destination, alors decidons de nous arreter une nuit a Cannakale, et de poser la tente quelque-part. Pourquoi pas la, pres de cet immeuble? Des petits vieux papottent au coucher du soleil. Ils nous voient approcher, et mimer sans assurance une tente, dormir, juste une nuit, possible? Un geste de la tete timide nous donne l'autorisation. "Ils sont curieux, ces etrangers!" doivent-ils se dire. Pas si curieux, puisque quelques minutes plus tard, c'est un vrai festin que nous voyons debarquer sous nos yeux. Les Turcs sont geniaux. En Iran, nous etions invites. Ici, les gens s'arangent pour que vous n'ayez meme pas besoin de vous deplacer. La demi-douzaine de voisins de l'immeuble apporte chacun sa pierre a l'edifice, et un diner s'improvise sur la table du jardin, eclairee par une ampoule blafarde. La soiree se termine par des rires aux eclats, et des bribes de paroles mi-turques mi-anglaises que s'evertue a traduire des jeunes lyceennes, trop contentes d'appliquer ce qu'elles apprennent a l'ecole et craner devant les adultes. Armelle essaye bien de marier son frere a une jeune fille de 20 ans aux ongles parfaits et au sourire ravageur, mais son pere repond par un geste du genre "coupe-coupe!". Eh oui Pierrem, si tu veux epouser une musulmane, il faudra te faire circoncir!
Bozcaada, une ile ou l'on prend son temps. Un bac nous depose sur cette petite ile turcque tres mignonne a l'accent mediterraneen. Un vieux fort a la Vauban domine le village de pecheurs. Des chats attendent le rebut des filets. Un bar semble nous tendre les bras. Nous allons nous sentir bien ici. Nous passerons trois jours au rythme insulaire de Bozcaada.
Le Polente. C'est un bistrot pas tres loin du port, un lieu de vie et de rigolade. Le serveur ressemble a un windsurfeur, bien carre, des cheveux de paille et portant toujours des t-shirt barioles. Le patron, veste en jean's et lunettes de soleil, a une allure Jonnhy Deppienne. Un autre homme au cheveux longs en catogan et portant un chapeau de cowboy, a un petit air hispanique. Il souffle ici un gout d'ailleurs. Nous ne nous sentons pas vraiment en Turquie et le chant du muezzin semble se faire plus discret. Le Polente est un batiment blanc borde de bleu, grignotte d'un cote par de la vigne vierge et ouvert au vent de l'autre. De grosses enceintes distillent une musique jazzy parfaite pour le farniente. Des photos excellentes de la vie insulaire, des copains du bar et des eoliennes de l'ile ont ete tirees sur planche et tronent sur les murs. Superbe. Nous passons beaucoup de temps attables a ecrire, boire des thes (1 YTL, soit 50 centimes d'Euros) et jouer au Tavlia (Baggamon). Il y a toujours un vieux bedonnant qui porte des "Rayban" reflet argent et qui arrive en scooter jaune. Il est la et regarde le monde vivre autour de lui.
De vieux pecheurs sont assis a l'ombre d'un pin. Ils discutent en hameconnant des lignes de peche. Du gros fil de nylon jaune est enroule autour d'une chaise en plastique blanche, et vient choir dans un panier en osier apres l'ajout d'un hamecon. Les tasses de the a la forme ondulee ne sont jamais loin. Une large main bronze vient choisir un hamecon au bout d'une ligne courte, puis vient faire un beau noeud de pecheur avant de le serrer a l'aide d'une pince et d'epingler le crochet sur un boudin de mousse qui ourle le panier. Des gestes digne d'un opera. Nous sommes fascines par ce ballet qui se repete inlassablement. Saturnin (son nom ressemblait a ca), le vieux a la casquette de capitaine usee, nous offre un the. Un autre s'occupe de sa ligne. Deux vieux semblent donner des conseils de loin. Le dernier fume et lance les discussions. Nous serions bien partis a la peche avec eux demain mais cela leur est interdit et les gardes-cote veillent.
Une journee en scooter. Voila bien le seul luxe qu'on s'offre! Nous continuons a vivre sous la tente et manger des sandwichs au thon et au fromage, mais cela nous permet de craquer un peu. Les fibres motardes de Vidian le demangent et nous partons en 50cc sur les routes de Bozcaada. Pas de bol, le temps se couvre et le vent, omnipresent ici, entame largement notre vitesse de croisiere. Ce petit deux-roues nous entraine tout de meme vers la beaute des eoliennes situees a la pointe de l'ile. Le manque de luminosite et de contraste ne nous permet pas de rivaliser avec les photos du Polente mais qu'importe, nous passons un bon moment. Tout les soirs se posent aussi la question du lieu du bivouac. Le stop nous avait permis de tester un bout de rocher au sud de l'Ile, le scooter nous permet de choisir une petite plage dans une crique minuscule. Notons qu'a deux avec nos sacs a dos sur le pauvre deux-roues, celui-ci aura eu bien du mal dans les montees abruptes!
Vive les marins! Debout sur les pattes arrieres, des chats attendent les restes des poissons qui se font tailler en filet. Des francais en bateau ont commande un poisson qui ressemble a une dorade. Ils ont un beau Ketch (2 mats) blanc et bleu que nous partons observer avant l'arrivee des proprietaires. Quatre navires ont jete l'ancre dans le petit port de Boczaada. Une femme, cheveux blanc au carre, un verre a la main, nous salue dans un anglais parfait. Elle est irlandaise et voyage avec son mari espagnol. Nous voila vite invites a bord pour l'apero. Un petit blanc et des chips font notre bonheur. Nous passons un super moment ballotes par les mouvements epais de la houle. Avant de les quitter, ils nous souhaitent du bonheur dans notre vie et de continuer a etre si curieux. Nous les remercions et leur souhaitons d'etre toujours aussi accueillant!! Nous avons a peine lasse nos godillos (nous aurions fait de belles marques noires sur le voilier si nous les avions gardees) que les voisins francais nous invitent pour le dejeuner. Nous sommes attables dans le carre, du rouge dans nos verres, des spaghettis dans nos assiettes, et des etoiles dans les yeux. Deux couples, la cinquantaine, naviguent depuis quelques temps en mer Egee. Beaucoup de questions dans les deux sens, sur le voyage, les rencontres. Clothilde, la maitresse de maison nous fait un peu peur, mais son mari est sympa. Un vrai look de marin, la peau tannee, les mains larges, les cheveux blanc coupes court, une bonne descente. Les fraises en dessert finissent de nous charmer.
Sur la place du village, Vidian stoppe devant une vieille Renault 12 qui porte sur son toit une belle planche de windsurf et qui cache sur ses banquettes des ailes et des planches de kitesurf. Un grand gaillard attaque en anglais et nous nous lancons dans un long conciliabule sur le vent et les plaisirs de la glisse. Yan est suedois et travaille avec un ami turc sur un projet d'ecole du vent sur la cote nord de l'ile. Il nous invite a diner et planter la tente dans son jardin. Le soir meme, nous marchons une demi-heure d'un bon rythme pour gagner sa bicoque de beton peinte en vert. Un verre de rouge du coin dans la main, nous papottons en grignotant des crackers. Yan cuisine. Le contact est facile. Nous ouvrons la deuxieme bouteille de medoc en parlant de la Finlande. Un vin jeune assez fruite, legerement rapeux en bouche. Le poulet aux oignons et la salade a l'aneth nous font du bien. La troisieme bouteille de picrate est largement entamee lorsque nous commencons a parler de Mustafah Kemal Attaturk, le pere de tout les turcs et fondateurs de la republique de Turquie. Un homme exceptionnel. Armelle a arreter de boire depuis la deuxieme bouteille. Vidian ressort les crackers. On passe sur leur projet, le concept, la cible, le potentiel de l'ile, le developpement futur...Quatrieme bouteille. On commence a parler un peu fort. Nous repartons rechauffe dans la nuit gagner notre tente, planter dans les vignes a quelques centaines de metres, et en profitons pour faire n'importe quoi avec une lampe torche qu'ils nous ont pretee. Merci a vous les voileux!
Le stop, ou les rencontres en roulant. Le bac nous depose sur le continent. Boczaada, c'est fini! Un groupe de Slovaques adorables nous propose un "ride", autrement dit on monte avec eux en voiture. Nous sommes 7 dans une petite Fiat Punto. A deux sur le siege passager avant, nous roulerons ainsi pendant pres d'une heure jusqu'a Ezine. Bye et merci les gars! Il est tard. Une session internet nous permet de savoir que nous sommes le 8 mai, jour de l'armistice! Nous lorgnons sur un boui boui et craquons pour un 'pide'. Non, ce n'est pas l'objet de porcelaine blanche qui trone a cote des toilettes mais une sorte de pizza a la turcque. C'est excellent et pas cher! Puis nous repartons dans la nuit, toujours sans lampe, a la recherche d'un espace pour planter la tente.
7h, la montre sonne. Le soleil s'est leve. Ouf. Vidian ouvre les yeux. La tente s'illumine. Armelle se rendort. Et dire qu'hier un troupeau de brebis est passe devant notre tente sans nous apercevoir! Un jean's sur les fesses, Vidian sort et contemple le bivouac. Notre abri de toile est pose entre un vieux camion leche par les herbes hautes et la cloture d'un grand batiment. Devant nous, un chemin de terre et de bitume et un canal ou chantent les grenouilles. Nous sommes a quelques encablures du centre d'Ezine. Un tracteur passe en ronflant. Un homme vient nous offrir deux pains tout chaud, juste sortis du four de la grande batisse contre laquelle nous sommes. Une grosse dame en robe noire passe. Un jeune homme arrive vers nous avec un plateau. C'est pour nous? Deux thes, du sucre et un pot d'olives. Baigne dans le soleil, assis sur nos sac, nous savourons autant le festin que le moment. Un homme presse en costume marche en nous observant.
Nous plions le camp et levons l'ancre en remerciant nos boulangers adorables. Un cheval noir broute au milieu de nouvelles tours d'immeubles. Nous marchons le long de la route le pouce leve. Voici des champs bien verts. Une premiere voiture nous prend, et fait un detour pour nous poser sur la grande route du sud. Avec quelques gestes, des mots et des sourires, nous nous faisons toujours comprendre. Le support de la carte aide particulierement bien aussi. Puis se seront beaucoup de camions ensuite. Trois chameaux paissent au milieu d'un troupeau de mouton! On se prend a re-inventer la vie des chauffeurs en interpretant leurs gestes et leurs mots turcs incomprehensibles. "Il a arreter de fumer depuis trois ans" va bien mieux a ce moustachu que "je fume trois cigarette par jour"! Une superbe clio nous prend. Mehmet, son pilote, est conseiller technique et commercial pour Renault. Il s'arretera sur un beau promontoire au dessus de la mer pour nous offrir une pause the au soleil. Et aussi un coup de telephone a son responsable qui parle francais. " Vous etes avec un ami qui travaille dans une entreprise francaise dans une voiture francaise, vous n'avez rien a craindre". Et puis, evidemment, la photo souvenir qui va bien.
Puis des camionneurs se relaieront pour nous faire avancer a la vitesse de 70 km/h. L'un deux nous invitera meme a dejeuner chez lui. Une batisse blanche, une cour et une vaste etable, des toilettes turques (evidemment) a l'exterieur. Apres la presentation de la famille, nous dejeunons sur une petite table. Aubergines et autres legumes marines, du pain maison, du fromage maison et de l'ayran (yaourt sale) maison. On se regale. La grand mere est la, avec sa voix rauque et son sourire eternel pour mettre l'ambiance. Avec quelques mots de farsi (Iran) et de francais, nous parlons finalement turc! Beaucoup de ressemblances en effet. Nous buvons quelques thes avant d'avaler un fanta chez la voisine et reprenons la route. Un autre routier puis une camionette avec deux turcs sympas qui nous offrent des bananes.
Finalement, c'est un jeune en Renault Magane neuve qui nous emmene a notre destination. Kaan travaille pour Europcar en tant que chauffeur. Il passe quelque coup de telephone et nous depose devant une agence de voyage pour prendre nos billets pour les iles grecques a pas cher. Tres sympa. L'agence de voyage gardera nos sacs jusqu'a 22 heures. Il faut noter que la plupart des magasins ferment vers 23 heures...Rythme mediterraneen. De vadrouille a la recherche d'un bivouac urbain, nous tomberons encore une fois sur Kaan, d'Europcar, qui nous offrira des sandwichs, des cocas et des bieres. Il nous proposera meme de nous donner 20 YTL pour prendre un coup en pensant a lui. Nous refusons illico, c'est le double de ce qui nous reste avant de gagner la Grece demain! Une fortune pour nous, mais dont nous n'avons pas besoin.
Qu'on se le dise, le stop en Turquie est une affaire qui roule!!
Europe, ca fait mal. Dernier controle des passeports.Tickets a 30 euros. Aie le portefeuille en prend un coup. Bienvenue en Europe! Un teuf-teuf nous promene pendant une bonne heure sur une mer d'huile vers l'Ile de Samos. Des Americains squattent une aile du bateau. Casquettes vissees sur la tete, ils conversent, tres a l'aise. De l'autre cote, des Neerlandais aux coups de soleil fantastiques jouent avec leurs enfants. En bas, un groupe de Chinois chantent, accompagnes par la guitare d'un G.O. Une Coreene microscopique en pantalon noir se fait photographier a cote d'une rouquine obese en robe a fleur. Le Coreen est content mais il ne le montre pas. Une heure de bateau, il peut s'en passer des choses! Nous, on fait secher nos serviettes contre la rambarde, et Vidian enfile ses lentilles, comme il le fait si souvent, c'est a dire n'importe ou!. On se corrige mutuellement aussi, tant sur notre vocabulaire que sur nos sujets de conversation. Nous rentrons en Europe et bientot, les gens finiront par nous comprendre dans la rue.
Voila des petites maisons accrochees a la montagne. Nous passons par la file "citoyens europeens". Cela veut dire beaucoup pour nous. Les autres font la queue. Nous realisons que nous sommes vraiment sur le retour. Nous "stoppons" jusqu'a Pythagorio de l'autre cote de l'ile. Des Italiens nous posent a la marina. Nous ratons de peu l'occasion de partir avec un superbe voilier (X412!!) vers Malte. Mais la proposition nous prend de court et...l'affaire tombe a l'eau. Pythagorio, un port de peche adorable borde de bars et de restaurants. Les prix sont en euros. Fini la gymnastique de l'esprit pour connaitre la valeur des choses. Et ne surtout pas convertir en roupies indiennes, pour ne pas avoir d'attaque cardiaque...! Un pas de plus en l'Europe. Mais le reflexe de la conversion nous manque finalement. Un charme en moins. Quelques elements ne changent pas neanmoins. Le cafe le moins cher est le cafe grec, avec autant de marc que le cafe turc. Et puis nos parties de Tavlia aussi. Petite session plage (de galets) avant de se rapatrier rapidement dans un bistrot pour ecrire. Nous passerons la nuit entre les ruines d'un vieux chateau (genois?), juste au dessus de la mer, a cote d'une belle eglise blanche orthodoxe. De tres nombreuses motos font presque tourner de l'oeil Vidian. Impossible de trouver un voilier en route vers les cyclades. Tout le monde file vers la Turquie.
Nous embarquons pour l'ile de Syros, dans les cyclades, le 11 dimanche mai 2008. Un immense paquebot qui nous rappelle les navires de la mer baltique pour Stockholm ou Talinn, lors de notre annee Erasmus en Finlande. Sur le "deck" au soleil, nous observons Samos qui s'eloigne. Un groupe d'adolescentes trepignent et rigolent pres de la rembarde. Un jeune homme ressemble etrangement a Sahid..mais oui, c'est lui!! Un de nos comperes du train entre Teheran et Istanbul, et candidat a l'immigration clandestine. Il est rempli de bonheur et nous raconte ses peripeties. Son sejour a Istanbul, son arrivee a Kusadasi, ses nuits "a la belle" sur une pointe de la presqu'ile, sa traversee de plusieurs heures a la nage du bras de mer separant la Turquie de l'ile grecque de Samos. Il se fait attraper par les gardes-cote grecques qui lui donnent finalement un permis de sejour d'un mois en Grece. Une facon pour eux de fermer les yeux. Il a ainsi pu acheter son billet de bateau pour Athenes en toute tranquillite. Un peu de temps dans la capitale grecque, puis se cacher dans un conteneur pour l'Italie, changer de passeport puis filer vers Paris et Londres. Quel vie de deracinee! Ses compagnons ont rebrousse chemin a Kusadasi...il exulte, le pere Sahid!
Syros, les Cyclades. Nous ne nous perdons pas en route comme Ulysse et arrivons commes des fleurs a Syros. Nous resistons aux chants des sirenes qui nous proposent de superbes chambres (hors de prix) mais repondons a un gros bonhomme jovial qui nous fait un prix defiant toute concurrence. Quatre jours sans douche. Nous sommes dans un pays civilise, une petite douche ne nous fera pas de mal. Des volees de marches plus loin, nous posons les sacs et ressortons nous rafraichir dans l'air marin de l'ile. Petites maisons de chaux blanche ou coloree, des marches et des ruelles pavees, nous sommes conquis par le charme de la petite ile de Syros. Quelques navires partent vers la Turquie, les rencontres avec leurs passagers sont sympas mais les destinations ne sont pas les bonnes. Eux debutent leur vacances, nous sommes sur le retour. Nous profitons de l'ile pour nous reposer, boire quelques bieres et cafes et inevitablement jouer au Tavlia, qui nous obsede.
A l'heure qu'il est, nous sommes en train d'ecrire nos dernieres lignes dans un cyber cafe du port. Nous partons vers Athenes demain, puis gagnerons Patras ou nous prendront un bateau pour Ancona, en Italie. Juste le temps de passer chez un cousin de Vidian puis direction Lyon. Back to France. Notre Bretagne natale nous appellera vers la fin mai puis les amis expatries a Paris debut Juin. Mais d'ici la, ne vous inquietez pas, vous aurez de nos nouvelles!
ATTENTION, Grand jeu-concours organise par Instinct Nomade. Nous avons deux sacs a dos de 50 et 55 litres chacuns, pesant respectivement 14 et 10 kilos a Teheran. Sachant qu'Armelle a trouve de fantastique magasin de fringues a Istanbul, que Vidian lui a interdit d'acheter de nouveaux tapis mais qu'Armelle l'a supplie de jeter son vieux pantalon gris. Nous admettrons que l'appareil photo est hors sac et que nous avons mis nos paires de grosses chaussures de marche de 1,3 kg chacune a l'interieur de nos sac. Supposons egalement que nous allons passer rapidement par Athenes et par l'Italie, et que nous n'avons pas encore pu acheter tout les presents pour nos famille et nos amis, mais qu'il ne nous reste que peu d'argent...Combien peseront nos sacs a l'arrivee a Lyon??
Les gagnants de notre grand jeu recevront le poids de nos sacs en boule de polystyrene!!
Sachez que cela nous fait un sacre drole d'effet d'ecrire ainsi notre dernier post a l'etranger. Le prochain sera surement ecrit de France. Ce post vaut une petite fortune en euro vu le temps passe, mais nous vous l'offrons avec plaisir. Armelle pleure en ecrivant ces lignes.
Nous pensons tres fort a vous tous et esperons faire un grand tour de France cet ete pour tous vous revoir et vous serrer dans nos bras, toujours en stop bien evidemment!! Nous attendons vos reponses avec impatience.
Dawa et Nilza.
02 mai 2008
Toujours plus a l'ouest...
Salaam toujours !!
Avis a la populass'. Nous ferons une breve irruption sur les ondes francaises le dimanche 11 mai 2008 dans le cadre de l'emission ''Au detour du monde'' sur France Inter, entre 16h et 17h. Pour les non connectes au reseau hertzien, nous mettrons bientot l'enregistrement sur le blog...
Et somme intervenus 5 minutes hier sur la radio suisse Couleur 3! Trop court pour raconter les milliards de choses que nous avons en tete, mais experience tres sympa!
Un passage mythique. Il etait 23h le 27 avril dernier lorsque nous avons traverse, en plein coeur d'Istanbul, le detroit du Bosphore, qui separe les terres d'Asie de l'Europe geographique. Une nouvelle etape commence pour nous, et qui sonne comme un retour aux sources...
Mais revenons a l'Orient et nos derniers moments en Iran, entre villes legendaires et cime enneigee...
Amir, nomade Qashgai. Alors que nous deambulons dans le bazar el Bozorg d'Isfahan, un homme nous aborde. Cela devient une habitude. Il parle francais le bonhomme, et s'agrippe a nous. Il parle, nous marchons. Il gagne le premier poınt lorsque nous stoppons pour l'ecouter plus attentivement. ''La-bas, la teahouse est fermee et de toutes les facons, ils vous feraient des prix de touristes. Par contre, j'ai une botte secrete...''. Et nous voila a suivre notre bougre aux cheveux gris dans les ruelles tournicotantes du bazar. Un vieil homme bavarde avec deux jeunes barbus dans un coin. Un marchant d'epices nous fait les yeux doux. Soudain, sans meme nous en rendre compte, un plateau contenant trois tasses, des soucoupes, un pot de the bouillant et un peu de sucre nous tombe dans les mains.
Retour a Imam Square (deuxieme plus grande place du monde, apres Tien An Men) sur les pelouses, a deguster notre breuvage au coucher du soleil. Notre gentil monsieur s'avere en fait etre ne dans une tribu nomade appellee Qashgai. Peuple d'Iraniens turquifies nomadise au nord-ouest de Shiraz. Genial. Les nomades viennent a nous. Et c'est avec des etoiles dans les yeux que nous buvons les paroles d'Amir, c'est son nom. La vie sous la tente, faire paitre les troupeaux, fabriquer des objets a la main pour gagner son pain, la transhumance jusqu'au golfe Persıque...Nous revivons nos dernieres aventures avec les nomades mongoles avec une certaine nostalgie...et de nouveaux projets naissent dans nos cerveaux en ebullition.
Trois a quatre mille nomades Qashgais vıvent en Iran, organises en grandes familles regnant sur de larges portions terrıtoriales, bien souvent desertiques. Moutons, chevres, chameaux, anes et chevaux servent de betail et d'animaux de bat. Des tentes carrees, des tapis somptueux et de gros coussins. Nous croyons sentir les odeurs de moutons par bouffees. Partir tout de suite vivre avec eux est une idee qui remonte des entrailles et qui vient saisir nos coeurs et les tordre pour en sauver l'essentiel: l'aventure, l'echange et le lien entre les peuples. Bouvier parlait des Qashgais comme des ''brutes a la peau noire''. Notre bonhomme est petit, le teint clair, une tete ronde et les yeux clairs. Il prend une photo avec son portable. Il vit maintenant en ville et prefere emmener des touristes en ballade avec sa voiture, essentiellement le matin. L'apres-midi, il le passe a discuter avec les copains. Il est aussi professeur d'anglais a ses heures perdues. Tiens, voila des jeunes fılles qui se posent a nos cotes pour une photo, et qui repartent comme elles sont venues, comme des fleurs. Echange de regards et eclat de rire. L'une d'elle se penchera peut-etre un peu pres de Vidian...Deuxieme the, troisieme the. Armelle enfile un pull, ca se rafraichit, Amir passe en anglais.
Les histoires de mariage, de sexe et de liberte tiennent une place preponderante dans nos discussions. L'engagement maritale est assez particulier dans la culture nomade. De l'exotisme, vous en voulez? Alors c'est parti, ouvrez les chacras et teleportez-vous dans une conscience orientale. Rencontrer un homme ou une femme releve de l'expedition. Les parents de l'homme ayant repere une femme potentielle pour leur fils invite celle-ci et sa famille chez eux. La fille en question, agee entre 14 et 17 ans, prepare le the et propose a son pretendant, qu'elle voit pour la premiere fois. En quelque secondes, ce dernier doit jauger la pretendante. En prenant la tasse en main, il accepte d'aller plus loin. L'inverse est ''eliminatoire''. Si la femme est egalement en accord avec ce premier choix, ils se rencontrent. Dans la meme piece, une nuit entiere va leur permettre de discuter de leurs gouts, de leurs qualites et defauts, de leurs projets...C'est a ce moment precis que l'homme doit verifier l'etat des cheveux de la future mariee, point o combien important. Maıs la ''grande classe'', c'est qu'il est le seul a pouvoir lui demander de se deshabiller devant lui pour jauger de la valeur physique de la demoiselle. Regard expert du nomade sur son futur betail. Attention cependant a ne pas s'egarer! Y'a plus de the. Amir poursuit. Si les epoux sont satisfaits de leur dicussion, ils convoquent le lendemain le mollah, qui les fiance. Voila une affaire rondement menee. Il faudra attendre un petit mois pour celebrer le mariage avec les amis, une grosse fete a priori. Il y a aussi une histoire de vieille femme, de drap, de sang et de virginite, mais cela manque franchement de poesie.
Nous faisons amis-amis avec notre gentil nomade. La nuit nous est tombee dessus sans que l'on s'en apercoıve. Plongeon dans l'obscurite. Amir nous rencarde sur les boui-bouis du quartier, parle d'un petit tour en voiture avec lui, evoque la bonne boustifaille d'Isfahan et nous livre quelques secrets sur la vie du Bazar...Commence a faire froid. L'humidite de la pelouse remonte sous le pantalon, et rend la peau moite et collante. Une moto au son ecorche nous frole presque. Mais...Qu'est-ce qu'elle fait la cette becane d'ailleurs?? Nous passerons encore de bons moments avec lui. Visiterons les ponts de la ville de nuit, irons fumer le Qalyan (narghile), observerons les tremblements de minarets qu'il est possible de ''secouer'' a la main, et discuterons maintes fois autour de thes interminables...Amir nous indiquera aussi le passage secret pour atteindre le toit du bazar, et nous y retournerons tous les soirs entre 18h40 et 19h, juste pour contempler l'Imam Square au coucher du soleil, et secretement observer le va-et-vient du bazar depuis les hublots...
Secrets de bazar. Apres les visites matinales des magnifiques mosquees d'Imam Square, nous retournons aupres d'un marchand au sourire franc et au parler sincere. Nous ne croyons pas au hasard. Son arriere grand-pere etait aussi un nomade Qashgai. Notre instinct a du flair! Nos yeux se perdent dans le bleu des turquoises. Une paix interieure nous gagne bientot. Le paternel arrive, legerement bedonnant, une couronne de cheveux blancs au style monastique posee sur son crane luisant. Du sang seche forme une petite croute qui pendouille sous son nez comme un grimpeur sous un surplomb, et retient notre attention...
Il nous emmene decouvrir la fabrication des ceramiques qui recouvrent les mosquees d'Iran et d'Orient. De sacs de bouteilles de verre vides trainent dans un coin de l'atelier. Ecrase, malaxe, le verre se transforme en poudre blanche ultra-legere, qui servira a glacer les carreaux, afin de resister aux intemperies. Un homme est penche au-dessus d'une grosse pierre: l'artiste cree des couleurs. Pres de lui se tient le four, chauffant a plus de 700 degres les carreaux de faience. A l'etage, le maitre donne l'exemple aux cinq etudiants de tous ages qui tirent la langue en dessinant. Des patrons de papiers, dont les petits trous laissent echapper une poudre grise dessinant la base, aident les artistes a tracer des lignes nettes. D'autres appliquent de belles couches de couleurs. Relief colore. Trois cuissons seront necessaires: une pour le carre de faience, une autre pour le fond de couleur et la derniere pour fıxer les motits. Le maitre preside la seance de travail. Ses pantoufles sont sans age, eternelles. Il nous salue d'un grand sourire.
Les rues couvertes du bazar sont percees de lumieres par endroits. Aussi regulieres qu'une respiration. Notre guide nous parle, evoque d'autres passages mysterieux. Vidian semble ne rien comprendre, captive par les mouvements qui animent la petite croute au bout des naseaux du monsieur. Atelier de teinture. Un vaste hangar obscure. Bacs de beton, faible rayon de soleil, boule de fil a teindre et autres pantalons...sur un fil. Questıon de feeling (juste pour le mauvaıs jeu de mots!). Noire est la couleur du jour. Un pigeon roucoule sur le rebord d'une vieille planche de bois. Un sacre foutoir derriere le volatile! Une autre petite echoppe degage une impression colore. Il s'agit d'un imprimeur sur tissu. Un beau travail de precision quı laisse derriere lui de chouettes nappes. Les explicatıons de notre ami sont geniales...et toujours sa petite croute rouge qui s'agite frenetiquement.
Passons chez un ''epicier'', a savoir celui qui cree les epices. Ici, elles sont moulues en meme temps que naissent des pigments naturels pour colorer les tapis. L'ecorce de noix de cajoux donne le brun, la peau de grenade la couleur blanche. Au passage, notons que le curry est un melange de sept epices differentes. Nous avons la chance de sentir et meme gouter de nombreuses epices comme le safran, la canelle ou de la poudre de citron, parfait pour assaisonner le riz parait-il !
Un autre imprimeur nous presente des modeles, des trames pour le dessin des tapis. Les nomades ne suivent aucun de ces plans. Ils imaginent les motifs dans leur tete, ce qui implique souvent des erreurs et des irregularites signifıcatives des tapis nomades. Notre guide nous ouvre les portes de son stock, une vaste piece recelant les plus belles merveilles. Des portraits de nomades trainent sur les murs ca et la. Deux femmes suedoises viendront troubler notre conversation, et depenseront bien plus d'argent que nous n'en avons pour tenir jusqu'au retour en France...Mais nous, qui n'allons rien acheter, sommes heureux pour notre ami qui nous a si gentiment fait decouvrir son univers.
Teheran, la grande. Arrivons dans la capitale Iranienne apres un long cafouillage en bus (arret a Kashan rate), vers 22h. Remettre nos sacs sur le dos, nos pochons dans la main, engloutir un sandwich en cherchant la bouche de metro, attendre le terminus puis negocier severement un taxi. La chance nous sourit encore une fois, nous tombons sur un jeune sympa qui nous depose devant l'immeuble. Kianouch Dorrani. C'est ca. Dring. Le reste tiendrai presque de la magie. Des lumieres douces, de vieux fauteuils dans lequel on s'ecrase, des noix de cajoux qui craquent sous la dent, la fraicheur de grains de raisins gros comme des prunes, mais surtout le bruit vivant des glacons dans le verre, comme de minuscules bulles qui eclateraient la gangue de glace pour venir exploser a la surface et contre la paroi. Une vodka a l'anis glacee termine de nous plonger dans un bien-etre planant. Notre hote nous questionne autant que nous l'interrogeons. Un moustique tourne autour de l'abat-jour, imperturbable. Kianouch est Iranien d'origine, mais son coeur semble en France depuis bien longtemps. Etudiant a la Sorbonne, il s'amourache de notre pays et decide de partager sa vie entre ces deux nations. Par ses questions tres "journalistiques" (deformation professionnelle!), il nous fait realiser d'autant plus le cote exceptionnel de notre aventure mais aussi la vraie chance d'etre citoyens francais, accueillis et apprecies dans le monde entier. Il est presque 1h30 lorsque l'insecte finit par se bruler contre l'ampoule incandescente. C'est l'heure de se coucher.
Teheran est une ville immense, tres etendue et dont le traffic nous rappelle que nous sommes toujours en Orient. Les femmes arborent des tenues plus decontractees, et la partie de cheveux non recouverte du voile se voit parees de mille couleurs, teintures, perles ou autres mises en pli etonnantes! Nous voyageons surtout en bus et a pied et les trajets peuvent facilement prendre des heures. Nous en profitons pour observer la vie, les gestes, les habitudes, les sourires, et le comportement des automobilistes qui peut aller tres, tres loin dans l'absurde.
Le journal. Parmi nos peregrinations "teheranesques", nous aurons la chance de visiter les locaux du plus ancien quotidien d'Iran. C'est Amelie, journaliste francaise installee en Iran depuis quatre ans, qui nous offre cette opportunite. Passionnee de la Perse et du dialogue entre les religions (petite these en vue), Amelie est ultra-adorable. Chacune de nos discussions nous permettra de mieux cerner l'Islam, la vie iranienne complexe et les femmes. Un manchot adorable nous ouvre toutes les portes de l'immense edifice. Le journal a plus de 83 ans. Un gros travail d'archives est en cours. D'anciens tirages reposent sur une table en verre, des hommes s'activent pour retoucher les numerisations, une femme met en page l'edition du lendemain... Le passage entre les machines d'impression nous, comment dire, impressionera! Des rotatives ultra-rapides, des journaux qui filent a toute beurzingue, et la figure mythique d'un homme lisant le journal du jour, accoude a une pile de papier inimaginable. Un super moment.
Mont Damavand, enfin de la fraicheur! Nous etouffons un peu dans la capitale et decidons de mettre les voiles vers le point culminant d'Iran, un volcan nomme le Mont Damavand. C'est une rencontre au Ladakh qui avait mis la puce a l'oreille de Vidian. "Un sommet pas tres technique et qui s'eleve a 5672m" avait dit Jean-Marc. Nous prenons un bus sans rien savoir d'autre de plus, et avec un sac minimaliste. Pshiit, roarrr. Le bus repart apres nous avoir laisse sur le bord de la chaussee face a l'immense montagne. Ok. Taxi hors de prix, nous partons sur la route du village a pied. Inch'allah!! Ce refus nous vaut d'etre repere, et finalement d'etre embarque par le-dit taxi avec les amis du conducteur. Punaise, c'etait pas tout pres en fait!!
On avale un sandwich a la saucisse, sur une vieille table brinquebalante. Un jeune nous propose de grimper avec lui dans son 4x4 pour monter au premier refuge. Combien?? 30 dollars?? Non merci, mooonsieur. La famille d'handicapes de l'echoppe clopine devant l'unique rayon. Fromage a tartiner, galette de pain, un gros cervelat, deux boites de thon, deux paquets de biscuits et une plaquette de chocolat feront l'affaire pour les deux ou trois jouirs qui viennent. Un hollandais rentre dans le magasin et un sourire engage la conversation. Il part en 4x4 au premier refuge et propose de nous y emmener. Nous sommes benis des dieux, lui et sa femme sont adorables. Ils vivent dans une peniche a Amsterdam, c'est genial! Nous depassons des marcheurs plies sous le poids des sacs. Courageux les gars! La route est defoncee mais ca passe. A peine arrivee au refuge, qui tient dans une petite mosquee au clocher dore, nos amis nous proposent un cafe noir alors qu'un orage se profile. 3027m indique l'altimetre. Le breuvage brulant coule dans nos gosiers quand il se met a neiger. Le ciel est charge de nuages gaves de poussieres, ce qui donne une couleur orangee tres particuliere. Le sommet est perdu dans le brouillard, le vent se leve et les marcheurs polonais arrivent extenues. Tout ce petit monde se retrouve dans la piece unique au beton froid. Nous n'avons pas de lampe frontale ni de matelas. Une couverture parterre fera l'affaire, nos amis ont des bougies et des torches. Super. Nos Hollandais nous offrent des nouilles a la tomate. Nuit tranquille.
Au petit matin, Vidian sort le premier et decouvre John le hollandais le nez en l'air. Le temps est magnifique, le sommet decouvert et une mer de nuage flotte dans la vallee plus bas. Un petit-dejeuner magique entame la journee de grimpe. Apres 4 heures de marche entre les rochers et la vegetation basse et les neves, nous atteignons les premiers le camp de base a 4200m. Nous sommes encore acclimates a l'altitude et cela nous va bien! Fait bien froid. Les autres comperes nous rejoignent bientot et les Hollandais nous offre encore de bons cafes. Vidian pousse jusqu'a 4400m pendant qu'Armelle fait la sieste. John et Dette decident de ne pas tenter le sommet, Armelle n'est pas suffisament equipee et redescendra avec eux demain.
Trois heure du matin. Vidian se leve doucement et attaque du pain et du fromage avant de grignotter des biscuits dans le noir. Les polonais sont prets. Les reflexes de guide de Vidian prennent le dessus et le voila en tete de colonne. 4400m, il recupere le sac des filles polonaises. 4500m, un des gars abandonne. 4650m, le deuxieme aussi. Vidian se retrouve avec les deux nenettes polonaises qui commencent a etre raclees.
"Acclimate, je marchait presque normalement et devait attendre les filles regulierement. Le lever de soleil etait vraiment magnifique mais le vent s'est alors leve. Malgre mes quatre epaisseurs et ma doudoune, je n'avais pas si chaud et chaque pause me glacait. Mais elles me faisaient confiance et c'etait trop tard pour filer seul. Coince. 5200m, Evelyna et Carolina tombaient de plus en plus, trebuchaient et etaient a bout de souffle. Un passage de glace particulierement peu evident leur a donne la frousse. Le temps commencait a se couvrir et je voulais filer au sommet vant qu'il ne soit trop tard. Mais les polonaises me retardaient et bientot, ce fut du vent, de la neige et un brouillard a couper au couteau. Le froid me mordait le nez. Les fumerolles de souffre me rappellaient que je grimpait un volcan. Aucun moyen de trouver un itineraire correct dans cette puree de pois. Les polonaises n'en pouvaient plus. Il ne manquait plus que 300m pour atteindre le point culminant et crier la victoire. Il faisait de plus en plus froid. Partir seul, abandonner les filles pour une descente peu evidente? J'avais fait des promesses de prudence. Nous avons decide de rebrousser chemin. J'etais heureux d'etre arrive a 5400 mais bien frustre aussi."
Vidian desescaladera le volcan jusqu'au camp de base, avalera un bout de pain et du fromage et partira avec un choco dans le bec pour redescendre en 1h les 1000 metres de denivele le separant de la mosquee, puis 2h de plus pour atteindre finalement la route de Teheran. Un routier le prendra dans son camion-benne et lui offrira meme un jus de fruit avant de le deposer dans la banlieue de Teheran...Des souvenirs plein la tete et des bornes dans les jambes, il retrouvera avec bonheur le confort de l'appartement de Kianouch et les pizzas du coin!!
En route vers l'Occident. Voila presque une semaine que nous avons reserve notre billet de train. Quelle anticipation! Charges comme des Fistons (!), avec les "craquages" d'Armelle pour toutes sortes de tapis et malles en tissu ("mais si mais si, je te promets que c'est moi qui les porterai, allez ca vaut le coup!"), nous debarquons a la gare de Teheran. Alors qu'Armelle se fait tenir la jambe par une jeune femme iranienne, une vraie, Vidian part explorer la gare a la recherche d'un telephone, pour que la radio francaise puisse nous contacter dans 1h. Pegah explique a Armelle comment s'appliquer les 5 tonnes de maquillage quotidiennes, et ou aller pour se faire refaire le nez et gonfler les levres. Et aussi comment trouver un petit copain qui soit capable de faire chauffer la carte bleue a tout moment. Seule petit pouvoir des femmes en Iran: exiger un mari qui leur permette de vivre tres confortablement. C'est elle qui decide, a la maison. Alors, au temps des petits copains, elles les testent. Vidian a trouve un telephone, on a rendez-vous dans 30 minutes, derriere un guichet...Les 5 minutes de conversation telephonique passent vite, avec en bruit de fond le haut-parleur de la gare...Il ne nous reste plus que 15 minutes pour attraper le TransAsia Express, destination Istanbul!
Nous retrouvons dans le train Amelie et Stephane, rencontres il y a quelques jours pres de Persepolis. Des jeun's comme on les aime, qui savent profiter de l'instant present, qui voyagent aussi tres "cheap", un tres beau couple en plus, et surtout des amateurs de coinche et de bieres au soleil sur les terrasses. Bref, des amis.
Istanbul, on y sera dans...66 heures. Avec le retard, ca fera du...72 heures. Mais entre temps il faudra: passer au petit matin la frontiere iranienne apres un checking complet de notre compartiment, jouer au foot avec des fous, attendre 3 heures le tampon de sortie et surveiller son passeport (laisse au guichet) parmi les 100 autres redistribues a la criee dans la petite gare. Puis, quelques kilometres plus loin...LES FILLES PEUVENT ENLEVER LEUR VOILE!!!! NOUS SOMMES EN TURQUIE! Les Iraniennes, dont on nous avait dit qu'elles retireraient victorieusement leurs fichus des la frontiere passee, sont en fait assez timides...et aux douanes turques, Amelie et Armelle seules ont ose...Et se sentent un peu observees!
Puis, passage du lac de Van, en Turquie. Non, non le train ne contourne pas l'etendue d'eau. A quoi bon? Il suffit de monter sur un ferry et traverser, pour recuperer le train turc de l'autre cote! Avec le retard, nous sommes reveilles a 1h du mat' pour monter dans le bateau, surchauffe. Dormir comme on peut sur des sieges inegaux, et redescendre 5h plus tard pour decouvrir un train turc bien moins classe que le precedent. Couleurs froides, pas d'eau fraiche dans les compartiments, pas de tapis par terre. Et pas de toilettes turques, le comble! Nous approchons de l'Occident, c'est sur.
Dans le wagon restaurant, ou nous passons la plupart du temps en faisant semblant de siroter du the, nous faisons connaissance avec nos compagnons de voyage iraniens. Un bande de gars, la trentaine, qui aiment rire et chanter. Surtout Akbar, champion de boxe ultra-baraque, qui nous fait mourir de rire a imiter une femme se maquiller. Mais en creusant un peu...ce sont des immigres clandestins. Quelle tristesse. Nous les faisons parler, un gros noeud dans le ventre. Ils parlent a peine anglais, mais sur leur petit lexique gribouille est marque: "Your country is my dream". Passage de la Turquie a la Grece se fera par la nage, ou caches dans des containers, ou sous une voiture. Puis, rejoindre Paris et y racheter un passeport. Et enfin, Londres, ou la famille devrait les accueillir. Mais chaque passage de douane, organise pour eux par des passeurs, est un vrai racket. 9000 euros au total. Un sacre pactole en cash qu'ils gardent precieusement au fond de leur poche. Pas de bagages. A quoi bon, s'il faut nager?
Mais ca fait quoi d'etre chauffeur de train? Bein...on va demander! Et meme...tester! Pendant 3 heures, avant d'arriver a Istanbul, Vidian se fait de nouveau copains, et reste dans la loco a siroter des thes. Dans la vie, il faut oser!
Istanbul, que tu es belle! Arrivee incroyablement plus facile que nous l'imaginions...Sans Lonely Planet (guide), nous ne savons ou aller pour trouver un hotel pas cher dans cette ville immense, ou les prix ont tout d'un coup depasse notre budget quotidien jusque-la. Nous nous laissons guider par le destin, prenons un bateau pour traverser le Bosphore et ainsi quitter definitivement le continent asiatique pour l'europeen (arghh!), et aterrissons une guest house a 23h, qui nous autorise a dormir par couples dans des lits simples de dortoir...gigantesque economie!
La suite, vous la saurez bientot. Laissez-nous juste le temps de provoquer quelques anecdotes!
Bientot de retour...ca se voit sur la carte...et dans la rue! Et que les bieres sont bonnes sur les terrasses...
Armelle et Vidian
19 avril 2008
PERSE...
Salaam!
Un pays ou les automobilistes ne mettent pas de ceintures, les motards oublient leurs casques sur le guidon en roulant, ou les femmes sont de noir vetus, ou les hommes boivent leur the dans les soucoupes parfois, ou le glou-glou du qalian (narghile) se fond avec le chant des oiseaux, ou le bleu des faiences des mosquees apaise l'ame, ou la gentillesse des locaux est sans egal...?? Bienvenue en Iran!
L'entree en Iran, le sketch.
Passage de frontiere un matin de bonheur. La poussiere vole et entre
insidieusement dans l'habitacle de la bagnole pourrie qui nous mene
vers Zahedan, a une heure de route. Notre escorte, un jeune policier, s'est profondement
endormi. Nous nous sentons en parfaite securite pourtant. Un couple de Coreens patibulaires (et surtout completement tares) partage le trajet avec nous. Voila la ville.
Premier arret au centre de police. Notre escorte, possesseur de nos
passeports, passe le relai a deux jeunes flics en moto. Pourquoi pas. Nous roulons
derriere eux vers la station de bus. Deuxieme arret, une autre moto
nous sert de guide. Bon. Mais....nous
nous arreterons ainsi 5 ou 6 fois pour changer d'escorte! C'est grotesque. Nous penchons
serieusement pour une option d'explication: s'ennuyant ferme dans cette
ville frontiere sans charme, ils ont enfin trouve l'occasion de
s'amuser en nous trimballant dans la cite selon la route des postes de
police!
Finalement, nous terminons notre course derriere une voiture
neuve roulant desesperement a pres de 25km\h. Mais le pompon arrive au moment ou nous passons la grille de la station de bus (enfin!).
Un autre policier zele nous contraint a faire demi-tour. La raison?
Attendre une nouvelle escorte pour parcourir en voiture les 300m qui
nous separent de notre bus pour Bam, notre prochain objectif !! Nous
tentons tous les stratagenes possibles pour amadouer le prepose a nous
laisser traverser seuls les metres restants et surtout a nous remettre
nos passeports. Rien n'y fait. Le bus part dans moins de 8 minutes, le
stress monte. Armelle part en eclaireuse (avec son sac, le comble!), et revient juste a temps pour monter dans la
voiture de police, qui l'emmenera la d'ou elle revient...Puis un policier moustachu et
bute nous mene vers le mauvais guichet. Super. Le bus part dans moins
de 4 minutes. Les Coreens sur les talons, nous gagnons le bon guichet.
Le moustachu part avec ces fous echanger de l'argent. Moins de 2
minutes. Les passeports sont dans les mains du guichetier qui refuse,
sous les ordres de Mr Moustache, de nous remettre nos papiers.
13h, le bus doit partir. Nos yeux suppliants finissent par faire
craquer le monsieur au billets qui nous les delivre enfin. Le bus est encore
la...et attendra les Coreens et la moustache, qui prendra soin de noter
nos numeros de tickets et passeports sur un bout de papier chiffonne.
Une grande farce.
Trois longues semaines voilees commencent pour Armelle, et nous nous mettons en route a travers ce desert interminable et grandiose ...
Bam, une ville en reconstruction. Cette
cite, en bordure du Balochistan, a ete totalement detruite par un
tremblement de terre en 2005. Plus de 35000 morts, une ville rasee, et
une citadelle de terre millenaire reduite a neant. Notons que les bus, en
Iran, n'ont absolument rien a voir avec leurs cousins pakistanais ou
indiens! Nous avons le choix entre de vieux Mercedes au look retro et a la deco rigolote, ou des Volvos tout neufs, boite de vitesse
electronique, climatisation et amortisseurs souples: des merveilles.
Apres trois heures de route calme, le chauffeur nous depose au milieu d'un
rond point. Nous sommes a Bam. Evitons les Coreens, qui nous horripilent, en marchant vite et
attrapons rapidement un taxi (adieu rickshaws!) pour gagner la Guest-House. Faisons
un peu marcher le commerce local de cette ville en deuil...
Akbar
nous sert un thé avant que les Coréens fous débarquent, le sac au dos,
trempés de sueur. Notre hôte fait une moue dubitative, il n’aime pas
ces « gens compliqués et parfois un peu tordus ». Papotons beaucoup au
sujet du tremblement de terre. Les Coréens sont en train de prendre une
décision (meme s'il n’y a qu’une Guest-House ouverte en ville en ce moment…).
Certains pensent que cette secousse sismique n’est en fait qu’une
couverture pour un essai nucléaire, magouille russo-iranienne,
des personnes ayant été retrouvées brûlées par des soi-disant radiations. Le
mystère reste entier, personne ne veut se faire pendre sur la place publique. Toujours est-il qu'un poster expose deux photos de la cite: avant et apres. C'est desolant. Les Coreens decident de prendre une chambre.
Le lendemain, Akabar nous réveille doucement avec un bon thé. Une douche fait le reste. Ah, voila notre chauffeur ! Une voiture de police stoppe devant la grille de l’auberge. Depuis qu'un Japonais s'est fait enlever pour rancon il y a six mois, on ne rigole pas. Deux jeunes en uniforme, kalachnikov AK-47 à l’épaule, nous sourient et nous embarquent vers la citadelle de Bâm: l’Argh-e-Bâm. Des photos nous avait fait rêver. Nous stoppons net face au cauchemar qui s’étale devant nos yeux. Des ruines de terre cernent en effet les restes d’un immense édifice qui ressemble étrangement à un gros château de sable sur lequel un pied de géant aurait marché. Nos deux amis policiers sur les talons, nous parcourons le site. Ils papotent et nous ouvrent bientôt des barrières pour satisfaire encore un peu plus notre curiosité. La chaleur se pose comme une chape de plomb. Au loin, des montagnes s’élèvent au dessus du désert. La citadelle redeviendra-t-elle cette merveille d’architecture protégée par l’Unesco? Le travail est en marche. Nous, on reprend la route. Les policiers tentent de nous trouver un café Internet, en vain: c'est vendredi, jour de priere. Une mosquée toute neuve retiendra notre attention. Récuperons nos sacs rapidement a l’auberge et partons déjeuner avec nos amis flics, avant d’être déposé dans le bus pour Kerman.
Kerman, une ville endormie, une invitation à dormir. Le
seul hôtel pas cher indiqué dans notre guide semble être fermé. A 100
mètres, une inscription en farsi (langue qui marche a reculons,
selon Bouvier) attire notre attention. Pourquoi, nous ne le savons pas,
l’instinct peut-être. Bref, un lit trouvé, deux même. Une bonne chose
de faite. Libérés de nos fardeaux à bretelles, nous partons errer dans
le bazar et découvrons une ville morte. Echoppes closes, pas un chat ne
coure après une souris, seule des poussières jouent avec le vent. A
moins que ce soit l’inverse. Nous ne sommes pourtant pas vendredi, le
jour de la prière. Mais entre 12h et 17h s’applique une autre religion
en Iran : la sieste.
Plus
loin, le bazar s’anime tout de même un peu plus autour des marchands de
légumes et autres fruits tout frais. Nous restons un moment penchés
au-dessus d’un panier de poussins multicolores. Le vendeur moustachu
nous sourit. Il a l’air heureux de son coup. « Non mais regarde le rose
fluo, là, il est né comme ça, c’est certain ! ». Cui-cui…
Un
jeune imberbe aux yeux noirs liquides accoste Vidian pour lui réciter
ses poèmes en anglais. Patient, il écoute et retranscrit pour lui faire plaisir les vers dans
son carnet. Pendant ce temps, un professeur d’anglais discute avec
Armelle. Ce dernier reviendra à la charge plus loin dans le bazar en
nous invitant chez lui pour déjeuner et, dans la foulée, il nous offre
un thé dans une merveilleuse "Tea House" ancienne où se produisent
des musiciens traditionnels. Impossible de glisser un billet dans sa
main, il veut tout nous offrir! Après un saut à l’hôtel, nous débarquons chez lui. Le salon est
une grande pièce couverte de tapis perses un peu kitchs et de gros
fauteuils. Point. Ah si, une petite table aussi. Impression de grandeur.
Notre bonhomme ventripotent, Mojtaba, nous réserve une petite surprise. En arrivant, il ouvre son ordinateur portable et lance « Pie 6 », un film américain
montrant une palette de fesses incroyables, une multitude de paires de
seins, des filles se déhancher ou sortir des douches dans la plus
strict nudité, et des scènes osées en veux-tu en voila…Complètement
gênant. Lui connaît le film par cœur. Le déjeuner nous sauve. Sa femme
et sa petite fille de 2 ans sont adorables et le repas excellent. Le
stambouli est un mélange de riz aux aromates et de légumes. Il nous
promet nous emmener cet apres-midi avec un de ses amis vers un village inmanquable mais
relance son ordinateur pour nous montrer « Euro-trip », un autre film
américain du même acabit. C’est un peu navrant: il est adorable, mais il doit croire que nous sommes les seuls personnes avec qui il peut regarder ce film...Nous apprendrons plus tard qu'il aurait fallu refuser nettement, plutot que de passer une heure a trouver des sujets de discussion pendant les scenes osees...
L’ami
de Mojtaba, Ali, arrive enfin dans une superbe 206 (l’usine de montage
des 206 de l’Europe est située près de Téhéran). Et c’est parti pour
une belle après-midi ! Le village de Meymand est l’occasion de visiter
un mausolée. Les séances de photographies se suivent avec Mojtaba et
Ali, ingénieur fluide. Ce dernier est adorable et nous offre même des
cartes postales ! Puis nous filons aux jardins princiers, en plein
milieu du desert. Une oasis de calme et de verdure. Incroyable espace
où nous divaguons avant de nous poser sur une terrasse dominant les
cascades et les arbres seculaires. Ali nous offre des biscuits, du thé
et l’occasion de fumer le qalyan, la pipe à eau iranienne. La saveur du
tabac à l’orange nous envahi la gorge doucement, puis notre expiration
laisse échapper une fumée dense mais légère à la fois. Un instant très
sympathique et atypique. Nos deux Iraniens ne cessent de nous raconter
des blagues et des anecdotes sur leur pays. Puis nous reprenons la
voiture pour un tour de nuit de la cité de Kerman, celle dont le Lonely Planet ne parle pas. Nous passons en
revue un bâtiment construit avec du lait de chameau, connu pour ses
propriétés de resistance a toute epreuve, puis un jardin où chute une fausse cascade, et finissons par gagner un épaulement rocheux au-dessus d’une mosquée, qui domine la ville. C’est magique. Armelle évoque beaucoup la question
du mariage avec Mojtaba, qui lui sort tout d’un coup : « c’est vraiment sale, un
french kiss ? ». On ne s'en sort plus!
Encore
un dîner excellent. En iran, on dîne par terre, une nappe posée sur les
tapis du salon, le pain tronant au centre. Le pain est sacré ici. Il est
inconcevable de le jeter à la poubelle. Sec ou impropre, il est
recueilli pour être transformé en aliment pour bétail. Ce soir, repas
simple : crème de tomate, fromage frais, thon à l’huile et pain. Le
tout arrosé d’un breuvage à base de lait caillé surprenant, légèrement
amer et piquant. Cela nous fait penser avec nostalgie à une autre
boisson de Mongolie. Nous sommes "a la maison", Armelle peut quitter son voile.
Le sommeil nous gagne. Nous nous allongeons sur
une couverture pliée en deux, sur le sol. Un drap bleu clair vient
recouvrir le ventre proéminent de notre hôte, qui s’abaisse et se
soulève dans un rythme régulier. Sa femme et sa fille dorment chez la belle-soeur, surement a cause de la presence de l'homme inconnu qu'est Vidian. Le lendemain matin, il nous
accompagnera jusqu’à la station de bus, et attendra que le bus passe
derrière le muret pour se retourner et partir.
Yazd, où comment se perdre dans des ruelles. Le
taxi âprement négocié tourne dans les sentes minuscules du bazar.
L’hôtel traditionnel repéré a doublé ses prix. Nous échouons dans un
motel modeste mais "dans le budget".
Nous
marchons dans la rue quand une jeune fille en tchador noir, des livres
d’anglais dans les bras, nous aborde. Sa maman clopine derrière nous.
Et nous voilà à discuter avec elle et ses sœurs dans le salon familial,
en grignotant des biscuits du nouvel an (fêté il y a peu) et en buvant
un thé assez fort. La petite sœur de 13 ans, une grosse adolescente en
t-shirt vert fluo, mais recouverte d'un tchador elle aussi, ne cesse de répéter la seule expression anglaise
qu’elle connaît « oh my god ! ». Des pistaches arrivent bientôt, puis
des oranges. L’autre sœur est en pyjama rose et ne cesse de nous
dévisager en posant des questions par l’intermédiaire de sa grande
sœur. Un moment très chouette et qui nous fait réaliser d’autant plus
l’accueil incroyable des Iraniens.
Une
madeleine à la noix de coco fait office de petit déjeuner. Au sommet de
l’Amir Chakhmaq complexe, nous contemplons la ville baignée dans la
lumière matinale. Nous visons des points de repères et partons explorer
Yazd. La superbe Jameh Mosquée, recouverte de mosaïque d’un bleu
fantastique, nous ouvre les portes d’un vaste quartier de maisons de
terre et de ruelles au charme inouï. Une vieille dame en noir passe
comme un fantôme, et un autre senior semble lutter sur son vélo. De
vieilles Peugeot 504 traînent dans la rue. Des enfants jouent au foot
sur une petite place inondée de lumière.
Armelle
tombe soudain dans un magasin, plus précisément un vendeur de tapis. Le
monsieur en question est zoroastrien. Non mes amis, ce n’est ni une
ethnie extraterrestre ni un adepte d’une secte transcendantale ultra
cosmique, ni même une maladie rare. Le zoroastrisme est une religion
extrêmement ancienne qui était majoritairement représenté en Iran avant
l’arrivée de l’Islam. Cette religion monothéiste représente la présence
de Dieu par le feu, qu’ils adorent dans leur temple. Les tapis ne
cessent de faire du gringue à Armelle, qui semble totalement épanouie.
Vidian, peu sensible aux « carpets », se laisse doucement endormir par
la voie douce du vendeur. Armelle ne craquera pas (cette fois-ci). Une
jolie jeune fille nous fait découvrir la beauté d’un hôtel traditionnel
iranien, organisé autour d’une cour. « Eh Vidian, t’arrête un peu de
lui sourire comme ça ! ».
Une session Internet
nous ramène un peu sur terre : quelques nouveaux messages sur le blog,
le temps est pourri en France, le paternel de Vidian va tondre la
pelouse samedi, Sarkozy semble perdre des points dans les sondages, la
sœur d’Armelle part en Russie avec l’équipe de France de Hockey sur
gazon, des étudiants français descendent dans la rue pour rater des
cours, il neige dans la Drôme à partir de 600 mètres, deux jeunes
partent de France pour rallier Calcutta avec une voiture à pédale et
propulsion éolienne et électrique…
Descendons
plus tard dans les entrailles d’un bâtiment pour observer le sport
iranien. Une arène, des hommes aux allures d’ukrainiens haltérophilistes,
des percussions et la voix perçante d’un adolescent au micro. Sous le
rythme des pulsations, les hommes forment des mouvements
d’échauffement avec des genres de poire en bois pesant de 5 à 25
kgs. D’autres soulèvent des espèces de portes de bois ou des
boucliers. Un autre enfin saisit un arc en fer dont la corde est
garnie de grelots de fer. Le poids maximum de cet « outil » peut
depasser les 50kgs. Lui le lève au dessus de la tête et semble danser
avec. Vidian est découragé, lui qui a perdu une bonne partie de sa
masse musculaire déjà peu développée à la base…Un grand moment.
Dînons plus tard
dans notre nouvel hôtel (traditionnel) avec Uyen, une jeune belge
d’origine vietnamienne, simple et rigolote, spécialiste du droit
européen. Nous avons du passer pour des ignares monumentaux ! Affalés
contre les coussins, pieds nus sur la plateforme de bois recouverte de
tapis, le regard portant sur le petit bassin qu’éclabousse une
fontaine, nous passons quelques heures à boire des thés, discuter et
déguster de fameux plats, dont un steak de chameau. Oui, nous avons un
peu craqué ce soir là, mais ce fut la dernière ! Un australien fauché,
serveur temporaire dans l’auberge pour grappiller quelques sous, vient
prendre la température, avant d’être rappelé par son devoir. Il est
temps de regagner le dortoir.
8h00. Mohdi, un chauffeur de taxi que nous avons convaincu la veille dans la rue, nous attend devant la mosquée.
Nous partons pour le désert avec Uyen. Meybod. Un vieux caravansérail bien restauré. Fermez les yeux et imaginez ces caravanes de
chameaux et autres bestiaux croulant sous les marchandises. La soie
entre autre. Des caravaniers affalés sur les tapis à engloutir des
pains ou fumer le qalyan, l’odeur des étables et des épices. Nous
rêvons. L’ancienne poste accueille aujourd’hui un musée intéressant. Le
préposé à l’accueil, sourd comme un pot, nous passe même les clés d’un
cadenas donnant accès au toit. Sympa.
Mohdi le chauffeur est content. Cela l’amuse. Nous passons Ardakan et filons vers Chak-Chak. Impression d’être sur la route 66 américaine! Une ligne droite au milieu d’un désert. Tenter de deviner la suite du chemin est un perpétuel échec. La route se perd dans les mirages de chaleur qui trouble la vue, avant de s’enfouir dans le sable et la roche. Voici le temple du feu des zoroastriens. Accroché à la montagne, nous commençons l’ascension. Mohdi peine et crache ses poumons. Pas un chat ne trouble le silence du désert. Encore une volée de marche. Quatre hommes moustachus ou mal rasé, assis sur un muret nous regarde passer sans un mot. Le même flegme des vieux du sud de la France, qui passe des heures sous l’ombre des platanes, un petit jaune à la main, la cane dans l’autre. On entendrait presque le chant des cigales mon pauvre ! (avé l’accent siouplait). Du haut du temple, un vieux avec un œil disant merde à l’autre nous observe grimper. L’ouverture des portes du temple nous laisse découvrir sous une grotte trois petites flammes éternelles. De l’eau dégouline des parois. Le « plic » des gouttes dans le seau bleu fait écho au « ploc » de nos pieds nus sur le marbre humide.
Mohdi est tout blanc mais récupère des
couleurs dans la descente. Reprenons la route à la recherche de quelque
chose à se mettre sous la dent. Des routes se terminent dans les
maisons de villages perdus. Une vieille femme ridée nous renseigne. Ses
lèvres rentrent légèrement dans sa bouche édentée, mais bougent avec
une vivacité étonnante. Trop mimi cette grand-mère ! Nous débouchons
finalement à Kharanaq, où la station essence nous sert un bon kebab
(brochette de viande) avec du riz. Cette cité garde précieusement un
trésor : une ville de terre, à l’image de Bâm, en moins détruit. Nous
passerons des heures à explorer cet espace. De la glaise mélangée à de
la paille est le matériau de base des construction. Des galeries
écroulées laissent percer la lumière, les toits nous accueillent pour
des ballades célestes. Des champs verts contrastent avec l’ocre du
désert.
Mohdi nous boude, il part dormir dans la voiture. Comprend pas notre attirance pour des ruines! Une mosquée est encore couverte de tapis. Un senior dont la longue barbe blanche fait rêver Vidian, visite les lieux, accompagné de ses deux petits fils qui courent dans tout les sens. Un ancien hammam aux faïences blanches. De belles bâtisses. Puis des chèvres adorables font craquer Armelle. Au moment où Mohdi nous aperçoit et fait vrombir le moteur de sa petite voiture, un vieux sage dégringole la ruelle sur un âne. Un vrai portrait vivant. Deux époques se croisent. Les filles s’endorment rapidement. A la place du mort, Vidian veille. Des gouttes tombent du ciel. Mohdi ouvre vite sa fenêtre, sort la main et recueille ce précieux liquide. Il me sourit et passe sa main humide sur le visage. Yazd, terminus, tout le monde descend. Mohdi repart à ses clients citadins. Il a bien gagne sa journee.
La
soirée restera dans nos mémoires. Tout un petit monde de voyageurs
autour d’une table à échanger sur le monde. Un couple d’anglais ayant
tout plaqué pour voyager et travailler sur la planète. Un anglais et un
australien globe-trotters. Une petite belge aimant les rencontres
simples entre l’Asie du Sud-Est et la France. Un jeune Iranien vendeur
de tapis. Un couple de Frenchies à l’instinct nomade...Un Afghan amateur
d’opium et photographe. Trois Hollandais dans un camion jaune faisant
le tour du globe pour récolter des dessins sur le thème de l’espoir, et
deux français l’air hautain, à l’écart. Un chouette moment.
Shiraz, Persepolis.
Sept heures de transport dans un magnifique bus Volvo pour 3 euros. On
s’est laissé tenter! Un petit hôtel pas cher et un sandwich meuble la
première nuit.
En
pleine déambulation à proximité du bazar, une moto stoppe à
nos côtés. Un ancien boxeur griffonne rapidement une adresse en farsi
et nous invite à dîner vers 20h. Une petite pause dans une maison de
thé permettra à Vidian de renverser du thé bouillant sur les genoux
d’Armelle. L’ambiance très masculine plaira tout de même à Armelle, qui
ne cessera de s’extasier sur ces visages typiques fumant la pipe à eau
entre deux gorgées de thé. Traversons une ruelle obscure et frappons à
une porte métallique. Notre homme n’est pas là mais sa mère nous fait
asseoir devant la télé. Koorosh nous serre bientôt dans ses bras et son
neveu nous ouvre sa chambre pour dîner. Les femmes, sœurs et nièces
arrivent, dé-voilées. Deux bouts de chous nous font craquer avec leurs
mimiques adorables. Le repas est gargantuesque et animé par les danses
des enfants. Mais voila que les filles s’y mettent et dans une ambiance
du tonnerre, la bastringue à fond, nous réalisons à peine que nous
dansons à l’iranienne, les bars en l’air et balançant les hanches !!
Une vraie fête. Avant de repartir, ils nous offrent des babioles
rigolotes et nous embrassent.
Un
pauvre mini-bus nous entraîne vers Marv-dasht, et un taxi fait le
relais jusqu’au site de Persepolis. Il y a déjà du monde. Le soleil
tape sur la tête. La gorge est sèche. Vagabondage entre les colonnes de
pierre et autres sculptures. Dommage
de ne pas avoir de guide pour une fois. Comme par magie, nous tombons
sur un couple de seniors francais et leur guide iranien francophone et
adorable ! Persepolis se livre alors a travers mille details : les deux
seuls elements feminins du site, l’explication des symboles, la facon
dont vivait les gens, la progression de ce palais monumental aux
plafonds depassant parfois les 18m...Constant, le grand-pere, nous
explique les details precedents et n’arrete pas de faire des blagues. Sa
femme rouspete un peu, mais la superposition de ses lunettes de vue et
solaire a quelque chose de sympathique. Ils finissent par repartir a
l’assault d’un autre site. Nous prenons de la hauteur. Une vue superbe
se degage. Des fourmis semblent grignotter un gros cailloux. Beau
travail.
A la sortie, un homme nous attend. Nous l’avions rencontre dans le taxi aller. Il nous invite a dejeuner dans la maison de ses beaux-parents et c’est a trois sur une petite moto que nous prenons la route. Cheveux et voile au vent. Armelle fait fondre ses sandales sur le pot d’echappement. Un nid de poule lance le talon nu de Vidian sur le meme pot. Aie. Maison immense et salon recouvert entierement de tapis. Un gros plat de riz et autres delices se paratgent vite avec toute la famille adorable. Le moment est sympa. Ils nous emmeneront meme en fin d’apres-midi sur le site de Necropolis. Malheureusement, la lumiere sera passee derriere la montagne. Un calcaire parfait nous provoque une indescriptible envie de grimper. Et nous voila a escalader pour gagner de la hauteur. La famille nous regarde sans oser nous emboiter le pas. La vue est top. En bas, sur le plancher des vaches passent des moutons. Leur gros 4x4 nous pose a la station de minibus. Echange habituel de mails et autres numeros de telephones. Embrassade. Retour a Shiraz sous le soleil couchant.
Isfahan. On s'y sent bien. Pour
gagner une nuit d’hotel, quoi de mieux que d’emprunter le bus pour une
translation nocturne ! Au rythme des klaxons, des virages, des
freinages, des depassements improvises et autres arrets pipi, nous avons
passe une nuit mouvementee. Rememorrez vous vos trajets en tant
qu’enfant dans la voiture familiale, les inevitables embardees de la
tete qui tente de se reposer sur le rebord trop petit de la fenetre, et
les vibrations de la-dite vitre qui vous donnent des fourmis dans les
cheveux...et bien dans un bus, c’est la meme chose ! Armelle en a fait
les frais, et arrive completement « raclee » a Isfahan. Vidian, apres
avoir regarde un film sur un joueur de santor iranien jusqu’a 2h30,
s’est laisse tomber de fatigue lamentablement. 6h
du matin. Les taxis sont mechants. Un gentil bus nous sauve et nous
depose devant l’hotel, tenu par un petit vieux qui nous ouvre une
chambre pour nous rendormir quelques heures. Le pied !
La suite? Vous le saurez dans le prochain article! Venez rencontrer Amir, nomade Qashguai, deguster un the sur les pelouses de l'Imam Khomenei Square, decouvrir les secrets du bazar de la cite avec un marchand de tapis, negocier des turquoises, discuter jusqu'a des heures indues avec deux ou trois voyageurs, tourner (de) la tete vers les mosquees majestueuses de la cite, fumer le narghile dans une maison de the...On attend vos reactions avec impatience.
Dans moins d'un mois nous sommes de retour!! On pense bien fort a vous tous
Vidian et Armelle
06 avril 2008
Barbu au pays des barbus...
Salaam (encore, et pour un bout de temps)!!
Treve de plaisanteries...Voici des nouvelles des deux zigotos de passage
au Pakistan. Sur le site du MAE (Ministere des Affaires Etrangeres
francaises), ce pays ne semble pas vraiment accueillant en ce moment.
Jugez plutot: "Un attentat le 15 mars a visé un
restaurant italien du centre d’Islamabad où a l’habitude de se
retrouver la communauté expatriée. De nouvelles attaques contre les
étrangers ne peuvent être exclues. Dans ce contexte, l’ambassade de France recommande de différer tout projet de déplacement au Pakistan
sauf absolue nécéssité et tout particulièrement de ne pas se rendre
dans les lieux de concentration habituels des expatriés non sécurisés
(restaurants, marchés) aux heures de haute fréquentation.
Pour
les personnes présentes au Pakistan, il est fortement recommandé de
limiter les déplacements non nécessaires, d’éviter les attroupements et
les bâtiments officiels. La sécurité s’est dégradée au cours
des derniers mois. De nouvelles actions terroristes contre les forces
de sécurité, les bâtiments officiels et les représentants de
l’autorité, ainsi que des actions contre les lieux fréquentés, y
compris, le cas échéant, par la communauté internationale ne peuvent
pas être écartées. En conséquence, il est recommandé, dans la période
actuelle, de différer les projets de déplacement au Pakistan." Bien. Voila l'ambiance! Mais....
....depuis notre arrivee, nous ne sentons aucune pression eventuelle, seulement le poids des sourires dans notre dos, qui nous vaut de nous retourner regulierement pour
rendre la pareille. A peine sommes-nous arrives a Lahore que les Pakistanais, curieux, nous posent mille questions. Au
sujet de notre ressenti sur leur pays, mais aussi sur notre
nationalite, et s'il leur serait possible facilement de trouver un
travail en France(!)...Notre ressenti? Jusque-la, Lahore nous donne l'impression d'etre une ville superbe, mouvementee mais pas
survoltee comme une ville indienne.
Prevenus avant d'entrer en territoire musulman, nous avons pris soin de travailler notre "allure". Vidian prepare sa barbe depuis sept mois deja (presque trop...), un vrai succes, et Armelle s'habille "a la locale". Nombreux sont les hommes qui nous demandent si nous sommes musulmans, et nombreuses sont les femmes qui jettent des regards interrogateurs. "Pakistani?" "No, sorry!"
Armelle est mal en point, une tornade gastrique sevit dans ses entrailles. Les epices lui sont deconseillees. Un "Subway", au look tout a fait europeen, nous ouvre les portes de son espace climatise pour le dejeuner, puis ce sera le tour d'un KFC pour le diner, un fast-food servi par des malentendants et muets. Nous nous eclaterons a communiquer avec les adorables serveurs, qui apprecie le charme d'Amelle (de nombreux pouces se levent dans son doigt, rendant Vidian hilare), et qui nous questionne sur notre voyage. Un dialecte universel existe, nous en sommes sur.
Nous attrapons un bus et restons encore tout surpris de cette separation physique entre les hommes et les femmes, une large porte metallique interdisant tout regard. De nombreux jeunes viendront s'installer a nos cotes (hommes et femmes), pour un brin de causette dans un anglais souvent impeccable. Nous partons deambuler dans le fort de Lahore (Shahi Qila), semblable a celui d'Agra, un lieu paisible ou le simple fait de fermer les yeux vous renvoie au temps des Maharajas.
La mosquee de Badshahi, immense et magnifique, avec son sol de marbre et ses grandes voutes celestes nous occupera un grand moment. Alors que nous discutons tranquillement avec deux ancetres barbus, un groupe d'une quinzaine de jeunes etudiants (males) nous tombent dessus, enchainant les questions et les blagues. Au moment de partir, nous acceptons de faire quelques photos avec eux, et c'est a cet instant precis qu'une rangee d'appareils photos et de portable se dresse devant nous . Puis c'est la folie, chacun se bousculant pour etre au plus pres de nous, pour tenter de mettre un bras autour des epaules d'Armelle, pour etre pris seulement avec nous...C'est marrant. Les garcons sont tout excites, allant jusqu'a s'engueuler entre eux pour une place ratee a nos cotes. Le drame survient lorsque nous voulons nous eclipser. Les flashs redoublent de vigueur, d'autres familles profitent de l'occasion pour poser a nos cotes, des "photographes professionnels" refont gratuitement leur catalogue en dirigeant les prises de vues. Des bras nous pressent, des mains nous saisissent pour nous garder avec eux, nous maintenons encore le sourire avant de declarer trente fois "derniere photo ok?"...On serre quelques pinces et on file sans se retourner a l'autre bout de la mosquee.
Accroupis, on souffle un peu...Derriere nous,
des reparateurs de tapis operent, comme des chirurgiens. Un travail de maitre d'une precision incroyable.
Et hop, il retourne le tapis, et le caresse de sa main. Un sourire de
satisfaction illumine son visage. Impossible de distinguer la suture
qu'il vient d'effectuer!
La rencontre avec Matthieu, de l'Alliance Francaise de Lahore, bouleverse notre rythme de pauvres vagabonds d'Orient. D'une gentillesse et d'une generosite sans egal, cet homme au physique de rugbyman nous accueille chez lui et nous fait rencontrer tout un tas de monde passionnants. Notre arrivee chez lui reste un moment memorable. Une chambre superbe avec salle de bain privee et serviette de toilette nous ouvre ses portes. Vous n'imaginez pas le bonheur de pouvoir s'essuyer apres une bonne douche dans de vraies serviettes douces, et non dans un bout de toile (genre essuie-tout) qui couvre a peine les fesses, comme nous avons pris l'habitude de le faire depuis 7 mois!! De vieux meubles pakistanais ou afghans, de chouettes photos Noir et Blanc encadrees, de petites loupiottes, de magnifiques tapis, nous sommes dans un nouveau monde. Nous le realisons d'autant plus lorsque Matthieu nous sert l'apero, comme au pays!! Nous papottons en le questionnant beaucoup sur le Pakistan, ou il reside depuis plus de 7 ans. Puis nous passons a table, servis par le cuisinier, le tout arrose d'un bon Bordeau, un Medoc peut-etre...Nous planons tranquillement, un sourire beat scotche a nos visages. Quelle sensation incroyable de se sentir si pres de la France et si loin a la fois, si proche du Pakistan et si loin a la fois...Nous aimons ces contrastes qui nous font realiser que les pays que nous traversons ne sont pas fait uniquement des elements que nous pouvons observer dans la rue. Nous serons dorlotes par Matthieu pendant tout notre sejour, un vrai petit bonheur...
La premiere rencontre que nous faisons grace a Matthieu est Michael, pakistanais "chretien-musulman" (et oui, rien n'est impossible au Pakistan), qui nous servira de guide dans le labyrinthe des ruelles de la vieille ville.
Les rickshaws sont differents de leurs acolytes indiens, davantage
barioles et faisant un boucan d'enfer. Nous doublons une cariole a
cheval dont le chauffeur, pourtant au milieu d'une faune urbaine
sauvage, semble tout a fait tranquille, a moitie allonge, tenant les
renes nonchalement. Plus loin, c'est un ane qui tire une charette ou
croule de ballots de cartons usages, alors qu'un velo tente de le
doubler sur la droite, tandis qu'une moto klaxonne pour prevenir un taxi
de son passage sur la gauche.
Prevenant, interessant et adorable, l'ami
Michael. Ce petit homme frele, impeccablement habille meme s'il mene une vie bien dure a cause de la penurie totale de touristes, nous initie a
l'histoire de Lahore tout en nous faisant remarquer d'infimes details. Nous passons un peu de temps au frais dans les anciens
bains royaux, avant de faire un detour par un temple sikh pour avaler
un the avec le guru.
De petites sentes nous offrent des
points de vues geniaux. Un sage a la barbe blanche, assis en tailleur,
fume la pipe a eau. Un autre ancetre, le dos contre un mur, semble
vendre ses fruits depuis des lustres. Des enfants passent en criant, a
la poursuite d'un jeune en velo. Des "boulangers" font disparaitrent
leurs bras dans le tandoor, ce gros four ou cuisent les chapatis et
autres delices. Dans une ruelle qui brille de tous ses feux, les
vendeurs d'or nous helent. Des chevres aux nez busques et aux oreilles
demesurees nous font partir en fou-rire. Un homme aux yeux clair et la
peau brune nous devisage. Un autre sniff de la cocaine, assis sur un
banc, une paille fichee dans le nez. Sur le trottoir d'une rue plus
passante, un barbier s'applique (un peu plus et il tirerait la langue
le bougre!) a tartiner de creme son client, avant de saisir son rasoir
dont la lame etincelle brievement.
Et voila la mosquee de Wazir Khan. Matthieu nous l'avait conseillee. Il n'a pas tort, elle est vraiment magnifique. La priere a lieu. C'est quand meme marrant de voir ces rangees de fesses se lever vers le ciel, et en cadence s'il vous plait. Le chant sacre du lecteur lance ses vibrations dans l'air du soir, nous traverse et monte vers les hauts minarets. Une ambiance de paix nous gagne peu a peu. Nous pourrions y rester des heures. C'est le meme sentiment que lorsque vous etes chez un medecin qui parle doucement dans le decor feutre de son bureau, ou l'impression de s'enfoncer dans le fauteuil est tellement forte que vous ne souhaitez qu'une chose, c'est qu'il ne s'arrete pas. Des eleves de Karachi, en ecole de photographie et de video, s'extasie sur la lumiere penetrante de la mosquee. Vidian rencontre sa premiere Zoroastrienne, adepte d'une religion extremement ancienne et presente en Iran. Nous reviendrons le lendemain pour monter dans un des minarets et observer la vieille ville. Michael connait bien le possesseur des cles, une chance!
Nous sommes un jeudi, jour ou se tiennent les evenements culturels a Lahore. Nous partons vers la mosquee de Data Darbar. Le soleil semble etre avale par la ligne de "crete" des batiments de betons de la cite. Les lumieres jouent sur le sol de marbre de la mosquee, transformant les pelerins en fantomes d'ombre glissant a la surface du sol...Nous venons assister a une performance de Qawwali, une musique islamique sacree. Pas de femmes ici, seulement les bustes des hommes en Shalwar Kameez (vetement traditionnel, sorte de djelaba sur un pantalon bouffant) attentifs aux sons des musiciens. Les groupes se relaient toutes les cinq minutes. Le rythme des tablas resonnent fort, les voix s'emmelent et se melent dans une seule vibration profonde. Des mains se levent a cote de nous en tremblant, comme pour une approbation a la musique celeste qui les transporte. Un homme s'est envole, dans ses pensees. Il fait tournoyer sa tete violement et tord son buste dans une genre de transe etrange. Des musiciens, du khol sur les yeux, etendent parfois leurs mains au dessus de la foule, comme une imposition musicale. Un "barbe courte", a l'aide de son pulverisateur en inox, vaporise de l'eau de rose, participant a renforcer cette ambiance mystique. Un autre musulman passe dans les rangs recolter de l'argent, puis vient egrenner les billets dans les tourbillons des ventilateurs au-dessus des musiciens, qui s'enflamment alors, debutant des sonorites particulieres et plus rapides. La silhouette d'Armelle denote dans cette mer de turban et de calvitie. Soudain, la musique stoppe et tous se mettent debout. Un homme dicte une priere que les hommes repetent en choeur. Le Qawwali est fini.
Dehors, des rangees de personnes s'etendent devant des gargottes. De riches Pakistanais achetent des marmites de riz et de lentilles ainsi que des chapatis et les offrent aux plus pauvres. L'aumone est un des cinq piliers de l'Islam. Le petit bonhomme qui a garde nos chaussures a l'entree du lieu saint est un ami de Michael. A note retour, il nous offre un jus de fruit, que nous sirotons en scrutant le va-et-vient des pelerins. Une foule heteroclite. La plupart viennent des provinces alentours a cette heure-ci.
Nous mangeons un
morceau en vitesse chez Matthieu avant de repartir a la decouverte de
la musique Sufi. Nous surprenons une course de caleche a cheval dans
une large rue mal eclairee, et gagnons a pied un petit temple dont la
cour est remplie d'hommes-vapeur, crachant la fumee comme des pompiers.
En tant qu'etrangers, nous sommes parques dans un coin, tandis que
Michael part rejoindre des amis. Assis sur de petites marches, nous
observons cet univers etrange. L'odeur si particuliere du
haschish nous enveloppe, et laisse l'atmosphere surchargee de fumee. Un
homme lance des bribes de paroles vers le ciel, un autre sonne
irregulierement dans une sorte de corne de brume au son mat, comme
s'il etait perdu dans ce nuage toxique. Un gros moustachu renverse des
lampes a huile et autres chandeliers sur le dos d'un barbu. Aie! C'est
alors que surgissent deux grands gaillards, munis de gros tambours dont
deux peaux sont tendus de chaque cote. Et les voila qui se lancent dans des
rythmes, alternant frenesie et ballade. Les pulsations exitent la foule
qui plane depuis un petit bout de temps deja. Certains lancent des
cris de joie, d'autres levent des mains ou applaudissent. Un homme se
tient pres de nous, les yeux exorbites, les mains tremblantes. Il
vacille, comme s'il etait debout sur un petit
iceberg, oscillant pour maintenir un equilibre precaire sur une mer
d'illusions, creee par le petard qui pendouille a ses
levres. Deux heures que les sufis battent sur leur percussions, a des
rythmes parfois incroyables, surtout lorsque l'on sait que l'un d'eux
est a moitie sourd...Puis un saxophoniste remplace le plus barbu et
vient placer des notes que les hommes reprennent en choeur. L'ambiance
est totalement decalee, on nous propose de plus en plus des "cigarettes
magiques"...mais mille millions de mille sabords, nous ne pensons qu'a ces marches de beton sur lesquelles nous sommes assis, et qui nous
meurtrissent le cul !! Vers minuit, nous abandonnons le navire sufi.
Nos vetements sentent l'herbe a plein nez.
Session hopital.
Pour connaitre profondement un pays, Armelle decide de tester un
hopital pakistanais. Voila deja plus d'une semaine qu'une mousson
stomacale l'epuise, et nous apprenons bientot que des douleurs
suspectes prennent le nom savant de strombose hemorroidaire aigue...Bref, sous les
conseils d'amis medecins francais (speciale dedicace), nous partons decouvrir les charmes
de la chirurgie pakistanaise. Armelle ressort de la salle d'operation
plus blanche que jamais, toute tremblotante et des douleurs plus
violentes encores. Dans la salle d'attente bondee, Vidian me peut meme
pas la prendre dans ses bras pour la consoler. Elle lui raconte que le
chirurgien l'a incisee sans aucune anesthesie, avec brutalite et sans
desinfecter. Vidian partirai bien lui casser la gueule. Welcome
to Pakistan! Le medecin va meme jusqu'a lui prescrire un medicament
anti-constipation alors qu'Armelle souffre de tourista depuis presque
une semaine! Sans deconner...Rapatriement sanitaire a la maison, ou une
coupure de courant nous oblige a nous trimballer une lampe frontale sur
le front pour trouver une assiette. Le courant revient in-extremis,
nous permettant de nous detendre devant un bon DVD. Armelle ne peut que
difficilement s'assoir, la pauvre. Matthieu rentre d'un diner et semble
scandalise par l'attitude du medecin...Il entendra parler de lui! Heureusement, au bout de trois jours au bord de la piscine, ca ira mieux....
Allez les bleus! Un matin, nous filons vers Atchison College pour un match de football opposant la communaute francaise et des eleves francophones de l'etablissement. Il fait deja chaud et les bleus se font mener, pour finalement perdre 5 - 3, ce qui est loin d'etre ridicule face a des jeunes adolescents qui s'entrainent depuis des semaines! Vidian et Matthieu se sont defoules comme des fous, mais cela n'aura pas suffit. Alors qu'Armelle, en convalescence, se pavanera au bord de la piscine chez des amis de Matthieu, Vidian retournera assister a une performance equestre dans ce fameux "college" qui date de l'empire colonial britannique, et qui regroupe la creme des etudiants de haut niveau, souvent fils de ministres et descendants des familles de Maharajas...
Ambiance. Matthieu nous reserve de chouettes soirees. Un "plouf" dans une piscine privee, apres avoir sirote une bonne biere par exemple. Ou encore ce fameux barbecue chez Daniel et Patricia, un couple adorable a l'accent du sud. Apero, viande excellente, discutions rigolottes, bon vin, blagues geniales des "sudistes", fromage francais coulant...Ces moments representent des parentheses dans notre voyage, des pauses spatio-temporelles hors-normes, car il est bon de parler sa langue librement, d'echanger sur des coins du monde ou de rire simplement. Cette soiree se prolongera tard dans la nuit pour Vidian et Matthieu, qui discuterons longuement autour d'un bon cognac. Nous connaitrons aussi "le club", cet espace plus ou moins reserve aux expatries, et ou il est possible de jouer au tennis, de nager dans la piscine ou de dejeuner tranquillement...Suivant les conseils de divers medecins, Armelle retrouve sa forme et sa liberte de mouvement. C'est decide, nous partons demain.
En bus vers le Balochistan.
Le Balo..quoi?! Cette region, a cheval entre l'Afghanistan, le Pakistan
et l'Iran est connue pour ses soulevements tribaux et ses trafics
d'armes et de drogues (entre autres). Nous suivons a la lettre les
conseils du Quai d'Orsay: "Les regions a eviter particulierement
sont les lieux excentres, en particulier le Balochistan, passage oblige
des vehicules souhaitant se rendre en Afghanistan, qui est le cadre
d'activites de mouvements nationalistes armes s'en prenant aux
autorites et de repliques des forces armees pakistanaises". Matthieu
n'est pas rassure, deformation professionnelle...Nos parents et amis
non plus...deformation sentimentale. Nous ca va plutot
bien...deformation cerebrale!!
Vingt heure de bus de nuit. Le ruban
d'asphalte, peu large, oblige a quelques sorties de route afin de
pouvoir croiser les camions qui montent vers Lahore. Nous ne dormons
qu'a moitie. Chaque fois que le sommeil nous gagne, une pause
s'affectue dans une tchaikhane, boui-boui de bord de route chere a
Nicolas Bouvier. A croire qu'ils le font expres.
Quetta, une ville de traffic. Elle nous apparait plutot calme
Nous y passerons une nuit et une journee, principalement a observer les
bus barioles qui parcourent la cite. Quelques magasins de vente d'armes
prennent place entre un hotel et une echoppe alimentaire. Des
camion-citadelles, ces mastodontes de la route dont la cabine est
decoree a outrance de peintures aux couleurs vives, traversent la ville
dans un bruit de tonnerre mecanique. Encore une nuit dans un bus, a
tenter de trouver la bonne position pour eviter que la tete ne balance
sur le cote. Encore des pauses dans des tchaikhanes faiblement eclaires
qui vous donne l'impression d'etre dans un reve. De vieux barbus,
portant le turban avec fierte, nous observent du coin de l'oeil. L'un d'eux nous
invite a nous asseoir avec lui parterre apres avoir enleve nos chaussures.
Partager une galette de pain et un peu de sauce nous semble alors
totalement irrealiste, perdus sur ce bout de route au milieu du desert,
a 2h du matin. Armelle, par chance, est conviee au festin, a condition qu'elle reste en marge. C'est deja un honneur d'etre a la table des hommes....
Taftan, dont le Lonely Planet explique sympathiquement que c'est l'enfer sur terre...Bien.
Nous y arrivons un matin de bonne heure. Fatigues, nous ne savons plus
depuis combien de temps nous voyageons, des heures, des jours, des mois,
peut-etre des annees? Sommes-nous arrives au bout de la route? Cette nuit a eu lieu dans le bus d'etranges transferts de jeunes, avant, apres les check points de police. Ca sentait le traffic a plein nez...On a fait en sorte de ne pas trop regarder. Vaut mieux se la jouer discrets dans ces cas-la...Vivement le passage de frontiere.
Un gentil Iranien nous pousse encore un peu plus loin en nous offrant de partager son taxi. Derriere les barbeles, l'Iran, un nouveau territoire a explorer. Quelques heures a dormir sur nos sacs comme des mendiants devant les bureaux de la douane. Vidian partira echanger de l'argent, des sourires et plusieurs thes avant de reveiller sa douce, annoncant le passage vers la Perse. Tchac, coup de tampon! Nous filons vers l'Ouest dans une vieille guimbarde rafistolee avec deux Coreens insupportables. Vidian doit absolument oublie le "atcha" indien (ok,ok) qui ponctue toute les phrases aussi bien au Pakistan qu'en Inde. Le chauffeur lui repete le nouveau mot, qu'il n'arrive pas a se fourrer dans le crane...Nos premiers pas en terre Iranienne...
Bonus: encore un album...
Armelle et Vidian
30 mars 2008
On the road again...
Salam Aleikom!
Eh oui, bonjour en...ourdou, langue parlee au...Pakistan! Nous retrouvons les memes moustaches, les memes sourires, la meme gentillesse mais une nouvelle frenesie nous attend: etre pris en photo par les locaux!! Mais reprenons un peu le fil de notre histoire depuis la capitale indienne.
Leh, Ladakh, - 2 degres la nuit, 10 degres le jour. Delhi. 25 degres la nuit, plus de 30 degres le jour. Nous devrions etre fatigue par ce brusque changement de climat mais notre suroxygenation sanguine fait la balance. Comme un dernier clin d'oeil du Ladakh, un "Julley" amical claque sur la Connaught Place de la capitale indienne. Petit jean's, chemisette blanche, cheveux gomines, Morup, le fils de notre famille ladakhie nous ouvre ses bras pour nous accueillir...Nous echangeons les dernieres nouvelles de notre royaume himalayen, passons voir, apres moultes detours, sa soeur Sonam, eleve-medecin residant a l'hopital, avant de gagner la chambre de Morup pour un diner tout simple et si "friendly". Que c'est etrange de se retrouver dans cette petite piece sans fenetre a engloutir des chapatis avec un ami des montagnes en jettant un oeil sur l'ordinateur qui s'eclaire des images du film Kundun retracant la vie de sa saintete le 14eme Dalai Lama...Et surtout quelle emotion de se retrouver en face du fils de nos bien-aimes Abaley et Amaley, dont ils nous ont tant parle, et avec une grande fierte. Et ils ont raison! Quelle culture generale, quelle education! Contraste avec ce que nous avons vecu dans la campagne ladakhie...Encore une soiree merveilleuse a discuter en sirotant notre dernier Tchai-Larmo, le the au lait sucre.
Premiere operation strategique, le visa iranien. Apres une nuit sous le souffle des pales du ventilateur et un petit-dejeuner sympathique sur une terrasse, nous debarquons plein d'esperance a l'ambassade iranienne. A peine Vidian commence a ecrire sur son journal de bord pour patienter qu'un Irakien moustachu et bedonnant, originaire de Babylone, entame une conversation. Puis ce sont trois Espagnols voyageant depuis Hanoi avec de vieilles motos Minsk qui se lancent dans de longs palabres avec Armelle, qui part bientot discuter avec une famille belge parcourant les routes du monde en 4x4 avec leur trois enfants, pendant que Vidian fait connaissance avec un jeune photographe italien travaillant pour un journal hollandais. Cette ambassade iranienne aura toujours ete source de merveilleuses rencontres, nous donnant un avant-gout de ce qui nous attend la-bas! Apres trois heures d'attente a croiser les doigts, les autorites iraniennes nous delivrent enfin le precieux sesame qui nous permet de rester 30 jours en Perse, alors que la plupart des touristes n'obtiennent qu'un transit de 7 jours. Quelle chance! Sans hesiter, et comme si nous avions peur que les Iraniens changent d'avis, nous filons retrouver la chaleur de la rue. Apres avoir attendu 15 min que le garde termine sa priere, prosterne par terre derriere son bureau, pour nous ouvrir la porte. Dans la rue, nous resterons plus d'1h30 a discuter avec un couple de jeunes francais venus jusqu'en Inde en 2CV camionette!
Dans le desordre. Un dejeuner avec Giuseppe, le jeune photographe italien, donne beaucoup d'idees a Vidian, d'autant plus qu'il bricole des Vespas pour les revendre...
"Ladies Only", precise la pancarte du guichet des reservations de train. Des files d'hommes indiens transpirants s'allongent dans le hall, de part et d'autre de ce guichet unique, presque desert. Voyager avec une femme, c'est tout de meme fantastique! Les tickets pour Jaipur (province du Rajasthan) en poche, nous degottons en chemin un gros carton dans une petite echoppe. Nos grosses mouffles, des souvenirs himalayens, plein de vieux papiers souvenirs (ca c'est surtout Vidian!), nos bonnets uses, tout finit par rentrer dans le carcan de papier: 15.68 Kg! Le colis devra etre recouvert de tissu blanc et cousu afin d'etre envoye en France. Nous retrouvons alors la joie d'un sac plus leger.
Vidian ne cesse de baver devant les motos Royal Enfield qu'un gros americain retape pour les revendre a des prix defiant toute concurrence. Tilt! Encore une nouvelle idee farfelue nait dans son cerveau (tres) chevelu.
Quelle est cette force incroyable qui nous entraine dans des rencontres fabuleuses? Pourquoi des discussions s'entament sans que rien ne semble le laisser prevoir? Un petit dejeuner avec un anglais vivant en Grece nous apprend les charmes de la Crete, un the a une terrasse nous emmene dans le labyrinthe des maisons de terre de Cappadoce, en Turquie, une autre pause urbaine nous rappelle les delices de la Finlande...Pahar Ganj, le quartier touristique de Delhi, c'est plein de gens bizarres, illumines. Mais pour trois jours, ca a du bon! Comme le dit le petit berger andalou de l'Alchimiste, "Lorsque l'on desire vraiment quelque chose, l'univers tout entier conspire a la realisation de ce desir"...
Jaipur, Happy Holi, Splash!! Cinq heures de train nous trimballent vers le Rajasthan. Un the partage sur un banc en fer de la petite gare de Sarai Rohilla, a Delhi, nous donne le temps de realiser que la vie est bien belle...Alors qu'une locomotive lance son cri dechirant en s'ebranlant, un chien fait la course avec le vent, un enfant effectue une jolie pirouette dans l'air sature de chaleur, un vendeur ambulant hele le passant, et un vieux cul de jate tend la main. Ils deviennent le decor mobile de ce paysage heteroclite que represente un quai de gare. Nous aimons le train indien, ce condense de culture et de vie indienne, dans toute sa diversite.
Jaipur, la ville rose ou se coitoient autant les chameaux que les voitures, les rickshaws que les vaches, les velos que les chiens, dans une joyeuse cacophonie balayee par des vents de sable. Pourquoi ce detour soudain vers l'ouest, alors que le Pakistan nous appelle plus au Nord? Car demain, la fete du printemps, "Holi", battera son plein en Inde. Quoi de mieux que le pays des Maharajas pour vivre cet evenement?
Alors que le disque solaire rougoie au dessus de la ville, Armelle porte son regard au loin, perdue dans ses pensees, le menton plonge dans ses bras croises sur la rambarde d'argile du "Monkey Temple", pose sur une proeminence rocheuse. Les singes se rassemblent sur cette colline a la tombee de la nuit. Ils n'ont peur de rien, sauf des vaches, qui convoitent les peaux de bananes en guise de diner. Et gare a celui qui se retrouvera sur le chemin-de-la-peau-de-banane. Armelle en fera les frais en se prenant un petit coup de corne...
La veille d'Holi, un defile d'elephant prend place dans un stade de cricket (le sport national ici). Pares de leurs plus beaux "vetements", peints de couleurs vives, les mastodontes deambulent tranquillement devant nos yeux ecarquilles. Pachydermes, chevaux, dromadaires, danseurs, fanfares, c'est une explosion de couleurs, de fastes et de sons. Nous nous regalons.
Alors que Guillaume, un francais delirant rencontre a Delhi, decide de colorer sa boule a zero de pigments de couleurs, un attroupement se cree autour de nous...et une invitation tombe sous les traits d'un petit garcon gringalet. "Demain, venez dans ma famille pour feter Holi, ok?". Quel honneur! Un detour par sa maison pour boire un the et reperer les lieux et nous rentrons, evitant les feux de pailles et de bouses qui s'etalent sur les trottoirs, anticipant la fete.
Le lendemain, la ville se colore peu a peu. Des motos, croulant sous le poids de 4 ou 5 jeunes hommes surexites et barioles de couleurs, foncent dans les rues. Des jeunes hurlent leur joie et fondent bientot sur nous pour nous etaler des poudres de couleur ultra-vives sur la figure, le cou, les bras avant de nous serrer dans leurs bras en nous souhaitant "Happy Holi"! A peine avons nous fait quelques centaines de metres que nous sommes re-peints!! On en profite pour acheter des pigments et rendre la pareille, dans une joyeuse frenesie. Certains n'hesitent pas a s'essuyer les mains sur la poitrine d'Armelle, ce qui leur vaut de belles baffes et de prodigieux coups de pieds! Un peu honteux, ils s'eloignent, penauds. La poudre vole, des bassine d'eau eclaboussent, les gens rigolent, laissant apparaitre d'etrange rangee de dents blanches dans des visages roses, verts, bleus et jaunes fluos...
Colores, nous arrivons enfin dans la famille hindoue et discutons avec nos hotes, en avalant un riz epices en guise de petit dejeuner. Nous sommes la, au milieu de leur quotidien, et nous sommes bien. La maison est bleue et fraiche, le pere bricole un fil electrique, la fille passe le balai, le fils joue avec son portable, un autre discute avec nous, chacun lancant des regards curieux. Ils ne descendront dans la rue que cet apres-midi, alors nous echangeons beaucoup de sourires avant de nous quitter et partons "reprendre des couleurs".
Tout le monde commence a se chauffer doucement et certains pigments de couleurs nous sont etales sur le visage avec parfois un peu trop de... "volonte", disons. Des contacts de plus en plus physiques et des groupes de jeunes males qui ne veulent qu'une chose, c'est caresser les douces joues d'Armelle. Nous croisons regulierement des gnomes a l'allure de schtroumphs, des hommes violets et des tetes d'Arlequin. L'un deux, les yeux rouges et empestant l'alcool, debite a un rythme effrene des paroles de Shakespeare, et nous invite a une fete. On jette un oeil a l'interieur du porche sous lequel se repercute les sons fortement "decibeliques" de la sono: des jeunes en couleur, les bras au ciel, dansant nerveusement sur les pulsations de la musique trans', des bouteilles de biere qui degoulinent dans les gorges et sur les bustes, de droles de cigarettes circulent gaiement aussi, le tout dans une atmosphere sombre et un peu inquietante. Nous de decidons de partir quand des hommes titubants tentent de nous forcer a entrer...On evite les derniers jets de poudre et rentrons a la guest house ou les tenanciers musulmans se marrent a notre arrivee.
La douche n'est alors qu'un vaste fleuve multicolore et visqueux, avale par la bouche de fer rouille. Le grand jeu de Vidian et d'observer toutes ces gouttes qui semblent provenir d'une autre planete. Une riviere jaune amorce le contournement du gros orteil, alors qu'un torrent vert s'echappe de la voute plantaire, pendant qu'un ru bleu fonce tombe depuis les epaules jusqu'aux panards, en glissant le long du buste et des cuisses, comme des veines externes explusant la fatigue vers la terre...De gros fauteuils en osier sous le toit de bambou nous accueillent pour un peu de repos et une longue discussion avec Guillaume, clerc de notaire venant de tout plaquer pour voyager.
Amritsar, terre des Sikhs. Une nuit dans un train indien est toujours une petite aventure, souvent que du bonheur, et parfois la presence de voisins bruyants. Les quelques 18h de train ne nous font pas peur et les sourires des Sikhs qui nous observent nous mettent tout de suite a l'aise. "Dis, c'est quoi un Sikh?" Les hommes sont facilement reconnaissable au turban qui leur ceint la tete, et leur barbe, souvent d'une longueur exceptionelle. Cinq elements ou devoirs (les 5 K) sont obligatoires pour ces hommes dont la religion, cree par le guru Nanak, est a la confluence de l'Hindouisme et de l'Islam: Kesh, ne jamais se couper les cheveux et les couvrir d'un turban, ne jamais se separer de son Kanga, le peigne de bois, du Kara, le bracelet d'acier ou d'argent, du Kirpan, le poignard a lame courbe, et du Kachhera, un sous-vetement de coton. Ces hommes sont des guerriers, des combattants et ils n'ont pas toujours eu la vie facile, notamment pendant la partition de l'Inde en 1947. La ville des Sikhs se nomme Amritsar, dans la province du Penjab, proche de la frontiere pakistanaise. Leur lieu de pelerinage est le "Golden Temple", au coeur de la ville. C'est la que nous vous emmenons..
La nuit est fraiche, la matinee douce. Berces par le vent qui parcourt la wagon librement, nous laissons divaguer notre regard. Comme des bagnards, derriere les barreaux des fenetres (qui evitent toute intrusion massive d'indiens pendant les escales ferroviaires), nous observons les bidonvilles qui s'etalent le long de la voie. Qui sont les prisonniers? Toutes ces cabanes colorees, le flegme du buffle qui machouille, les enfants qui jouent autour du point d'eau, le repos d'un vieil ancetre sur son charpoi (lit de corde), donnent une image etonnante de ce taudis. Mais des que le regard s'aiguise un peu, d'autres details nous sautent a la figure: les tas d'ordures fouilles par des momes en guenilles, la puanteur qui s'echappe des egouts, des latrines debordantes de merde, les regards perdus de ces hommes qui errent...
A peine debarques a Amritsar, une horde de conducteur de rickshaw se ruent vers nous. Comme toujours, nous nous eclipsons en souriant, et marchons pour s'eloigner de la gare. La proximite du Golden Temple, le temple sacre des sikhs, se materialise par une foule incroyable de turbans, de vehicules en tout genre et de marchands. Cacophonie urbaine. Puis tout d'un coup, le silence. Nous sommes dans le sacro-saint lieu du sikhisme. Les pieds nus et laves, la tete couverte, nous marchons doucement sur le marbre blanc, baignes dans une lumiere de fin de journee. Imaginez un immense cloitre de pierre blanche, enserrant un bassin ou repose en son centre un temple recouvert d'or, tel un tresor echoue sur une ile. Et des hommes enturbannes, et des femmes en sari ou en penjabi qui circumambulent. Ici, 35 000 repas gratuits sont distribues chaque jour! Les pelerins ne cessent d'affluer, venant se purifier par un bain ou des ablutions dans le reservoir d'eau, avant de se recueillir dans le temple, ou des musiciens jouent et chantent toute la journee des melodies envoutantes. Nous sommes subjugues par tant de plenitude et de calme. Un vrai lieu de repos de l'ame. Peaceful.
Nous ne pourrons pas nous empecher d'y retourner, plusieurs fois. Habillee a la locale, voilee, une main passee au henne, Armelle suscite le regard amicale des femmes qui se demandent quelques minutes si elle n'est pas d'ici. Vidian, avec sa barbe, inspire le respect. Il se fera meme faire un turban sikh, grande classe! Nous resterons longtemps a obserer cette abondance de couleurs et de devotion...et de nombreux curieux viendrons nous poser quelques questions et se prendre en photo avec nous...Que du bonheur! Un beau dimanche de Paques...
Wagah border, la grande mascarade de la frontiere. Pourquoi, chaque jour, 5000 personnes se pressent dans les gradins pour assister a l’ouverture de la frontiere indo-pakistanaise? C’est un lieu original ou les armees des deux "camps" rivalisent de choregraphie, de gestes d’intimidation et de cris pour la gloire de leur patrie. “
Un saddhu nous accueille pour la nuit. A peine le show termine, nous nous mettons en quete d’un lit pour la nuit. Cote indien, il n’y a rien, peut-etre a quelques kilometres en arriere mais cette perspective ne nous enchante pas vraiment. Nous sommes un peu butes parfois! L’idee de planter la tente nous effleure lorsqu’un indien bedonnant nous aborde. Vidian, qui a toujours son turban sur la tete, suscite la curiosite des Sikhs, qui le prennent parfois pour l’un des leurs. Nous papotons et laissons planer le doute sur notre nuit dans le coin. “Il existe un petit temple a quelques centaines de metres, vous y trouverez bien un endroit pour vous allonger pour la nuit, en securite”. Bien. Super idée. Nous marchons tranquillement alors que les premieres etoiles se levent. Un vieux poste crache de la musique, un banyan centenaire lance ses branches-racines vers la terre, un feu se consume dans une vasque en terre cuite et un saddhu nous regarde, l’air absent. Il accepte d’un mouvement de tete notre proposition a s’allonger la pour la nuit. Nous sommes bien “racles” et la sieste nous surprend, allonges sur le sol de beton brute, proche des dieux parfumes a l’encens.
Le saddhu est aide dans sa tache par une famille dont les petites filles nous regardent avec de grands yeux. L’une d’elle nous reveille pour nous passer gentiment une natte de corde, en guise de matelas. L’ambiance est particuliere, une pauvre ampoule eclaire le petit batiment bleu au sol rouge, un ventilateur pulse l’air chaud, et deux clochards sont affaisses sur leurs sacs poussiereux. C’est nous. Au diner ce soir, "choulis", vous savez, ces abricots secs, cadeaux du Ladakh. Nous sortons notre precieux paquet, lentement, comme pour se nourrir des gestes precautionneux que nous effectuons. Un a un, nous croquons dans ces cailloux au gout d’abricot, la langue travaillant sans relache pour placer le noyau sous les dents les plus appropriees, qui prennent d’ailleurs un malin plaisir a decortiquer le fruit dans des mastiquations frenetiques. Mais voila qu’un grand sourire arrive, une jeune femme tenant sur un plateau une ecuelle de lentilles et quelques chapatis. Quelle gentillesse! A notre grande surprise ce soir-la, nous aurons un vrai diner a nous mettre sous le bec. Une polaire comme oreiller, Armelle s’endort. Vidian observe, allonge sur le dos, les dernieres prieres du Saddhu, qui semble parler avec l’arbre seculaire, avant de faire d’en faire le tour interminablement. Un gecko, sorte de gros lezard jaune gobant de petites bestioles, defie les lois de la gravite en grimpant sur le plafond. Il se poste bientot pres de l’ampoule, prêt a chasser. Vidian perd vite le fil de ses pensees et tombe dans les bras de Morphee.
La musique se reveille bien avant nous, vers 5h du mat’. Le sac a viande sur la figure pour se proteger de la lumiere de l'aube, nous nous rendormons pour deux heures, laissant les fideles nous enjamber pour acceder aux diverses "chapelles". Vidian leve un oeil. Armelle est accroupie et observe le soleil qui se leve. Elle semble s’etre battue toute la nuit avec d’affreux moustiques tournicotants autour de notre paillasse. Aujourd’hui, nous quittons l’Inde, ce pays ou les hommes pissent accroupis. Deux tasses de the au lait nous sont offertes par “grand sourire” et nous decollons. A 10 heures, la frontiere ouvre ses portes. Nous nous glissons dans l’interstice territoriale. Feuillets a remplir, passeports, coups d’oeil au barbu qui ne ressemble pas a la photo du papier officiel (heureusement que Vidian a enleve son turban!), un autrecoup d'oeil a la jolie demoiselle qui l'accompagne, tchac, coup de tampon! Good bye India!
Nous marchons quelques metres et passons la fameuse grille. Salaam Aleikoum, bienvenue au Pakistan! Une “longue barbe” et des yeux cernes de khol scrute notre visa, jette un oeil aux deux hurluberlus que nous sommes et appose le fameux sesame. C’est parti!
Du sable, du sable, encore du sable. Des batiments en construction et de vieux camions barioles trainent ici et la. Ca y est, nous sommes bien au Pakistan, ce pays qui passent pour un repaire de terroristes aux yeux des occidentaux, un lieu d’une dangerosite extreme plein de fanatiques islamistes…Nous n’apercevons que des sourires sur notre passage et ne recevons que des questions curieuses sur notre origine et notre voyage. Un vieux bus completement defonce semble nous attendre.
Lahore est a 27 kilometres. Un ruban d’asphalte part droit devant nous. Premiere surprise qui nous fait realiser que nous avons bien change de pays: les femmes et les hommes sont separes dans le bus par une lourde porte en fer montant jusqu’au plafond. Cette fois on y est, c’est sur. Le bus tremble, faisant deplacer les bancs dont les visses rouillees ne rentrent plus dans la carcasse metallique. Gloups. Vidian avale difficilement a la vue d’une bombonne de gaz pose aux pieds d’un barbu. C’est des malades!! Mais l’homme viendra bientot lui “taper la discute” dans un anglais presque parfait…Nous avons du mal a croire que nous progressons au Pakistan, que nous sommes en train de rouler vers la France. Revenir vers l’Ouest en traversant le Moyent-Orient...On the road again! A nous les pays musulmans!
Quelques photos dans le...14eme album (deja!)
Mille bises
Armelle et Vidian












































































































































