Instinct Nomade

Voyage authentique, longue marche en autonomie et en hiver en mongolie et au ladakh, rencontrer des nomades, vivre avec eux et tester leur techniques contre le froid

17 mars 2008

Adieu petit royaume himalayen!

     Julley! (un dernier pour la route)    

    Comment va la vie en France? Et a Moscou, en Chine, en Argentine, en Uruguay, a la Reunion, en Australie, a Amsterdam, Bruxelles, New-York ou Dubai? Nous pensons bien a vous tous, amis, famille, cousins ou inconnus (!), specialement depuis notre arrivee dans un monde finalement bien civilise qui est celui de la capitale indienne, Delhi la polluee. Oui, nous avons bien quitte notre cher Ladakh, non sans une vague de tristesse. A la demande generale, nous allons vous presenter un peu mieux notre famille ladakhie et la vie quotidienne de la maison. Vous remarquerez une manoeuvre tres subtile de notre part pour vous inciter insidieusemnet a relire nos articles sur le Ladakh en ayant la chance (incroyable) de pouvoir mettre des visages sur les noms alors abstrait que l'on vous rabachait a longueur d'articles.

    A peine revenus de notre escapade dans la vallee interdite de la Nubra, nous retrouvons notre chere maman ladakhi et le paternel avec une joie particuliere. A peine installes dans la cuisine, les "butter toast" (pain grille au beurre) d'Amaley nous font realiser que le plaisir d'etre chez soi est intense. Quel pied mes enfants, quel pied! Imaginez deux jeunes poussiereux, assis par terre sur des banquettes de tapis, sous la lumiere de la seule ampoule qui pendouille au mur, le sourire beat (attention Vidian, tu baves...), soufflant sur notre (ultra) petite tasse de the sale fumant, le regard bienveillant et doux d'Amaley pose sur eux...

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    Le the avale, les toasts a peine digeres, Armelle pousse gentiment Vidian a se laver. Une aventure en elle-meme, et meme si la temperature est montee de quelques degres depuis janvier, evitant tout gel definitif des pieds, l'expedition hygienique reste un defi! Non, nous ne sommes pas obsedes par la toilette (meme si on n'arrete pas d'en parler), mais sachant que nous effectuons cette obligation qu'une fois toutes les deux semaines et demi...vous allez peut etre nous excuser. Nous vous avions explique la position de la bassine de plastique, au dessus du trou beant des toilettes a la turque, celles ou il faut vider ses poches avant de faire son travail. Les pieds cales contre les rebords de la bassine pour eviter tout plongeon incontrole, il faut saisir la cruche de plastique grise et l'immerger dans le sceau bleu a eau chaude. Puis attraper prestement le savon et le gant de l'autre main et tenter de:
     1. s'eclabousser,
     2. mouiller le gant,
     3. y frotter le savon,
     4. viser le tout vers votre corps tout blanc.
     Un geste qui n'est pas naturel pour un sou! M'enfin...Accroupi, parfois la lampe frontale sur la tete (coupure d'electricite oblige), la vision de cet humanoide blanchatre dans la plus stricte tenue d'Adam en suprendrait plus d'un! Le plus dur reste cependant a s'extirper de la bassine. En effet, Vidian a bien sur mis de l'eau partout, qui est en train de se crystalliser et de geler sur le sol en beton brut. En sachant que si vous sortez un pied en tentant de le placer le plus loin possible, votre bassine en plastique se lance alors dans une translation dangereuse visant le trou sans fond des toilettes! On vous laisse trouver une solution appropriee en meditant devant ce cliche:

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    Retrouvons Amaley, qui s'affaire dans la cuisine. Nous aimons terriblement cette petite dame au charme extra et au rire tellement naturel. Elle travail au centre d'education publique, qui s'occupe en fait de la gestion et du management des ecoles publiques de la province du Jammu and Cashemire. Dernierement en greve, avec tout de meme une obligation a venir pointer tout les jours, elle doit aujourd'hui rattraper le temps perdu en cravachant deux a trois heures de plus par jour, ce qui nous a fait bien rigoler! Aussi attentionee que nos propres mamans, Amaley nous gate autant que ses chers enfants: the sale, tartines, the au lait, chapatis, the noir, puri (autre sorte de pain plat), biscuits...En rentrant de nos peregrinations journalieres, nous passons beaucoup de temps a discuter avec elle. De quoi? Plein de choses en realite, de l'education des enfants au Dalai Lama, du voyage a la situation au Tibet, des choix de vie a la reincarnation...Nous nous rappellerons longtemps cette discution emouvante mettant en scene notre petite Amaley au bord des larmes en nous expliquant toute la reconnaissance qu'elle porte a Bouddha de lui avoir donne des enfants aussi brillants et respectueux de leurs parents...

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     Abaley, lui, est un rigolo et bon public. Tsering Morup est le tenancier d'un petite epicerie. Si vous souhaitez acheter du sucre, des bonbons, du riz, des cigarettes au chocolat, du savon, du PQ, des epices ou du lait en poudre, Abaley est votre homme. Parfois dans son grand siege de patron, la couverture sur les genoux pour se rechauffer grace a son petit butagaz, ou a discuter dehors avec les amis de passage, il garde le sourire de 9h du matin a 9h du soir...Et bien souvent, il repart a son magasin pour repondre a la demande d'un voisin ou d'un militaire du Kerala qui souhaite telephoner a sa famille restee a Cochin. Vous avez compris: l'epicerie fait aussi office de cabine telephonique!

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     Vers 21h donc, au retour d'Abaley a la maison, nous degustons la fameuse (fumeuse?!) Thukpa, une soupe aux nouilles maison agrementee de multiples legumes et de fromage secs. En hiver, pas beaucoup de choix, malheureusement. C'est le moment pour chacun de parler son propre langage. Nos "parents" adoptifs se racontent leur journee pendant que nous ecrivons nos aventures sur nos petits carnets de voyage.

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    Le saviez vous? Au Ladakh, les prenoms des enfants sont donnes par le Dalai Lama, ou un Ringpoche (Grand Lama) proche de la famille. Ainsi, de nombreux enfants se retrouvent sans nom jusqu'a l'age de deux ans. Mais de toutes facons, qui n'a jamais trouve de petit nom a donner a un nourisson...un prenom ne sert finalement a rien avant deux ans! Ce nom est toujours double (Tsering Morup, Punshok Dolma), mais un seul est vraiment usuel. Le nom de famille, que l'on appelle la-bas "house name", est issu de la famille du pere depuis des generations et des generations.

    La maison d'Abaley et Amaley est petite et sombre, car ne comporte qu'un rez-de chaussee. Ils ont tous les deux un emploi, mais les finances familiales sont grevees par les etudes des enfants. Effectivement, leurs trois enfants, tres brillants, font actuellement leurs etudes a Delhi, et cela coute une fortune...Mais c'est un choix qu'ils ont fait: privilegier l'education de leurs enfants cheris plutot que de construire un deuxieme etage qui, lui, serait baigne de soleil, ou ouvrir une guest house (comme 50% ou plus des habitants de Leh). Ils provoquent la jalousie ou l'incomprehension de leurs voisins mais s'en fichent. Bouddha est avec eux, et ils le remercient tous les jours par des prieres dans le petit temple de la maison. Ou bien chuchottent a longueur de temps pendant leurs activites: "Om mani padme um", le mantra le plus important du bouddhisme tibetain. Un petit moulin a priere est pose dans la cuisine, et des que l'un des deux passe a proximite, hop, un p'tit tour, mine de rien (de droite a gauche, on s'entend...)! Mais...cela n'empeche pas a la maison d'etre tres froide, particulierement notre chambre! Cependant, une enorme couette par-dessus nos sacs de couchage en doudoune nous ont permis de passer des nuits correctes cet hiver...Le plus dur, c'etait le matin! La veille de notre depart, il faisait presque 5 degres dans la chambre, une douce chaleur quoi!

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    Notre derniere soiree est memorable. Amaley est revenue tot et Abaley nous rejoint pour prendre un the. C'est alors qu'un grand moment commence. Toute exitee, Amaley habille Armelle en parfaite femme ladakhi, en la parant de la goncha de fete et de multiples parures. Vidian revet sa goncha d'hiver en laine (toute neuve!) pendant qu' Abaley court chercher un chapeau traditionnel chez la voisine. Amaley se prepare enfin et nous nous retrouvons tous derriere la maison pour une seance de photos rigolotes...

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    Depart. Dimanche 16 mars 2008, 7h30. Les sacs attendent dans le couloir, nous avons les chaussures aux pieds et les larmes qui montent doucement du fond de notre coeur. Abaley et Amaley nous offrent alors une katak (simple echarpe de soie blanche pour remercier ou honorer la personne qui la recoit), Amaley pleure et se cache dans le cou d'Armelle en la serrant fort dans  ses bras et en lui offrant un collier en bois de Santal. Chacun verse de douces larmes: c'est dur. Nous laissons une part de nous-meme ici, nous le realisons avec encore plus de force en ce moment precis. Des choulis (abricots secs) completent les "au revoirs" et chacun se serre dans les bras, chaleureusement. Un dernier regard et la camionette d'Abaley nous arrache a notre peine. Nous degringolons vers l'aeroport. "Change pas Abaley, t'es genial, see you". Sur le "parking" , nous nous retournons et decouvrons Stanzin, notre guide du Zanskar, avec qui nous avions dejeune deux jours auparavant. Adorable, il est venu au rendez-vous et nous a apporte un thermos de the au lait et des biscuits! Et nous voila a prendre notre dernier the sur les banquettes de moleskine de la salle d'attente de l'aeroport. Il nous passe au cou une seconde katak avant de nous serrer dans ses bras. Les yeux rougis par les larmes, il nous fait promettre de revenir et de faire attention a nous. Tout emus, les larmes sales coulant sur nos joues, nous passons le premier portique de securite avec l'impression de tout quitter, notre famille, nos amis, notre vie ici. Le cou charge de kataks de nos amis. Une boule dans la gorge. Des souvenirs plein la tete.

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    Ouah, quel puissance, quel force! Armelle ne parle malheureusement pas de Vidian mais de la forte impression que nous laisse le decollage. Completement bluffant quand on a l'habitude de voyager a la hauteur des paquerettes! Hop, nous planons tranquillement au-dessus du Stock Kangri, le sommet de 6121m que Vidian avait gravi avec son cousin en 2004. Un coup d'aile sur la gauche pour observer le Zanskar. "Regarde, c'est Chilling, et la, Nimo...ouah la confluence avec l'Indus! On a marche, ici !" De hauts sommets nous saluent de loin. L'Everest est l'un de ceux-la. Au revoir Ladakh. Prends soin de toi petit royaume himalayen. Et ne change pas trop.

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    Splach! La sortie de l'avion est une douche d'humidite et un vent brulant nous fouette. Bienvenue a Delhi, la temperature est de 24 degres...et dire que c'etait -24 degres il y a deux mois en arrivant au Ladakh...! Le soleil et la chaleur nous pompe notre energie mais notre suroxygenation compense. Explosion de couleurs, de senteurs, de bruits. Une bombe de vie. Et nous voila a marcher dans les rues de Pahar Ganj a la recherche d'une auberge. Puis tout se bouscule: la rencontre avec Morup et Sonam, les enfants de notre famille ladakhie, l'obtention du visa iranien, la rencontre avec un photographe italien travaillant en Hollande, une famille belge voyageant  en 4x4 autour du monde et un couple de francais roulant depuis la france dans leur 2CV camionette...tout va bien vite ici! Nous profitons VRAIMENT de douches interminables, de lassis (=sorte de yaourts liquides) sur les terrasses ensoleillees, du plaisir de, tout simplement, ne pas avoir froid. Une sensation de vacances, peut-etre....
     Les projets? Quitter Delhi apres-demain, et rejoindre le Pakistan d'ici une semaine, en "prenant notre temps" a travers l'Inde de l'ouest. Il est probable que nous prenions la decision de traverser le Pakistan pour rejoindre l'Iran, plutot que de prendre l'avion. Nous nous sentons suffisamment renseignes pour avoir confiance en cette decision. Nous vous tenons au courant...

     A plus!

     Vidian et Armelle (ou Dawa et Nilza, les prenoms ladakhis que les petites nonnes de Rizdong nous ont donne!)

Posté par Vidian_Armelle à 16:18 - 06. EXPEDITION LADAKH - Commentaires [14] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


13 mars 2008

Dans la vallee interdite de la Nubra...

        Ce nouveau message ne peut commencer sans le traditionnel Julley !, que nous avons du repeter a peu pres 12568 fois depuis notre arrivee au Ladakh fin janvier 2008. Voila, c'est fait! Tout d'abord MERCI pour tout vos commentaires et vos derniers mails au sujet de notre aventure. Cela nous touche beaucoup...Nous comparons notre blog a une boite de chocolat et y decouvrir chaque jour de nouvelles sucreries nous fait un sacre plaisir!!    

     Fraichement laves, la lessive qui seche sur le fil, des souvenirs plein la tete, nous revenons tout juste de notre periple dans la vallee de la Nubra. Leh est une ville toute neuve. Les ouvriers ont presque fini de faire sauter a coup de barre a mine la calotte glaciaire qui recouvrait jusque-la les rues de la cite...et voila que des monceaux de banquise s'amoncellent sur les trottoirs. Des torrents descendent les ruelles en pente et de nouveaux batiments poussent comme des champignons. Nouveaux magasins de souvenirs, extensions ou nouvelles guest-houses?       

     Kardung-La: le col carrossable le plus haut du monde. Situee en "Border Zone", donc en "Restricted Area", la vallee de la Nubra etait interdite au tourisme jusqu'en 1994. Depuis, la province du Jammu et Cashmire a compris la manne financiere que pourrait degager cet espace fantastique en l'ouvrant au "public", mais a decrete aussi la necessite de nous munir d'une autorisation speciale (Ah! L'administration indienne...). Le precieux sesame en poche, nous pouvons prendre la route.    
     Nous nous mettons en chemin avec un couple de Suisses tres sympas que nous avions croise a la nonnerie de Rizdong, lors de notre dernier vagabondage. Leur offre ne put se refuser: partir avec leur vehicule (et le beau gosse de chauffeur Stanzin, que les petites nonnes avaient bien repere!) pour le meme prix que le bus. Un depart matinal nous jette sur la route de la Nubra. On s'eleve doucement en altitude en passant une multitude d'epingles a cheveux: 3800m, 4000m, 4300m...Nous sommes maintenant en pleine neige et avons l'impression de toucher les nuages. Pourtant, il nous reste encore plus de 1000m de denivele a franchir, incroyable! L'altimetre de Vidian s'affole soudain, alors que nous decouvrons les drapeaux a prieres du col. Pour eviter d'effrayer nos comperes, nous lancons dans le vide de nos pensees l'adage traditionnel des passages de cols au Ladakh: "KIKI SOSO LARGYELO". Autant se mettre les dieux dans la poche! 5605m d'altitude, nous roulons sur le Mont Blanc sans effort, sans meme nous en apercevoir.

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     Un froid de canard nous accueille et une neige tres fine poudre de blanc nos vestes et nos bonnets (ca faisait longtemps!). Une petite pause the, comme un arret au bistrot du coin. Si facile. Nous decouvrons les toilettes, vraisemblablement les plus hautes du monde, non sans une petite emotion. Malheureusement pour les filles, sur qui l'altitude semble avoir des effets etranges, le petit batiment de beton est ferme. Nous repartons dans notre carrosse. Quel luxe de pouvoir s'arreter pour prendre quelques photos, ou juste respirer l'air pur et critallin de la montagne!

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     La faim nous tenaille bientot. Dans un champ de pierre a 4800m, nous posons nos fesses pour un pik-nik improvise. Les chapatis se dorent de creme de fromage trouves in-extremis avant de partir, des petits pains secs du quartier musulman sont engloutis avec du beurre, les cookies et autres biscuits de la Golden Bakery de Leh font des heureux, tout comme les raisins secs et les amandes d'abricot. Un vrai festin d'altitude. Vidian a un peu de fievre depuis quelques jours, son corps lutte contre une bacterie mysterieuse. Mais la vue de ce gros rocher devant lui au dejeuner lui fait du bien et apres l'avoir toise de loin, reperant chaque face, il s'elance dans une petite sceance d'escalade. On appelle cela du bloc. Il repete de petites voies et se marre. Ca va deja beaucoup mieux!    

     La Lamdon Model School de Diskit. Parmi les souvenirs ineffables de Vidian se trouvait cette ecole, ou cousin JB avait oeuvre en 2004 pour y installer des panneaux solaires en vue d'alimenter des ordinateurs. Nous retrouvons par hasard, sur le chemin de l'ecole, Palden, professeur de geographie, d'histoire et d'education civique. Il a toujours autant la peche et nous temoigne son amitie a grands coups de questions et de tapes dans le dos. Il est genial. Il nous installe dans une petite Guest-House, car "notre" chambre a l'ecole est prise par un nouveau professeur. Nous faisons l'ouverture de la saison de l'auberge et nous retrouvons rapidement a porter des chaises et une table pour pouvoir nous installer au soleil et deguster l'inevitable the de bienvenue. Il fait une chaleur a crever: nous pouvons rester dehors en polaire seulement!

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     Palden est refugie tibetain. Ses grands-parents et parents ont fuit le Tibet en 1959 et se sont installes a Choglamsar, dans la banlieue de Leh, au Ladakh. Ayant le statut de "refugies", ils ne peuvent (et ne veulent) avoir la nationalite indienne. Mais un petit carnet jaune, mentionnant leur etat civil, leur permet neanmoins de pouvoir voyager.  
     Nous passons plusieurs matinees et apres-midis dans cette ecole perdue au milieu des champs. L'ecole accueille 270 enfants, dont une centaine sont pensionnaires. La majorite des ecoliers sont "sponsorises" par un occidental, francais, allemand ou belge. Leurs lettres, qui tronent sur le bureau du principal sont adorables, alliant l'ecriture aux dessins. Tres touchants, ces petits bouts de chou qui remercient leur parrain par un dessin naif tres colore.

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     Il s'agit d'une ecole privee, qui est une branche de la Lamdon School de Leh, tres reputee. "Lamdon" signifie le chemin lumineux, celui qui guide dans les tenebres... Une belle image pour ces jeunes. Un paradoxe existe au Ladakh. Alors que les professeurs exercant dans le prive sont moins bien payes que dans les ecoles publiques, le niveau des ces dernieres sont largement en-deca des ecoles privees. Amaley, qui travaille pour le centre d'education du gouvernement, ne comprend pas ce phenomene. Un mystere de plus dans ce royaume himalayen!

    9h30, l'heure de la priere. Alors que nous faisons connaissance avec les profs, tout les eleves se rangent en rang, par classe, bien alignes. Leurs uniformes rouge bordeaux rendent de chouettes contrastes dans la cour baignee de soleil. Chacun chante a tue-tete les prieres matinales, certains se concentrant si fort en fermant les yeux que cela ne peut que nous faire craquer! Avec leurs bonnes bouilles d'enfants au teint mate, ils sont adorables. L'oeuvre spirituelle finie, chacun s'accroupit et ecoute les annonces de leurs camarades. Tous? Non, bien sur, des petits trient des cailloux, d'autres dessinent dans le gravier, d'autres encore, des "grands", taillent une bavette avec leurs voisins et certains, plus pres, ecoutent attentivement. C'est completement adorable.

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     Puis chacun regagne sa classe. C'est alors que Palden nous offre un grand festival. Il pose devant l'objectif d'Armelle et semble plus interesse par la photo que par son discours de geographie devant ses eleves. Il s'arrete meme au milieu d'une phrase, regarde avec un sourire satisfait la photographie, puis lance une blague a ses eleves qui pouffent de rire, puis redevient serieux et fait entonner aux ecoliers des chansons en francais pour Armelle. Palden est tout exite. Il sort et passe dans une autre classe en demandant une autre chanson en francais. Les etudiants, apres un "Goooood Moooorniiiiing Maaaadaaaam" pour saluer Armelle, s'executent tout sourire. Un grand moment.

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    15h, youpie, l'ecole est finie! Alors que des ecoliers se bousculent pour rentrer dans le bus jaune, d'autres plus sages montent dans le camion vert kaki. En effet, les militaires, tres presents dans cette zone, sont aussi de corvee de ramassage scolaire et affrettent ainsi un gros camion 4x4 pour ramener les enfants chez eux. Les pensionnaires, eux, filent se changer et ressortent avec une boite de conserve vide, un savon et une bassine. On se doit d'etre propre a l'ecole! Marrant de voir ces enfants courir avec des bassines de couleurs vive jusqu'a la pompe a eau. Puis ils reviennent progressivement et s'assoient tous dans la cour, sur de petits coussins. Tout fiers, ils nous regardent et sortent leurs cahiers et leurs livres pour faire leurs devoirs, dans un silence reglementaire. Palden nous offre un the, et nous ouvre plusieurs cahiers d'ecolier de geographie. Coupe geologique, activites des volcans, tectonique des plaques, Vidian est dans son element! Palden est aussi le responsable de l'internat et joue bien souvent le role d'un grand frere ou d'un pere. Il a un grand coeur notre ami Palden et il semble tellement aime de ses pensionnaires! Avant de partir, il nous offre un petit livre sur le bouddhisme et nous confie un autre pour JB, avant de faire le pitre encore une fois devant ses proteges.

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     Les dunes d'Hunder. En filant vers l'ouest, nous ne sommes pas autorises a poursuivre apres le village d'Hunder. 100 kms plus loin, la frontiere pakistanaise est bien gardee, et la guerre fait rage. Stanzin, le chauffeur des Suisses, nous jette au bord de la route et, au terme d'un petit deambulage entre les chortens, un petit muret nous accueille pour un nouveau pik-nik "champetre". Vaches, anes et des biquettes viennent laper le ruisseau qui coule derriere nous et nous lancent des regards interrogatifs tout en louchant allegrement sur nos chapatis et autres biscuits.

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     Notre defi est de relier Diskit, soit revenir a la maison. Oh, ce n'est pas une longue distance mais les dunes de sable nous attirent dans leur piege. Imaginez des dunes de sable gris au milieu de montagnes ocres de plus de 6000m, dont le sommet est enneige. Le pied! On s'amuse comme des gamins dans ces collines mouvantes, enchainant sauts et autres galipettes (enfin surtout Vidian).

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     En repartant, nous ne retrouvons pas la piste. Nous nous enfoncons de plus en plus dans une foret d'epineux tres dense dans laquelle des chameaux ont perce des passages. Des chameaux? Oui, madame, d'antiques chameaux de Bactriane, coinces ici depuis la fin des caravanes sur la route de la soie. Des boules de laine beige (pas facile a dire) sont autant d'indices de leur presence, tout comme leur crottin d'ailleurs. On s'empetre dans les epines avant de regagner le lit boueux d'une riviere qu'il faut evidemment traverser. Apres de longs detours, des zones totalement desertiques et plaines balayees par le vent, d'autres traversees de rivieres et de clotures, nous retrouvons la piste de terre et rentrons a Diskit. "Completement eclates mais heureux" comme dirait Armelle.

    Les sources chaudes de Panamik. Nos "Chuisses" repartent un matin tot, ils n'ont pas la chance d'avoir autant de temps que nous et doivent filer vers le Rajastan ensuite. Notre destination est autre. Un vieux bus poussif nous lache, apres deux heures de route, a Panamik, l'extremite de la vallee de la Shayok (toujours dans la Nubra!). Nous laissons notre unique sac a une petite echoppe le long de la route et partons vers le Gompa (monastere), accroche a la montagne, de l'autre cote de la riviere. La traverse est douloureuse. Pieds nus, nous evoluons dans les galets lorsque l'eau glacee, qui descend directement du glacier, nous saisit les petons. Essayez de marcher quand la sensation d'avoir des moignons sans vie pendouillant au bout de vos mollets vous prend soudain! (Pour cela, trempez vos pieds pendant 1h dans un bac a glacons et partez marcher sur des graviers...). Bref, le contact du sable chaud au milieu de la riviere reanime nos panards. Allonges comme sur la plage, les montagnes du Karakorum nous encadrant, nous songeons qu'au bout de la route, a 70km a peine, l'Inde et le Pakistan se battent pour le controle du glacier de Siachen. Une des guerres les plus couteuse au monde et assurement la plus haute. De pauvres Indiens du Kerala se retrouvent soudain arraches a la quietude des back-waters pour aller tirer sur un glacier a plus de 5500m...Deboussolage complet. Nous sommes toujours sur notre plage, perdus dans nos pensees. Un autre franchissement de riviere nous fait perdre la tete et c'est comme une furie qu'Armelle traverse en courant le torrent, chaussures au pied! Ah oui c'est vrai, elle est tombee dans le Zanskar gele...un petit reste? Vidian l'imite bientot et les deux se retrouvent de l'autre cote, trempes mais contents!

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     Une petite  grimpette nous offre un beau panorama pour dejeuner, les fesses posees sur un rocher. L'absence de PQ est un trouble majeur pour Vidian mais heureusement, un morceau de carton d'emballage le sauvera. Nous manquons un peu d'inspiration pour prendre des photos, alors nous tournons le dos au Gompa et redescendons. Nous passons un long moment au bord de la riviere a nous demander comment Saint Pierre et Jesus faisaient pour marcher sur l'eau avant de nous elancer en courant. Resultat: ca ne marche pas, ou alors l'histoire ne nous dit pas qu'ils etaient trempes, les prophetes!! Hop la, on evite les cadavres de pauvres vaches dont les bouddhiste ne savent pas quoi faire (pas de viande) et on recupere notre sac dans le boui-boui. Nous avons juste le temps de marcher jusqu'aux sources chaudes avant de prendre le bus. Mais c'est sans compter sur le zele du chauffeur de bus qui arrive avec pres de 30 minutes d'avance (va savoir, Charles). Quel chance d'etre la a temps pour le reprendre...les sources chaudes, ce sera pour la prochaine fois!
     Vidian monte sur le toit du vehicule avec des djeun's (etre ado, un peu con, c'est universel!), alors qu'Armelle retrouve dans le bus sa "copine", une dame venant de faire sa lessive aux sources et nous invitant a dormir chez elle, au village de Tiger. Le trajet est fantastique. Une heure de rodeo sur la route en zigzag, barbe au vent pour Vidian, par une lumiere merveilleuse.

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    Une famille formidable. Au sortir du bus, Vidian aide notre hote a porter les deux gros bacs de plastique bleu contenant la lessive de la famille. "Amaley de Tiger" est fiere de traverser le village avec nous sur ses talons. Elle nous accueille admirablement bien, avec une simplicite deconcertante et un sourire ineffable. Les pieds trempes par nos traverses sauvages de rivieres, elle nous couvre d'une couverture et nous sert abondamment de the et de biscuits. Nous sommes aux anges. Sa petite fille a une bouille adorable et elle imite sa maman en pretant attention a ce que nos tasses ne desemplissent pas. Puis nous la suivons dans un tour guide du village. Quelques vieilles batissent blanchies a la chaux, des champs, des troupeaux de vaches, de moutons et de chevres, des hommes qui discutent au soleil, des femmes qui tissent a l'ombre...un vrai petit bonheur que ce tour!

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     Nous sommes bientot invites dans la piece principale. Le pere de famille a fini de jouer aux des! Il a a peine 36 ans et vient d'etre mis a la retraite de l'armee. Avec quelques champs et des betes, le voila paysan, touchant encore la moitie de sa solde jusqu'a la fin de sa vie. Un statut privilegie. Nous passons la soiree entre tele, pannes de courant et jouer avec les enfants. Quatre, mignons comme tout, aux sourires ravageurs. Nous apprendrons le lendemain que la derniere, trois ans, une beaute sauvage aux cheveux hirsurtes, est en fait un peu simplette...

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     On nous reserve meme un lit dans la chambre d'ete, le luxe total! Le lendemain sera consacre a une petite marche vers le monstere. Nous aurons meme la joie de partager un the avec les moines au moment de leur priere, scandee avec des voix guturales qui vous transportent dans une autre dimension. Ces deux jours dans la vallee de Panamik seront gravees dans nos memoires. Nous revoyons encore la tete defaite de notre chamante hote, toute decue de ne pouvoir faire essayer sa perak (coiffe de ceremonie traditionelle paree de turquoises) a Armelle, son mari ayant garde les clefs du coffre. Ou encore ce bain de soleil, un verre de the a la main, a ecrire sur des chaises en plastique a cote de la vache qui meugle dans l'enclos d'a cote. Des moments simples d'une grande intensite, une joie partagee, un bonheur complet.

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    Nous passons encore quelques jours a Diskit, entre l'ecole et la lecture assidue de Tintin au Tibet et Asterix le Gaulois en anglais, pretes par Palden. Puis, un deuxieme passage a 5605m nous a permis de rejoindre Leh, hier. Protegee par une barriere de montagne supplementaire, la vallee de la Nubra nous a offert un vrai temps de printemps. La sensation de "trop chaud" a etait quelque chose de TRES nouveau pour nous...mais il faut avouer que cela ne nous a pas deplu! Est-ce du a la chaleur? Est-ce du a notre derniere peregrination au Ladakh? Notre corps a en tout cas reagi et a tour de role, nous avons ete touches par une bacterie mysterieuse. Maux de tete, fievre, vomissement, nous payons notre depart prochain du Ladakh! Voyageant lentement, nous n'avions pas ete une seule fois malade jusque-la, notre acclimatation territoriale allant au rythme de notre vagabondage. Nous nous estimons donc plutot chanceux de devoir faire la sieste pour recuperer un peu. Mais tout va bien aujourd'hui, meme si une petite vague de tristesse nous souleve le coeur parfois a l'idee de partir.
     Nous partons dimanche 16 mars retrouver la chaleur etouffante de Delhi. Les bombes du Pakistan nous attendent. Ouh la, nous sentons deja des coeurs se serrer (hein les momans!!), mais nous sommes en contact avec de nombreuses personnes installees la-bas et si la traversee semble trop risquee, nous nous contraindrons alors a prendre une nouvelle fois l'oiseau de fer pour rallier l'Iran.

     Promis, notre prochain message vous contera une tranche de vie de nos parents ladakhis de Leh, Amaley et Abaley, car vous nous demandez a juste titre des photos, et des explications! Il est d'ailleurs temps pour nous de rentrer a la maison, nous leur avons trouve un petit cadeau...c'est notre avant-derniere soiree avec eux...

    Jospoh Jolhen (a plus!)

    Armelle et Vidian

    PS: Les photos de la Nubra bientot en ligne...patientez juste 4 jours, Internet a Delhi coute...4x moins cher!

    PS2, petit bonus: Alors qu'Armelle met sagement des photos sur le blog, notre cher petit monsieur Internet lui offre un bon the. Pour proteger la table, celui-ci pose un papier sous le verre...un papier tout blanc, genre brouillon...mais qui a la singularite de contenir, ecrit en tout petit, le message: "Never miss a thing". Pourquoi moi?

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Posté par Vidian_Armelle à 12:44 - 06. EXPEDITION LADAKH - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

02 mars 2008

Au coeur du pays ladakhi

    Julley, Julley!

    Nous revenons tout juste de 8 jours de vagabondage a travers les montagnes du pays ladakhi, entre Leh et Timosgam. Et quelle n'est pas notre surprise de retrouver Leh encore une fois transformee par le beau temps et la douceur de l'atmosphere. Les temperatures a notre reveil sont de l'ordre de 2 degres, une fournaise!

     Un matin pas comme les autres. Le reveil est la pour nous rappeller qu'aujourd'hui, nous partons marcher. Sirotant notre the, un sentiment s'eveille: la hate d'en decoudre avec la montagne, malgre une petite flemme de quitter notre adorable famille. Dehors, il neige et un brouillard s'est leve avec nous. A 9h, nous nous levons, pour partir, mais notre geste est vite interrompu par Amaley. "Fait pas beau les enfants, faut pas partir et je vous prepare des chapatis". Va pour les chapatis, Maman! La cuisine est un lieu de paix et de contemplation. Abaley revient tout humide de ses ablutions matinales. Abiley, la fantastique grand-mere paternelle, enchaine les "Om Mani Padme Um", cette priere si simple. Ses doigts courent sur les petites boules de bois de son chapelet et ses rides s'animent a chaque louange. Hop, un petit tour de moulin a prieres, Abaley et ses chaussettes de cuir disparaissent, pendant que nous devorons les chapatis avec du beurre sale. Oun Delissse! Un dernier sourire et nous chaussons nos grosses godasses. Ah le contact du sac sur le dos...

    Histoire d'une petite galere. Le projet est simple: parcourir un trek connu pour etre relativement simple en ete. L'hiver et la neige nous donneront un peu d'authenticite. Et pour corser le tout, pourquoi pas partir de Leh, itineraire qui n'est precise nul part? Nous partons avec une carte sans echelle, une boussole enfouie dans le sac, notre bonne humeur et les merveilleux chapatis d'Amaley dans le ventre. On recupere au passage Celine, qui veut tourner une nouvelle sequence avec Armelle au col. Et c'est parti pour le show! Un temps de Jesus, une chaleur ecrasante (au moins 15 degres!), et le soleil qui nous tape sur la tete. Vidian y perd la raison...

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    Nous evoluons dans 50cm de neige bien "croutee". D'une demarche saccadee, Vidian fait la trace. 3h de marche nous menent au pied de la passe. Une pause Maggy (nouilles chinoises), un tournage express et nous voila seuls contre la gravite.

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    Bille en tete, Vidian creuse de belles marches. Une pensee de magret de canard aux pommes le contraint a une pause. Le soleil decline, faut y aller. Pas a pas, la fine equipe s'eleve. Nouvelle pause, cette fois-ci a une salade de gesiers avec des petits croutons. "Faut avancer maintenant Vidian, concentre toi" lache Armelle. Et Vidian qui repart, en laissant de cote le poulet a la biere qui lui trotte dans la tete. Yalla! 4186m: panorama magnifique. On marche dans le ciel.

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    Au loin apparait un tache...surement Phyang, notre objectif de ce soir. Le soleil ne va pas tarder a passer derriere les cretes, ne trainons pas. Descente d'enfer sur l'adret (versant sud) entre les rochers et les neves, dans de grandes glissades plus ou moins controlees. Tiens des traces de chevaux. Voila le horseman, les dents quasi-inexistantes et arborant de belles-fausses Ray-Ban sur un visage burine par le soleil. "Julley, Phyang loin encore?" (pas encore couramment le ladakhi!). "Bah oui, ca, c'est Leh...faut passer ce col pour atteindre Phyang" dit-il en poitant du doigt la montagne dans notre dos. La zone construite que l'on voit est en fait une banlieue de Leh. Super. On se retourne en grimacant et fixons le col vertigineux qui se dresse devant nous. Bon. Depites, on decide tout de meme de planter la tente sur un replat en direction du col. Pas de cartes, les godillos trempees, le temps qui se couvre...les nazes! Les plats-tout-faits qui faisait notre fierte au depart s'averent en fait tres epices. On s'endort le ventre creux, le moral au niveau de la mer...

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    Il neige toute la nuit. La temperature est douce. 4h du matin, des cloches tintent. Cloches de Paques qui se font une pause au Ladakh? Chocolat? Ou peut-etre les fetes de Paques sont-elles decalees en fonction du calendrier tibetain? Un henissement. Elles voyagent a cheval les cloches? La poesie s'envole vers une realite beaucoup plus abrupte. C'est le troupeau du gentil horseman edente. Comme le claquement des haubans au port, les clochettes finissent par nous endormir. A 7h, le reveil sonne dans le vide. Pas la "niak". Petit porridge dans la tente. Vidian sort le premier. Comme un bateau echoue sur un rocher, notre tente jaune semble perdue dans ce desert mineral. Aucune corne de brume. Pourtant nous sommes dans le brouillard complet. Le col est invisible. On plie le camp. Resumons la situation: pas de carte precise, pas de visibilite, pas le moral et aucune idee des conditions meteo la haut. En meme temps une certaine fierte nous pousse a passer ce pu":(^% de col. Les yeux d'Armelle trahissent le mieux notre sentiment. Nous sommes sur la route depuis 6 mois, nous marchons dans l'hiver, nous menons une vie plutot rude...Arretons de nous fixer la barre trop haut, redescendons...En chemin, nous croisons Tundup, le horseman. Il file la laine en sifflotant, suivant son troupeau. Plus bas, nous abordons sa tente, ou plutot une subtile combinaison de deux panneaux de toiles agencees de facon a laisser passer le tuyau du poele. Il doit y faire un froid de gueux. Un barbu hirsurte, au milieu d'un fourbis incroyable d'outils, de brosse a dent, de morceaux de bois et de matelas, lave de l'avoine pour ses chevaux. Nous tacherons de recuperer la grande route de l'Indus et rallier Phyang en stop. Fin de la galere?

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    D'une zone militaire a la serenite du village de Likir. Apres avoir quitte notre gentil barbu et sa tente, nous debarquons au sein d'une immense base militaire. Cela ressemble davantage a un depotoir de vieux materiaux, vehicules et batiments, fraichement peints en rose. Ils ont une autre idee du camouflage, ici. Un jeune militaire sikh ne semble pas connaitre Phyang. Des pakistanais entreraient dans ce village que cela ne l'etonnerait meme pas. Soit. Le temps de se decider pour un itineraire, un 4x4 de l'armee nous aborde. Le ton suspicieux du grade nous met en alerte. "Que faites vous ici? D'ou venez vous? Comment etes vous entres dans cette zone militaire sous surveillance??" Comment te dire..."Montez, je ne sais pas ou se trouve Phyang mais je vous y depose!" Laissez faire le temps et le voyage vous conduit tout seul (la ou vous souhaitez ou non). Nous sommes dimanche et voila que notre ingenieur-maintenance originaire de Bombay, repondant au doux nom de Ajay, veut visiter le Gompa de Phyang.

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    Et nous voila a prier dans les differentes chapelles entre chaque pause photo..."Et mes mains sur vos epaules, voila, comme ca, ca va...??" Ajay repart et nous debusquons une petite echoppe qui nous offre la joie d'un paquet de biscuit. Les gateaux engloutis, nous echouons dans une guest-house fermee, au terme d'une traversee du village. Finalement, un petit nepalais de 12 ans et son grand pere nous ouvrent une chambre et nous autorisent a cuisiner dans leur piece a vivre. L'unique piece des "communs" de l'auberge. Nous repartons sans sac, "voler" (sentiment tres fort du marcheur une fois libere du fardeau qu'il porte sur son dos) a travers les champs en levant des escadrilles de perdrix. Le vent et la neige se melent soudain dans un ballet grisatre peu enclin a la joie. Nous rentrons nous rechauffer pres du poele et devorer les National Geographic de la guest-house. Notre diner restera un bon moment, pas tant culinairement parlant (riz et tomates seches) mais dans une ambiance particuliere. La petite piece faiblement eclairee par la lampe solaire, le bleu du mur en torchis, le beige jaunatre des vieux journaux, la chaleur du "chula" (poele), et les regards curieux du petit nepalais et de l'ancetre.

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    Nous repartons le lendemain matin, apres avoir contourner le yack qui broute dans la cour. Interrogations de la journee. Allons nous trouver un vehicule pour Likir? Encore une fois, le voyage placera sur notre route un bus, a peine 15 minutes apres notre arrivee sur la route principale. Nous voila bientot brinquebales dans le mastodonte de metal qui nous porte jusqu'a Likir. Toutes les tetes dodelinent sur le meme rythme, celui d'un disque plutot raye. Un homme du bus nous conduit a la guest-house d'un copain. Sympa, le copain, qui nous accueille d'un grand sourire. Norboo est peintre, sculpteur et faconne aussi des masques. Neuf generations ont fait ce metier avant lui. Il se diversifie un peu avec l'auberge. Nous passerons un tres bon moment a Likir, a jouer avec les enfants de Norboo, dont le cadet de 4 ans est une boule de vivacite et d'intelligence. Debout sur le capot du 4x4 paternel, il nous "scotchera" en sautant simplement a terre, de plus d'un metre, se relevant fier comme un coq.

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    Une ligne de nuage jouera avec nos nerfs de photographes en laissant le Gompa, majestueux, dans la penombre. Un Bouddha dore de 21m aurait pu lancer son regard vers les montagnes blanches qui lancent leurs cimes vers le ciel azur. De mauvais poil, il a du se placer se jour la de cote, sa vue butant sur un versant abrupte. Tant pis. A travers les champs, on surprend des envols de perdrix. L'une d'elles fait un crochet vers le monastere. Un rayon de soleil s'est pose sur le gompa et quatre vieilles en goncha marchent sur le ruban d'asphalte noir. Clic, clac, c'est dans la boite.

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    Soiree merveilleuse, assis dans la cuisine avec toute la famille, a epier le petit gars de 4 ans tenter par tout les moyens d'atteindre un flacon pose sur une etagere. Son pere dejouera finalement toutes ses tentatives a la derniere seconde.La grand mere egrenne son chapelet, le pere recite des mantras, la mere cuisine, la petite fille nettoie des patates consencieusement, la tele grezille...et nous au milieu de toute cette vie, trempant du pain maison dans du yaourt maison. Petit bonheur.    

    Entre des cols a 3750m. Petit dejeuner gargantuesque a Likir: the au lait, chapatis, beurre et confiture. On se croirait chez Maman. Cela a du bon de se trouver dans des guest-houses parfois. De ce village commence alors le "Sham Trek", celebre en ete, desert en hiver. Une chance. Traverser le village, laisser le boui-boui sur la droite et prendre la sente qui descend vers le torrent, a gauche du chorten (petit monument a priere)."A gauche mon capitaine, a gauche!" Tintin (au Tibet), quand tu nous tiens. Vidian, comme un effort expiatoire envers ses divers arrets pour cause culinaire, se lance le defi de ne s'arreter qu'au col...En prenant un rythme de vieux savoyard, il enroule un pas lent mais constant et se hisse d'un trait jusqu'au col. C'est fou comme la volonte est une histoire de...volonte. Armelle suit en marchant sur son bonnet. Un ancetre en goncha semble racler la route pour on ne sait quelle raison. Petite discution d'altitude. Il plisse les yeux, ebloui par le soleil. Vidian lui passe ses lunettes et un grand moment se joue alors. Il enfile les lunettes comme il hesiterait devant un nouveau medicament puis, les verres sur le nez, regarde les montagnes et leve un pouce en s'extasiant: "Ma Demo Duk!" (en language courant: "c'est de la balle!"). Nous plongeons ce souvenir comme un corps mort au fond de notre memoire. Voila le village convoite.

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    Yangtang est un amas de six grosses maisons au bord du vide. Un charme fou, un silence royal. Padma nous accueille dans sa cuisine d'hiver, au parquet lime par les ans. Elle est belle, Padma, sa goncha bordeaux et ses chaussures traditionnelles au bout releve, pour eviter d'ecorcher la terre. Une gamine nous sert le the. Nous realisons soudain que cette enfant ne nous est pas inconnue. Elle est en effet presentee en photo sur la carte professionnelle de Celine, la francaise qui tourne des documentaires. La petite se marre a la vue de la carte et part chercher la vraie photo...
    Encore une fois, notre excursion dans le hameau est source de serenite. Au coucher du soleil, les betes reviennent d'elles-meme vers les etables. Armelle craque pour des chevreaux adorables. Une conduite forcee tombe vers un generateur electrique. Independance energetique et minimisation de l'impact paysager. Ca plait beaucoup a Vidian. Retour dans la cuisine ou le ballet des chaussures de Padma est d'une poesie incroyable. Et voila une eNORme assiette de riz aux lentilles. Plus tard, allonges dans nos sacs de couchage, nous observons les etoiles a travers la vitre. Tiens, Orion, qu'est-ce que tu fais la?

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    Il fait 2 degres dans la chambre au reveil, une fournaise. Cela promet une sacree journee. Armelle leve la tete. Une femme au chale bleue ramasse des dejections animales, combustible precieux. Un tzo (mix yack-vache) la regarde pendant qu'une chevre danse sur le mur. Nous sommes au centre de la vie rurale. Encore un petit dejeuner merveilleux. La fumee s'echappant de nos tasses se tord dans une sensualite profonde, sous les feux du soleil. Petite emotion matinale. Nous repartons vers un nouveau col a 3600m. En sortant du hameau, nous croisons un vieil homme. Sa peau tannee contraste avec le bleu intense de ses boucles d'oreilles en turquoise (pierre semi-precieuse). Il est assis en tailleur, dos au mur de terre, face au soleil, et lit les longs parchemins de prieres couches sur ses genoux. Nous garderons cette image toute la journee. Le sentier nous mene au Sermanchen La (La=col en ladakhi), puis au village d'Hemis Sukpachen. Une petite randonnee sympa, qui laisse le temps d'observer le paysage. Des empreintes de loups courent le long de la piste. Au loin, un trou beant, une taniere.

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    Comme par miracle, une femme nous hele depuis le sentier, nous conduit vers sa maison et nous ouvre une chambre baignee par le soleil. Encore une femme adorable. Encore une gamine trop mignone. Encore un village qui nous charme. Nous avons la chance de profiter du calme hivernal car la saison venue, ce sont des dizaines de groupes d'Israeliens, de Francais, d'Allemands...qui deferlent sur ces villages. Ainsi, nous sommes recus au coeur des familles, et partageons leur quotidien, aidant parfois (quand ils nous laissent le faire) aux taches menageres. Encore un avantage de voyager en hiver. En l'espace d'une apres-midi nous irons de surprise en surprise. Tout d'abord, l'essayage de la goncha de Diskit, notre hote, par Armelle. De voir cette femme s'amuser comme une enfant a deguiser l'etrangere, allant chercher un chale plus approprie, ou rectifiant un pli, est absolument genial. Armelle est radieuse.

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    Puis, de vagabondage dans le village, nous tombons sur le DA, le concours de tir a l'arc, reserve aux hommes UNE seule fois par an. De tous ages, les hommes boivent du tchang et tentent, avec leurs arcs de bois et leurs fleches plus ou moins tordues, d'atteindre la cible. Vidian aura l'honneur de s'essayer...et battra un reccord, celui de la fleche tombee la plus pres de la zone de tir!

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    Nous poursuivons notre chemin, et restons en admiration devant une belle vache brune qui nous observe derriere une porte de bois ajouree. Le temps de faire connaissance et le proprietaire du bovin nous invite a prendre un the. Un de ces moments uniques et qui deviennent rares, malheureusement. Une invitation gratuite, pour discuter, echanger et sourire. Voici le coeur des Ladakhis. Tundup Namgyal est un artiste: il peint et sculpte. Son pere est une carte postale vivante. Le chapeau traditionnel sur le crane, assis en tailleur face a un beau yack noir, il est baigne de lumiere et recite des mantras, la thermos a ses pieds, la tasse fumante. Fantastique. En revenant vers la gompa, un groupe de femmes sans ages nous invitent a partager un peu de tsampa. Elles filent toutes la laine, se racontent des histoires et rigolent, beaucoup. Quelques mots de ladakhi et la discution s'engage, articulee autour des eclats de rire. Elles evoquent le Chenmo (yeti) en observant la barbe de prophete qui grignotte le visage de Vidian. Simplicite rare. De retour a la maison, Diskit file la laine a cote du poele. La laine dans une main, l'autre fait tournoyer la quenouille de bois, et le fil se cree comme par magie. Des moments simples comme ceux vecus cette apres-midi sont le moteur de notre voyage, l'essence meme de notre vagabondage.

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    Trop chaud. Nuit mauvaise. Humeur maussade, surtout pour Vidian. Le col devient une epreuve de volonte. Marre de tout. Envie de tout envoyer balader. Marche silencieuse et triste, muree dans nos pensees. Chacun attend de l'autre quelque chose qu'il ne comprend pas. Ca arrive! Le ciel est pur, poussant a la contemplation. Mais nous sommes en mouvement, et le village doit etre atteint ce soir. Timosgam apparait bientot et s'allonge le long d'une piste en lacets. Nous atterissons chez la soeur d'Abaley, dans une immense maison. Batisse-forteresse, allure moyen-ageuse. Tsering ne parle pas anglais et le contact est finalement assez froid et detache. Nous nous attendions a peut etre plus d'effusion! Alors le the prend une saveur differente et une petite sieste range nos pensees dans les bons tiroirs. Armelle retrouvera le charme des chevreaux et Vidian leur donnera le biberon. Le diner est excellent et le ballet des chats et chatons nous occupe bien...

    Fin de trek, poursuite de l'aventure. La nuit est bonne. Le soleil brille. Armelle se lave un peu. Vidian se decrasse la figure...et remet le meme t-shirt depuis 15 jours. Va comprendre...Vidian semble avoir perdu sa mauvaise humeur en meme temps que son bonnet, sur un mur le long de la piste. Nous sommes en simple polaire ("micro-polaire" pour les inities au language complexe de l'equipement de trek) sous un soleil tres "calorifique". La creme solaire est restee a Leh et Armelle semble s'etre brule la paumette ces derniers jours. Brulee par le froid, brulee par le soleil, Armelle en aura fait voir de toutes les couleurs a ses joues! Le "sham trek" s'arrete la, officiellement. Nous, nous poursuivons notre peregrination au coeur du pays ladakhi. Nous descendons au village de Nurla, ou est ne notre Abaley. Le voyage mettra sur notre route des femmes attendant le bus. Nous posons les fesses sur nos sacs et laissons le temps s'ecouler. "Better later than never" dit le panneau au dessus de nos tetes....Ouais!

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    Crissement des disques de freins, evacuation de la pression dans un grand pshiit, le bus nous laisse sur le bord de la route. Quelques poignes de nouilles avalees au bord d'une riviere et nous voila sac au dos, en direction du monastere de Rizdong. Des barals (chamois du coin) jouent les funambules sur les versants ocres des montagnes. La nonnerie apparait plus loin. Nous y deposons un petit globe lumineux, cadeau de Celine aux soeurs, chez qui elle avait dormi une semaine plus tot. Nous partageons un the avec ces gamines de 9 a 17 ans drapees de rouge, et rasees. Armelle y est accueillie pour la nuit, sous le sourire de la plus petite au regard d'ange. Armelle y laisse son sac, nous nous remettons en marche. Ascension lente le long de la route qui serpente. Et voila le monastere qui se decouvre au dernier moment. Adosse a un cirque rocheux, majestueux, il impressionne. Une ecole se niche a ses pieds, ou Vidian se delaisse de son sac pour gravir les marches.

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    Deux moines nous invitent a les rejoindre. Un jeune de 17 ans, Stanzin, parlant la langue des rosbeef, nous accueille. Nous parcourons bientot  les diverses salles de prieres avec lui avant de prendre un the, assis sur les marches de chaux blanches. Un jeune moine en tunique est assis en tailleur sur un pont de bois au dessus du vide, le regard perdu vers les cimes enneigees. Les quatres moines presents durant l'hiver accueillent le barbu pour la nuit. Armelle repart bientot vers chezles filles". Deux anes deambulent entre les batiments commes des chats dans une maison. Une autre echelle. Alors qu'Armelle retrouve les soeurs, Vidian grimpe dans la montagne a la recherche de lumiere, avant de partager le diner des moines, une bonne thukpa. Sa cellule est rustique, mais il ne fait pas froid. Armelle se leve pour entendre le chant melodieux de la priere des nonnes quand Vidian a deja parcouru le monastere avec Stanzin pour reveiller les dieux, et allumer le feu pour la thukpa du matin. Des moments magiques. Il repartira bientot, pour retrouver Armelle en train d'apprendre l'ecriture bouddhie au milieu d'un cercle de tuniques rouges et oranges.

    En route pour Alchi. Lente descente vers la route ou nous avait laisse le bus la veille. Des vehicules passent sans s'arreter. Et comme par magie, un bus stoppe, nous depose au debut de la route pour Alchi, et le 4x4 d'un ingenieur du Cashmire nous pousse jusqu'au village...qui ressemble a un chantier. Les maisons s'aggrandissent dans des nuees de poussieres. Et fleurissent partout des inscriptions allechantes pour les touristes estivaux: german bakery, we serve pizza, best guest-house in Ladakh...Une pause the-cracotte-locale nous reanime un peu et nous decouvrons bientot les fameuses peintures extremement anciennes du monastere, le but de notre venue. Mille bouddhas ont ete peints a la main, tous uniques et d'une finesse extreme. Nous ne connaissons pas toute la symbolique mais avons appris que certaines peintures en relief ont ete faconnees avec la cendre des morts. Nous restons un moment a observer ces fresques...

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    L'aventure prend fin mais une derniere epreuve nous attend, le retour a Leh. Nous marchons 4 kilometres dans un decor desertique pour tomber sur l'Indus et sa route salvatrice. Une grotte trone au dessus de la route. Si la poisse s'empare de nous, cette cave nous servira de refuge pour la nuit. Des camions, 4x4 et autres vehicules en tout genre passent, et parfois repassent. Nous avons confiance, notre heure n'est pas encore venue. Alors Vidian sort son harmonica et entonne un air des beatles, pendant qu'Armelle dechiffre le fonctionnement de l'instrument. Et voila qu'un bus apparait a l'horizon, puis s'arrete. Nous grimpons dans la carcasse 3 heures les pistes cahoteuses en direction de Leh. Des alignements de cailloux semblent delimiter des parcelles de sable le long de la route. Des petits cailloux tout simplement, comme gage de parcellisation. Imaginez l'interview:
"Tashi Tundup, bonjour.
- Bonjour.
- Quel est votre metier?
- Je suis geometre au ladakh, en charge de la delimitation de parcelles pour les futures extensions des communes.
- En somme, vous alignez des petits cailloux.
- C'est ca, mais c'est beaucoup plus profond, et puis, vous savez, c'est une histoire de passion, j'aligne des cailloux depuis ma tendre enfance.
- Tashi Tundup, merci et au revoir.
- Merci, au revoir."

   Retour a Leh. Le raccourci derriere la station de bus nous permet d'observer les fesses d'un travailleur nepalais, faisant tranquillement son besoin face a la montagne, dos a nous. Bienvenue a Leh. Nous retrouvons avec plaisir la maison. Et Amaley nous charme en nous offrant un bon the avec des toasts au beurre. Qu'on est bien!

   Bonnes bises, comme d'hab'!

   Armelle et Vidian

   PS: En bonus: souvenir d'une pause the a Sumdo....

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(Si vous avez lu ce texte jusqu'au bout, c'est que vous lisez cette ligne: postez-nous donc un commentaire!)

 

Posté par Vidian_Armelle à 12:34 - 06. EXPEDITION LADAKH - Commentaires [18] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

22 février 2008

Hivernale a Leh

     Julley!

    Ou en etions-nous...Ah oui, au retour de notre peregrination "fluviale" sur le Zanskar gele...La premiere operation effectuee fut le sceau d'eau chaude sur le corps, autrement dit la douche ladakhie. Un moment d'une etrange sauvagerie. Imaginez un humanoide blanchatre, totalement nu, les pieds dans une bassine en plastique rouge posee sur un trou beant en porcelaine (mode turque!), et qui tente de s'asperger d'eau chaude dans la demi obscurite d'une salle de bain de terre sans electricite, baignee dans une atmosphere de brouillard mysterieux...Voi-la! Et la cerise sur le pancake: une individu en doudoune et bonnet qui aide au rincage des cheveux de l'homme nu comme un ver! M'enfin le resultat est sans appel: un bien-etre s'empare alors de nous et une somnolence de bonheur nous plonge dans une lethargie bienfaitrice.

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    Amaley (Maman!) a finalement decale son retour d'une semaine. Nous cuisinons ainsi pour Abaley (qui travaille comme un fou dans sa petite epicerie jusqu'a 21h) de savoureux plats aux saveurs franchouillardes: croque-monsieurs, nouilles aux legumes et au fromage (de yack evidemment), compote de pomme a la canelle, puree maison aux oignons et omelette au champignons. Nos papilles gustatives s'eclatent tandis qu'Abaley semble plutot apprecier cette nourriture toute prete lorsqu'il revient a la maison. Contrairement a la franchise mongole, la discretion ladakhi nous empeche de deviner si VRAIMENT, il aime. Le saura-t-on un jour?
     Nous apprenons tranquillement a utiliser les outils quotidiens de la maison. Evidemment, l'eau est a aller chercher a la fontaine, pas loin, pour etre versee dans un grand seau pres du poele a gaz. Un travail d'homme que Vidian prend treeees au serieux. Mais apres attention, tout se complique (travail de femme?): il faut prendre la cruche en plastique VERTE pour prelever de l'eau de ce recipient...Pour faire la vaisselle, verser l'eau de la cruche VERTE dans la cruche en plastique GRISE (plus grande). L'erreur: prendre l'eau marmite a eau chaude (pas celle a the, hein?) avec la cruche GRISE...Abaley n'est pas content? T'avais qu'a faire gaffe!...Quelle chance de tomber sur une famille pour qui le respect de la purete de l'eau est essentielle. De toutes facons, cette famille n'a, tres objectivement, aucun defaut. Mais cela vaut bien un recit en lui-meme et cela fera le sujet d'un prochain message bloguesque.

   Nos journees s'organisent entre loooongues matinees a boire un the-pres-du-poele-a-la-maison, le cafe internet, ou un gentil petit bonhomme nous sert un bon the au lait sucre lorsque le froid se fait sentir (et lorque le temps qui passe commence a rendre son petit business assez lucratif), la Golden Bakery, qui nous offre de savoureux muffins (chacun ses caprices!), les rues de Leh, qui voient deux vagabonds errer a la recherche de chouettes lumieres, et le "Tibetan Friends Corner" ou l'"Amdo Cafe" pour engloutir un fried rice ou une crepe aux legumes..."Mais, ils sont obsedes par la bouffe ma parole"...

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     Et voila que des rencontres vont precipiter le rythme de nos journees.
    Cherchant en vain une agence de trekking pour demander les permis speciaux pour la vallee de la Nubra ou le Tso Moriri, trop pres de la frontiere chinoise, nous tombons sur une blondinette bien sympa, Celine, qui semble connaitre bien le coin. En prenant un cafe, nous apprenons bientot qu'elle tourne en realite un documentaire sur la vie d'Olivier Follmi (grand photographe et amoureux de l'Himalaya). Et voila qu'Armelle est embauchee pour tourner une sequence en doublant virtuellement Danielle Follmi!
     Celine et Sonam viennent nous chercher un matin et nous voguons bientot sur les pistes ladakhies vers le village de Stok. Arrives au Gompa, un minuscule et adorable monastere accroche a la montagne, le Seshu (les puristes excuseront l'orthographe), entre danse des masques et transe des moines, commence. Le temps est magnifique: un soleil "calorifique" et une purete de l'air cristalline. Nous nous retrouvons malheureusement "coinces" dans l'espace reserve aux touristes. Mais il faut avouer que le point de vue est parfait, legerement en hauteur et le soleil de trois-quart dans le dos. Celine tourne des images pendant que le doigt de Vidian se cramponne au declencheur de l'appareil. Une avalanche de couleur, de contraste, de mouvement. C'est superbe!

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     C'est alors que nous remarquons un trio d'enfer: deux beaux gosses, lunette de soleil et peaux tannees, et une femme dont le regard en dit long sur sa capacite a vous scanner le cerveau! Nous commencons a discuter avec l'un des deux grands gaillards sympathiques. Il revient de 21 jours d'expedition entre le lac Tso Kar et le Zanskar avec un ami et 10 porteurs. Bien sur, nous avons les yeux grands ouverts et ne perdons pas une miette de son recit. Specialiste des aspects religieux en Inde, Igor le bien nomme, nous conte les secrets de ce qui se passe devant nous. Nous decouvrons aussi que son potos n'est autre que le redacteur en chef d'un magasine de marche et de montagne. Ils restent quelques jours a Leh et nous invitent a passer a leur Guest House. Cela ne tombe pas dans l'oreil d'un sourd. En ce qui nous concerne, la faim nous tenaille trop pour continuer a observer ce ballet de couleur et nous filons avaler des nouilles chinoises avant de trouver un col propice aux images que veut tourner Celine avec Armelle...qui se retrouve en goncha traditionnelle, un foulard sur la tete, brassant la poudre en soufflant. Pendant ce temps, Vidian prend de la hauteur et gagne le col a 3802m. Le pied!

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     Nous voila de retour a Leh. Nous avons le grand plaisir de preparer un bon the au lait sucre pour le retour d'Amaley un lundi matin. Cette femme est toujours aussi belle, et d'une energie debordante. Les retrouvailles sont vraiment sympa, avec toutes les reminiscences des moments passes ensemble il y a 4 ans...
    Un apres-midi, nous passons par la Jigmet Guest House et retrouvons le trio...en train de dormir dans leur sac de couchage! Un petit the s'improvise et les discussions s'orientent rapidement vers l'aventure, la passion des voyages, les rencontres...Jean-Marc nous gratifie pendant ce temps d'un subtil echantillonage de musique occidentale...Qu'il est doux d'entendre l'harmonica de Bruce Springsteen, la voix de Marianne Faithfull ou la guitare de Jimmy Hendrix! Le rhum se mele bientot au the, et nous resterons finalement diner! Le voyage est le catalyseur de rencontres fantastiques, celles que vous n'auriez pas meme espere. Profiter de la sagesse et de l'experience de grands voyageurs, connaitre les dessous de certaines aventures mediatiques. Henriette a pu connaitre Theodore Monnot ou meme Lanzmann. Nous repartons en silence dans la nuit, perdus dans le tumulte des reves que ce trio nous a inspire...

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    Plus tard, nous retrouvons notre guide Stanzin devant un chorten connu pour etre le point de rdv des Zanskarpas. Aujourd'hui, c'est lui qui nous invite a dejeuner! Dans les bas quartiers de Colony, nous entrons dans une cour ou jouent aux cartes trois adolescents. Les "Julley" fusent encore lorsque nous decouvrons sa chambre. Une petite piece dont le sol en terre battue est recouvert d'une paillasse. Une malle de vetement, un vieux poste de radio-cassette, quelques sachets d'epices poses sur une caisse en bois, un rechaud a kerosene et quelques paires de bottes s'eparpillent dans l'espace. En ce moment, sa petite soeur et son grand frere Namgial partage sa caverne. Un cylindre ferme et perce de trous, pose sur le rechaud, lui permet de se chauffer. Seule une petite fenetre eclaire son antre. Il est heureux, Stanzin. On discute, on rigole (il adore raconter des histoires tres droles), et on se cuisine un bon fried rice avec des lentilles. Dans le meme temps, chacun garde une oreille sur la radio qui lance les resultats du match de cricket entre l'Inde et le Sri Lanka. Un moment simple et sympathique, comme on les aime...

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    Il est 9h lorsque nous retrouvons le trio sympathique a la Jigmet Guest House. Celine est deja la et nous avalons un cafe. Nous voila dans la Tata Sumo (4x4 indien) de Tundup en direction du gompa de Matho. Un autre "seshu" se joue dans ce monastere, qui a tout a envier du charme de celui de Stok. Chacun se met en place et bientot, c'est une foule d'hommes, de vieillards, de femmes et d'enfants qui se pressent dans une cohue indescriptible.

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    Alors que les danses des masques evoluent sous nos yeux, des averses de batons s'abattent regulierement sur les pretendus agitateurs de la foule. La securite est assuree par les militaires indiens, et malgre les rires des locaux, nous sentons une petite tension. Igor continue a expliquer a Vidian le developpement du bouddhisme en Inde et au Ladakh lorsque les oracles debarquent en courant...
     Deux moines en transe, torse nu, crient et levent les bras. Ils reviennent bientot en costume, un sabre a la main. Une multitude de kataks, echarpes de soies, leur ceinture bientot le torse. Pendant presque deux heures, ils evoluent devant nous, courant sur les toits, tentant de se couper la langue ou le bras, en poussant des cris et en dansant. Ils sont possedes par une divinite et lancent des paroles incomprehensibles. Soudain, l'un deux court dans notre direction, grimpe les marches a une vitesse vertigineuse puis marche tranquillement sur le parapet. Derriere lui, 20m de vide. Nous ne sommes qu'a quelques metres de cet homme qui halete, les yeux dans le ciel. Nous sommes a genoux et le voila qui s'arrete devant nous. Il est la et absent a la fois. Chacun stoppe sa respiration. Un seul souffle suffirait a le precipiter dans le vide. Il est epuise et recule maintenant doucement, placant chaque pied l'un derriere l'autre sur le muret de terre. Son sabre nous frole. Quelque chose, ou quelqu'un, le guide. Son funambulisme nous tient en haleine. Puis soudain, il lance un grand cri, se ramasse sur lui meme, s'elance en courant puis saute sur une petite plateforme. Chacun prend une longue inspiration, comme apres une longue apnee. L'oracle continue a danser en bas puis dans un grand rale, tombe en arriere. Les moines le receptionnent dans leur bras et emmene ce corps inerte d'une raideur cadaverique sur leurs epaules. C'est fini. Chacun reste coi. Chacun interroge du regard son voisin. Juste incroyable. Un evenement d'une force et d'une beaute extraordinaire. Nous marchons comme des somnambules dans le dedale des marches du monastere et regagnons la voiture sous un lever de lune fantastique. La soiree se terminera autour d'un bon cognac francais (merci la famille) et les mets delicats d'un restaurant cashmiri. Henriette, Igor et Jean-Marc repartent demain vers de nouvelles aventures indiennes, dans la moiteur de la province du Kerala. Nous nous quittons dans l'obscurite. Bonne route!

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    Amaley a repris la maison en main. Et c'est par de delicieux et gargantuesques petit-dejeuners que nous commencons chaque journee. Nous fomentons actuellement de nouveaux plans d'escapade glaciale en scrutant les cartes topographiques de la region. Nous partons demain vers des monasteres recules et les petits villages du coin, en esperant croiser la route de loups ou leopards des neiges qui peuplent la region. Sept jours de marche, pour se remettre en route.

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     Glacialement et chaleureusement!

     Vidian et Armelle

Posté par Vidian_Armelle à 11:21 - 06. EXPEDITION LADAKH - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

15 février 2008

Completement givres!

     Julley, Julley!!       

    Nous revoila, "fraichement" revenus de notre marche sur le Zanskar gele, nomme Tchadar. De la glace dure, de la glace molle, cassante, translucide, magnifique et eprouvante, mais aussi de la neige legere, du soleil, de l'eau bien froide, beaucoup d'ombre, des roches multicolores, des rencontres ephemeres, des sourires immenses, des heures de marche et de sommeil (un peu moins)...14 jours d'une belle epopee bien givree. Allez, glissez avec nous un instant!    

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     6h30. La montre sonne interminablement le temps que Vidian sorte un bras du sac de couchage et trouve en tatonnant l'objet convoite. Clic! La main gelee revient dans le duvet. "- 7 degres cocotte, ca va etre une belle journee!". Position debout, enfiler le t-shirt glace, changer de chaussettes une derniere fois, un pantalon de montagne sur les fesses, et vite se precipiter dans la cuisine. Ah, la douce chaleur du petit bloc de chauffage a gaz...!! Abaley, notre hote, termine de faire ses yaourts pour son magasin et nous serre un bon the au lait sucre fumant. Le liquide bouillant coule doucement dans le ventre, un vrai petit bonheur matinal.

      Puis, tout s'accelere. Notre guide, Stanzin, arrive sur les coups de 7h30, envoie prestement un the dans le fond de son gosier, enfourne dans son sac a dos la nourriture qui reste et nous emmene a travers des raccourcis vers la station de bus. Son grand frere Namgial est la aussi. Alors que Vidian lui donne 10 roupies pour le monastere (autant mettre les dieux de notre cote!), Stanzin revient triomphant avec une nouvelle paire de chaussettes roses. C'est bon, il est pare pour le trek! Et dire qu'on se sent un peu bourrin, nous! Derniers conseils du frangin plus experimente. Le bus meugle. Embarquement immediat.

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     Nous filons a au moins 30km\h (wouha, la sensation!) depuis 2h30 sur une piste cahoteuse, a travers des paysages de montagnes blanches et aveuglantes. Le soleil est la, c'est magnifique. Une pause the plus tard et nous stoppons sur un terre plein au milieu de...nulle part. La piste s'arrete quelques centaines de metres plus loin. Vidian file chercher les sacs sur le toit du bus, ou repose un bric a brac incroyable: bois, poeles, bouteilles de gaz, couvertures, sacs de nourriture...Des hommes chargent deja le barda sur des yacks et des anes, direction la Markha Valley, un coin perdu. Pas le temps de trainasser, on sort quelques chapatis (galettes de pain) et commencons a marcher dans l'air glacial. La piste en terre, que de pauvres travailleurs tentent de creuser dans la roche, termine en cul de sac. On ne peux plus resquiller,  il faut descendre sur la glace!

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     Installez vous bien, une bouillote sur les pieds, un vrai cafe cale dans une main, bonnet sur la tete...c'est parti!    

    Demarche de glace. Les premiers pas sont un peu hesitants, disons. Un baton de marche dans la main, l'autre bras assurant l'equilibre (en brassant l'air au debut!), il faut se laisser glisser doucement sur la surface vive. Nos grosses bottes en caoutchouc de l'armee indienne s'ecrase mollement sur la glace. Et hop, le geste est adopte. Cela ressemble un peu a une danse. Poser la godasse, partir en glissade controlee tout en plantant fermement le baton dans la glace (ah le plante de baton!), decaler la hanche, forcer l'arret du premier pas et tirer l'autre jambe en avant, plus en avant encore! "Mais la glace, elle est trop dure!" Faut faire avec! Le soleil eclaire seulement le haut des gorges aux reflets ocres. Trois danseurs evoluent dans l'ombre. Ce mouvement est ereintant. Il force sur les hanches, pompe sur les cuisses, tire sur les bras. L'envie d'essayer un autre pas nous prend de temps en temps. Un pas plus normal. La pause un peu brute du talon sur la glace nous envoie rapidement dans un gymkana de haute voltige: la jambe tendue en avant, les aducteurs pret a se dechirer, les bras qui fendent l'air, pret a s'envoler (si seulement), le sac qui vous rappelle que la gravite vous tire vers le bas, bien plus bas que vos fesses...Aie, ouille, l'atterissage est amer! Bon, et bien dansons encore un peu! A contre jour, Armelle avance, tanguant a droite a gauche, les mouffles trop grandes au bout des bras. Allure de primate. Peut-etre que la legende du Yeti est nee sur le Tchadar!

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     La glace est folle. Elle perd la tete sur le Tchadar. Oui, oui, elle s'amuse a prendre toutes les formes possibles et imaginables, elle joue avec les humains qu'elle porte sur son dos, elle craque, se decoupe, se laisse recouvrir d'eau, disparait et reapparait en quelques heures. Tout glaciologue qui se respecte devrait partir en stage sur le Tchadar! Tout geologue qui se respecte devrait vraiment partir en stage sur le Tchadar! Et pour chaque geographe emmerveille par la grandeur de la nature, le Zanskar gele est un reve. Vidian le realise aujourd'hui, le nez constamment en l'air! Des zones libres laisse couler une eau a la glace pilee. Etrange ressemblance avec de la lave, glaciale. Elle coule lentement et inexorablement dans le gouffre que forme la glace bleue, piege mortel. Deviner la teneur de la glace devient vite un challenge: observer les zones d'ombre ou de transparence, les couleurs, la surface rugueuse ou lisse. Parfois, l'impression de marcher sur du verre pile est incroyable, parfois on s'imagine ecraser doucement le dos d'un mille feuilles, ou alors on casse la glace comme on casse le caramel sur une creme brulee...Eh oui, nous pensons souvent a des mets bien plus delicats que le Thukpa! 

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     Nuits prehistoriques. Dans notre peregrination, nous avons la chance de trouver des caves, creusees en ete par l'eau, dont le niveau est alors de 3 metres superieur. A peine les sacs poses, nous cuisinons un bon the pour nous rechauffer les entrailles. Sale ou sucre, lacte ou pas, il coule lentement, reanimant certaines parties du corps. Et voila le moment pour les hommes de partir en quete de bois, tandis qu'Armelle arrange la caverne. "Du bois en plein canyon, ils sont marrants" direz-vous.  Vidian commence a fouiller les versants a la recherche de pauvres arbustes, mais Stanzin, malin comme un singe, montre alors l'astuce. Sous d'enormes rochers s'amasse en periode estivale tout ce que la riviere charrie: de vieilles godillos, des bouts de plastiques inidentifiables, des morceaux de tissu, mais surtout du bois. Au lieu dit de Tilat Do, une mine de bois fera halluciner Vidian. Du bois entasse sur des metres de hauteur, le reve de tout marcheur dans le froid! 

     Le feu chauffe la grotte et trois ombres s'activent autour du foyer. A demi flechi, plissant les yeux pour lutter contre la fumee, nous sortons tous les ingredients du diner: vegetaux secs, tomates seches, farine, epices, oignons, ail et eau. De quoi se preparer le fameux Thukpa, genre de nouilles ladakhies. Nous restons des heures a surveiller et regarder le brasier. Des flameches bleues courent sur le bout de bois, s'enfuient dans un sifflement pour reapparaitre aussitot dans un claquement jaune. Exercice de prestidigitation. Nos mains s'orientent comme des panneaux solaires pour capter chaque rayon calorifique.

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     Le temps est clair, ca va pincer cette nuit. Nous etendons nos sacs de couchage dans la poussiere de cendre. Durant ce trek, nous avons peu partage notre grotte, hormis la premiere nuit, ou un militaire rejoignant sa base a Padum, et un vieux Zanskarpa, la Goncha odorante (long manteau du type Dheel mongole) et le chapelet tibetain autour du cou, ont ronfle a nos cotes. Les bruits nocturnes sont etranges. Ils emplissent les gorges qui les font resonner. La riviere gele vit et lance dans le noir un son a la confluence d'une bouteille de gaz qui fuit et un tapis roulant (sans les machouillements coutchoueux). On se frictionne comme on peut en attendant le matin. Le duvet de Stanzin ressemble plus a un sac a viande qu'autre chose. Il veillera toujours plus longtemps que nous pres du feu et se levera regulierement le premier, totalement congele. 7h, un souffle et une fumee bleuee nous reveille. Stanzin fait tout ce qu'il peut pour rechauffer ses chaussures de cuir afin de pouvoir les enfiler. Un bon cafe au lait tres sucre, puis un porridge a peine avale et nous quittons notre glaciaire d'un pas vif. C'est parti pour 4h a 7h de marche, selon l'objectif, jusqu'au prochain bivouac.

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     Un soir, la grotte esperee se retrouve a des centaines de metres, dans une vallee perpendiculaire, noyee sous 70 cm de neige. Stanzin prefere monter la tente entre les rochers, en hauteur. Rapidement, le coin devient hostile, tres hostile. Nous sommes a l'ombre, le  vent souffle bientot comme un damne et pas moyen de trouver du bois! Super. En grelottant, les hommes preparent le diner, que l'on prendra dans la tente en tentant de se rechauffer. La nuit est la, nous recouvrant de son voile glaciale. La condensation commence deja a transformer l'interieur de la tente-igloo. C'est alors que Stanzin sort son cahier de francais et son phrase-book. Et voila qu'un cours de francais s'improvise autour d'un delicieux carre de chocolat francais (cadeau inestimable d'une amie de Delhi!) et de notre flasque de calvados (notre ration de survie). Ambiance decalee et geniale. Nous dormirons a trois cette nuit-la, dans une tente prevu pour 1.8 personnes. Ils ont tout prevu ces constructeurs de tente (entre parenthese: merci a The North Face de nous avoir procure ce nouveau materiel tres performant) !!

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    Une colonne de porteurs. Dans la brume qui monte de la glace, de petits hommes, une maison sur le dos, avancent vers nous d'un rythme rapide et decide. Ils font parti d'une vraie caravane. L'un a un visage doux, tout en rondeur, son voisin n'a pas de gants, le suivant chante faux, l'autre a une tete a vendre sa mere...! Des "blancs" a l'equipement flashy et flambant neuf, deux beaux batons de marche visses aux mains, avancent febrilement sur la glace. Encore des Francais! Le nombre de Francais sur le Zanskar gele reste une enigme (mais pourquoi??)...8 touristes, 16 porteurs, 1 cuisinier, 2 guides. Et bein!  Ils reviennent de Zangla et nous annonce des passages aquatiques. Nous repartons. On se retourne pour leur lancer un dernier coup d'oeil. Certains portent sur leur dos plus de 40 kg. Leur sac se resume a deux armatures de bois dans lesquels ils glissent les bagages des touristes. Deux sangles viennent serrer le tout et entailler les epaules. D'autres trainent derriere eux des montagnes de barda sur un mini-traineau de bois. Les skis sont des tuyaux de plastique. Systeme sympa quand la glace est bonne mais exenuant lorsqu'il s'agit de grimper a flanc de falaise pour eviter des zones a risque.

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     Nous echangeons avec Stanzin les informations recoltees. Les nouvelles courent ainsi sur le Tchadar. Nous croiserons son frere dans deux jours. Une cliente anglaise a pleure au dernier refuge car son guide ne l'attendait pas. Des suisses ont un sac rempli de Toblerone. Eh oui, demain, un passage aquatique sera delicat a negocier. Et toujours la meme question des locaux a Stanzin. "Combien de porteur? - Aucun - ?? - T'inquiete, ils sont bons marcheurs!" Nous repensons a ces groupes d'occidentaux marchant tranquillement sur cette itineraire unique. Les petits vieux ont un sacre courage, meme s'il ne portent pas leur sac. Neanmoins, parcourir le Tchadar avec des porteurs, c'est comme faire du velo avec des roulettes!

    Une maison "tres" traditionnelle. Apres 6 jours de marche, nous atteignons Pishu, le village de notre guide. Nous sommes au Zanskar. Vidian se plie en quatre pour passer les portes et tombe nez a nez avec une vieille femme toute ridee et bossue. Voici Amaley, la fantastique maman de Stanzin. Un air de vieillarde mais un tonus incroyable. Elle n'arrete pas de nous parler dans sa langue, puis eclate d'un rire formidable, un rire d'enfant. Nous passons deux jours a nous reposer dans cette famille. Plantons l'ambiance. Imaginez une piece de 4m sur 5, un sol en terre battue, des murs de torchis, un plafond tres bas et noir de suie et un chula (poele) que l'on bourre de bouses de yacks sechees et qui fume en permanence. La seule piece chaude de la maison est donc baignee dans un brouillard acre, qui pique terriblement les yeux. Puis, on s'y habitue et tout semble "presque" normal.

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     Une niece d'Amaley l'aide pour la vie de la maison. La jeune fille a un regard dur et ne cesse de nous devisager. Preparation de Thukpa. Elle petrit la pate vigoureusement de ses deux mains, d'un geste expert, transforme les boules ainsi formees en un long serpentin, saisit 2 bouses bien seches et les lance dans le poele, puis reprend sa besogne un moment, s'arrete, ouvre sa polaire, se mouche bruyamment a l'interieur, referme le zip (c'est bon, c'est propre a l'exterieur!), et termine de decouper la pate. Pendant ce temps, Amaley lance des prieres dans l'air en murmurant des "om mani padme um" et Stanzin rote. Un matin, alors que nous cuisons des parantas (chapatis frits) sur le chula et qu'un bon the fume dans les tasses, une plaque de poussiere/cendre grasse s'abat sur nous, provenant du plafond. Tout le monde rigole. Amaley souffle sur nos thes pour faire disparaitre la poussiere et la cendre, tandis que la jeune fille frotte rudement les chapatis. Et pour ce qui reste dans l'huile de cuisson, il suffit de ne pas regarder!

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     Nous deambulons dans le village, occupe par seulement trois familles elargies en fait. Une demi douzaine de maison de terre, des betes qui picorent et des enfants qui jouent. Sur les toits plats sechent de la paille et du bois, et des drapeaux a prieres multicolores uses par le vent egrennent leurs louanges dans le ciel. Ce soir, preparation de momos, ces genres de gros raviolis cuits a la vapeur (les buzz mongols en fait). Bouddhistes, les villageois ne peuvent tuer d'animaux. Ils attendent alors qu'un leopard des neiges egorge un ibex (bouquetin local), et viennent prelever le reste de la carcasse. Stanzin, le cuisseau rouge et gele dans les mains, frappe la viande a l'aide d'une hachette courbe. Sous la seule lumiere blafarde d'un neon nourri par le soleil (pas d'electricite en hiver a Pishu), nous devorons les momos, assis en tailleur.

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     Le lendemain, les filles se mettent en tete d'organiser une soiree avec les porteurs fraichement debarques d'une expedition d'occidentaux. L'affaire s'annonce bien: changement du chula pour un autre qui ne fume pas, installation du radio-cassette branche sur le panneau solaire et fabrication de seaux de Tchang, la biere locale. Nous expedions le diner pour faire place a la fete. Relegues a une maisonnette poussiereuse, nous entendrons les echos de la fete toute la nuit, avant de decouvrir les filles le matin dans la cuisine, ivres de fatigue. Elles pouffent de rire pour un rien, mettent de la musique et invitent Armelle a danser et se recouchent en boule pour piquer un petit somme...Long soupir. Une envie irresistible de voir nos amis s'empare de nous, de faire la fete avec eux, de boire du bon vin et deguster de fameux fromages. Une petite flemme de repartir dans le froid s'attaque a notre moral. Mais nous sommes forts, prenons une bonne respiration, dormons une bonne nuit, avalons un bon the sale...et attaquons le retour les pieds dans la neige. Que la force du Guru Rinpoche soit avec nous!

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      Les passages "chauds". Le Tchadar ne cessera de nous rappeller que nous evoluons sur de l'eau temporairement gelee, dans un milieu extremement hostile et changeant. En l'espace d'une heure, un passage bien givre peut devenir un enfer. Des le premier jour de notre marche, de l'eau s'invite sur de la glace. Vidian tente d'escalader la falaise mais se ravise. Le poids du sac, l'appareil photo et les bottes de caoutchouc de l'armee indienne ne sont pas a son avantage. Pas le choix, faut se mouiller. Chacun avance lentement de l'eau jusqu'au genoux, plantant le baton vigoureusement, tatant les zones plus fragiles. La glace cede sous Vidian qui se retrouve avec de l'eau a mi-cuisse. Une journee merveilleuse s'annonce! Tout le monde se retablit sur un rocher. Et bien finalement, aussi incroyable que cela puisse etre, nous nous remettons en marche rapidement et la sensation de froid ne nous atteind pas. Totalement etanche, nos bottes chauffent l'eau emprisonnee et l'air extremement sec seche nos pantalons. Seule la partie placee sous le genoux ressemble a une sculpture!

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     Certains passages delicats nous obligent a grimper sur les flancs du canyon. C'est alors un defi de concentration et de precision pour rester en equilibre sur les roches qui se delitent. Nous nous elevons parfois a plus de 15m au dessus d'un Tchadar bouillonant, sans aucune autre protection que notre vigilance. La chute serait mortelle bien evidemment, mais on y pense toujours apres! Et puis ces sentes, usees par des decennies de marcheurs, font le mythe du Zanskar gele. Nous ne pouvons passer a cote, dans tout les sens du terme. Il faut vous parler du terrible passage de Wama, LE point "chaud" du Tchadar. Un matin, une nebulosite poisseuse et un froid pincant nous accompagne dans notre approche. A gauche, une belle congere bloque le passage. A droite, une bande de glace survit le long de la falaise abrupte. Bon. Ambiance tendue. Nous testons la glace progressivement. Soudain, Je vois Stanzin basculer a l'eau, pousser des cris de terreur et tenter de s'agripper a la surface glissante. Le poids de son sac l'attire vers les abimes lorsque Vidian le saisit violemment et le retablit sur la glace dure. Avec des yeux de panique, Stanzin serre Vidian contre lui dans une accolade qui en dit long sur sa reconnaissance. Il nous avouera plus loin qu'un porteur est mort a cet endroit l'an dernier.

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     Stanzin gele sur place, il faut aller vite. Nous poussons les sacs devant nous et marchons a quatre pattes sur une lame de glace atteignant parfois moins de 50cm de large. Ouf, Wama nous laisse finalement passer! Mais la suite n'est pas terrible et nous marchons sur des oeufs. En tentant une portion, Armelle plonge dans l'eau jusqu'a la taille. Vidian n'a pas le temps de sentir son coeur se serrer qu'il l'attrape par le sac et la retablit directement en position debout! Certaines peurs decuplent les forces, dit-on. Journee emotion. Nous marcherons 7h ce jour la pour rallier le refuge de Anamur, une vieille batisse salvatrice, dans lequel Armelle et Stanzin decongeleront.

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    Tester le matos local contre le froid. Nos bottes blanches de l'armee indienne nous ont evite des engelures. Fonctionnant comme une combinaison neoprene, elles enferment le pied dans un milieu totalement impermeable. L'eau  ne peut y rentrer, la transpiration ne peut en sortir. L'oppose du Gore Tex! C'est donc dans une ambiance tropicale humide que nos pieds ont voyage sur la glace du Tchadar, pour notre plus grand bonheur. Pour le reste, tester le matos "local" contre le froid consiste en realite a revetir un jean et quelques polaires et marcher vite, tres vite. Les locaux sont incroyables, ils ont froid, c'est ainsi et cela le sera toujours, alors pourquoi faire secher les affaires puisque demain sera pareil! Ah oui, il faut un peu de logique. Notre guide passera ainsi de longues heures devant le feu sans meme penser a faire secher ses chaussettes ou meme decongeler ses freles chaussures de cuir, qui sont de vrais sabots de glace chaque matin. Porter une Goncha aurait pu etre sympa mais si Stanzin en avait portee une lors de sa chute dans l'eau, le poids de ce lourd manteau aurait pu l'emporter...

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     En partant avec un guide, nous avions pense perdre en authenticite. Keneni! Le Tchadar peut etre une promenade de sante comme un enfer de glace et de froid. Stanzin a plus ete un ami qu'un guide et souvent, nous nous sommes retrouve devant lui a tester la glace. Nous avons fonctionne en trio, en equipe. Il nous a permis de connaitre les legendes du Tchadar, de savoir les nouvelles que les colonnes de porteurs colportent, d'apprendre les anecdotes et les grottes secretes...Cependant, nous avons trouve cette marche plus difficile que notre peregrination mongole, dans la mesure ou nous ne pouvions fixer notre propre rythme. La-bas, nous avions pu trouver des gestes de "survie", des reflexes "calorifiques" qu'il nous a pas ete permis de  mettre en oeuvre  ici. Mais le Tchadar reste un trek unique, magnifique par toutes ces roches multicolores, cette glace eclatante (c'est le cas de le dire!).
      Un projet de route court depuis des annees et d'ici 8 ans, une route passera par la vallee...Et les locaux nous apprennent que la glace est de plus en plus mince d'annees en annees....Le Tchadar est ephemere....Nous sommes pleinement heureux d'avoir emprunter maintenant cette voie de communication fragile entre le Zanskar et le Ladakh.

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     Nous restons quelques jours a Leh pour nous reposer...et revenons bien vite vous conter de nouvelles aventures...

     Bises

     Armelle et Vidian

Posté par Vidian_Armelle à 14:12 - 06. EXPEDITION LADAKH - Commentaires [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

29 janvier 2008

Au pays du yeti!

     Julley, Julley !!

    "Bienvenue a Leh, la temperature exterieure est de - 26 degres, l'altitude est de 3580m, Indian Airlines vous souhaite un bon sejour au Ladakh..." Bim!, 40 degres d'amplitude en l'espace de 5 min en descendant de l'aeronef!! Temps nebuleux, froid de yack, nous deambulons dans les rues gelees (oups, ziiip, merdouille! le derriere dans la neige!) a la recherche d'une Guest House ouverte. Vidian avait passe un bon mois ici meme avec son cousin JB Haentjens en 2004. Le Ladakh en hiver etait un reve. Un sourire, une banane a se decrocher les oreilles. Armelle atterrit doucement, hallucinant un peu de ce paysage de glace et de montagnes. Nous ne sommes vraiment pas habitues a prendre l'avion et realisons maintenant le choc que cela implique...
    Vidian se ballade dans ses souvenirs, emmenant sa douce a la decouverte de la cite. "Regarde ces vieilles femmes qui vendent du kerosene sur le trottoir, on dirait qu'elles n'ont pas bouge depuis 2004!" Des visages familiers, des raccourcis magiques, ces "Julley" si magnifiquement lances par les Ladakhis, de nouvelles rues goudronnees, et ces sourires si sinceres...Puis tout d'un coup, dans une petite rue en pente, Vidian s'arrete net. "C'est bien la". Nous entrons dans le petit magasin, quand le tenancier et Vidian tombe dans les bras l'un de l'autre, a grand coup de Julley! emouvants...Nous avons retrouve Morop, le pere de la famille chez qui Vidian et JB avait sejourne il y a 4 ans! Incroyable. Il ferme  immediatement la boutique et nous invite chez lui a boire un bon the bouillant, devant le chauffage a gaz. Moment magique des retrouvailles. Ses trois enfants etudient maintenant a Delhi et sa femme, Amaley (Maman en ladakhi), est partie les rejoindre. "Venez vous installer a la maison bien sur!" Nous exaltons. Nos deux premiers jours n'avaient pas ete facile...Ici il est vraiment difficile de trouver un endroit au chaud: ni resto, ni guest houses ne sont chauffes. Les yourtes mongoles nous ont beaucoup manque, et le moral a pris un petit coup de mou. La cuisine de la famille Spalkite nous sert maintenant de refuge calorifique, de lieu de vie, d'ecriture et de lecture. Un vrai bonheur! Nous reussissons meme a feter l'anniversaire de Vidian, "en famille". A defaut de rechauffer le corps, ca rechauffe le coeur!

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     La ville de Leh est une cite etonnante l'hiver. Les ruelles sont de vraies patinoires, la neige est legere comme la poudre. La plupart des magasins, restaurants et cafes sont fermes, Leh dependant essentiellement du tourisme, ce qui provoque une etrange ambiance metallique. Adieu les grosses bouffes europeennes qui font le bonheur des occidentaux l'ete! La ville semble videe et l'essentiel de la vie se passe dans les maisons, dans l'unique piece chaude. A 17h30, il n'y a plus personne dans les rues, sauf des chiens qui defendent leur territoire!!

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    Notre vie se cale peu a peu. Morop est adorable et nous couvre de petites attentions sympathiques.. Il allume la radio, nous sert du bon the au beurre de yack bien reconstituant, nous prepare un seau d'eau chaude pour nous debarbouiller le matin, nous offre de grosses couvertures...De petites gargottes nous servent des soupes tibetaines, des plats ladakhis ou des dhals indiens (lentilles) de la province du Punjab. Nous nous reposons bien aussi, malgre la temperature de notre chambre qui ne depasse les -10 degres. Petite anecdote: Armelle lance une bonne idee: se laver. Ah! Mais comment comment vous dire...c'est pas si simple ici. Meme la brosse a dents est comme de la pierre. Vidian tente de se laver les cheveux, puis decide de se recurer le corps. Le temps d'attraper le blog de glace qui sert de savon, ses cheveux et sa barbe ont gele, et comme il a eclabousse la piece, le voila avec les pieds colles au sol par la glace. Heureusement qu'il restait un fond d'eau chaude...!

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      Les projets? Un petit gars de 21 ans, Tenzin, nous aborde un jour dans la rue. Il vient de Pishu, un village du Zanskar. Cette vallee est totalement coupee du reste du monde pendant les longs mois d'hiver, toutes les routes etant bloquees par la neige. Mais en janvier et fevrier, le fleuve Zanskar gele et se transforme en une voie de communication unique, permettant le ravitaillement des villages Zanskarpas. La riviere se nomme alors Tchadar. Tenzin est arrive il y a quelques jours par cette  "route" et nous propose de nous guider dans ce couloir de glace. Apres moultes RDV, nous decidons de partir avec lui pour 16 jours de marche dans des gorges profondes sur de la glace vive. Nous realisons que beaucoup de groupes d'occidentaux viennent peregriner sur le Tchadar. Trop de passage, pas assez d'engagement ni de solitude? Non. Decus, nous ne le sommes pas. C'est un trek unique au monde, dans un milieu hostile et extraordinaire. Notre facon de vivre cette marche depend uniquement de nous. A nous de le rendre incroyable. Notre engagement s'exprime par l'absence de porteur, de cuisinier ou meme de traineaux de materiel. En comparaison, nous avons rencontre 3 francais qui partait avec 11 porteurs, 1 cuisiniers et 2 guides!! Nous ne serons que trois: Tenzin, notre guide, Armelle et Vidian, sacs au dos et nourriture minimaliste. Nous aurions aime le faire en solo mais les risques sont grands et la glace evolue trop vite. Malgre l'experience de Vidian en Laponie, nous ne saurions deceler un piege mortel. Alors voila, nous marcherons avec notre guide Tenzin, au sourire d'ange, une grande premiere!

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    Evidemment, pour ne pas refaire la meme erreur qu'en Mongolie, et epargner nos petits doigts de pieds encore assez sensibles, nous investissons (au grand bonheur de nos pauvres meres) dans des bottes de l'armee indienne. Si les soldats survivent sur le glacier de Siachen dans le conflit avec le Pakistan, nous survivrons!!!! Seul hic: elles ne ressemblent a...rien! La preuve en images:

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    En attendant, nous realisons, depuis 3 jours, des marches d'acclimatation, au gre des gompas (monasteres) perches dans les hauteurs, du palais de Leh accroche a flanc de montagne, et des differentes courses que nous effectuons dans la cite de Leh. Ah, le bonheur, un bon the au lait sucre vient d'apparaitre devant l'ordinateur. Il faut vous avouer que nous sommes en grosses vestes de plume dans le Cyber cafe et que les doigts gelent vite...

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    Voila...nous partons demain et revenons dans maximum 20 jours avec de nouveaux recits d'aventure, donnons-nous rendez-vous! Nous pensons bien souvent a vous et n'hesitez pas a nous noyer dans le flot de vos commentaires. Nous les attendons a chaque fois avec beaucoup d'impatience.

     Glacialement et voyageusement !

     Vidian et Armelle

     PS: Vous allez surement etre frustres du peu de photos dans l'album...desole! Mais croyez-nous, ce n'est pas si simple de les charger ici. Promis, on fait un effort en rentrant! Allez donc voir nos nouvelles videos! (En cours de chargement)

 

Posté par Vidian_Armelle à 08:35 - 06. EXPEDITION LADAKH - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

25 janvier 2008

En direct du Ladakh par -20 degres...

     Julley (comme on dit ici)!

    Les inities auront reconnu...he oui, nous sommes a Leh, au Ladakh...!! Vraiment desole d'avoir ainsi echappe a votre attention...Nous avons fuit Delhi il y a quelques jours, et apres avoir joue au chat et a la souris (plutot les rats ici) avec le destin, nous avons reussi a atteindre ce paradis de froid et de neige, qui constitue le deuxieme grand objectif d'Instinct Nomade. Nous en sommes profondement heureux, et l'ivresse de l'altitude contribue a nous mettre depuis 2h dans un etat second...mais calmons-nous et prenons le temps de raconter ces derniers jours bien mouvementes.

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    Il y a dix jours environ, nous avions debarque a Pahar Gang, l'un des quartiers populo-touristiques de la capitale indienne Delhi. L'Inde change a toute vitesse, mais Pahar Gang reste bien le meme. Aux dires de vieux routards et selon les souvenirs "vieux de 4 ans" de Vidian, ce quartier draine toujours autant de babas au look de cools, s'affichant sans honte avec un pantalon rouge trop court, un bonnet violet en equilibre sur la tete, des dread locks multicolores, ou des piercings en bois dont la largeur nous donne le tournis. Bref, avec nos vieux pantalons taches par 5 mois d'itinerance, nos polaires qui sentent encore le mouton de Mongolie et nos grosses godasses de marche, nous ne sommes pas tres tendance! Seule la barbe qu'arbore Vidian avec fierte nous relie sensiblement a la mode des "fous de l'Inde". 

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     Bien, passons aux choses serieuses: les visas. Entre quelques recherches de renseignements sur notre route pour rejoindre le Ladakh, nous partons a l'assault des bureaucraties pakistanaise et iranienne, aussi "bermudiens" que celle de l'Inde. Effectivement, nous ne sommes pas dans un triangle, mais il y a des raisons de se perdre, et d'y perdre la tete. Voyez un peu.
     Visons le Visa Pakistanais. Une lettre de l'ambassade de France, detaillant simplement notre attachement a la civilite francaise (numero de passeport...) est essentielle. Mais vu les conditions du moment, la France ne veut s'engager dans aucun deplacement touristique dans cette zone. Dans un eclair de genie, nous demandons ce type de lettre pour l'Iran, ce que le fonctionnaire accepte. Nous retournons a l'ambassade du Pakistan et tentons d'amadouer le petit pakistanais a lunettes derriere son comptoir a barreaux, en vain. Des belges (une fois!) nous explique qu'une simple lettre officielle avec tampon suffit, meme une lettre expliquant que l'ambassade refuse de rediger une telle lettre..!!! On marche sur la tete mais on tente le coup. Retour en "France", ou le fonctionnaire nous regarde avec des grands yeux ebahis. "Oui, oui, meme une lettre expliquant que vous ne voulez pas ecrire une lettre!" Faut avouer que cela a l'air un peu idiot mais quand on n'a pas le choix. Il reste interdit un moment, prend une grande inspiration, et nous explique calmement que la France ne veut PERSONNE au Pakistan. Point mort. Retour au "Pakistan" ou les belges recuperent leurs visas. Vidian retente le coup et montre la lettre de l'ambassade de France pour le visa iranien...Alors qu'Armelle papote, Vidian revient avec une banane a se decrocher les oreilles, il est hilare: "On recupere nos visas pakistanais apres demain ma grande!! Ca a marche! YALLA!!!" Nous n'en revenons pas et n'arrivons pas encore a y croire. Un bonheur, un probleme. Comment expliquer la perte de la lettre a l'ambassade de France pour obtenir notre visa iranien? Nous sortons notre joker...
    Par le biais du voyage, on apprend a rencontrer des gens extraordinaires. La famille Coffrant appartient a cette categorie de personnes. 50 ans d'expatriation, des pays en guerre comme l'Algerie, l'Iran ou encore le Pakistan, puis l'Inde depuis pres de 25 ans. Inepuisables en histoires et anecdotes, passionnants par leurs connaissances geo-politiques et leurs regards sur le monde, Jacques et Nane Coffrant nous ont recu de maniere admirable, flattant a chaque fois nos papilles en sortant grands vins de Bordeaux, Porto et cuisine francaise. Nous exposons notre aventure pakistanaise a Jacques, qui rigole bien. Connaissant bien du monde a l'ambassade de France, il nous y conduit. Les portes s'ouvrent devant nous comme dans un moulin et nous nous postons dans le bureau du fonctionnaire que nous avions largement sollicite la veille. Jacques Coffrant explique l'affaire (lettre perdue par erreur dans un demenagement de chambre a Delhi)...et comme par magie, le fonctionnaire de l'ambassade, d'abord reticent, finit par rediger la lettre, soumis. Jacques lance un clin d'oeil en coin que Vidian n'oubliera pas de sitot. Lettre en poche, nous filons de "France", tout heureux de notre coup. Le reste des demarches de l'ambassade d'Iran se poursuivront normalement.
     Pour ceux qui s'inquietent: nous avons voulu nous occuper de ces histoires de visa, meme si notre passage au Pakistan n'est pas encore sur a 100%. Nous continuons a rester tres au courant de ce qui s'y passe et aviserons en temps voulu...

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    La ville grouille de rickshaws noir et jaune, de scooters Bajaj, de motos Pulsar, de velos Hero, de chiens errants et pas moins de vaches qu'ailleurs. De grands quartiers arborent des allees plantees, des prairies vertes, des rues propres. Les ronds points deviennent des jardins sur lesquels les ouvriers s'endorment volontiers. Nous nous balladons au gre de nos diverses occupations administratives. Nous quittons Pahar Gang pour Jungpura Extension, loges par Rachel, travaillant a l'Alliance Francaise. Depuis un appartement immense, nous observons la vie locale dans un quartier populaire tranquille. L'ecole en face de l'immeuble, les petits vendeurs dans la rue, ou nous allons acheter notre pain, nos oeufs, nos legumes. Que c'est agreable! Et puis nous passons de bonnes soirees en compagnie d'Olivier, journaliste francais venu en Inde pour, entre autre, apprendre la langue, ecrire, marcher et faire du parapente. Discuter du rythme du monde, des reves les plus fous, des projets les plus fantaisistes, le tout dans un petit boui boui a l'accent international, est un petit bonheur simple. 

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     Finalement...nous nous decidons a partir vers le Nord. La route Delhi-Srinagar n'est pas une voie facile. Elle se faufile deja entre les premieres ebauches de l'Himalaya, et il n'est pas rare de la voir fermee en cette saison, pour cause de neige. Par chance, elle vient de re-ouvrir lorsque nous achetons les billets de bus, et on nous promet un depart pour le sur-lendemain, yalla!

    Une delicieuse plaquette de chocolat et un petit pot de creme de marron bien de chez nous se glissent dans notre sac au moment du depart. Merci les copains. On en salive deja...mais decidons de garder tout ca pour les moments...difficiles. Avec notre petite flasque de Calvados (merci la famille), ce sera parfait! Vingt-quatre heures de bus nous attendent...plutot cool! Finalement, la traversee de la Mongolie en minivan russe nous a vaccines (rappel: 80 heures sur des routes defoncees, a 14 dans une vieille camionette russe)...Nous nous retrouvons dans un superbe car et n'en croyons pas nos yeux! De vrais sieges avec de la mousse dessus et du tissu, c'est royal! De bons espoirs de passer une nuit correcte. Attente. Nos  premiers cashmiris sont la, sous nos yeux: de sacres personnages, au physique se rapprochant du type perse, toujours l'air fier. Et de sacres margoulins aussi....A peine partis de Delhi, nous nous retrouvons deja avec une dizaine de cartes de visite nous promettant de bons prix pour l'achat de merveilles en cashemire. Bah tiens! Nous repondons "oui, oui" et sympathisons, car il faut avouer, ils ont raison d'essayer!!!
    Berces par les virages, la route nous semble excellente et, au petit matin, a travers nos yeux a peine reveilles et le brouillard intellectuel, nous apercevons nos premieres montagnes enneigees. Quelle joie! Le Ladakh, dont nous revons depuis si longtemps, approche a grands pas (a moins que nous approchions de lui)...

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    L'arrivee a Srinagar est...comme d'hab'! Des dizaines de rabatteurs (des cashmiris, les plus tenaces) nous assaillent et nous proposent divers hotels. C'est a celui qui criera le plus fort ou reussira a capter notre attention. Nous nous degageons de ce qui est devenu une escorte d'une quinzaine de barbus. L'un d'eux fini par nous rattraper:
" - Good rrrrooms for you, cheap prrrice!
  - ...
  - Wherrrre arrre you going?
  - Au parc Asterix!!!
  - ...???...
  - (rires contenus)
  - ...yes I know! He's also my cousin!
  - (on explose de rire)!!!
  - You don't believe me???"

    Guest House trouvee, notre premier objectif de la journee (deja bien entamee) est de trouver un moyen de rejoindre Leh, capitale du Ladakh. Nous sommes en hiver, et la route est fermee jusqu'en mai. Bien. Evidemment (vous commencez a nous connaitre), nous aurions ete bien tentes de rejoindre ce paradis en marchant. Le Zoji la, col a un peu plus de 3500 metres separe Srinagar de la vallee de l'Indus, donc Leh. Malheureusement, aucune agence de trekking ne veut s'engager dans cette course en montagne. Les risques d'avalanche sont trop fort. Et puis, il n'y a pas a dire, il commence a faire vraiment tres froid. Nous n'allons pas tenter le diable. Instinctivement, et puis nous n'avons plus le choix, la seule solution reside dans l'aerien. Pas de montgolfiere, encore moins d'ULM, on ne sait pas encore faire de parapente...Alors rejoindre le Ladakh en avion s'impose...De toutes facons, nous avons le temps de jouer les aventuriers durant le mois et demi qui vient!

     Probleme. Premierement, devoir prendre l'avion est pour nous une petite deception: c'est le premier depuis notre depart de France. De plus, il est assez cher. Evidemment, nous avons entendu parler d'un vol militaire pour le Ladakh, tres bon marche...mais il est difficile d'avoir des informations rapidement, et un vol pour le lendemain matin nous est propose par l'Indian Airlines. Allechant, car il est tres rare d'avoir des places aussi rapidement...et puis...etre demain au Ladakh: Banko! On craque et cassons la tirelire...gloups, c'est pas rien.

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     Seulement voila: le lendemain, a l'aeroport, une petite voie fluette nous annonce que...le vol est annule. Mauvaises conditions climatiques, qu'y disent. Nous ne faisons vraiment pas les fiers, assis tout penauds sur nos sac, dans un hall qui se vide rapidement. Nous restons de longues minutes a nous demander comment, mais comment? rejoindre Leh. Nous venons a peine d'arriver a Srinagar, une ville pourtant magnifique, et avons a peine eu le temps de nous y balader. Et voila que s'annonce encore une journee galere a trouver une solution. Le vol de la semaine prochaine est plein, est celui de la semaine d'apres est plus cher.
     Nous entendons parler d'un vol militaire tres bon marche pour Kargil, de l'autre cote du col. Nous courons au bureau du tourisme, appellons le responsable militaire a Kargil, puis attrapons un rickshaw et debarquons a la Kargil House pour nous entretenir avec un autre responsable. A croire que tout le monde est responsable au cashmire!! Nouvelle deception. Plusieurs vols ont ete annules pour cause de tempete de neige et la liste d'attente est longue de 2 semaines...et rien n'est sur que de pauvres bipedes francais comme nous puissent embarquer a bord de l'aeronef, normalement reserve aux locaux. Pantelants, nous repartons vers Indian Airlines et reussissons a trouver un vol au depart de Jammu le 25 janvier (voir carte). Il est 18h, il fait nuit, nous avalons un plat de lentilles et partons dormir.

     Le lendemain, depuis Srinagar, le bus pour Jammu mettra 7h...pour casser ses suspensions arrieres. Aux aguets, assis au bord de la route, nous attrapons un autre carcasse metallique a 4 roues. Installes dans le cockpit, nous serrons les fesses, comprenons que la route est belle, mais bien dangereuse. Mais pourquoi s'inquieter? Nous passons loin du bord du precipice: 15cm, c'est bien suffisant!! Qu'est-ce qu'ils ont ces touristes a flipper? Courte nuit a Jammu. Nous rencontrons des Ladakhis qui devaient prendre le meme avion que nous il y a deux jours. Chaque etape de gagnee est une victoire. Checking des bagages. Yes. Controle des billets. Re-Yes. Identification des sacs et salle d'attente. Re-re-yes. "The passengers...flight to Leh...please security check..." Yes, yes yes et yes!!!
     Dans un vacarme pas possible et une puissance que nous ne connaissions plus, notre oiseaux de fer s'arrache a l'attraction terrestre. Ouah! 45 minutes de vol suffisent a nous emmerveiller, a compter les sommets qui crevent les nuages. Nous touchons presque de l'aile les montagnes et atterissons dans un mouchoir de poche (blanc!). Essayez donc de vous garer a 100km/h dans un parking, vous ressentirez peut-etre le meme effet!! Il fait -20 degres, et une petite nebulosite nous acceuille. Bientot, nous retrouvons ces visages mongoloides, ces sourires, ces rues qui sentent le kerosene, ces "Julley" (bonjour, merci, svp...) si caracteristiques...Trop bon d'etre la!!

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      Les projets en quelques mots? Nous acclimater...et ca prendra bien une semaine! Nous venons d'entendre parler d'un festival ladakhi les 5 et 6 fevrier...why not??? Et puis, nous allons laisser germer en nous les diverses idees de treks, allons verifier leur faisabilite et vous tenons au courant!

     Nous sommes toujours aussi fans de vos commentaires, ils nous donnent d'un message a l'autre envie de prendre soin de ce blog...et vous embrassons!

    Armelle et Vidian

Posté par Vidian_Armelle à 10:40 - 06. EXPEDITION LADAKH - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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